TOME L
la félicité si long-temps exilée de tous les cœurs.
De ptiissants ntotifs d'inléièt s'opposaient à ce que le comte de Vaudémont, (II) le plus proche parent du duc de Lorraine, pût partager cette satisfaction générale.
S'étant long-temps bercé de l'espérance de régner après son oncle, toutes ses illusions se trouvaient détruites par le mariage de René, et s'il sut contenir son profond ressentiment en se voyant préférer un prince de la maison d'Anjou , ce calme apparent n'en devait faire concevoir que plus d'alarmes. Sujet fidèle , ami dévoué , parent respectueux , Antoine de Vaudémont (*;, né au milieu des camps, et des orages politiques , ne supportait
(*') «C^ëtoit^ dit 1*6811 d'*Aiicy, un prince dé gtànd courai^e et « subtilz moyens pour défendre et conquester et très appelant de <t louange de la oheyalerie. U estoit excédent en grandeur de corps « et représentoit une gravité naturelle de rojâle majfesté. Lojal ettt grand aalmosnier aux povres. • . . des vices des folles amours, et «exactions, pour ung teihps, peult estre son toz dénigré....
« Finalement en son viei] aage, pour satisfaire k Dieu et rendre « aux csglises ce que par injustice a^vit occupe, eust en soj un «t désir inestimable et incredible d^ augmenter les esglises de grands « légats et aussi la foj catholique pour laquelle défendre, s^en alla « "k Rome ^pensaut aller pitis oultre aux riraiges de la Sai^te-Terre. i n Mais par maladie surpris, fbst contraint retourner en sa maison ((■ où il mourut en sa yille de Vaudémont eu t^^'j.%»
Epitome des gestes des ducs de Rorraine.
Manuscrit. P. 259, etc.
(i4'io) DE RENÉ D'ANJOU. 35
pas Nombre d'une injustice, et trouvait en son courage les moyens de s'en venger.
Fier d'une longue suite d'illustres aïeux, il avait éprouvé d'abotd le besoin de s'illustrer lui-même. Il fut ensuite dévoilé du désir d'ajouter encore à la gloire de sa race. Ses talents militaires, son caractère élevé, sa noble franchise lui avaient acquis de puissants alliés, et il était d'autant plus dangereux de l'avoir pour ennemi, qu'on savait que la conviction de la justice et la bonne foi seules pouvaient lui mettre les armes à la main. Mais alors on ne l'arrêtait plus. Sa fierté, poussée quelquefois à l'excès, l'entraînant hors des limites de la prudence, il ne calculait ni les chances d'une guerre, ni les malheurs qui devaient accabler des peuples au désespoir.
Il resta cependant assez maître delui-même^ pour ne rien témoigner de ce qu'il regardait à la fois comme une injustice et une offense* L'âge de celui qu'on lui préférait ne lui permettait d'ailleurs peut-être pas de s'expliquer encore.
Les événements qui se passèrent pendant les premiers temps du mariage de René nous
Dom Calinet. T. IF. Fol. 682. — Le père Anselme. T. II. FôI. ati. — Moréri. T. III. P. i3i.
sont totalement inconnus^ Ton sait seulement que le 10 de Novembre 14^0, le duc de Lorraine s'engagea de nouveau à faire reconnaître Isabelle pour son héritière, s'il mourait sans enfants mâles. Aucun détail particulier ne nous a été transmis sur les jeunes époux qui durent continuer, chacun de leur côté, à perfectionner leur éducation sous l'active surveillance de Marguerite de Bavière, de Charles de Lorraine, et du cardinal de Bar.
La vertueuse mère d'Isabelle, vivant extrêmement retirée dans son palais d^ Nancy, s'occupant de bonnes (jeuvres, fondant de pieux établissements, demeurait en quelque sorte étrangère à tous les plaisirs de sa cour. Mais le duc de Lorraine était loin de partager le goût de cette vie solitaire, et sa capitale, devenue sous son règne le centre des fôtes brillantes, annonçait déjà l'accroissement successif qui l'a rendue dans la suite une des villes les plus remarquables du royaume.
Quoiqu'élevé au milieu des tentes guemères et naturellement belliqueux , Charles était l'un des princes les plus polis et les plus spirituels de son temps,- il consacrait même à la littérature une partie des loisirs que ne se partageaient pas la guerre ou ses passions. On rapporte qu'il ne passait jamais un seul jour
(i42i) DE RENÉ D'ANJOU. Sy
sans lire quelques chapitres de Tite-Uve ou des Commentaires de César f*), ses auteurs favorîsj il est donc permis de croire qu'il ne négligea pas d'inspirer l'amour de l'étude à son jeune pupille.
On doit également assigna: à ce premier séjour du comte de Guise auprès du duc de Lorraine, l'origine de son goût et de son talent pour la musique, car tous les historiens s'accordent à dire que Charles, très bon musicien lui-même, jouait de plusieurs instruments et se plaisait à être entouré des artistes les plus célèbres en ce genre (**)•
IV. Un an ne s'était point écoulé encore depuis le mariage de René et d'Isabelle, lorsque de vives discussions s'élevèrent entre les villes de Metz et deToul. Jaloux de ses prérogatives et saisissant avec ardeur les moindres prétextes d'alimenter son inquiète activité , le duc de Lorraine rassembla à la hâte une armée, et s'apprêta à entrer en campagne pour défendre
C*) (c II lui semblait eu la matière d^armes , dit Jean d' Aucy, estre « mal babillé et très grossier au prix de César. »
( P. 254. Manuscrit. )
{^*) « Il a sçeu (a musique et marier sa voix, « Aux doux accents d^un luth, gémissant sous ses doigts* »
( Dit Clément dans sa Chronique en rers. )
« (Vojrez aussi Simphorin Champier, qui assure quHIaymait t moult la musique^ et ^Youlait tousjours aveoir chantres auprès « d« lui . ) »
38 HISTOIRE (i4ai)
la dernière de ces villes. La guerre qui fut la suite de ces démêlés n'eut pas une longue du- Véej mais René 9 que nous appellerons aussi duc de Bar ( comme la plupart des historiens du temps), se trouva dans l'obligation d'y prendre part sou 5 les ordres de son beau*pèrc.
Il ne parait pas qu'il l'ait accompagné dans sa visite au duc de Bourgogne, alors occupé à faire célébrer à Dijon les obsèques de son père Ci a). Ainsi, quoique son extrême jeunesse et la dépendance absolue dans laquelle il se trouvait, eussenl pu lui servir en quelque sorte d'excuse, nous n'aurons point à disculper René du reproche que lui ont fait quelques écrivains , K d'avoir promis de vive voix au duc de Bourf( gogue, de reconnaître Henri V ^ Roi d'Angle- « terre, pour souverain légitime de France, « après la mort de Charles VI , et de ne jamais « séparer ses intérêts des siens. »
Philippe ne négligea en cette rencontre, ni les protestations les plus fortes, ni les caresses les plus séduisantes, pour arracher au duc de Lorraine un engagement dont on sentira toute l'importance , en jetant un coup d'œil rapide sur ce qui se passait alors autour d'eux.
L'état de la France à cette époque désastreuse, ne pouvait se comparer à nul autre de nos annales, et l'oa frémit de le dire, un mo-
Hii) DE RENÉ D'ANJOU- 3q
narque étranger y régnait en maître sous le uom du souverain en démence dont il venait d'épouser la fille !
Celte union anti-française, fruit de la plus monstrueuse politique , s'était célébrée à Troyes le2 Juin i42o.Douze joursauparavant, Isabeau de Bavière , insatiable de pouvoir et de crimes , avait signé à Blois la spoliation totale de l'héritier naturel du trône j puis, non satisfaite d'attacher ainsi son nom impur à tous les malheurs de la France et de sa propre famille, elle rédigeait elle-même le aS Décembre suivant, « l'inique sentence qui condamnait son fils uni- « que comme criminel de lèze-majesté! !!
Secondé par la fortune , l'habileté et la trahison > Henri V couronné Roi de France dans Paris^ vit enfin les léopards Anglais flotter sur les crénaux de cette capitale, et le prestige d'une usurpation heureuse troublant toutes les notions de justice, d'honneur et de vertu, les Français formèrent deux peuples croyant obéir chacun à leur légitime souverain. L'armée , le clergé, la noblesse, tout fut divisé entre Charles et Henry. Chacun d'eux distribuai t des emplois et des dignités, et, chose unique dans nos fastes, deux chanceliers, deux connétables et une foule de maréchaux de France ou de grands officiers de la couronne, furent créés tour-àtour par le Dauphin et par l'usurpateur.
4o HISTOIRE (i4!ii)
L'étroit sentier de l'honneur et de la fidélité n'est pas de nature à se diviser de même , et l'histoire doit proclamer qu'un grand nombre de véritables Français n'en dévièrent jamais. Mais en ces temps de factions et de démence , oii toutes les saines idées sont interverties , combien de fois l'intérêt personnel , l'amour-propre blessé» les passions aveugles, de fausses inspirations de bien public , concourent à éloigner de la véritable route , des hommes intègres et des novateurs politiques de bonne foi. Le moyen qui conduit à leur but, leur sembïe toujours bonorable, et il n^est pas rare qu'à force de vouloir raisonner ses erreurs , on finisse par se persuader que la nécessité les a rendus louables. Avant de censurer la conduite d'un homme qui fut long- temps loyal, sachons toujours faire quelques concessions au temps et à la disposition effervescente des esprits. Mais cette sage réserve dont l'exemple émane quelquefois du rang le plus auguste, n'est pas ordinairement à l'usage des contemporains j qu^on ne s'étonne donc point si, au milieu dés récriminations et des représailles continuelles qui naissent de toutes parts dans les temps de troubles civik, la violence des partis , sans cesse alimentée, dégénère presque toujours en un véritable acharnement et une sorte de délire fanatique.
Mai) DE RENÉ D'ANJOU. 4i
Aussi , sera-ce moms un sentiment de surprise qu'une profonde horreur que Ton éprouvera, en se retraçant l'image de ce qui se passait à Paris lors de l'invasion des Anglais , et les terribles vengeances dont usèrent à leur tour quelques uns des capitaines du Dauphin , qui ne craignirent pas de souiller une cause si pure et si noble, par des atrocités sans exemple commises en son nom royal (i3}.
Une longue et horrible famine, triste suite des guerres qui enlevaient tous les bras à l'agriculture , vint encore augmenter l'épouvante qui consternait la malheureuse capitale du Royaume; et comme si tous les maux eussent dû y fondre à la fois, les rigueurs d'un hiver excessif se réunirent à la plus affreuse disette. Abandonné de la plupart des habitants qui avaient pu se soustraire au joug étranger, Paris devenu un effroyable désert , voyait régner dans sa vaste enceinte ,^un funeste silence qu^interrompaient seulement les hurlements des loups affamés, et les gémissements ou les cris lamentables des vieillards, des femmes et des enfants mourant defaim ou de froid (*).
(*) « A toute heure ( rapporte un journal contemporain ) oyssica « parmi Paris, piteux plains, piteux eris, piteuses lamentations et « petits enfants crier: je meurs!. ... et sur les fumiers parmi Paris 9 <( pussiez trouver des enfants qui Ut mourussent. . . et u''étoit si duir « cueur , qui par uu^ct les ouyst crier, qui grand pitié n'^en eust! u
Le sort des autres villes françaises envahies par les Anglais , ne présentait pas un tableau plus consolant que celui de la capitale, et Ton ne peut douter que le cœur généreux du Dauphin ne fut douloureusement aflfecté au récit de tant de calamités qui pesaient sur son royaume, et dont une parlie avait frappé ses regards. Cependant, loin de se laisser abattre par l'adversité , ce noble proscrit , confiant alors à Dieu et à son épée la justice de sa cause, s'entoura de quelques serviteurs courageux et fidèles, se mit à leur tête, adressa un appel plein d'énergie et de dignité aux Français, en rassembla un grand nombre autour de sa personne; puis ayant rejoint celles de ses troupes qui lui res-
taient dévouées , il se prépara à marcher en personne contre un ennemi enivré de ses faciles triomphes.
Un succès éclatant ne tarda pas à couronner ce premier élan et à ranimer encore le courage de Charles. Le frère de l'usurpateur de son royaume, le duc de Clarence, fut rencontré à Bauge par le maréchal de la Fayette qui fondit sur lui, et tailla en pièces son armée. Ni la supériorité du nombre, ni la présence du fameux Talbot surnommé V Achille de VAn^ gleterre ne purent empêcher cette mémorable victoire qui releva nn moment l'espoir de la France royaliste.
W^i) DE RENÉ D'ANJOU. 43
Ce fut à peu près vers le même lemps qu'une seconde guerre éclata de nouveau entre le duc de Lorraine et la ville de Toul dont il fil le siège lui-même.
L'histoire garde le silence sur la part active que pril René à cette expédition^ mais il ne resta pas long -temps oisif, et on le vit suivre son grand oncle le Cardinal de Bar , qui marchait alors contre le comte de Ligny, Jean de Luxembourg son vassal, pour le forcer à lui rendre l'hommage qu'il avait droit d'exiger de lui. Ces deux princes réunis assiégèrent ensemble Ligny sa capitale , l'emportèrent d'assaut, et obligèrent Jean de Luxembourg à se soumettre à leur volonté Cy
Une autre campagne guerrière fournil peu de temps après à René une nouvelle occasion de manifester sa bravoure précoce^ mais elle l'empêcha d'assister au mariage de sa sœur Marie d'Anjou (i4)> qu'il chéyissait avec une
Hainaut. Abrégé chron. T. I.«' P. 349. — Dom Calmel. T. If. Fo'.762.Tdem, notice sur la Lorraine. Fol. 640. Jean le Paige. P. ii-
(*) Cette campagne offre un trait assez singulier et qui mérite d'élre rapporté, comme une peinture caractéristique de l'antique loyauté observée dans les promesses des princes de ce siècle. Le duc de Lorraine, ma 'gré sa récente alliance avec Béné, et la parfaite intelligi nce qui régnait entr''eux , ne crut pas devoir se dispenser d'envoyer des troupes contre lui pour défendre le coratc de Liguy, i^un des parents du duc de Bourgogne.
tendre affection, et dont l'union avec Charles VII eut lieu vers la même époque.
En ce siècle où la féodalité n'avait point été encore comprimée par le sceptre de fer qui allait s'appesantir sur elle, rien n'était plus fréquent que le refus de foi et hommage au suzerain par des seigneurs. puissants ou audacieux qui ne regardaient plus que comme une humiliation périodique, un droit auquel leurs ancêtres s'étaient soumis sans murmurer.
Du nombre de ces seigneurs dont l'indépendance était le but constant, se trouvait le jeune Robert de Sarrebruche (") , Damoisel ou sire de Commercy,et en cette qualité relevant directement du duché de Bar.
Sa bravoure impétueuse et inquiète, son caractère ardent, ne lui permettaient point de réfléchir aux conséquences d'une révolte à force ouverte, et sa témérité semblait même en rechercher toutes les occasions 3 aussi , étant parvenu à conclure la paix le 9 Juin i^^2. , avec le
(^) Robert III de Sarrebruche était fils unique d^Améet de Mari» de ChâteauviJain. Il rivait encore le 3o Mars 1 460, et revenait d^un pèlerinage k Jérusalem, lorsqn^il fut arrêté par les seigneurs d^Har raucourt qui le gardèrent long-temps prisonnier.
Marie de Sarrebruche sa fille aînée épousa Jean de MelunJe 6 Octobre 14^1 .
( Uist. des grands officiers de la couronne. — Anselme. T. I.rv Fol. 6t6. — Ibid. H. FoL laag. — Moreri. T. III. Fol. 4ia, 5o3. — Dom Galmct. Kolice sur la Lorraine. Fol. 289. )
(,4ai) DE RENÉ D^ANJOU. 4^
duc de Lorraine qti'il avait odensé plus d^unc fois, on le vit se refuser ibrmellenient à reconnaître René en qualité de suzerain.
Il ne tarda pas à se repentir d^une pareille rébellion: assisté du cardinal de Bar, le comle de Gui se rassembla des troupes sufiGisantes pour réduire le rebelle Sarrebruche, se mit à leur tête , marcha vers Commercy, et obligea le damoisel à s'avouer ^on homme et son vassal,
V. Au milieu de ces guerres intestines qui retenaient René auprès de son oncle, on apprit la mort des deux souverains qui se disputaient la France, et Ton dût s'attendre qu'un grand changement allait s'opérer dans la situation du dauphin, comme dans celle du royaume.
Charles VI (*) venait de terminer sa déplorable carrière, et son 6ls errant dans ses propres états ne put être instruit de sa mort qu'au château d^Espaillj (**) , en Auvergne , où il s'était retiré.
\n milieu de ses triomphes, et à la fleur de son âge r**)^ le roi d'Angleterre avait précédé de près le malheureux Charles, ne lais-
(*) Mort Je 31 ouaa Octobre 1 4aa.
(**) Ufat couronué- dans la chapelle de ce château.
{***) Agé de treote-qaatre ans. il mourut le 3i Août i^^ti.
46 HISTOIRE ^ (i42i>
, sant pour lui succéder qu'un iils encore an berceau.
Des événements si imprévus devaient nécessairement faire présumer aux divers partis, qu'une révolution prochaine allait éclater en faveur de celui qu'on s'obstinait à appeler le soi disant dauphin. Aussi, plusieurs chefs puissants cherchèrent-ils à s'en l'approcher; mais cetle fois leur politique se trouva en défaut, et contre toutes les probabilités humaines, la mort des deux monarques n'influa en aucune manière alors sur la position pl)litique de la France; elle tie fit même qu'une légère sensation parmi leurs sujets; il est vrai que le roi d'Angleterre venait de léguer, en quelque sorte, son usurpation à la veuve de Charles VI, et que d'un autre côté le duc de Bourgogne, toujours acharné contre l'héritier du royaume, s'efforçait de lier plus étroitement ses intérêts à ceux d'Isabelle de Bavière pour fermer le chemin du trône au légitime souverain: il parvint même à entraîner dans son parti, plusieurs grands vassaux de la couronne, ou à priver Charles de leur appui, entr^autres de celui du duc de Bretagne, quoique de même que Philippe , il eût épousé une sœur de Charles Vil.
Le duc de Lorraine, dont les anciens res-
(i4a2) DE RENÉ D'ANJOU. 4?
seiDtiments contre la maison royale s'étaient éteints depuis son alliance avec René^ aurait été assez disposé à secourir le nouveau roi de France; mais engagé par la promesse que lui avait arrachée Philippe» il ne redoutait pas moins d'attirer une guerre étrangère en ses états. Il en était de même du cardinal de Bar. Tous deux se bocnèrent donc à se maintenir dans uiie sorte de neutralité que semblait exiger la tranquillité de leurs peuples.
Malheureusement Louis III (i5), frère de la reine de France , sur l'appui duquel Charles VII aimait à compter, et qui en effet eût pu lui être d'un si grand secours, venait en ce moment de quitter la France , et se rendait à Naples où la reine Jeanne II l'avait appelé, dans l'intention de Tadopter pour la seconde fois.
Trop faible poiir gouverner elle-même, versatile dans ses affections, ainsi que dau§ ses projets dont elle changeait comme de favoris, la sœur de Ladislas, influencée par de perfides conseils, et oubliant les promesses solennelles fûtes d'abord au duc d'Anjou, avait adopté à sa place j le ^^ Septembre i/i^o, l'ambitieux Alphonse V, roi d'Aragon , qui s'était déjà emparé de la Sicile.
Justement blessé de ce liidnque de foi, Louis
48 HISTOIRE (i4^a)
III ( auquel s'était réuni le fameux Sforce 4eveniii V^nnemi de Jeanne, à ci^usede ses démêlés avec Carracioli, son grand sénéchal et
son amant) fit marcher ses troupes contre l'armée réunie de Jeanne et d'Alphonse. Il débuta par des succès qui, forçant la reine à ouvrir les yeux sur les dangers de sa position, contribuèrent àlui faire retirer sa faveur au roi d'Aragon, déjà nommé par elle vice-roi de Calabre. La prudence consommée d'Alphonse échoua devant la légèreté de l'inconstante Jeanne, et en vain chercha-t-il à la prévenir par un coup d'autorité.
S'étant aperçu que le grand sénéchal l'abandonnait à son tour, afin de reprendre son ancienne influence sur la reine , il voulut non-seulement le faire arrêter dans le propre palais de sa souveraine, mais il osa encore donner l'ordre de s'assurer de la personne de Jeanne elle-même. A cette nouvelle, le peuple de Naples se souleva^ une insurrection gêné* raie éclata dans la ville le ^^ Mai i4^3, et la fermentation fut poussée à un tel degré, qu'Aiphonse faillit à en devenir la première victime. Les partisans de la maison d'Anjou s'empres-
Gianone, histoire civile du royaume deNapks, T. UI, P. 44S. -— Burigny, HisL de Sicile. P. Soo^Sog.
(i4i3) DE RENÉ D'ANJOU. 49
sèrent d'en instruire Louis III , qui , se hâta d'offrir ses services h la reine, et secondé de Sforce s'apprêta à marcher à son secours.
Jeanne, partant alors d'Averse pour se rendre à Rome, écrivit de cette dernière ville à Louis III , en l'engageant à venir l'y trouver. Il y accourut sans perdre de temps et aussitôt après leur première entrevue, son adoption fut confirmée: on le déclara duc de Calabre à l'exclusion d'Alphonse , et la reine le proclamant pour son successeur, ordonna à tous ses sujets de le reconnaître comme tel. En acceptant cette adoption et les dons de Ja reine (auxquels les principaux barons Napolitains ainsi que le favori Carracioli n'avaient pas peu contribué ), le duc d'Anjou semblait laisser entrevoir que ses droits au royaume de Naples lui paraissaient susceptibles d'être contestés,- mais le parti de Jeanne était trop puissant pour risquer de se l'aliéner par une fierté déplacée. Cette condescendance qui parut attacher davantage encore la reine Jeanne au duc d'Anjou, fut dictée par une saine po* litique.
( Papon. T. ni. P. 3^. — Chronique de Provence. Fol. ^70. — Hist. de Marseille Raffi. Fol. a53. — Abrégé de I histoire de Provence Louvet P. 238. — Hist. de Scanderberg. Liv. X. Ch. III. P. 296. )
TOWE I. 4
5o HISTOIRE ( 1 4^3)
Cependant Alphonse , furieux de voir s'échapper de ses mains le fruit de tant d'intrigues, rassembla toutes les troupes dont il disposait, afin d'aller d'abord délivrer Henri son frère^, prisonnier de Jean II roi "de Castille, et pour attaquer ensuite le duc d'Anjou au sein de la Provence. Il s'éloigna donc delà Sicile, avec une flotte considérable et débarqua k Hieres, après avoir réalisé son premier projet. Là, ayant appris que le roi Louis lit n'était point encore de retour dans. ses. étata, l'occasion de se venger de ce prince lui parut *^rop favorable pour ne pas la saisir avidement, et s'étant ménagé des intelligences secrètes dans la ville de Marseille, il s'en rendii maître sans trop de résistance , car on s'y défendit avec plus de courage que d'ordre et d'habiletéj mais malgré les promesses formelles du roi d*Arragon., cette malheureuse cité fut livrée au pillage, devint la proie des flammes , et subit toutes les horreurs d'un assaut (*).
[*) <( II y eat , dit César Nostradamus , près de 4oo maisons brait lëes, si oultrageusemsnt, qu^on voyait tomber de grands quartiers (c de murailles avec des éclats horribles et merreilleux, meslez « parmi les cris et les hurlements des femmes esche veliées et des a enfants esperduz; les ungs tomboient morts d^épouyantement» « sans coups , les ungs sur les aultres. »
Une des pertes les plus sensibles pour cette ville fut la prise des reliques de St. Louis, fils de Charles II d^Arragon.
{ii^5) DE RENÉ D'ANJOU. 5i
Le vainqueur ne poussa pas plus loin sa téméraire entreprise; ses agents lui firent connaître la résolution que venaient de prendre Jes Provençaux de se défendre jusqu'à la dernière extrémité et que le vicomte deReillanne, Louis de Bouliers (*),qui les commandait, était parti d'Aix, enseignes déployées, résolu à périr ou à exterminer les troupes arragouaises. Alphonse ne crut alors pas prudent de l'attendre; il s'embarqua précipitamment avec les nombreuses dépouilles dont il s'était emparé, et il disparut des côtes de Provence, tandis que Boulier, fidèle à sn noble serment, taillait en pièces les soldats Catalans , dans les riches plaines des bords du Rhône (**).
On voit par cette succincte relation des événements qui se passaient en Provence et en Italie , l'impossibilité absolue où se trouvait le duc d'Anjou de venir lui-même auprès du Boi de France, ni de lui envoyer les secours dont il éprouvait plus que jamais l'impérieux
(*) \\ dennt vigmicr de Marseille en 1430, 1435 et 1439; la ville loi donna aoo florins et uns galère appelée Gobina, ( Histoire de BiarseiUtt. Lir. XH. )
(*'^)Les bannières d'Aix et d'Arragon qui étaient pareilles, ayant donné lien k une fS^cheuse confusion pendant le combat, Louis HT, pour rériter k Pavenir et afin de récompenser aussi la yille d'Aix , augmenta ses armoiries d'an chef tiercé de Jérusalem, de Naples et d* Anjou.
Rapin de Thoiras, Hist. d'Angleterre. T. IV. P. 18a.
52 HISTOIRE (i4^5)
besoin j car chaque jour augmentant sa détresse, semblait ajouter au désespoir de sa position.
Les seules provinces demeurées fidèles au souverain légitime, mais cruellement épuisées par cette longue guerre, étaient le Languedoc, le Dauphiné, l'Auvergne, le Bourbonnais , le Berry,le Poitou, la Saintonge, la Touraine, l'Orléanais, l'Anjou et une partie du Maine. Les autres, envahies ou entraînées dans la révolte, ne reconnaissaient que l'autorité étrangère, et se trouvaient d'ailleurs dans un état de misère digne d'exciter la pitié.
Les champs les plus fertiles, les* coteaux les plus productifs restaient incultesj les châteaux, où le luxe bïillait nagucres, étaient abandonnés; les villes mêmes les plus florissantes n'offraient plus qu'un amas de ruines ou un désert effrayant. De nouveaux habitants se succédaient journellement dans les anciens manoirs de nos preux, comme dans les misérables chaumières à demi-brûlées, et les malheureux paysans qui n'avaient pu suivre leurs maîtres, réduits au désespoir, mourant de faim , ne sachant où traîner leur existence déplorable, « erraient çà et là loin « de leurs demeures , dit un historien, comme « des ombres arrachées à leur sépulchre et
i4i3-i4i4) I>E RENÉ D'ANJOU. 53
« faisant horreur aux brigands eux-mêmes « qui reculaient d'épouvante à leur hideux «r aspect. »
Les Français qui, osant faire entendre la voix de l'honneur , proclamaient hautement des sentiments de devoir ou d^ obéissance envers le successeur de Charles VI, étaient jetés dans de sombres cachots, où, cruellement maltraités, ils ne pouvaient souvent échapper aux supplices les plus ignominieux , à la mort même, qu'en s'expatriant pour jamais ^ aussi vit-on s'évanouir insensiblement les premières espérances qu'on avait conçues en apprenant la victoire de Beaugé^ et la généreuse résolution du jeune monarque. Chaque jour sembla dès lors affaiblir la cause royale, et la bataille de Crevant , que les Anglais gagnèrent près d'Auxerre, redoubla leur audace en achevant de décourager totalement le parti du Roi.Enfin, la journée de Verneuil dans laquelle le duc de Betford régent, défit le connétable Jean Stuart (*) par l'imprudence du vicomte de Nar-
(*) Jean Stuart, comte de Buchanet de Douglas, e'tait petit-fils de Robert Stuart II, roi d^Kcossc, et second fiJs de Robert dit le jeune duc d^ Albanie.
Ayant passé en France en 1420 avec plusieurs scigucurs Ecossais il gagna le l'i Mars la bataille de Beaugé, perdit un œil à celle de Crë< vaut en Juillet i4v!3,fut crue connétable à Bourges le 4 Avril i4'-i4» et il périt k la journée de Verneuil en Perche le 6 ou 7 Août 1 4^4*
bonne, sembla le signal de l'entière destruction des royalistes , et vint plonger dans le deuil toutes les provinces dévouées à leur cause (*}.
Le duc de Betford, surpris sans doute du succès inespéré de ses armes, célébra la victoire de Verneuil par une fête qui parut alors plus étrange même que les revers des Français, et il en plaça le théâtre au centre de la capitale, dont les habitants commençaient à peine à oublier l'horrible famine quî venait d'en moissonner la plus grande partie.
Nousvoulons parler de cette fameuse procession qu'on vit défiler dans les rues de Paris , sous le nom àe danse înacabrée , on infernale ^épouvantable divertissement auquel présidait un squelette ceint du diadème royal, tenant un sceptre dans ses mains décharnées, et assissur un trône resplendissant d'or et de pierreries-
Jean Siuart ne laissa pas d*enfants de Marie de Douglas son épouse, fille de Jacques d^Âxcbambant capitaine delà garde Écossaise.
Le conuéuble de Bucban et son beau-père, furent ensevelis dans J ^église cathédrale de Tours.
Millot, abrégé deThistoire d^ Angleterre* T. 1er* P* 4^7-
{*) « 11^ eust, dit la chronique de r^ormaodie, occision grande « de part et d^autre, et fust le cry etassault mcrreilleuxj mais la « perte des Anglais fiit légère, et 5ooo Français y périrent avec leur « imprudent chef.
(c Un vénérable ermite fit bénir le lieu du combat et y fît ense» « Telir les corps après y avoir érigé une chapelle. »
(î4'23-i4î4) DE RENÉ D'ANJOU. 55
Ce spectacle repoussant, mélange odieux de deuil et de joie, inconuu jusques alors et qui ne s'est jamais renouvelé, n^èut guère pour témoins que des soldats étrangers, ou quelques malheureux échappés à tous les fléaux réunis, et qui avaient vu descendre tous leurs parents , tous leurs amis dans ces sépulchrea qu'on dépouillait alors de leurs ossements.
Tandis que cette hideuse fête témoignait d'une manière si indécente le barbare orgueil des vainqueurs , les événements successifs de la guerre avaient forcé Charles VII à errer de ville en viHe pour en réclamer des renforts et de Pargcnt^ la reine Marie d'Anjou ne le quittait point et déployait le plus rare courage, ainsi que sa mère Yolande d'Arragon. Il fallut pourtant enfin s'arrêter , et le roi choisit alors la capitale du Berry comme le centre de son royaume, (ce qui lui fit donner dérisoirement le nom de roi de Bourges, par les Anglais. )
L'état* de pénurie dans lequel ce prince se trouvait réduit à cette époque, était tel, diton, qu'il s'enfermait quelquefois dans ses appartements avec la reine, afin de n'avoir pas à rougir devant un seul témoin de la chère grossière dont ils étaient obligés de se contenter^ encore n'avaient-ils pas toujours assez de fonds pour subvenir à une aussi modique
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dépense dans les villes qu'ils parcoururent. A Chdteaudun entr'autres , le célèbre Jacques Cœur , depuis argentier de France, leur envoya de quoi alimenter leur modeste table (*).
C'était pourtant à un tel degré de détresse que les Français avaient vu tomber le descendant de S'. Louis et de tant de Rois! mais alors, et comme un présage de la protection surnaturelle qui veillait sur la France, éclatait danstoutSiCHi jour, le noble caractère de Marie d'Anjou , dont la fermeté et la prudence soutenaient le jeune monarque au milieu de ces conjonctures si difficiles. Sa tendresse si vraie ne redoutait aucun sacrifice et la rendait ingénieuse à se créer des ressources j elle sut même si bien ménager celles qu'elle se procura en vendant peu-à-peu ses bagues, ses joyaux, sa vaisselle et jusqu'à Fargenterie de sa chapelle , qu'elle trouvait encore le moyen de faire de légers présents à ceux qu'il fallait retenir ou attirer dans le parti royaliste ^ s'oubliant toujours elle-même, jamais on ne la vit donner
(*) « Ua jour que la Hirc et Pot on
« Le venoient veoir pour festoyemcnt , « N*avoient qu'une queue de mouton (( £t deux poulets tant seulement!»
S' écrie le véridique Martial d'Auvergne.
Vigiles de Charles VU. P* 56. — Anecdotes françaises. T. !«»• P. 269.
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un conseil qui n'eût pour but le salut comme la gloire de la France (*).
Ces nobles efforts étaient loin cependant de suffire pour conjurer l'affreuse tempête qui entraînait la France au comble de l'infortune et de l'humiliation. Courbée sous le joug étranger , comprimée par l'ambitieuse révolte des gi ands du royaume , avilie dans la personne de sa propre reine ^ elle paraissait près de s'ensevelir sous les débris du trône , lorsque son souverain, n'ayant d'autre appui que son courage et la fidélité de quelques braves, résolut pour la seconde fois de chercher une mort glorieuse dans les combats, ou de purifier le sol Français de la présence des ennemis qui l'inondaient: if II faut, s'écria-t-il, mettre Dieu « et la raison de mon côté! » — A ce pieux élan , a cette généreuse pensée qui vint animer le cœur du monarque , l'aurore d'une prochaîne délivrance ne pouvait tarder k luire,- l'appel de Charles retentissant d'une extrémité du royaume à l'autre, remplit de joie et de confiance les valeureux capitaines réunis autour de sa personne. L'orgueil Français reprit sa
("^j.Nous remarquerons , en passant, que ce fut pendant ces temps d^adversité qu''Agnez Sorel ou SureiJe, alors âgée de quinze ans, fut placée comme damoiselle d^honnew auprès de Ja duchesse de Bar, épouse de René d^ Anjou.
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placer l'honneur enflamma de nouveau tous les courages, et dès lors on ne désespéra plus du salut de la patrie (*).
Satisfaite de voir Charles VII s'élever ainsi par lui-même au rang suprême auquel l'appelait sa naissance, la reine douairière de Sicile, Yolande d'Arragon, toujours plus attentive à ses véritables intérêts, négociait alors la réconciliation de son gendre avec le duc de Bretagne et son frère Artun de Ricfie^ mont^ ( i6) qui pouvaient opérer une si importante révolution dans l'état actueL de la France, le duc par sa puissance, Artur par ses talents militaires et sa haute réputation: Yolande se mit elle-même à la tête de l'ambassade chargée des propositions de Charles VII, et parvint à faire accepter l'épée de connétable au comte de Bichemont. Elle ne pouvait, sans doute, rendre de service plus signalé au parti royaliste^ mais le sévère Artus,.
(*) <c Par quoi, dit Paradin, le roi se retira k la miséricorde iafittie- (c de Dieu y laquelle ne Toublia point.... et ne se fault esbahyr ^i Dieu a eust pitié de ce pauvre roy affligé, auquel sa grande vexacion et <c tentation avait tellement eslevé Tesprit en Dieu, que, se trouvant « eu cette détresse , on le voyait la nuyct se lever de son lict eu f( chemise, et se mettre k genoulx, priant Dieu les larmes aux yeulx» « recognoissant que le secours et ayde ne lui porait venir ailleurs <c que du Dieu fort et du seigneur des armées. »
( Paradin , annales de Bourgogne. FoK 7o3. — Mémoires d^Ârtus de Richemont P. 349. )
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beau-frère de Jean-Sans-Peur, mit pour condition à son traité, la punition de ceux qu'on avait soupçonnés du meurtre de ce prince, et demanda surtout l'exil de ce généreux Tanneguy du Châtel, qui ne méritait pas d'être confondu avec de vils assassins. Ce fidèle serviteur apprenant cet arrêt , s'éloigna aussitôt de la cour , en s' applaudissant de pouvoir se sacrifier ainsi pour son maître qui chercha, mais en vain, à le retenir auprès de lui. Ce fut une illustre victime accordée à l'alliance d'Artus et du duc de Bourgogne, et ce motif n'explique que trop, comment le nom de ce célèbre capitaine qui avait sauvé le Dauphin, ne figure point dans la liste des chevaliers qui combattirent pour le roi et.la monarchie.
VI. Pendant les diverses phases au milieu desquelles la fortune se plaisait tour-à-tour à élever Charles VII ou à se jouer de ses espérances, René forcé par son âge et sa position dépendante de demeurer étranger à ce qui se passait en France, était lui-même occupé dans ses états à pacifier de fréquentes révoltes et à ramener la tranquillité souvent troublée par de nombreux et puissants vassaux.
11 venait de conclure le i6 Février 14^3, plusieurs traités de paix avec différents gentilshommes , ( entr'autres Jehan sire de Bas.
Co HISTOIRE (i4'24)
sompierre ) et obtenir d'eux le serment de ne se porter à aucune hostilité contre le pays du duc de Bar, lorsque Jean de Luxembourg, comte de Ligny , gouverneur de la Picardie^ au nom du duc de Bourgogne, vint former le siège de la ville de Guise (*) appartenant en propre à René. Ce prince en fut instruit sur le champ, ainsi que le duc de Lorraine, par Jean de Proissy qui commandait la garnison de Guise^ toutefois malgré leur mécontentement, ils jugèrent qu'il serait trop dangereux d'allumer une nouvelle guerre, dans laquelle le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne pourraient intervenir contre eux, et ils ne crurent pas devoir, pour le moment, opposer une résistance à main armée, aux projets du comte de Luxembourg.
Tel fut du moins l'avis du conseil de René, qui agit directement alors auprès de Philippe^ mais ses négociations échouèrent et le siège de Guise n'en continua pas moios, quoique le duc de Bourgogne , se portant comme médiateur des différends survenus entre le Damoisel
(*)« Jean de Proissy qui y commandait, envoya ces nouvelles k « Régnier y duc de Bar, dit Monslrelct, et aussi au duc de Lorraine « son beau-père, lesquelles nouvelles despleurent moult k iceulx « ducs.... mais pour doubte qu''ils ne missent leur pays en guerre « contre le jeune roy d'Angleterre et le duc de Bourgogne, ils se « déportèrent d'y procéder par voie de faict. m
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de Comniercy et le duc de Lorraine, témoijnât toujours autant d'affection que de confiance à ce dernier prince (*).
Plusieurs motifs empêchèrent Philippe d'accéder à sa demande. La ville de Guise venait d'être cédée depuis peu de temp» à René, par la reine de Sicile C"^), On la considérait comme un point militaire tellement important, que Charles "VII avait envoyé pour la défendre plusieurs de ses chevaliers, parmi lesquels on comptait le brave Poton de Saintrailles qui fut même fait prisonnier dans une sortie. Jean II de Mailly, dit VÉtendardy(\m desj^rincipaux seigneurs qui avaient abandonné le parti Bourguignon pour s'attacher au roi de France, )
(*) Bln Janvier 14^4 le duc de Lorraine informé que Philippe était sur le point de partir de Dijon, se hâta de venir l'y voir, voulant le rendre arbitre de ses difierends avec Robert de Sarrebruche, mais il ne le trouva plus en Bourgogne, et revint malade k Nancy. Philippe termina les démêlés de Charles et du damoisel de Gommercy le 20 Janvier de !a même année, en leur faisant conclure un traité par lequel le duc de Lorraine , René et RoberlJ's^engageaient k se secourir mutuellement. ^
(Uist. de Bourgogne, dom Plancher. T. IV. P. 85. )
(**)Ce fut le 4 Janvier 14^4 9"® 1* reine Yolande fit cession de cette ville k René, en se démettant de sa tutelle.
L'acte commence ainsi:
« G>mme ainsi soit que notre très cliier et très amé fils René duc « de B^r et comte de Guise , soit âgé de plus de 1 4 ^^s , et par ainsi « selon les coustumes du pays de Picardie est assez et sort de pré- « sent de nostrefert, nous nous démettons du gouyemement de sa « personne , etc. »
Ca HISTOIRE (14^5)
également enfermé dans la ville assiégée, parvint , malgré le cpmte de Luxembourg, à en sortir suivi de quelques soldats déterminés, et ayant rencontré les assiégean ts <, à la tête desquels était le duc de Vendôme, il se signala par un glorieux fait d'armes C).
D'autres actions d'éclat, une vigoureuse résistance et la fermeté de Jean de Proissy^ retardèrent quelque temps la prise de Guîse^ mais ne purent empêcher le fidèle gouverneur de René,"d'être obligé de capituler et de se rendre par : composition Je a6 Février
A peu près vers "cette époque^ René venait d'être élu d'un commun siccordy protecteur de
(*) n De pleine venue , dit Monstreict , assist sa lance sur monsei- « gneur de Vendôme, le porta sus de son cheval, Je bt^a vers <( répsrule^puis se retira vers Ja yiile. »
( Hist. de Verdun. P. 270. )
(♦*) « Dont il desplut grandement k Régné d^ Anjou, (ajoute <( Monstrelet } qui d^icelle conté, estoit seigneur et yraj héritier. »
Vers l^époque dont nous parlons, Charles VII vint passer quelques jours II Saumur, pour s^assurer si T Anjou était bien administré pendant Tabsence de Louit III. L^auteur des essais historiques sur Saumur pense qu^ Agnez Sorel parut aux brillantes assemblées de la 'cour de France, où Ton remarqua que les dames commencèrent à porter de superbes bracelets, des pendants d*oreilIes et des colliers de perles ou de pierres précieuses.
Il faudrait pour expliquer le voyage d^Agnez à Saumur, qu^Isabellc de Lorraine y fiit venue eUe-méme; mais si I^on considère U position de René en i4^4 ®^ '4^9 ^ i^fihK guères vraisemblable que 'la duchesse Tait quitté.
(Essais historiques sur Saumur. T. I". P. 869. )
laville de Verdun, à la place de son grand oncle, dont les ans et les infirmités affaiblissaient l'activité. Les habitants s'obligèrent à lui payer par an, ^oo florins de bon or^ pour qu'il s'engageât à les faire jouir avec une entière liberté, de tous les droits et privilèges qu'on leur avait concédés depuis un temps immémorial, et à les défendre s'ils étaient attaqués^ ce qui n'arrivait que trop fréquemment dans ce temps de troubles et de guerres presque continuelles.
René ayant accepté cet honorable titre, ne crut pouvoir mieux justifier la confiance qu'on lui témoignait , qu'en nommant gouverneur et capitaine de Verdun ^ le vertueux Erard de Châtelet, maréchal de Lorraine.
Habitué dès sa plus tendre jeunesse au bruit des armes , René commençait dès lors à s'essayer pour son propre compte dans l'art de la guerre, à se défendre lui-même contre les attaques des dangereux voisins dont il était entouré, ou à marcher au secours de ses alliés qui réclamaient son appui. C est ainsi qu'il amena des renforts au comte de Lignj qui assiégeait Beaumont en Argonne^ei avec lequel il venait de conclure un traité. [Il contribua même puissamment à la prise de cette ville, en obligeant Guillaume de Flwy son
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gouverneur k se rendre son priscwinier. Les murs de Beaumont furent aussitôt rasés.
Ayant appris ensuite qu'un gentilhomme Champenois nommé Eustache de Vernancourt C) seigneur de Mattencourt et de Iau ferté^ se permettait de fréquentes excursions, soit en Lorraine, soit dans le duché de Bar, et même dans les terres des alliés, ou seigneurs de ces deux duchés, René à la tête de ses troupes, fut investir la forteresse de Pas^ savant dont Eustache était capitaine, et l'ayant emportée de vive force, il en ordonna sur le champ la démolition. Une lettre du cardinal de Bar, en date du ^4 Octobre 14^5 détermine l'époque précise de cette expédition (**).
Assisté du duc de Lorraine, René, cette
Jean le Paige, Chron. du duc de Bar. P. 221. — Dom Calmet. II. Fol. 765. Archives de Lorraine.
(*) Cet Eustache de Vemancourt qui épousa Jeaone de Nancy, ^tait fils de GilJete de Montmorency. Cette famille avait pour armes: d'argent k trois fasces de gueules.
(**)« René se trouvant k Bar le 3 Novembre 1428, déclara que t( pour les agréables services que Georges deNettancourt, jadis <( baiUy de Bar lui avait fait, comme aussi au faict des guerres; et d que maintefois a convenu mettre garnison eu la maison dudit <( Georges k KaiAécourt^ pour résister aux attaques d^Eustache de «Vemancourt, lors son ennemy, estant k Passavant, en quoy le « dict Georges a grandement despensé et soustenu plusieurs fois « grands et sumptueux frais. Le duc affranchit un certain gaîgnage <c que le dict Georges tient en la ville de Bevigny, et pourra y tenir « une quantité de bétes grosses et menues quHl lui plaira et y tenir « charrues k cinq chevaux. »
même année , prit , également d'assaut , le château de Rinaucourt^ appartenant à Arnoiil , comte du Mont, oncle de sa femme, qui , à peine sortide captivité, était redevenu leur ennemi. Cette place fut rasée ainsi que Beaumont et Passavant, suivant le système de prudence qu'on paraît avoir adopté dans ces temps orageux. La ville de Laferié subît le même sort, lorsque René et son beau-père qui l'avaient attaquée ensemble, s^en furent emparés après un siège probablement très court C*).
Ces succès multipliés dont aucun rpvers n avait terni la gloire, et qui établissaient la réputation naissante du due de Bar, éveillèrent à la fois l'ambition et la jalousie du comte de Vaudémont; ce prince, qui nourrissait toujours les mêmes espérances sur l'héritage de la Lorraine, sentit qu'il ne fallait pas laisser s'accroître davantage l'ascendant de René^ reprenant donc dès ce moment sa pre-
(**) L''aiiteiir delà chronique manuscrite de St. Thiébaut, assure que Benë et le duc de Lorraine prirent encore cette même année 1 4^5 le chastel dePinaucourt et I^abattirent..
Mms U est fraisemblable qu^une similitude de nom a trompé le vieil historien.
Quoique en soit dit, on peut aussi placer vers cette époque'^ siège du chastel de MeufvilJe par René et les habitants de Verdun dontil soutenait sans doute les droits. Une|>rompte capitulation fut encore le résultat de cette entreprise. (La chronique de St. Thiébaut a fixe en i4^S, mais c^est éridemment une erreur. )