‹ Histoire de RennesChapitre 10 sur 25 · VI · texte numérisé non relu

VI

eehubs tous LA U6UB cr LA mtJkMcmm bu bocamuts.

Le duc de Mercœur , après s*étre rendu maître du ch&teau de Nantes par une ruse de sa femme , dut songer à soulever Rennes au nom de la ligue, pour laquelle s'étaient déjà prononcées presque toutes les villes de Bretagne. Une circonstance vint le servir à souhait. Il avait fait emprisonner le premier président au parlement de Bretagne , Claude de Faucon, seigneur de Ris, par lequel Henri III lui avait envoyé des dépêches. Le parlement réolama bientôt, et demanda au duc la liberté de son président. Mais les membres qu'il lui députa pour cet objet se laissèrent gagner 9 et ne revinrent à Rennes que pour seconder les projets du gouverneur. Aymar Hennequin fut le meilleur appui de ces projets. Il s'adjoignit l'évêquede Dol, Charles d'Espinay. On fit , si Ton en croit Ogée y trois processions générales pour la conservation de la foi catholique; quelques-uns y marchèrent en chemise , d'autres pieds nus, avec des cierges et des flambeaux , à l'imitation de ce que faisait Henri III à Paris.

Outre ces instruments, le duc de Mercœur en employait d'autres non moins utiles et qui agissaient à différents niveaux. Ainsi le gentilhomme Talhouët fit dans le parlement et en dehors des prosélytes , parmi lesquels se trouvait le sénéchal Bertrand d'Argentré , l'historien et le jurisconsulte breton.

Le gouverneur de Montbarot , homme ferme , voulut étouffer dès leur naissance toutes ces intrigues. Appuyé d'un arrêt du parlement , qui tout en réclamant la liberté de son président , défendait au duc de Mercœur de lever des gens de guerre ou d'établir des garnisons dans la province, le sieur de Montbarot s'empara des points importants des fortifications ; ^t y plaça une garde sùre^ pendant;

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que le sieur de la Hunaudaje, lieutenan^ général, opérait des visites domiciliaires chez les ligueurs, et convoquait le ban et l'arrière ban pour le service du roi.

Inquiet de ces mouvements, le sieur de Talhouêt s'empara de la tour aux Foulons. Le lendemain l'émeute éclata; on courut aux armes , on barricada les rues sous prétexte de repousser les huguenots qui arrivaient du Bordage, à l'appel du sieur de la Hunaudaye. Le parlement s'assembk pour aviser aux moyens de calmer l'agitation ; deux présidents furent députés avec le sénéchal Guy Meneustpour haranguer le peuple. Tout ce qu'ils purent obtenir, ce fut que le^ clefs de la ville seraient confiées au président Barin , qui en répondrait, et à la porte duquel on mit une garde.

L'alloué Raoul Martin , qui étak à la tête des factieux, plaça del5 corps-de-garde dans tous les carrefours , sur les murs de la ville , donna le mot du guet et mit en réquisition jusqu'aux procureurs.

Le sieur de Montbarot se renferma dans la tour Mordelaise, et la Hunaudaye alla demander l'hospitalité au sénéchal Guy Meneust de Brequigny.

Les ligueurs s'étaient aussi emparés de la porte Toussaints et fortifiés dans son boulevard , lorsque le lendemain matin le lieutenant de Montbarot, Dubreil, s'étant présenté à cette porte pour entrer, après avoir passé la nuit dehors à la recherche de dépêches du roi, il fut repoussé comme espion des huguenots , et bientôt arrêté dans le faubourg de la Madelaine par les soldats de Mercœur. Il fut conduit au château de Nantes. « Informé de ce qui se passait à Rennes , le duc de Mercœur se hâta d'y arriver. Il se to'ouvait alors à liohéac, après s'être emparé de Redon, La porte aux Foulons étant au pouvoir des siens , ce fut par elle qu'il entra , le soir du jour même ou s'était passée la scène que nous' venons de raconter*

■isTomB DB umifBft. M5

Le lendeaudn il oon^oqua les habitants à rh6tel*de- ▼ille, et réréh sans détours ses intentions contre le roi. D était le plus fort; on plia la tète sous l'orage.

Montbarot cependant fit seul résistance. Sommé de rendre la porte M ordelaise et de sortir de la ville , il ré- - pondit qu'il n'obéirait qu'au roi , et appela à son secours les cinquanteniers de la milice. Quatre ou cinq jeunes gens seuls se rendirent à son appel. Le duc de Mercœur dé* Tèloppait en- ce moment ses projets ultérieurs sur la ft«tagne devant leparlement.- Averti de Topiniâtreté de Montbarot, il s'interrompt brusquement, sort de la salle et se dispose à faire le siège de la porte Mordelaise. Il la fait investir par deux de ses capitaines, puis après avoir logé des troupes dans les tours aux Foulons, Saint-Geoi^s et de la porte Blanche, il fait une nouvelle sommation à Montbarot; elle est repoussée comme la première. On emploie la négociation. ^ Le sénéchal et l'alloué Raoul Martin sont envoyés en parlementaires vers le gouverneur assiégé; il préfère de mourir avec sa femme «t ses enfants , dit-il, plutôt que de commettre k lâcheté qu'on lui de* mande. Le duc fait alors ses dispositions pour battre la tour avec du canon ; il s'empare des maisons voisines d'où il peut lui faire plus de mal. Montbarot , sans espoir d'être secouru, consent alors à capituler ; il se retire vie et bagues sauves à sa maison de la Martinière. Le duc installe à sa place un de ses partisans nommé Charoanière.

Rennes était ainsi au pouvoir de la ligue. Elle ne de-* vait pas y rester longtemps, car la force est un lien qui dure peu. Pendant que Mercœur, fier de son succès, allait surprendre Fougères et investir Vitré, les habitants de Rennes députèrent vers le roi à Tours, et celui-ci ne pouvant mieux, letir écrivit de chasser les ligueurs, laissant à leur gré le choix des moyens. \ défaut de la force,, on eut recours à la ruse. Une conspiration s'ourdit sous Tin*

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flueuce du sënëchal Guy Meneust, et des deux présidents Barin et Harpin. Le corps des notaires, resté fidèle au roi j fut mis dans le secret ; on avait besoin d'eux. Ils devaient monter la garde le 5 avril ; ce fut le jour choisi pour r exécution. Montbarot ne pouvait être oublié; on renvoya prévenir de se présenter aux portes au moment de l'explosion.

Elle eut lieu le jour fixé. Dès le matin , c'était uu mercredi y le sénéchal sortit de sa maison une hallebarde à la main , et donna le signal convenu en criant : Vive le roi ! Les conjurés aussitôt s'élancèrent dans les rues , qu'inonda bientôt le peuple avide de voir ce qui allait se passer. . Il ne soupçonnait pas qu'on lui avait réservé un rôle actif dans le drame qui commençait. Les présidents Harpin et Barin devinrent les orateurs qui l'excitèrent à prendre part à l'action. On déserta pour les entendre la chaire d'un prédicateur de la ligue, qui déclamait en ce moment contre le roi. La ville et les faubourgs se soulevèrent en un instant; Montbarot vint se mêler au mouvement. Les ageuts de Mercœur, Charonnière et le capitaine Jean furent arrêtés. Le prédicateur, décrété de prise de corps au nom du parlement , accepta le généreux appui du sénéchal qui le fit évader, bien qu'il eût juré de mourir à son poste.

Ce fut ainsi que Rennes échappa à la ligue; elle resta désormais fidèle au roi. Les gentilshommes royalistes y accoururent de toutes parts. Le duc de Mercœur , alors à Fougères, fit vainement diligence pour réprimer l'insurrection. Un charbonnier de la forêt lui apprit en chemin que la révolution était complète, bien qu'elle n'eût duré qu'un jour. Le duc i*etourna au siè^e de Vitré qu'il dirigea lui-même à la tête de quelques milliers de paysans.

Le parlement , dans lequel il se trouvait cependant quelques ligueurs, enregistra les lettres du roi, proscrivit la ligue, et défendit, sous peine de mort, de prendre les armes sans l'ordre du sieur de Montbarot.

HISTOIBE OB HENNES. 265

Rennes hérita de la faveur royale ^ au préjudice de Mantes livré à la ligue. Un édit du 42 avril ordonna la translation de la chambre des comptes dans notre ville , et elle y vint siéger au couvent des Carmes , où l'on fit à ce sujet quelques constructions nouvelles. Le bureau des finances et la cour des monnaies recurent aussi Vordre de quitter Nantes dans un délai de quinze jours , sous peine de nullité de leurs actes. Une autre faveur que notre ville dut à la même cause , fut celle de la translation dans ses murs de Tuniversité nantaise ^ qui ouvrit, deux ans après, ses leçons au couvent des Carmes chaussés.

Le parlement, poursuivant la réaction commencée, dé* clara le duc de Mercœur rebelle, et le roi confirmant cet arrêt dépouilla le coupable de sa dignité de gouverneur , dont il revêtit le comte de Soissons. Un autre arrêt condamna les complices , et autorisa ceux qui avaient à se plaindre d'eux à ^ saisir de leurs biens sans autorité de justice.

Bientôt à la nouvelle de l'échec éprouvé par le nouveau gouverneur , qui fut fait prisonnier à Chftteaugiron , Rennes crut que le duc de, Mercœur allait tomber sur elle avec toutes ses forces. On se mit en état de défense; on redoubla de précautions. Les ligueurs furent expulsés de la ville ; on défendit aux Carmes et Jacobins d'attaquer le roi dans leurs sermons, et de supprimer la prière qui lui était consacrée ; enfin tous les gentilshommes des environs furent appelés sous les armes pour la défense de la ville. Le gouverneur Montbarot enleva les clefs de la porte Saint- Georges à l'abbesse, qui ne recouvra plus cet antique privilège. C'était alors Gabrielle de Maure, tante de la du- 'chesse de Mercœur.

Sur ces entrefaites , deux députés étant venus de Vitré demander du secours pour les assiégés , Lavardin y fut envoyé avec 6 ou 700 chevaux , malgré le besoin qu'on pouvait avoir de sa présence. Montbarot même l'y suivit

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avec quelques autres gentilshommes; mais ib revinrent bientôt tous à Rennes ^ de crainte qu'il ne flUt attaque en leur absence. En efFet^ bien que le duc de Mer» cœur fAt retourné au siège de Vitré, le faubourg Saint* Hellier fîit un jour pillé , au moment où Toa s* y attendait le moins ; mais ce n*était qu'un piège pour attirer la garnison au dehors. La Hunaudaye qui conunandait n'en fut pas dupe , et eut le conrage de rester dans la ville , malgré les pillages que les troupes de Meroœur ne ce»* sèrent de conmiettre dans les paroisses voisines. Quelques sorties habilement dirigées eussent pu, sans compromettre la sûreté de la place, protéger et délivrer les pauvres paroisses dévastées.

Mais une nouvelle armée conduite par un nouveau gou» verneur venait secourir le pays. Le prince de Dombes , Henri de Bourbon , si impolitiquement dépouillé du gouvernement de la Bretagne au profit de Meroœur, avait remplacé le malheureux comte de Soissons, qui pourtant s'évada bientôt du château de Nantes , mais réclama vainement son ancien titre. Le 45 août le nouveau gouverneur arriva à Rennes par Ghâteaubriant et Bain, avec deux mille hommes d'infanterie, 200 chevaux, de l'artillerie et des munitions. Le manoir épiscopal avait été meublé pour recevoir le prince. Un magasin de blé avait été fait dans la maison du Cartage, pour nourrir les troupes qui l'accompagnaient , et qui furent logées chez les bourgeois, auxquels fut accordée une indemnité.

Le prince en arrivant se rendit à la cathédrale ponr prêter serment. Le lendemain il présenta au parlement #es lettres de créance, et à la communauté la lettre de Henri ni, en date du 5 juillet, qui lui donnait ses pouvoirs. Sa harangue au parlement excita un grand enthousiasme.

Rennes, au milieu de cette joie , ne s'attendait goère à la fatale nouvelle qui allait lui révéler des* événement» déjà vieux de plus de dix jours. Une lettre du roi à l'adresse

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de la oommuimutë , vint lui annoncer Vassassinat de Henri

Ce oompte rendu de Yévénement iait par la Tietime elleHnéniedeYaic, comme on l'avait espéré, calmer tontes les inquiétudes, et maintenir les fidèles dans leur devoir, lorsque le lendemain une seconde lettre arriva , datée du 2 août, et à l'adresse de MM. les échevins et habitants de Rennes. Celle-ci était signée du roi de Navarre, Henri lY, qui avait tracé ces mots de sa main à la marge : « Contenez mon peuple en mon obéissance , et vous as- » surez de la Tolonté que j'ai de tous soulager et gra- » tifier. »

Le duc de Mercœur tenta de soulever Rennes; mais le sénéchal de Fougères qu'il y envoya dans cette intention fut arrêté, condamné et pendu. Le duc usa de représailles sur le juge de Laval, son prisonnier.

Les ligueurs de Rennes qu'on n'avait pas tous evpulsés commençaient à s'agiter. Le prince de Dombes , pour calmer cette effervescence , dont les suites pouvaient devenir dangereuses, vint au parlement faire reconnaître Henri IV, et rassurer les esprits sur la religion du nouveau roi, qui avait promis ptzr écrit de se faire instruire dans la foi catholique sous le délai de six mois. Alors toutes les indécisions cessèrent, et Henri de Bourbon fut proclamé solennellement dans notre ville le 44 septembre.

Un service fut célébré en l'honneur de Henri UI, et l'on prêta serment à Henri lY sous la condition qu'il se ferait catholique. Des commissaires furent nommés pour se rendre dans toutes les villes bretonnes y recueillir les adhésions et détruire les calomnies répandues contre l'orthcK doxie du prince.

Le parlement de Rennes était ainsi le premier à reconnaître Henri IV. Pendant qu'il donnait ces preuves de dévouement au nouveau roi , Mercœur continuait ses conquêtes, presque sous les yeux du prince de Dombes,. trop

faible pour s*y opposer. Les ligueurs qui dérastaieut les environs de Rennes furent enfin repoussés par une sortie du sieur de Bastenai. Chaque jour apportait la nouvelle de quelque ville enlevée par eux. On vit arriver à Rennes le sénéchal de Quimper, forcé d* abandonner cette place tombée au pouvoir de la ligue.

Cependant on avait redoublé de précautions pour la sûreté de notre ville. On avait fait une ordonnance pour se procurer des arquebuses , et celles que possédait la milice étaient soumises à une inspection régulière; des maisons voisines de la porte Saint-Michel avaient été abattues pour qu'elles ne pussent servir d*abri à l'ennemi, et les rentiers qui les habitaient avaient été déchargés de leurs rentes.

Le prince de Dombes avait proposé aux habitants de loger cent arquebusiers à cheval et cent hommes de pied dana''''kss faubourgs pendant Thyver, pour les prot^er contre les courses des ligueurs. Une taxe devait être établie pour leur solde sur toutes les mabons sans exception , ni privilège dVglise , noblesse ou justice.

(-1890.) Le duc de Meroœur répondit à l'arrêt de proscription du parlement de Rennes , en créant un autre parlement à Nantes ( 8 janvier) j au nom du nouveau roi de France, Charles X, proclamé par la ligue.

Ce fut après l'un des licenciements forcés que le prince de Dombes faisait de ses troupes, qu'il revint à Rennes et reçut les remontrances du parlement avec toute l'insouciance d'un jeune homme qui songe avant tout à son plaisir. Les courses de bague, alors fort en vogue, lui firent bientôt oublier la harangue du premier président. 11 était descendu au manoir épiscopal, toujours veuf de son prélat, et devenu l'hôtellerie des grands seigneurs de passage.

La communauté ne s'endormait pas comme le prince. Après avoir dressé un règlement pour la tenue de ses as-

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semblées y elle réorganisa sa milice, et la divisa en quatre cantons qui chacun avaient leurs couleurs différentes et leurs che£i distincts 9 sous le commandement suprême dugouver^ neur Montbarot. Ainsi le canton du Champ-Jacquet , en bleu, avait quatre capitaines cinquanteoiers ; le canton de la tour du Chesne ou de Thâtel de ville, en violet, en avait cinq; le canton de Saint«*François, en gris, avait le même nombre; le canton de Saint-Thomas, en jaune, n'en avait que quatre* Du reste chaque canton avait de plus un capitaine et un lieutenant qui commandaient aux cinquanteniers et obéissaient au gouverneur.

Ce dernier, non moins actif que la communauté, fit aussi faire à cette époque des retranchements derrière la rue de la Reverdiais , sorte d'ouvrage avancé qui protégeait le faubourg et les abords de la porte aux Foulons.

Enfin une procession solennelle, à laquelle assistèrent le parlement , la noblesse et tous les corps de citoyens , eut lieu pour ranimer le zèle et demandera Dieu le retour de la paix.

Mercoeur, pendant ce temps y faisait une nouvelle tentative .S4ir Vitré, que sauvait Tintrépidité du sergent-major Raton« Le jeune prince de Dombes interrompait un instant ses jeux pour assister au service anniversaire célébré en^ mémoire de Henri III dans la cathédrale, en présence du parlement et de ht noblesse , sauf quelques dissidents. Enfin il sortait de Rennes pour arrêter les courses, de Mercœur, et, à la tète de 40,000 hommes échouait devant Dol, li-* cendait encore son armée, et revenait à ses plaisirs dans notre ville.

Tandis que la Rasse-Rretagne était en feu,, les états s'assemblaient à Rennes ( 27 décembre ) dans la* grande salle des Jacobins ^ aucun évêque ne s'y. trouva. La ligue les avait tous entraînés à l'exception de celui de Tr^^uier, qui envoya un chanoine comme- son délégué. Cinq membres seulement y représentèrent l'ordre du clergé , sous

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la prësklenœ de Tabbé de Saint-Bfelaiiie, Malhunn de Moatalais; quamate geotikhoinines oomposèKiit Tordra de la noUease que présida le siear de la fiïuce-PcNithas ; le tiers fut formé des dq>uté8 des sept bonnes Tilles restées fidèles au roi , et pour compléter rassemblée , on j fit entrer les réfugiés et quelques prieurs, contre l'usage* Le prince de Bombes s'y présenta suivi des commissaires royaux y qui exposèrent , suivant la coutume, les demandes de subsides au nom du roi. Elles furent presque toutes accordées*

De nouvelles processions eurent lieu, ainsi qu'un ser^ vice particulier célébré aux Gordeliers au nom du parlement pour Henri III. On exécuta en effigie lea membres 4e la cour souveraine illégale instituée à Nantes par le duc de Meroœur.

Qgée assure que la première séance de la diambre des comptes eut lieu cette année aeulement à Rennes dans les salles qu'on lui avait fût préparer, au couvent des Cannes, l'année précédente.

Il fout noter aussi qu'à cette époque la charge de contrôleur des octrois était déjà vénale et coûtait 400 écus au soleil, plus neuf écus de marc d'or; les geges s'élevaient à 24 écus.

(4591.) La guerre continuait toujours plus acbamée depuis l'arrivée des Espagnols ; mais Rennes n'y prit aucune part qu'en acquittant ses impôts, et en se tenant sur ses gardes , car elle savait que la ligue la muguetait» Les habitants de trois lieues à la- ronde furent appelés , par arrêt de la cour, à travailler aux fortifications. Une casemate, dite caponière, fut construite à la porte Saint* Midiel ; les habitant» se taxèrent vok>ntairement pour la séparation des muis- et des fossés; les cabaveCs oti écJioppes ^ la butte du Gbanp-Jaequet et de la Pompe furent assujétis à une redevance plus forte* Le gouverneur Montbarot, qui se souvenait de sa capitulation dans la tour

Moffddaifte , rësuhit de quitter ce- donicife pour un plu» sur y et choisit la tour aux Foulons. La communauté lui fit construire un logis neuf dans le boulerart de cette porte y et l'on y ajouta tous les travaux dont Tart des fortifications pouvait alors reotourer.

La milice, toujours sur pied, demanda pour prix de ses fatigues que ses capitaines fussent exempts de fouages et tailles. On ne sait s*il fiit fait droit à leur requête.

Le prince de Dombes , en apprenant les succès de la ligue, s'arracha enfin aux délices de Capoue , après avoir acœplé le festin offert par la communauté à ses lansquenets. Le breton célèbre Lanoue, si estimé même de ses adversaires en religion , vint rejoindre le prince, ainsi que l'avaient demandé les états. Les deux armées se retrouvèrent encore en présence, et s'observèrent pendant deux jours sans en venir aux mains. Cette fois la prudence de Mereœur fut la cause de cette inaction. La guerre de sièges recommença , et Lanoue mourot à celui de Lamballe.

Le retour du prince de Dombes à Rennes attira bientôt l'attention ailleurs. Le lieutenant-général La Hunaudaye, tombé malade à Vitré, voulut se faire apporter dans notre ville. Il mourut en chemin dans sa litière. Ses funérailles fnrent célébrées avec pompe le 6 janvier dans l'église Bonne-Nouvelle, en présence de tous les corps judiciaires, religieux, civils et militaires.

Les états de la ligue avaient été tenus cette année (4592) à Vannes* La Bretagne pouvait être perdue pour le roi , si Henri IV n'eût remédié aux suites du désastre avec son activité et sa pudence ordinaires. Il résolut de rappeler le prince de Dombes, et d'envoyer le maréchal d'Aumont à sa place. Mais le premier, revenu à Rennes, ne se pressait pas d'obéir. En attendant son successeur, qui d'ailleurs n'arrivait pas , il commença une guerre intes*tine aveo le parlement et la noblesse, qui sollicitaient son éloignement» Toufoms occupé de ses plaisirs et des

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charmes de la jeune douairière de Kenrenno , il laissait Mercœur tenir la campagne et poursuivre ses succès. Le parlement s'assembla et députa vers le roi les deux présidents Barin et Harpiu , chaînés de lui présenter leurs plaintes et un plan de trêve pour mettre fin aux troubles qui désolaient la province. On écrivit aussi au maréchal d'Aumont pour le prier de hâter son arrivée. Mais le prince de Dombes, soupçonnant les démarches secrètes de ses ^nemis, fit épier et enlever le message aux portes de Rennes. Cette voie de fait ne pouvait rester sans représailles. Le parlement s'opposa aux levées de deniers que voulait faire le prince , et celui-ci fit chasser de la ville , comme ligueur, l'un des présidents, Bnislon delà Musse, qui avait fait la plus vive opposition à ses projets. Irrité de ce nouvel acte de despotisme , le parlement députa plusieurs de ses membres vers le duc pour obtenir des explications. Il refusa d'en donner à d'autres quau roi , et fit chasser v^n autre conseiller nommé Raoul. Enfin les états s'assemblèrent à Rennes aux Jacobins, et calmèrent ces irritations qui s'envenimaient chaque jour. Le maréchal d'Aumont y fit présenter une instruction pour la levée de l'armée. Henri IV, alors sous les murs de Rouen, signa un édit qui créait un corps de ville à Rennes , à la requête des nobles , bourgeois , manants et habitants. Ce corps municipal devait être composé de six échevins, d'un procureur-syndic et d'un greffier. L*édit prétend que jusquelà il n'y avait eu à Rennes aucune maison de ville et échevinage pour la direction des affaires communes. Nous avons vu que ce corps existait de fait depuis longtemps sous le nom de communauté de ville. L'édit de Henri IV , quoi qu'il en dise, ne pouvait donc avoir pour objet qu'une confiramtion des anciens droits reconnus par tous les souverains qui s'étaient succédé sur le tr6ne de France^ depuis l'union de l'ancien duché à la couronne. Il est vrai qu'il était de la politique des rois de France d'eflaoer.

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autant que possible, la trace de l'origine d'anciennes libertés que Ton pouvait avoir besoin de supprimer ou de modifier un jour. Le temps des modifications était même déjà venu, et c'en était une qu'opérait l'édit en question. Charles et Julien Busnel, ce dernier sieur de la Retardaye et de la Merrandière , reçurent à cette occasion des lettres de noblesse. Ce précédent fut souvent imité par les successeurs de Henri lY , et créa presqu'un privilège en faveur de ceux des membres de notre corps de ville qui avaient acquis un certain nombre d'années d'exercice.

La nouvelle assemblée ne s'occupa pas avec moins de zèle que l'ancienne des devoirs qui lui étaient imposés. Elle fit un règlement pour les chevaliers de l'arbalète qui s'assemblaient encore à la butte du Champ-Jacquet , malgré les progrès de Tarquebuse. Elle continua avec ardeur les travaux de ses fortifications , et réussit même à j faire contribuer les officiers de la chancellerie, eu les obligeant de fournir, sans préjudice à leurs privilèges, 46 hommes pour travailler un seul jour par mois. Enfin elle remit à des temps plus tranquilles la fête du papegault, afin d'éviter de faire une consommation inutile de munitions, et de distraire de ses fonctions de surveillance la garde ordinaire de la ville.

(4595.) La lieutenance générale de Bretagne continua d'être divisée. Le marquis de Coëtquen succéda au sieur de la Hunaudaye dans le commandement dont Nantes était le chef-lieu. Le marquis de Sourdéac commanda dans la Basse-Bretagne; mais pour ne pas blesser Montbarot, qui avait rendu de si grands services , on le laissa maître du diocèse de Rennes, au détriment du marquis de Coétquen.

Les états avaient appuyé ses réclamations à cet égard. Le procureur des bourgeois, Bonabes Biet, fut député en cour pour présenter aa roi , selon la coutume, les remontrances de ces états, avec François Le Porvost, chanoine,

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et le baroD de Crapado, «^eyalier, quîixit arrélë comme rebelle avant d*atteiDdr6 le but de aoa voyage

En effet, une cob&piration avait été ourdie à Rennes même par le marquis d'Acérac pour livrar la ville au duc de Mercœur, et le baron de Grapado, d* abord complice , devint traître , puis victime. Le prince de Dombes , devenu récemment duc de Montpensier ^ qui avait contre le baron de vieux ressentiments à venger , fit saisir le conspirateur malgré ses révélations avec un de ses complices, L'Estang- Breil-Mario 9 et les fit juger tous les deux en conseil de guerre. Condamnés au dernier sup|>lice^ ils furent exécutés immédiatement, et la population ne vit pas sans effroi leurs têtes placées au bout d'une pique sur le sommet de Tune des tours de la porte Blanche. Les soupçons s'étendirent jusque sur les dames de la Musse et de Châteauoeuf, qui i\irent chassées de la ville, ainsi que le beau* frère de Crapado ^ Chastelier Préauvé> Le marquis d'Acérac, le plus coupable, fut le seul qui .échappa, grâce au crédit de son parent Sourdéac. Henri IV blâma le duc de Montpensier d'avoir soustrait les crimmela à la juridiction ordinaire du parlement.

Ce duc gouverneur, si généralemient détesté , partit enfin de Rennes (44 février) avant l'arrivée du maréchal d'Aumont , laissant la Bretagne sans direction unique.

Le duc de Meroœur , après avoir reftisé de publier la trêve conclue en France , marcha de nouveau sur Rennes et vint se loger à Fontenai, dans ses environs, en attendant le résultat des intelligences qu'il s'était ménagées dans notre ville. Les habitants inquiets avaient envoyé demander du secours au maréchal. Saint*Luc arriva , entra dans Rennes à la vue de l'ennemi , qui demeura, encore quinze jours à Fontenai, sans vouloir accepter le combat que lui ofirait sans cesse Saint^Luc , logé dans les £blubourgs.

Cet événement fit demander au roi de nouveaux secours

anioniB de Rsimfis. 275

qa*il ne put accorder , mais il hâta l'arriTee du maréchal d^Aumont , qui vint enfin assez à propos pour faire lever le siège de Moncontour, entrepris par Mercœur en quittant Rennes. La trêve ordonnée fut alors publiée en Bretagne, et les deux partis suspendirent leurs hostilités, du moins dans quelques parties de la province.

(4594.) La trêve dont nous avons parlé étant expirée avec Tannée 4595, les préparatifs de guerre, qui n'avaient pas cessé, reprirent une nouvelle ardeur.

Le maréchal d' Auraont , après une courte expédition sur liaval, revint à Rennes, où il apprit presqu'en même temps la nouvelle importante de l'entrée de Henri IV à Paris. Elle fut célébrée avec enthousiasme en notre ville par un Te Deum dans la cathédrale , et une procession à Bonne-Nouvelle , à laquelle assistèrent les différents corps civils, militaires et judiciaires. Le maréchal, blessé, la suivit à cheval entre les présidents Harpin et Rogier, à la tète du parlement. Il fut défendu d'ouvrir les boutiques pendant la solennité.

A peine était-elle terminée, le capitaine Fontlebon, qui commandait au château de Québriac, mais qui se trouvait à Rennes depuis plusieurs jours , vint prêter sçi^ ment de fidélité au roi entre les mains du maréchal, tant pour lui que pour ses compagnies de chevau-légers , d' arquebusiers à cheval et gens de pied formant la garnison de la place qui lui était confiée.

Le bon effet que devait produire cet exemple , ménagé peut-être à dessein , faillit être gâté par le zèle intempestif du parlement, qui fit saisir et emprisonner pour dettes ce gentilhomme venu à, Rennes sur la foi d'un sauf-conduit. Le maréchal demanda aussitôt sa mise en liberté ; le parlement refusa ; une malheureuse collision allait s'ensuivre. Le maréchal se rend miUtairement à la prison , fait enfoncer les portes et sortir le prisonnier. Le parlement restant prudemment dans lés formes , fit rapporter un procès-verbal d'effraction, auquel il ne donna pas suite.

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Mais la yengeance qui ne pouvait éclater se fit jour par de petits moyens. Une requête fiit présentée au parlement par les habitants de Rennes pour se faire décharger d'un impôt créé par le gouverneur» Ce dernier, selon les formes , fut appelé dans l'assemblée , qui s'éleva unanimement contre lui , et Timpôt fut aboli.

Cette fois du moins les querelles des grands étaient profitables aux petits. L'exemple de la violation de la loi n'a pas toujours été aussi peu dangereux.

Toutes les chances revenaient au parti royalbte. De nouveaux renforts amenés de France par Montmartin arrivèrent à Rennes précédés de Saint-Luc, qui, sans attendre la fête qu'on lui préparait , les quitta aussitôt pour se rendre aux nouvelles conférences d'Ancenis, où assistèrent les présidents Harpin et Barin, et qui n'eurent pas plus de succès que les premières. Ces tentatives infructueuses étaieût comme des transitions obligées que préparaient,* pour atteindre leur but , Henri lY et son conseiller Sully.

Le gouverneur Montbarot avait, pour seconder leurs desseins, été souvent forcé de s'absenter de Rennes, et de sa tour aux Foulons qu'il y avait prise pour domicile. Les habitants présentèrent une requête au roi pour demander la résidence continuelle de leur gouverneur dans leur ville, « attendu les entreprises de M. de Mercœur » , qui ne songeait guère en ce moment à les attaquer.

Busnel , sieur de la Touche , était alors connétable de Rennes, et les environs, jusqu'à la mabon des Loges, étaient pleins de troupes royalistes de la suite du maréchal ou sous les ordres de Montmartin. Ces troupes, dont une partie résidait aussi dans la ville , furent conduites au siège de Gorlay, où Fontenelle s'était enfermé et capitula, grâce à une ruse assez grossière.

Pendant ce temps-là, les états s'ouvraient à Rennes aux Jacobins , deux fois dans la même année , et l'évêque de

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Rennes y présidait. Peu à peu les dissidents se ralliaient à la cause triomphante , et une sorte de fusion obligée s'opërait. Â la fin de la session , la joie qu'avait causée à Rennes la nouvelle de la trêve récemment conclue, fut encore augmentée par celle de l'absolution du roi. Un Te Deumy une procession de la cathédrale à l'église Toussaints j des feux de joie y le bruit du canon et des cloches célébrèrent cet heureux événement qui semblait valoir un traité de paix.

L'intempérie de la saison et l'abondance des pluies avaient cependant amené bien des causes de tristesse , en répandant la disette dans le pays. On ordonna une nouvelle procession, et la communauté, malgré les secours, qu'elle eut à distribuer aux malheureux , n'en fit pas moins les dépenses nécessaires pour la sAreté et la salubrité de la ville.

Elle créa un système d'éclairage , qui tout imparfait qu'il fut , n'en rendit pas moins de grands services alors. Par son ordre, des lanternes furent placées de douze en douxe maisons aux frais des habitants.

Une citerne fîit construite sur les Lices pour fournir de l'eau à la pompe du Cartage qui en manquait. Les misenrs chargés de ce travail reçurent l'ordre d'apposer au sonunet de cette citerne les armes de la ville et du sieur de Montbarot. René de Saint-^Pem , sieur de Champalaune, était alors connétable et avait succédé à son père Busnel , sieur de La Touche (4596). L'évéque de Rennes, Aymar Hennequin , mourut au commencement de l'année suivante, et fiit inhumé dans la chapelle de Saint-Sébastien , près d'Yves Mayeuc , dans la cathédrale. Arnaud d'Ossat, le négociateur de la réconciliation de Henri lY avec le Saint-^iége, et qui depuis fiit cardinal, occupa le siège épiscopal de Rennes; mais il ne vint point dans son diocèse.

Le maréchal de Brissac vint prendre le commandement,

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en chef. U fit son entrée à Rennes le 25 octobre par k porte Blanche y avec tous ks honneur» dus à sa dignité, et se rendit incontinent à la cathédrale , où il prêta serment entre les xnaios du trésorier François Le Provost. Qnelqiies jours après, il se présenta au parlement, où ses lettres de créance avaient été préalablement enregistrées.

Pendant que les négociations continuaient pour la paix à Chenonceaux , les états s'ouvrirent à Rennes aux Jacobins. Il s'y fit une innovation que nous devons noter au passage. Comme il ne se trouvait aucun baron dans l'assemblée pour présider Tordre de la noblesse selon la coutume, ou prit le parti d* élire un gentilhomme à la majorité des voix des trois ordres. Le choix tomba sur Renaud de la Marzélière, mais on déclara expressément que « cela » ne tirerait pas à conséquence pour Tavenir. » Nous verrons pourtant ce précédent se renouveler , toujours sans préjudice pour la coutume*

(4597.) La fin de la trêve ramena la reprise des hostilités. D'autres inquiétudes vinrent encore augmenter l'embarras , ébranler la fidélité de bien des dévouements incertains. Le duc de Mercœur faisait répandre des bruits alarmants sur la santé du roi, sur les échecs éprouvés par ses armes. L'imagination aidant, on le croyait perdu» La misère du peuple contribuait à faire naître cet effroi de l'avenir. Une partie des habitants était réduite à mendier dans les rues , tant le blé était cher. Qu'était-ce donc de la population des campagnes? La communauté, toujom:s fidèle à ses devoirs, vint au secours des malheureux par des aumônes publiques. On vota à cet effet, en vertu de lettres royales, la levée d'un écu par pipe de vin hors du cru de la province, et un sol par pipe de vin blanc clairet débité à Rennes. L'impôt même volontaire sera toujours la meilleure manière de régulariser l'aumône et de la rendre vraiment utile.

Pendant ce temps, le maréchal de Brissac, après une

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fiiible démonstration pour réprimer les désordres auxquels la. Basse-Bretagne était surtout en proie, rentrait à Rennes où l'agitation des esprits lui faisait craindre quelqu'explonon, et laissait à Sourdéac le soin de poursuivre Fontendle. Le maréchal , en s* enfermant à Rennes , ne put y loger ses troupes à cause de la cherté des vivres. H les cantonna dans les villages aux environs, où elles se barricadèrent de crainte de surprise.

Meroœnr ne songeait point à les attaquer en ce moment. Les choses en étaient là , lorsque Montmartin apporta un jour à Rennes , au parlement et à l'hôtel de ville, des lettres du roi qui annonçaient son arrivée. « Nous » ferons tout ce que le roi voudra, s*écria-t-on d'une • commune voix dans les deux assemblées ; puisque nous » avons employé nos vies pour son service, nous pou- » vous bien employer nos biens pour notre délivrance. »

L'ouverture des états eut lieu presque aussitôt pour voter les fonds nécessaires à l'expédition royale. On mit à ce vote pourtant la condition expresse que la levée n'aurait pas lieu si le roi ne venait pas. Des précautions furent prises pour que l'impôt ne f(Vt pas détourné de son allocation. Un coffre à quatre serrures et trois cadenas devait recevoir les fonds confiés au trésorier des états , qui n'en disposerait qu'en présence de deux députés de chaque ordre , munis chacun d'une clef. L'impôt devait être restitué, si le voyage du roi n'avait pas lieu. Cet unique et curieux exemple de bonne foi n'a pu être donné ; on doit le regretter, mais la présence de Henri IV eût été plus regrettable encore.

La mort de M"* de Montbarot , qui survint à la même époque, fut pour Rennes l'occasion de prouver la tolérance qui s'était introduite dans les esprits depuis les temps qui avaient précédé la ligue. M"* de Montbarot était protestante. Ses funérailles furent célébrées selon le rit de cette croyance , sans qu'aucun signe de méconten-

HISTOXaS DE aBNNSft.

tement public vînt troubler la cérémonie. Les i|[eatil»hommes et les officiers du gouverneur portèrent le soir, vers huit heures , à Saint-Aubin , le corps de la Dame y enfermé dans un cercueil de plomb , et le déposèrent dans Fenfeu de la famille , en présence d'un grand nombre de calvinistes qui suivaient le convoi, précédé d'une longue ligne de pauvres en habits noirs , sous la surveillance du gardien de Saint-Yves. Le recteur de Saint-Etienne , Pierre Alléaume, quelques échevins, des membres du parlement se mêlèrent au cortège qu'escortait la foule des bourgeois attirés par la curiosité.

(4598.) Cet incident passé, on revint à la grande préoccupation, l'arrivée de Henri IV. « Dites à mes servi- » teurs , avait-il dit à Montmartin en l'envoyant à Rennes, » que je me suis résolu de me faire duc de nom et d*ef- » fet de Bretagne; je y porte la paix et la guerre; je y » châtierai les opiniastres, et pardonnerai à ceux qui de » bonne heure se reconnaistront ; qu'on le fasse entendre » à ceux qui tiennent mes places sous M. de Mercœur. »

Ces paroles fermes eurent leur effet. Quelques soumissions vinrent fortifier encore le parti royaliste. Le roi se mit en route; Mercœur effrayé redoubla ses démarches pour traiter. La duchesse de Mercœur fut envoyée près de Henri IV pour préparer les voies à un accommodement ; les larmes d'une femme désarmèrent le vainqueur , qui n'en exigea pas moins la renonciation du prétendant au gouvernement de Bretagne, moyennant une pension.

Cette indemnité ne fut pas la seule offerte au vaincu. On accepta , comme nouveau gage de la réconciliation , le mariage qu'il avait proposé de sa fille avec César de Vendôme, le fils du roi et de la belle Gabrielle , marquise de Monceaux.

L'édit contenant tous les détails de la transaction royale , et précédemment signé à Angers où le roi s'était arrêté, produisit à Rennes un grand enthousiasme, qui

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se manifasta par des prières et des réjouissances publiques. La cour des comptes fut la seule à réprimer cet élan , en refusant d'enregistrer l'édit qui semblait apporter la paix. Plus tard le parlement^ entraîné d'abord, fit ses réserves, mais sans résultat.

lie roi alors vint à Nantes, ''où il donna l'édit fameux qui prit le nom de cette rille, et régla les droits des*réfOTmés (45 avril ). Après avoir reçu les ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande , il allait quitter la Bretagne sans visiter Rennes , lorsque Sully l'engagea à s'y présenter pour se fsiiçd des amis. Il vint le 8 mai demander l'hospitalité à M™^ la maréchale de Brissac , en son manoir de Fontenai , à deux lieues de notre ville , dans la paroisse de Chartres. Le lendemain , c'était la veille de la Pentecôte, il fit son entrée solennelle par la porte Toussaints. En traversant, pour y arriver, le faubourg de la Magdelaine, et au moment d'aborder le pont du premier boulevard, il fîit harangué, au nom du présidial, par le fils du célèbre sénéchal Guy Le Meneust de Bréquigny. Au premier repos de l'orateur, le maréchal de Brissac présenta au roi les clefs d'argent doré , que portait Montbarot, et qui, payées 32 écus au soleil à l'orfèvre, pesaient un marc six onces trois gros. « — Voilà de belles » clefs, dit Henri en les baisant, mais j'aime mieux en- » core les clefs des cœurs des habitants. » Il franchit alors les trois ponts-levis successifs , au bruit des cloches et du canon , et se dirigea avec son cortège vers la porte Saint- Germain , où Ton avait élevé un arc de triomphe en verdure, décoré du portrait du roi. Henri avait défendu toute dépense onéreuse; la joie sans frais n'est pas la moins pure. Les acclamations du peuple le suivirent à la cathédrale Saint-Pierre , à la porte de laquelle l'attendait le clergé. II eut à essuyer là une nouvelle harangue du trésorier François Le Provost ; puis le parlement eu robes rouges vint le saluer, suivi de la chambre des comptes et

de la chaooeUerie. Ce ne fat qa'alon qu'il entra dans TegUse, où l'on duuita oh Te Deum et les Tépres, arec tonte la musique du diœur.

n k^iea au manoir éptsoopal, où il retrouva son portrait , seul luxe que se permit , malgré ses ordres , la flatterie populaire. Ce oourtisan-là ne lui psotit pas dange-

Le lendemain rérèque de Nantes , Charles de Bourg- Neuf, ofBda dans la cathédrale, en présence du roi qui communia de ses mains , puis toucha les scrofaleux sdon la coutume des rois de France.

Le 44 mai Henri lY alla dîner et chasser à la Préralaye, ou Préemballais j comme on écriyait alors, qui appartenait à l'une des branches de cette fimiiDe Tierry du Boîs-Orcand, que nous avons Tue figurer parmi les membres de la communauté de Tille.

Pendant cette promenade du roi , un prin€» étranger de sa suite fut assassiné dans la rue Rererdiais, hors ▼ille, par six Anglais qu'on ne put découTrir. La cbronique ajoute que ce crime fut commis dans une maison suspecte. Le prince de Moldavie eut mieux fait de suivre le roi à la chasse , ou de l'attendre paisiblement en son logîa de la rue Neuve-Mon-Conirère , chez sire Nicolas Gaultier, trésorier en l'église Saint^Sauveur. Il fat inhumé avec pompe au couvent de Bonne-Nouvelle, chez les Jacobins. Henri FV, profondément touché de cette mort, ne sortit pas le lendemain , si ce n'est la nuit pour aller au bal.

Le jour suivant, 45 mai , il entendit la messe à Saint- Pierre, puis il alla jouer à la paume entre les rues Coëtquen et Baudrairie, où était alors situé l'édifice destiné à ce jeu. Ce ne fut que plus tard, après l'incendie de 4720, qu'il en fut construit un autre près la porte aux Foulons. L'après-midi, accompagné de la noblesse, il passa la revue, ou comme on disait , il fit faire une

monstre de ses gens, des régiments français, dans le pré André où, le jour de son arrivée, la milice rennaise s'était rangée sur son passage. Après la revue, il retourna chasser à la Prévalaye, où Tattendait un de ces prodiges réservés aux chasseurs. On tua dans la plaine un lièvre monstre, pourvu de deux corps, huit jambes, une seule tôte et trois oreilles « ainsi que plusieurs l'ont rapporté » qui étaient à la dite prinse », raconte iogénuement M^ Jehan Pichart, notaire royal et procureur au pariement, qui nous a tranraais les détails de cette partie de chasse , non moins digne du pinceau dramatique de Collé que celle de la forêt de Senart. La chasse fut suivie de luttes bretonnes sur le préau et de danses villageoises au chêne de Sainte-Foix.

Le soir en rentrant à Rennes, le prince alla souper chez Fabbé de Saint-Melaine , Mathurin de Montalais, auquel il voulait donner un témoignage d'estime pour sa fidélité*

Parmi les détails du passage de Henri lY à Rennes, nous ne devons pas omettre de noter sa visite à l'hôtel de ville , où il fut reçu par la communauté dans un pavillon élevé à la hâte, auquel on arrivait par un perron de deux volées. Les incidents imprévus ne manquèrent pas non plus au séjour du roi pour varier ses plaisirs. Dans la rue, à la porte de la cathédrale d'où sortait le prince, un homme vint à lui brusquement et lui dit : « Je suis duc de Bretagne , je vous fab prisonnier. » Le roi s'amusa beaucoup de cette saillie ; mais le pauvre fou , nommé Gravelle , dont on avait voulu se saisir , se cramponna si fortement aux jambes de Montbarot , qu'il reçut un violent coup sur la tête, avant de lâcher prise. On le fit enfermer 9 et Montbarot essuya des reproches du roi pour l'avoir exposé à cette rencontre qui pouvait offrir quelque danger.

Toute la noblesse bretonne, qui afflua dans notre ville

284 HUTOiBB OB uniras.

a cette époque , oflnt son hommage au Béarnais , et cdui« ci, avec cette malice d'à-propos qui lui était si naturelle, dit à Tua de ces gentibhommes , en présence des plus r^ calcitrants : Sourdéac, la fête des rois est passée.

Un événement assez commun dans sa vie retarda d'un jour le départ du roi. Une belle damoiselle, fille d'un avocat et femme d'un capitaine nommé Des Fossez, captiva le Béarnais par ses charmes, et lui fit oublier un instant ceux de la marquise de Monceaux. Elle fut honorée d'une audience particulière. Son mari devint sergentmajor à Calais, et elle-même obtint la survivance de 6abrielle à la cour.

Enfin ce ne fut qu'à regret, le 47 mai, que Henri FV quitta Rennes, le cœur plein de viis et tendres souvenirs. Il s'en alla par Vitré, laissant dans notre ville Sully, baron de Rosni , pour le représenter près des états , qui s'ouvrirent le 48 mai aux Jacobins.

Le roi y fit remise au peuple de tous les arrérages d'impôts dûs exclusivement jusqu'à 4597; aboUt la levée pour les gens de guerre et les impôts établis par le duc de Mercœur; promit l'abolition de l'aide sur le vin, mais il demanda des fonds suffisants pour l'accomplissement des traités concernant la Bretagne, la réduction des places fortes, les récompenses dues aux seigneurs soumis, le licenciement des Subses , les garnisons , la garde spéciale de M. de Brissac, les navires achetés à Nantes. Huit cent mille écus furent promis par les états sur la taxe du vin. Six mille écus furent en outre offerts à Sully, qui les rffusa, mais qui accepta les dix mille que lui fit donner le roi par les mêmes états. N'était-ce point là le cas de répéter ses propres paroles : « Où est-ce que ces pauvres > Bretons pourront prendre tout l'argent qu'ils m'ont » promis? »

Le samedi 25 mai , dit le Ms. de Pichart , la duchesse de Mercœur arriva à Rennes en assez pauvre équipage,

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eu égard au temps passé. Elle logea à VhàuA de l'Ecu de France y Tau Samt^Germaiu, et elle partit le jour du petit sacre 9 28 du même mob.

L'hôpital Saint-YTCS éprouva uo effet de cette hienveil* laute équité qui cherchait à étouffer tous les mécontentements, en tâchant de concilier tous les intérêts. Un arrêt du conseil « en considération des grandes pertes que * » l'hôpital Saint-Yves avait souffertes pendant les guerres » de la ligue pour le paiement et la nourriture des gens > de guerre, octroya audit hôpital^ pendant neuf ans, le » quart des deniers casuels du domaine royal f en la ju- » ridiction et sénéchaussée de Rennes. »

Un grand nombre de gens de guerre, gentilshommes et autres, s'étaient retirés à Rennes, en la ville et faubourgs depuis la fin des troubles. Leur présence pouvait être nuisible à la tranquillité publique, dont on était désormais si avide. Le gouverneur Montbarot , de concert avec la communauté, leur donna Tordre de rejoindre Tannée et les enseignes du maréchal de Brissac.

René Marec, seigneur de Montbarot, La Martinière , de Plessis*Baliczon , etc, continué dans le gouvernement de notre ville, nomma, comme il en avait le droit, pour son lieutenant, Jean-Jacques de Lombar, escuyer, par une lettre datée de son logis de la tour aux Foulons , le 9 juillet 4598.

La communauté imposa une amende de 20 sols au profit des pauvres, à ceux de ses membres qui, sans excuse valable, ne se trouvaient pas aux assemblées aux heures indiquées par le sergent. Les ecdésiastiqnes même n'étaient pas exempts de cette peine, qui était une garantie d'assiduité, la seule possible en pareil cas pour prot^er les intérêts publics contre Taoïsme ou Tinsouciance.

Nous verrons plus d'une fois encore la communauté occupée de son r^lement intérieur , ne parvenir que peu à peu à le rendre efficace et complet. Un autre soin plus

286 HisvoiBs DB usinais.

important appela dans ce moment son attention. L'hôtel de Tille ^ bien qoe réparé pour le passage de Henri IV , menaçait ruine de nouveau; il fallait songer à en acquérir un autre. On traita avee M. de Montharot pour qu'il cédât son hôtel situé au puits du MesniL Cette acquisition coftta à la rille 289$(NI 1. , qui furent pris sur les deniers du sol et liard pour pot de vin et cidre. On quitta l'ancienne maison commune, et l'hôtel Montbarot servit pendant quelques années aux réunions du corps de ville*

L'évéque, Arnaud d'Ossat, créé cardinal, fut transféré de Rennes à l'évéché de Bayeux , et remplacé dans notre ville , qui ne le connaissait pas, par Séraj^in Obvier, qui ne fut pas davantage connu de ses diocésains. Nonce du pape en France, il resta près de Henri IV» La Bretagne, étrangère à ces deux prélats , n'avait été pour eux qu'un degré vers la fortune.

' Nous voici parvenus à la fin de ce seizième siècle , si plein de faits et d'avenir. Poursuivons notre récit, et cherchons quelle part le dix-septième siècle apporta aux progrès de notre ville.

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