‹ Histoire de RennesChapitre 9 sur 25 · SOB · texte numérisé non relu

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de fùép» aTakot rendu plus MDsiUe encore , fit placer dea tujniux en faofe cauinerts de plomb (449S)9 qui con^ fUiîsmot dapft .lenoeinte les eaux jd'un jsource abondance aîtiiée fliur ia lonle .de Dinanw Enfisrinée daM ui^ vaste bassin, que l'on noveima le.pcuts Laurent, ^ m» du pK^uriélaire indemnisa. et exproprié > celle seuroe reçut les eaux de pluiiiettr& autres dans son oaun vers la TiUe. La plus îtupjmHaïaïAe f«t odle.dtyi champ. de Goulebrune. L*a*f queduc principal qui réunissait. oes dKrersalHueDts, entrait dans la ville sous la- proAseiion» des ieuteneesidu aënédial et des arrêts du .parlen^nt, en passant sous la ririève d'Ule, versait sa première eau aux babîlaiiSs» du fmiboMg Saio^Martin, prà de .la. ehapeUe Saintçhllsrguerite, puis gfrrmm :Ter» h fttt^ &ii«irJPtciQrs et aliaMOtaît une fo»* laine TiarA^Tis la ^a(AÀiifale.;M

Cet utile étabHaaaoMWt^ qui duaa tiop peu, reçut dans la^uite une extensîeA.et des modifioAtîons que* noua aî^ ^aalerons i leur» dates, .

L'hôtel .d0 riih occupa aussi à cette époque Taetiviaé des bourgeois. !Nous les avons vu adbeter ea 4482 une unaison destinée à. leurs réunions près de la porte Mordekise; mais il paraît que ladite aaaison n'avait pas enecu^ été .appropriée à sa xKMiveUe destination, ou qu'elle avait paru insuffisante 9. car oa réaolut d'en construire une autre à la mAsoe plaoe. Un seigneur d'Epinai.s'y opposa mémo SOUS' je Ile sais qud. prétaiLte; TcBirrre aen fut pas moins poursuivie.

La duchesse , ou plut&t la veine Aune , comme elle se faisait appeler , aida dans leurs dépenses publiques les- ha* bitaais de sa bonne ville <k Rennes, en lea exemptant « des tailla., aides , subventions, fouages pourles terre» » et héritages tenus pfNr «mains et leur appartenant ert » propriété. » Le mandement donné en son nom par le général des finances déclare que cette faveur est accordée aux habitants de Rennes. « pour l'intérêt des denien par "» eux prêtés à la duchesse Anne. »

204 msTons m MÉxmms.

Le roi était à Lyon , sur h route d'Italie, lonqn'il or& donna (4494) que la chancellerie de Bretagne serait déaormais fixée à Rennes , et n' alternerait plus ayec Nantes.

Le parlement subit Tannée sui-vante une modificaticNi sollicitée depuis longtemps par ses propres membres. Ses réunions y presque toujours annuelles, aTaient^ dépendu cependant de la volonté du prince ; ce qui n'était pas sans inconvénient pour le jugement des appels. Charles VIII fixa à rarenir ses convocations périodiques du 4^ septembre au 8 octobre de diaque année* Il eut soin à cette occasion de foire entrer quelques Français dans le nombre des conseillers.

C'est en 4497 que pour la première fins nous trouvons des traces écrites de l'existence' du papegault • dans notre ville. Le duc François II l'avait insiÂDiié dès 14M, selon Ogée. Le document que nous consultons dit seulonent qu'une somme de 42 1. était attribuée par édit de François II au roi du papegault ^ et que Ton tirait l'oiseau ainsi nommé sur une butte près de la poite Saint-Michel.

Un événement bien important pour la Bretagne fixa en ce moment l'attention publique. Une lettre de la dudiesse à ses bourgeois de Rennes les invitait (8 mai 4498) à lui envoyer deux bons personnages pont assister au service solennel du roi Charles YUI à Amboise. La communauté s'assembla, et, par dâibération du. 45 mai, éfaat Alain Lemarec, sénéchal de Rennes, conseiller de la duchesse, Jehan Hagomar, bourgeois, général des monnaies, puis sur nouveaux ordres , Yves Bruslon , procureur des bour-

Après leur départ, la communauté se réunit de nouveau afin de voter et de régler les dépenses nécessaires pour célébrer convenablement la joyeuse advenue de celle qui s*indtulait toujours « vraye duchesse de Bretagne «> , et qui était veuve ei reine douairière à vingt«deux ans. Elle arriva le 28 septembre, et fit son entrée par la porte

Blandie. On luiofifitun (unésent de dix-huit plats et tiente écuelles d'afgent pesant 132 marcs. Ses fourriers , ses TaplelSy ses deux hérauts ^ Bretagne et Etampes, ainsi que deux trompettes à cheval qu'on avait fait Tenir de Vitré , reçurent chacun un ecu ; on en donna six au marédialdes-logis Quistinic, mais les deux chevaucheurs du prince d'Orange y capitaine de la ville, ne reçurent qu'un écu cdiacun.

Les états furent appelés près de la duchesse, et la communauté eut à prendre de nouvelles mesures pour aviser au logement des nombreux étrangers qui allaient inonder la ville. Une réquisition de lits fut faite dans les faubourgs et paroisses voisines par Gefiroy Piedevache et deux sergents , a afin de meubler les tours et portaux où devaient » loger les gens de la suite de la duchesse et ceux des » états. » Gilles de Beaulieu était alors connétable, et dut présider à cet aménage comme préposé à la garde des fortifications où les étrangers allaient recevoir l'hospitalité.

Anne de Bretagne rétablit les séances alternatives de la chancellerie à Rennes et à Nantes, et confirma les privil^es des monnayeurs dans notre ville.

Avant de quitter la France « et conformément à une clause spéciale de son premier contrat de mariage, la veuve de Charles YIII avait promis d'épouser Louis XII, bien qu'il fut marié, et aussitôt qu'il aurait fiedit annuler son union avec Jeanne de France , la fille de Louis XI. Quêtait une iniquité que la politique encore devait justifier. La conscience publique, bon juge en matière d'équité ^ se révolta contre la condamnation de Jeanne de Fv^nce, et applaudit pourtant au mariage de Louis XII et d'Anne de Bretagne. Elle voulait la fin et blâmait les moyens. On eut pu en effet épargner à la victime les affronts humiliants dans lesquels on pensait trouver des preuves impossibles qui tournèrent à la honte des juges.

Le contrat qui intervint (4499) entre le roi et sa non-

Telle épouie n'omit rien de ce qui siVAit été oublié à de»* sein dan& le premier. « Voulons , dit un mandement signé » comme corollaire du contrat , entendons , accordons et » promettons garder et entretenir ledit pays et sujets de » Bretagne en leurs dits droits et libertés , ainsi <{u'ils ont » jom du temps des feus ducs prédécesseurs de notre dite 1» Goosine. » Tout cela était juré en foi et parole de roi. Du reste le contrat avait aussi prévu le cas de survie de l'un des époux, mais le roi de' France cette fois n'aurait •nr le duché que des droits d'usufruit. Ce ne Ait pas non plus sur les terres de France, comme la première fois, mais à Nantes qu'eut lieu le mariage , par stipulation espresse et comme témoignage d'indépendance complète. A peine les fêtes qui célébrèrent la seconde union de la Bretagne à la France furen^-elles terminées, que Louis XII, suivant les traces de son prédécesseur, alla conquérir le Milanais. ••

§ V. siflMas aoaa im aàMs vm VâUMMiaKiâm.

Nous rencontrons dans l'histoire de notre cité, dès le oottimencement du nouveau siècle, sous la date du 28 mars 4500, une lettre curieuse du confesseur de la reine et duchesse aux nobles, boui^geois, manants et habitants de Rennes , qui prouve que l'abbaye deSaint-Geoiges avait dévié, peut^tre sous l'influence pernicieuse de la richesse, des règles sévères de son institution , et que ces désordres étaient devenus assez publics pour que la communauté de ville crût devoir supplier la reine d'intervenir. Une émeute avait aussi eu heu dans la ville au sujet d'un mandement du roi auquel on refusait l'obéissance , peut-être par suite de cette habitude de n'obéir qu'à ses souverains particuliers. La duchesse intervint et tout alla bien.

Pendant que Louis XII conquérait et perdait le Mila-

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nais, k >rane Anne donnait te jour à une prîtibeflfle qtti tmt Qoaiinée Cboide , et qui devait aocomplir le grand fait de rmnon définithre,

L'ëréqae de Reoiuv, Mklicl Guibé; Tint à mourir à cette q)oq«ie (4S02)y et le frère de l'abbé de Saint-'Me- Ifline, Guy Le Lioanois y fut élu à sa place par le ehapiere. Mais la duchesse désapjprouva cechoii, et nomma , disent Du Paz et Albert de Morlaix^ son aumAnier , Pierre Le Bavd^ le premier historien de la Bretagne. Mai:» il paraît ^ne LeHaûd n accepta point, À toutefois le (ait de sa no** niinaiion' est réel, car dès le 24 mai 4502, l'éYêque'de Tr^iuîer, Robert Guibé , frère de Tévéque décédé, oocupa le siège- épiscopal de Rennes.

Notre ville y en perdant son évéqué, perdit encore son «Dcieo gouTemettr, leprinoexl'Orange, qui avait joué un rôle important dans les négociations du premier* mariage de la duchesse. GelleMÛ députait alors en. Bretagne le sieur de Mondragon pour irisiter en son nom les villes , cités et forteresses du duché , aux frais des habitants, et lui en fiiire un rapport détaillé qui • l'instruisit des forces sur desquelles die pouirait compter. Le roi continuait de se fmtte battre, en Italiei

Peddani que l'orage grondait encore au loin , notre tille poursuivait paisiblement ses améliorations. Elle achetait pour ses écûies, d'avM Renaud deMontboiircher, seigneur du Bordage, une maison et dépendances situées près de hi rae de la Cordonnerie, et touchant aux remparts de lA ville.

La du^ifiisé , que le maréchal de Gié avait voulu em-* pécher de venir en Bretagne pendant une maladie du roi , réaohit , dès qu'il fut guéri , d'exécuter le toyage projeté, dont le but fut un pèlerinage à Notre-Dame du Folgoêt. Le jour où elle se présenta aux portes de sa bonne ville de Rennes , qui n'avait pas appris sans regret le procès haineux intenté au itaaréchal, Pierre de Rohan, elte 7

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trouva de grands préparatifs pour célébrer son anÎTée. La communauté des bourgeois n'avait rien épargné à cet égard des magnificences de Tépoque. Elle avait envoyé à Paris un maïuisier , nommé Martin Thomas , chargé d'amener deux compagnons peintres pour décorer les édia* fauds qui furent dressés à divers carrefours, notamment à celui de la Charbonnerie , et à bout de Cohue, non loin du pilori. Jehanne Piehdhrs , jeune fille élue par le procureur des bourgeois , fut chaigée de jouer certaines feintes sur ce théâtre en plein air. Une autre jeune fille, Guillemette Palluel , avait été choisie pour présenter les clefii de la ville à la reine, en lui récitant aucuns versets et rondeaux. Une joute à pied eut lieu dans un circuit de barrières,, au milieu des Lices, et deux perrons ombragés d'arbres furent dressés , l'un pour les juges et spectateurs du combat, près la douve de Mordelaise allant à Saint- Aubin , l'autre à bout de Cohue pour qudtpie momerie. Une galerie « et façon de chaire levée , avec un degré pour » y monter, fut élevée pour un autre spectacle près du pi- » lori dans la ville , au devant de la maison Escouf&art. »

A l'arrivée du héraut qui précédait la princesse, le procureur des bourgeois , Guillaume Sqoumé , le contro^ leur Thomas Feillée , et Vincent LevaUois partirent pour aller à sa rencontre. Son séjour à Rennes fut court. Après son départ, les fontaines publiques occupèrent encore la. communauté. On s'aperçut du désavantage d'avoir fait passer sous la rivière d'Dle, au pont Saint-Martin, l'aquéduc qui amenait les eaux de Saint-Gr%oire. On entreprit de les faire passer sur le pont, afin de rendre les réparations plus faciles et moins fréquentes. Une nouvelle source située dans la prairie du Bignon, près de celle du Manûs, en la paroisse Saint-Martin, fut comprise dans le système hydraulique qui alimentait les fiïntaines, et l'on ouvrit celle du Cartage.

Au milieu de ces soins d'administration intérieure, les

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bcMUgeoiB de Rennes reçurent Tordre d'envoyer leur$ députe^ aux écatB généraux convoqués à Tours (4506). Michel Tierry, sdgneur de la Prévalaye^ fut un <)e ceux désignés poui* pe[M'éseDter notre ville en cette cireonstance soliùMielle y et la communauté lui alloua 40 1. pour ses frais, de voyage.

Après ces états , où la main de Claude de Bretagne fut promise au comte d*Angoulâme , depuis François I^ , la Aicbesse vint à Nantes inaugurer le magnifique tombeau qpie, par son ordre , Thal^le ciseau de l'artiste breton ^ Michel Columby élaborait depuis longtemps pour le duc François II» Parmi les seigneurs et prélats que réunit cette oéiémonie, il faut compter le nouvel évéque de Rennes , Yves Mayeuc, leLéonnais, qui de simple dominicain était ikvenu confesseur de la reine , puis avait succédé à Robert Guibéy au oQmmencement de Tannée 4507. .

Les migrations de la communauté de ville qui, comme BOUS Tavons vu, avaient <^rchéà se fixer des 1482 dans une naaison acquise près de la porte Mordelaise, n'en avaient pas moins continué depuis , à défaut de reconstruction de ladite maison qui, dans l'état où elle se trouvait, ne pouvait convenir, à sa nouvelle destination. En attendant, la tour Mordelaise, le vestiaire de la cathédnde, la salle du chapitre des pères Cordeliers , la maison de l'un des échei^s, sise au grand bout de Cohue, avaiei^t été tour Ji tour , «ainsi que Févéché, le lieu des réunions de la communauté nomade ; et malheureusement les titres avaient continué d'être rongés par les rats sous les sièges de messieurs les échevins. Le mal fut cependant arrêté par celui d'entre eux qui. prêta sa maison, et fit faire un coffre à trois defs où les titres iîurent déposés, jusqu'au aioment où l'hdtel de ville projeté s'éleva enfin sur la place delà Vieille-Monnaie (4509).

Les événements de l'histoire de la cité vont s'éloigner de plus en phis de ceux de l'histoire générale. L'influence

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française agira d'une manière différente sur noire exÎAtenoe communale. Ses intérêts particuliers la domineront prafrqu*exc1usivement. Il est vrai que cette préoccupation eut sans doute été la même en tout autre temps , au milieu de cette épidémie, due surtout à l'enfance de rbygièoe publique, qui frappa toutes les classes d'une aiani^ ^ firayante, et força l'abbé de Saint-Melaine de se retirer ayec ses moines dans l'abbaye du Tronchet.

Il est à remarquer cependant que malgré de si justea motifs d'indifférence pour tout ce qui ne touchait paa à leurs souffrances, les bourgeois, chargés de l'administration de la cité , ne cessèrent pas de s'oecuper actÎTenient de ses progrès, dont presque tous, il est vrai, avaient pour résultat le perfectionnement de cette hygiène publique si négligée, qui devait du moins à l'avenir contribuer à éloigner le retour du fléau soi» lequel on gémissait (4510).

Une délibéralion du 7 avril ordonna l'ouverture de deuft nouvelles pompes ou fontaines , l'une au carrefour de boni de Cohue, l'autre près de la halle ou cohue de Cartage, dont le devis avait été présenté .sans résultat deux, «ns auparavant à la communauté. L'hôpital Sainte-Anne fot agrandi. Maître Jacques de Tours, docteur en l'art et science du médecin, fîit retenu à Rennes pour y exercer sa profession , qui comptait alors peu ou^jpoint de praticiens dans notre ville.- On lui avait promis* 60 1. de gages par an ; il se plaignit de n'en avoir reçu que 40. La oomnra* nauté ordonna de lui en payer 20, outre les gages ordinaires des médecins au service de la ville.

Guy de Laval était alors gouverneur de Bretagne, et avait succédé au prince d'Orange dans cette dignité, çpn avait pris naissance sous Charles Vtll, et que Jean de Chalons avait le premier occupée de 4405 à 4540.

Un autre souvenir du règne de Charles VUI fut transmis à Rennes en ce temps par la duchesse reine, qui

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envoja au monaatère dea Jacobâna son man^u et sa coiiroime ducale, sa première robe de noces ^ et trois oroenaents d'é|^ise coaaplets, dont le premier, le plus riche, fîiC orné des pierreries ^i décoraient les autres objets donnés. Il Ta sans dire que de nouveaux privil^es ao* oompagnèrent ce magnifiipie présent , digne d'une reine qui consacrait ainsi à Dieu les symboles d'une puissance passée»

Tandis que Louis XU et fiayard faisaient au pape une guerre à laquelle prenaient part plusieurs seigneurs bretons, les connétables de Rennes Artur du Pan et César Goësnon passaient la revue des francs archers de l'évéché (4S4I) qui pouvaient être appelés par le roi au premier revers. C'était là pour notre ville le seul écho de ses conquêtes en Italie. Bientôt les Ang^is inquiétèrent les côtes bretonnes; le capitaine de Rennes, Jehan de Mondragon, reçut l'ordre de ae mettre en mesure; les états Au^nt eoBVoqno pour voter un subside. On arma une flotte dont Jean de Trouinct eut le commandement. Le vaisseau la Cordelière, à la construction duquel Rennes avait conmbué, s'illustra dans un combat femeux, ou son nom et celui de son capitaine Ponmoguer commencèrent leur immortalité.

Getle victoire, si chèrement achetée, hït suivie d'un événement bien plus important encore pour la Bretagne : la mort de celle que les Bretons appelaient toujours leur duchesse Anne (4545). Quand cette triste nouvelle par^ vint à Rennes, la douleur y fut unanime et profonde. L'évéque Yves Mayeuc, qui n'avait pas cessé d'être le eon£esseur de la reine, l'avait assistée dans ses derniers moments. C'était la dernière tige de l'antique race ducale qui venait de périr dans un sol étranger; c'était le dernier anneau de l'indépendance bretonne qui venait de se briser.

Anne de Bretagne laissait cependant une fille, qui prit

après elle le titre de duchesse. Les apparences étaient conservées encore, mais elles ne deyaieut pas Tétre longtemps. A peine les bourgeois de Rennes avaient^ils célébré le service funèbre pour le repos de Time de la duchesse-reine, qu'un commissaire vint au nom de Louis XII 9 comme père et tuteur de madame Claude, duchesse de Bretagne, prendre le serment des officiers et gensidf la ville. On offrit comme présent d* usage audit commissaire une pipe de vin d* Anjou. Le capitaine Jehan de Mondragon reçut aussi son présent d'installation, consistant en deux grands pots d'argent du poids de 45 marcs.

Toutes ces dépenses, prescrites par la coutume, n'empêchaient pas les habitants d'en faire de plus utiles. On reconnut la nécessité de substituer un nouveau mode d'aqueduc aux tuyaux de bois recouverts en plomb qui amenaient l'eau dans la ville; et pour faire face au surcroit de dépense qu'entraînerait ce changement, on demanda au roi l'autorisation de percevoir pendant deux ans une taxe de 20 sols par pipe de vin vendue au détail dans l'une des neuf paraisses de la ville. Le produit de cet impôt devait être uniquement consacré à l'achèvement des fontaines et à la confection de tuyaux plombés et cimentés.

Cette intervention royale dans le droit ancien que les bourgeois avaient de s'imposer eux-mêmes pour cause d'utiUté publique , comme dans le devoir de clouaison , ne tarda pas à se manifester sous un autre aspect par un édit sur les artisans. La royauté française, minant sans cesse dans sa base tout ce qui faisait obstacle à la grande unité vers laquelle elle tendait, comme vers l'élément le plus sûr de sa puissance , attaquait ou cherchait à réglementer les confréries toutes les fois qu'elle en trouvait l'occasion. Ces associations, nées sous le lien religieux, contre les exactions des seigneurs au moyeu-âge , faisaient ombrage au suzerain qui, travaillant d'instinct au profit

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de TaYenir, cherchait à les abattre d*abord dans son int^t privé comme une dernière féodalité^ en les sonmet* tant peu à peu à ses ordonnances , qui ruinaient le prin^ cipe constitutif de l'assodation industrielle.

li'édit dont nous parlons statuait que « tous artisans et » gens de métier, de qudqu'état qu'ils fussent , pourraient • demeurer dans la ville de Rennes, user de leurs mé- » tiers, tenir ouvriers et vendre en cette ville leurs ou- » vrages et choses dont ils s'entremettent, ainsi que tous > les autres artisans reçus es frairies, et nonobstant qu'ils » n'y soient reçus. » Nous verrons que plus tard les confréries de notre ville, fortes, de leur cohésion et de la pénurie du trésor, trouvèrent moyen de se soustraire à cet édit et à beaucoup d'autres publiés dans le même es* prit , et pour lesquels les temps n'étaient pas mûrs. Déjà les efforts de Charles YI en France avaient échoué contre elles, et l'habileté de Louis XI avait été obligée de transiger, pour s'en iàire, il est vrai, des alliées.

La veille de la mort de Louis XII , qui suivit de près sa bretonne dans la tombe, le 51 décembre 4544, un commissaire royal arrivait à Rennes au nom de François I*', pour prendre les serments de joyeux avènement que devaient prêter les bourgeois. Cette précoce mesure d'extrême prévoyance fut confiée au même homme qui déjà en avait été chargé à la mort de la duchesse Anne. Les dépenses feites à cette occasion par la communauté^ qui révèlent un coin des mœurs de l'époque, s'élevèrent à la somme de 55 liv. 8 s. 4 d., et les présents d'usage consistèrent en un poinçon de vin d'Orléans , une pipe de vin d'Angers, vingt-deux chapons de Cornouailles , à 45 s. la douzaine, trois douzaines de perdrix, et trois douzaines et demie de bécasses. La grande salle des Jacobins , où furent reçus les serments , était tendue d'une tapisserie destinée à ces réunions solennelles, et qui voyageait avec les états selon le lieu où ils étaient convoqués.

244 msTODis m rbhhbs.

Quelques mois après la formalité du serment^ la cornmunaulé reçut (4545) un second messager du roi, un chevauchenr de ses écuries , Jehan Le Teiier, chargé de lui présenter des lettres du jeune SQOcesseur de Louis XII , qui s'intitulait duc, souverain seigneur de la Bretagne, et faisait part à « ses très-chers et bien amez bourgeois » de Rennes du voyage qu'il avait dessein d'entreprendre » pour le recouvrement du duché de Milan, » C'était les préparer à une demande de subsides.

Quant au titre de souverain seigneur qu'il se donnait, il avait pris soin de le rendre valide en se faisant faire par M°^ Claude, sa femme, deux cessions de ses droits, à titre d'héritage perpétuel; et pour faire immédiatement acte d'autorité, il fixa le parlement à Vannes, comme l'avait (ait d'abord Louis XII; mais une nouvelle trans* lation devait plus tard l'en faire sortir de nouveau pour n'y plus revenir.

La suzeraineté du roi de France n'était pas cependant si entière sur les villes bretonnes, qu'il n'eût besoin parfois de leur adhésion. Ainsi quand il promit d'abord. au futur roi d'Espagne, Gharies d'Autriche, la main de la princesse Renée, seconde fille de Louis XII et de la duchesse Anne, il désigna Rennes comme l'une des bonnes villes qui devaient garantir le traité, et le 6 janvier 4546 les boui^ois prêtèrent par son ordre serment de fidélité au roi d'Espagne, ainsi qu'ils l'écrivirent sur leurs regt^ très; puis bientôt une autre comlMuaison politique étant survenue, il expédia un nouvel ordre auxdits bourgeois de consentir au mariage de sa fille aînée, Louise de France, avec le roi d'Espagne, « et de lui prêter en tant que be- » soin serment de fidélité; » ce qu'ils firent incontinent et sans observations; les serments, on l'a déjà vu, n'étaient pas plus économisés autrefois qu'aujourd'hui. Ceuxci pouvaient l'être, même politiquement, car aucun des deux traités n'eut de résultat, et le roi d'Espagne, dont

■moiBB DB BimiBs. 24S

FranfoU I^ avait tooIu capter l'alliaiice, n'empêcha pas ce dernier de faire la conquête du Milanais, qu'il ne devait paa plus garder que Charles VIII.

Au retour de sa campagne d'Italie, et tandis que Tabbé de Saint^Melaine, lïoël Du Maijgat, réparait et réformait son abbaye, le roi écrivit « à ses très-cbers et bien amez les bouigeoisy manants et babitaos de sa bonne ville de Ruines, pour lui envoyer à Paris, le 43 mars ^1347, deux bons personnages idoines et experts pour avoir leur avis sur quelle voie et chemin pouvoir trouver pour enrichir son dit royaume et le soulager en toute chose, après que par la voie de la guerre, il soit parvenu à faire paix avec les ennemis du royaume, tellement qu'il ne reste à présent, si ce n'est de ad viser faire venir de tous les lieux de son dit royaume gens experts pour avoir sur ce leur avis. » En conséquence de œ désir du roi, Pierre Bertrand, seigneur de la Riolaye, Thomas Feillé, contrôleur, et Julien Lamy, furent élus par la communauté et envoyés à Paris près du souverain, qui, sans qu'on s'en doutât, préparait les voies a l'accomplissement de son projet d'union de la province. Pour en avancer l'exécution , et voir par lui-même si le t^nàn éta^t suffisamment préparé, il résolut de faire un voyage en Beetagoe.

Aussitôt que l'intention du roi fut connue à Rennes , la communauté ouvrit une délibération pour préparer une joyeuse entrée au nouveau suzerain, qui venait se faire reconnaître (4548). Le comte de Lavd, alors capitainegouverneur, fut autorisé à faire toutes les dépenses nécessaires. D ne parait pas que tant de zèle ait valu aux Rennais le moindre privilège, ni qu'ils aient même profité de cette circonstance pour solliciter quelque concession de la bienveillance royale. Les états continuèrent de siéger à Nantes, mfalgré la réclamation tardive de notre ville, qui, par compensation, obtint un an après le passage

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du roi rétablissement d'une foire franche durant quinze jours.

Nous trouvons yers cette époque (4521) la première date certaine de l'existence dans notre ville des frères mineurs de r observance de Saint François, vulgairement nommés Gordeliers, et qui étaient, croit*<Hi, établis à Rennes depuis le XIV^ siècle. Us obtinrent du capitainegouverneur, comte de Laval, la "permission de prendre trois pieds de terre le long des jardins de leur eouvent vers les murs et la tour Le Bat, pour faire élever une muraille à leur jardin, de hauteur à n'être point vus par les passants sur lesdits murs.

Les craintes de guerre conçues au départ du roi se réalisèrent bientôt pour la Bretagne. Rennes eut à souffrir des désordres qui en furent la suite; amis et ennemis lui devinrent également redoutables. Sur l'avis qu'un grand nombre d'aventuriers et geûs de guerre voulaient passer par notre ville, les bourgeob s'assemblèrent et résolurent de s'opposer à ce dangereux passage, eu pointant plusieurs pièces d'artillerie sur les murailles et aux portes.

Un autre événement non moins grave pour notre cité touchait à son accomplissement. La tentative de réforme essayée au commencement du siècle par la duchesse Anne en l'abbaye de Saint-Georges était demeurée sans résultat, malgré l'enquête ordonnée et la bulle de Sixte IV, fulminée en 4474 sur les plaintes de l'abbesse, Olive de Quelen. Le roi envoya (4525) un archer dé sa garde pour conduire et mener vers la reine sœur Marie de Kermeno et quelques autres religieuses des plus rebelles; il adressa en même temps des lettres à Messieurs les bourgeois pour les inviter à prêter main-forte à cet archer, si besoin était. Les religieuses , sommées d'obéir à l'ordre du roi , répondirent « qu'elles ne sortiraient que par force et violence , « et qu elles étaient en franchise dans "leur église. » L'ar^

mmrscÊÊM de ebhhbs. 247

cher de la garde, les boiungeois et les gens de justice se retirèrent alors, craignant d'encourir les censures apostoliques en violant Yé^iae et le cimetière , ce qui était crime de sacrilège, et ils se bornèrent à envoyer un député au roi pour lui fiiire part de l'embarras où ils se trouvaieut. Les dioses, il parait, restèrent encore dans le même état pendant quelques années, jusqu'à ce que l'évéque Yves Mayeuc Tint enfin rétablir la discipline, comme nous le Terrons plus tard.

L'émotion que toua ces éTénemenU durent causer dans, la Tille était à peine calmée, lorsque les bourgeois ordonnèrent de refaire à neuf l'image de Saint Michel, placée dans la tour de l'horioge, aTec le diable au-dessous, en bois couTert de plomb. « Et sera le dit image de Saint > Michel, dit la dâibération, dessous le dit plomb due- » ment étoffé d'or, et ioehii diable pareillement de pein- » ture y couTenable, le quel image de Saint Michel tour- • nera la t6te, haussera le bras, ayant l'épée en sa main, » à diacune des heures que la dite horloge sonnera, et » aussi à chacune des heures buglera et criera le dit diable » étant sous le dit image Saint Michel. » Les merveilles » de l'horlogerie allemande commençaient de s'importer chez nous; Rennes aTait aussi son Jacquemart figuré par l'archange Saint Michel.

François P"*, battu et prisonnier, n'avait échappé aux mains de Charles-Quint qu'en laissant ses deux fils en àtage à Madrid; pour contribuer à payer la rançon de ses eoiânts, il demanda par un édit aux bourgeois de Rennes 'l 0,000 1. pour leur part. Le sénéchal de Rennes et le président de Bretagne, Gilles Lerouge, furent chargés par l'édit de r^nontrer aux habitants la nécessité de cette dépense, que, par une première allocution, ces derniers réduisirent à la somme de 3,000 I., parce que « plusieurs » se prétendant nobles d'extraction refusèrent de se sou- » mettre à la cotisation. »

248 HlftTQIHB DE MSMnMS.

L'abbaye de SainMjeoi^, oubliée au milieu de ces malheurs du pays, n*a¥ait eu gaide d'adopter elle-même la réforme qu'on voulait lui imposer. Yves Mayeuc eut de uouyeau recours à la puifisanoe royale (4827), et réusait oette fois à vaincre l'obstination féminine.

La libéralité un peu prodigue de François I^ se manifesta aux habitants de notre ville par le don qu'il fit au comte de Laval, leur gouverneur, de l'usufruit de l'anden comté de Rennes. Cet exemple était un ordre pour la communauté, qui s'empressa d'ofinr au riche usufruitier une coupe d'argent vermeil doré, prisée 425 1. 44 s. 44 d. Que l'on ne nous reproche pas de relever avec tant de scrupule tous ces minces détails de cadeaux obligés, qui nous semblent compléter la physionomie des temps anciens. Bien n'est inutile en histoire; le fait le plus minime a sa signification, son enseignement, vu à sa place et dans son cadre.

Les difficultés pour le paiement de la rançon royale ne s'aplanissaient point à Rennes. Les poursuites commencèrent, mais la résistance continua. Les bourgeois, effrayés du résultat, députèrent Michel Champion, leur procureur, vers le seigneur de Laval, pour solliciter une réduction, n vu le grand nombre de procès entamés; » mais le roi ne cédait pas en fait d'impôt. Les contraintes allèrent leur train , et la ville répondit des non-valeurs.

(4532). L'époque importante préparée avec tant de soins par les rois de France était venue enfin pour la Bretagne; les destinées providentielles de notre pays allaient s'accompUr. Le grand acte de l'union, tant de fois ébaudié par des tentatives incomplètes, albit recevoir sa conclusion entre les mains du successeur de Charles YUI et de Louis XII, qui avait moins fait qu'eux peut-être pour atteindre ce but, mais qui n'ignorait pas les obstacles qui lui restaient à vaincre. L'esprit de nationalité est vivace ; c'est un élément qu'une bonne politique doit plutôt chercher à s'assimiler qu'à étouffer.

nioimE OB BBimift. 349

Francob I^j conseillé par son chancelier DufHfat, s'était ménagé plos d'une intdligenoe dans le pays qu'il Toulait adierer de conquérir par les armes de la diplomatie. Son fils aîné, François de Valois, qui, d'après le testament de sa mère, la feue reine Claude, portait le titre de duc de Bretagne, n'aTsit point encore paru dans son duché, ni fait, selon l'usage, son entrée solennelle à Rennes. Les états demandèrent l'accomplissement de cette antique formalité, et exprimèrent le désir de connaître leur nouveau souverain. Le roi saisit cette occasion d'entamer l'afiàire aecrètement préparée; il répondit qu'il ne se rendrait au Tœu des états que lorsqu'ils auraient TOté l'union défiuF trre de la Bretagne k la France, et son assinûlaticm aux autres provinces du royaume, quant aux principes qui ré* glaient la transmission de la suzeraineté.^ Pour les mettre immédiatement en demeure d'agir, ils furent convoqua à Vannes , tandis que le roi vint demander l'hospitalité i la belle comtesse de C!hftteaubriant, Françoise de Foix, afin de surveiller de plus près ses amis et ses ennemis. On sait qu'après de longs et viis débata, l'assemblée présenta an roi la supplique exigée, et celui-ci, par trois édita consécutife, garantit le maintien des droita et privilèges de la province.

L'entrée solennelle du nouveau duc, qui prit le nom de François lU, vint ccmipléter les promesses faites aux étato, et satisfaire la juste impatience du pays, qui voyait là une garantie apparente de ses antiques libertés. La communauté délibéra et décida qu'on ferait un emprunt de 5,000 1. ou 400 écus au soleil pour la dépense de l'entrée du roi et du dauphin, son fils, à Rennes, comme duc de Bretagne. On apprit le 9 août 4552, par un messager, que le dauphin-duc arriverait trois jours après. En effet, le 42, vers onxe heures du matin, le prince se présenta aux abords de la ville, mais n'y entra point immédiatement. Le roi ne Vavait point accompagné, selon l'espoir

220 JBISTOiaE DE RBNHSS.

des habitants. Le seigneur de Ghàtéaubriaut, Jean de Laval, gouverneur dé Bretagne, Tëpotix de Françoise de Foixy escortait le jeune prince , ainsi qu'un grand nombre d'autres seigneurs. Ils descendirent ^ selon la coutume ^ à l'abbaye de Saint-Melaine, au bruit de l'artillerie des remparts, au son de la grosse horloge, finappée « en nouinière » de tocsin. » •

Le lendemain , la milice et les gens de pied accoutrés en aventuriers portant piqués, hallebardes ou hacquebutes, précédés de trompettes ornées d'écussons aux armes de la ville, sortirent des niurs au nombre de 4300 hommes et défilèrent devant le prince , placé sur un riche échaiaud élevé à la porte de l'abbaye , et assis sur un fauteuil de velours vert , au milieu de son cortège debout. Un compliment en vers fut présenté au duc par chaque capitaine avec le rôle de sa compagnie. La troupe de la bazoche, au nombre de 300 hommes, défila à son tour en habits de satin et de taffetas; puis le clergé séculier et régulier en habits de chœur avec croix et bannières; les religieux de Saint-Melaine avec leurs reliques ; le capitaine de la ville , René de Montbourcher , seigneur du Bordage , suivi des officiers municipaux et de 200 bourgeois , en riche costume aux armes de la ville, adressa au prince une harangue à laquelle répondit le magistrat, garde-scel, du Désert; le corps des sergents vint ensuite, avec les notaires et avocats bien montés, et précédant le sénéchal Pierre d'Ajrgentré, qui descendît de cheval pour faire sa harangue officielle.

Immédiatement après succéda le chapitre de la cathédrale avec ses reliques. Le duc , quittant son fauteuil , se mit à leur suite sur un cheval caparaçonné de velours noir, et entouré de seigneurs et d'évêques, au son de la grosse horloge frappée à coups égaux. Ce ne fut pas cette fois à la porte Mordelaise, mais à la porte aux Foulons, qu'il se présenta contre l'usage. Ce n'était pas d'ailleurs le

HISTOIBE HE BBNRBS. 224

seul diangemeot opéré dans nos anciennes coutumes. Le peuple , à l'arrivée du prince j cria : Vive le duc ! et l'artillerie se fit entendre.

Les vieilles formalités ne furent cependant pas toutes oubliées à cette entrée du dauphin y duc de Bretagne. L'évéqne, Très Mayeuc, suivi du sire de Châteaubriant , fit ouvrir la porte avant qu'on y eût frappé , il est vrai ^ mais il se présenta avec le livre des évangiles et les reliques^ sur lesquelles il fit prêter au prince le serment accoutumé y avant de lui permettre d'entrer. La .partie de ce sermentqui concerne la noblesse^ les villes et le peuple , fut prêtée entre les mains du sire de Ghâtéaùbriaht. Aloi) des « pucelles habillées de* serge » présentèrent les clefs au prince qui entra ^ sous un riche poêle de satin ^ mi-pers et mi-blanc, semé de fleurs de lys d'or et d'bermines«

Les rués étaient tendues de tapisseries; six échafauds on theâitres étaient dressés sur les diverses places, et on y représentant, par- les soins d'Adrien Jehan y des vàUc'ries y peintures et feintes.

Le cortège ducal se rendit à Sûntp-Pierre, où le prince entendit, les vêpres, puis se retira au palais épiscopal. Il ne fit poiiit la veitte d'armes oopmme les aneiei^s ducs« Le lendenuiin- il fut couronné dan^ la cathédrale avec les cérémonies observées dans le vieux, temps. IL créa six chevaliers, parmi lesquels fut le sénéchal de Rennes, Pierre d'Ai^ntré,'père de l'historien dont nous aurons à parler plus tard, et l'ancien procureur des bouigeois^ François Bnislon, seigneur de la Muce.

Après le dîner , où fut invité le peuple , selon le vieti usage, le nouveau .duc entendit vêpres au monastère de Saint-Georges. Gehit de Bonne-^Nouvelle avait autrefois la visite privilégiée.

Au retour qui s'effectua au bruit de l'artillerie et au milieu de la milice , le prince reçut , au nom de la ville , des mains du seigneur du Bordage , une hermine d'or de

282 HisToiBB OB BBinns.

430 ëcus avec étui y entourée de six lys emblématiques ^ et couronnée d*un chapeau de triomphe. Une harangue inévitable accompagna l'oflre de œ symbole de l'union, et le duc témoigna sa satisfaction en ôta&t son bonnet.

La cérémonie était à peine terminée , que le duc reçut un message de son père pour Taller joindre à Nantes. Il quitta Rennes le lendemain , 45 août , accompagné de la milice et d*une partie de la population , qui le reconduis sirent jusqu'à la lande Salibart , où Ton fit «ne décfaai^ge d'honneur.

Midiel Champion, procureur des bourgeois , écrivit tput le détail de la fête sur vélin , et présenta son récit à la communauté^ qui lui alloila pour salaire 50 écus au soleil.

(4555«) A peine échappée à ces dépenaes, qui devaient lui valoir la bienveillance du nouveau duc, la ville ne recula point devant d'autres frais non moins nécessaires d'administration intérieure. La communauté utilisa le don qui lui avait été fait du prieuré ou chapelle de Saint-Tho* mas. Elle y installa à ses frais un collège et y transféra ses écoles de la rue de la Cordonnerie , près de la synagogue. Un principal et divers régents, à sa nomination, y donnèrent des leçons publiques , sous sa surveillance.

(4559.) Après ia mort de son jeune duc François III, empoisonné en Italie, la Bretagne était rentrée dans la main du roi, comme usufruitier aux fins du testament de la reine Claude; mais le titre de duc appartenait au nouveau dauphin Henri, qui en prit en effet possession, ainsi que des droits de son père , que oeluinù lui abandonna, à titre d'avanoemoit d'hoirie, expression contre laquelle le parlement protesta justement.

Rennes obtint à cette époque des lettres patentes qui l'autorisèrent à readre la Vilaine navigable, et, pour atteindre ce but , à lever un impôt dé 6,000 1. sur les riverains, dans la ville et aux environs; plus 48,000 1. sur

1» UBIIIBS. SS5

la graéialilé de la Bvetagne, pour la confectîon des écluses <|iii foredt oonunencees aussit&t.

C'éfent QD giBiMl progrès p<Nir notre Tille que cette nouydle Toîe ouverte à son commeree, et il ne faut pas oublier cpie le nous de Léonard de Vinci s' j trouve attadié , conune ingénieur (4 MO). Le grand peintre aTait un instant quitté ses pînoeanx pour fenir étudier et tracer sur le terrain l'œuvre utile aoôordée aux Rennan par son royal protecteur. Qudqoe» seigneur» , moins soucieux du bien public que de leurs intévèls^ pkôdèrent au parlwnent pour leurs ttouUns et pAcberies; ils furent indemnisés et l'œuvre continua.

(1544). Un autre travail , non moins considérable, fut commencé Tannée suivante dans notre dté. La cathédrale achevée et consacrée en I5S9 par- TévAque Pierre de Gué* mené, avait besoin d'dtre reconstruile, non pas en tout, amis en partie* Cette dernière conjecture devient assez vraisemblable à la leetniê et rinscription lapidaire trouvée sous l'une des^tours, qui farent seules élevées à cette époque : .

Jactafummt môlU ia^ui/mndamenta, septembris XV ^ anno ChriMi MDXLI>

Une seconde inscription trouvée à leur base portait ces

flMrtS4

Pauh tertio , pomtyicé Maadmo ; Francisco primo» GtU' lorum B^ ; Henrieo Britorium Duee , Y^vone Redomum prœsuk,

L'évéque Yves Mayeuc, désigné par ces derniers mots y n'assista point éludant à la cérémonie ; il mourait dans son manoir de Bruz quelques jouis après , et était infauiiié dans la cathédrale.

Claude Dodieu son coadjuteur hn succéda sur le siège épiscopal de Rennes , et devint l'une des célébritës dip(o«matiques de son temps.

(4342.) Les travaux exécutés sur la Vilaine pour faci*

HISTOIRE DE «ESIVBS.

liter la navigation alkient enfin porter . leurs premiers fruits. Le vendredi , 5 janvier 4542 , Jan Auloette et Xan Arouin étant miseurs, la population . fui appelée par eux au cimetière Saint-Yves, au son des tambours, fifcès , trompettes qui précédaient la oonmuinaitté de ville en robes de cérémonie. La grille ou hersé qui fermait la civière entre deux tours s'éleva ^ok^anelleoient sous sa voûte pour laisser passer le premier bateau qui arrivait de Redon, chargé de vin. La joie populaire , secondée par les dépositaires des intérêts pubhcs, consacra toute cette journée à des r^ouissances qui ne s'éteignirent qu*avee le dernier feu de joie et la dernière danse en plein air au carrefour de la Laiterie.

(4545.) Un .édit rendit bientôt .vÀ notre ville la laveur qu'elle sollicitait , en ordonnant que les séances du conseil et chancellerie de Bretagne seraient pour toujours à Rennes.

Le duc d'Etampes, gouverneur de .Bretagne^ en airirâiit à. Rennes pour, mettre à exécution les. ordres dà roi rektife à l'appel du ban et de l'arrière-^an , avait reçu les honneurs de l'entrée solennelle, puis était allé loger aux Jacobins , apirès avoir fait sa visite obligée à Saint-Pierre. A son départ, il laissa un Italien nonuné maistre Baptiste, son architecte, pour s'occuper des fontaines publiques.

(4544.) A son retour, il descendit ^ux CordeUers, par* tageant ainsi entre, les diverses maisons religieuses, une faveur toujours enviée par elle, à raison de ses fiiictueuses conséquences. La ville , moins ambitieuse et moins habile, n'avait pas alors d'hôtel qu'elle pût oflirir aux grands personnages <}ui la visitaient. Ses officiers supérieurs logeaient dans les tours et porteaux.

Tandis que Charles-Quint faisait une invasion en Champagne et forçait Françob P^ à un traité désavantageux , notre ville s'occupait paisiblement des chevaliers du papegault. Il est vrai que , sous prétexte d'un jeu public , cet exercice formait d'excellents archeis et arquebusiers

aUTOIBS DE HEiniBS.

pour l*aniiée du roi ou la défense des villes. A Tépoque ou nous sommes , l'invention de l'arquebuse étendit les règles et les ressources de l'ancien jeu. On éleva , selon quelques documents , sur la tour du Chêne ^ derrière l'hôtel de ville, une nouvelle butte pour le papegauk de l'arquebuse, qui devait bientôt faire disparaître celui de l'arbalète. Les privilèges accordés par le duc François II à celui qui était proclamé roi du papegault furent confirmés par François I^ et Henri II. Us y ajoutèrent même une exemption de tous devoirs d'impôts et billots pour trente à cinquante tonneaux de vin.

(4S45.) Un mouvema:it militaire se manifestait sur tous les points pour le départ des divers contingents appelés par François I^ dans sa guerre contre Charles-Quint. M. de Lorges, avec sa compagnie de gens de guerre, passait à Rennes , et y était fêté par les bourgeois qui lui of&aient un dîner de joyeuse venue.

Les travaux de navigation se poursuivaient néanmoins avec une lente persévérance à travers ces ruineuses et improductives conséquences des guerres de François I^. U siooordait de nouvelles lettres patentes aux habitants de Rennes pour la levée de l'impôt destiné à la confection des écluses.

(4547.) La paix avec l'Angleten'e avait suspendu, sinon terminé les différends de la France avec l'étranger, lorsque la mort vint frapper François l^ à Rambouillet. Henri H lui succéda et confondit ainsi dans sa personne le double titre de roi de France et duc de Bretagne. C'était la dernière des transitions par lesquelles avait passé l'acte d'union , avant de toucher à son entier accomplissement. Désormais aucun intermédiaire ne séparait plus la couronne ducale de celle de France ; toutes deux reposaient sur la même tête. L'indépendance bretonne n'avait plus d'autre garantie que la volonté et la bonne foi royales. Les coutumes, il est vrai^ et les mœurs nationales, plus

IS

que les traites , devaient longtemps encore opposer un puissant obstacle aux caprices éventuels de cette volonté monarchique, et la forcer à ménager certaines transitions dans ses tendances vers la grande unité, où elle entrai* nait les anciens états féodaux , comm^ autant de satellites dont e^e était le centre d'attraction.

La Bretagne, quand les armes ne pouvaient plus rien pour sa nationalité , semblait avoir calculé sagement ce que la protection de la France lui vaudrait de calme , et ce qu'elle lui laisserait de vestiges de son ancienne indé* pendance.

(4548.) Le temps des luttes et des haines nationales était passé pour nous ; l'habileté diplomatique devait seule régler les réserves de la soumission. La première de ces réserves pour notre ville devait être sans doute la conservation de ses privilèges municipaux, que les siècles dans leur cours avaient successivement confirmés et développés, en les modifiant selon le besoin de chaque époque.

Des lettres patentes du 26 mars 4548, datées deChan* tilli et signées Henri permirent, sur leurs remontrances, « aux notables, bourgeois et habitans de la ville d'eslire » d'entr'eux jusques au nombre de treize, par l'advis et » délibération desquels les affaires qui s'offriront en la » comnmnauté d'i<5élle ville pourront estre délibérées,... » tout ainsi que si la maire et la plus saine partie des » habitants y auroit assisté et donné advis. »

Les degrés hiérarchiques entre les divers membres de ce conseil restaient les mêmes qu'autrefois. Le capitaine et son lieutenant y présidaient toujours et fixaient les réunions; le sénéchal, les connétables, les miseurs y avaient droit d'entrée.

Les privilèges octroyés aux maires et échevins des autres bonnes villes du royaume furent accordés à ceux de Rennes. Ainsi, pendant l'année de leur élection, ils jouirent de

HUTOOis HE mBHiiss. 997

l'eiMnptîoii des deToirs d'in^iôts, billots, droits d*€ii* Crées pour le Tin et le ddre de leur crû.

Hais en échange de ces concessions, ils s'engageaient à se réunir au nombre de six au moins , au premier ordre du capitaine ou de son délégué , sous peine d'y être contraints « par prinse et exécution de leurs biens , emprison- » nement et détention de leurs penonnes , si mestier est, » et par toutes aultres Yoies dont est raisonnable. »

La première réunion des treize boui|[eob élus pour former la communauté , aux fins de l'édit du 26 mars de Tannée précédente, eut lieu le 22 décembre 4549 en la maison publique de TÎlle , sous la présidence du procureur du roi j après lequel siégeaient le procureur des bourgeois et les capitaines de la milice, parmi lesquels se faisait surtout remarquer François-Henri du Bois-Orcant, dont l'influence était toute-puissante sur ses collègues. Lesconnétables ne si^neaient qu'après lui ; seul il prétendait hé» riter de l'absolu pouvoir des anciens capitaines gouverneurs.

U faut noter ici en passant, que le plus ancien rostre des délibérations existant actuellement aux archives de la mairie , est de cette même année 4549, et s'ouvre par le compte rendu de cette première réunion de la communauté nouvellement élue.

Les revenus de la ville consistaient à cette époque dans le produit de diveir9e$feymes nommées clouaisons des vins, de la mercerie, des draps, ^de la cuiraterie, de la ferronnerie, des peaux, des laines, du curage des rues, des bêtes à pied fourché , de la poissonnerie. La location de cette dernière halle était faite à condition d'y construire des échoppes, puits et cabarets.

Le pavage des rues était aussi dotiné à ferme , c'est-àdire , adjugé au rabais ; de là dérive peut^tre par tradition le mauvais état de nos voies urbaines.

(4554.) Une guerre plus réelle et moins bruyante que

228 HISTOIRE DE RSEIlfES.

<;eUe de la France contre l'empereur, se faisait incessamment contre les franchises bretonnes. Henri II , pour se procurer de l'argent, introduisit en Bretagne, comme il Tarait déjà fait en France, la vénalité des chaires avec le principe de transmission héréditaire. Il supprima le conseil de chancellerie qu'il avait réformé , et il institua à sa place quatre sièges présidiaux , dont Tun fut fixé à Rennes et composé de sept conseillers , un avocat et un greffier. La compétence de ces nouveaux tribunaux fut la même que celle de la chancellerie.

Ce fut alors qu'un édit termina la discussion pendante entre les sénéchaux de Rennes et de Dinan, en ordonnant que ce dernier obéirait à la juridiction supérieure de l'autre.

Gilles de Romelin, écuyer, sieur de Mille, et Thomas de la Piguelaye, sieur de la Massue , étaient à cette époque connétables de Rennes. Les anciens offices n'étaient pas tous détruits , mais tous allaient peu à peu subir une modification en attendant une transformation complète. Cette tendance inévitable se révéla surtout par des demandes réitérées de confirmation, qui semblent indiquer des craintes prévoyantes. Ainsi les offices de connétables et de procureur des bourgeob furent alors confirmés , sur requête de la communauté, par deux édits consécutif de la même année.

Les fréquentes demandes de subsides étaient un autre symptôme de la persistance secrète avec laquelle on minait les libertés garanties à la Bretagne par le traité d'union. Le vote devenait obligé, et l'enregistrement des édits royaux une simple formalité. 60,000 1. étaient de nou* veau imposées sur les villes closes de Bretagne , et les députés chargés de la répartition se réunissaient à Nantes.

(4553.) C'était le temps des réformes et des innovations que le XVP siècle. Les nobles subirent comme les autres cette nécessité de l'époque. Ceux d'entre eux qui tenaient fiefs, maisons et terres relevant de Rennes avaient été

HISTOIEE DB RENNES.

dispensés par Charles VIII des convocations de ban et arrière-ban , sous la condition de se dévouer à la garde de la ville. Il paraît qu'ils cherchèrent à se dégager de cette obligation ; la plus grande négligence s'était introduite dans le service du ban et de l'arrière-ban , car les bourgeois adressèrent à ce sujet une supplique au roi y qui leur ordonna « de se tenir armez à la deffence de la » dicte ville en temps de guerre et lorsque besoing sera , » et aussi d'eulx monstrer en armes y chascun selon sa fa- » culte et richesse par devant le capitaine dudict Rennes » ou son lieutenant quant par luy sera ordonné et en- » joint. 9

On ne se doutait guère qu'une pareille mesure pût être de longtemps utile ^ dans les circonstances où l'on se trouvait. Aussi s'exécuta-t-elle sans réclamation apparente.

La guerre civile ou étrangère était loin encore. Le roi continuait de s'occuper de nouvelles institutions ou de la réforme des anciennes. Il était venu en Bretagne et j avait signé l'édit d'intolérance contre les cultes non catholiques. Pendant son séjour à Ghâteaubriant , où il passait pour se rendre à Nantes , la communauté de Rennes fit offrir au garde des sceaux qui l'accompagnait de bonnes et excellentes haquenées , qu'elle avait fait acheter aux foires de la Noyalle et du Guerlesquin par le grand portier, Antoine Rebours, auquel il fut alloué dix écus d'or au soleil pour ses dépensés.

De retour à Fontainebleau , Henri II , à la requête du gouverneur, le duc d'Etampes, et des seigneurs bretons, réforma le parlement déjà modifié par le duc François II et par Charles YIII. Ce parlement, nommé les grands jours, et dont nous avons développé ailleurs l'origine, siégeait un temps trop court pour la prompte exécution des affaires de justice placées sous sa compétence comme cour souveraine. IjC roi entreprit de lui donner une nouvelle organisation. Sous le nom de parlement ordinaire,

250 HISTOIRE D£ RBNIIES.

il lui prescrivit deux séances par an , dont Tune se tiendrait à Rennes pendant les mois d'août , septembre et octobre, l'autre à Nantes du '(^ février au 30 avril. Les six autres mois étaient consacrés aux séances de la chambre des vacations , c'est-à-dire au jugement des procès criminels qui formaient sa compétence.

Les privilèges, exemption du ban et de l'arrière-ban et de tous subsides, dont jouissait le parlement de Paris, furent accordés à celui de Bretagne, dans lequel on eut soin de faire entrer une majorité toute française.

(4554.) L'alternative entre Rennes et Nantes pour les séances du nouveau parlement devait inévitablement ranimer de vieilles prétentions mal éteintes. La lutte ne tarda pas à recommencer. Un édit du roi prescrivit de prendre à ce sujet l'avis des états de la province , et en attendant ordonna aux deux villes de payer par moitié la somme de 40,000 1. Elles obéirent , mais à la charge à celle « des » dictes deux villes qui auroit ladicte séance de rembour- » ser à l'aultre ville ce qu'elle auroit payé. « Rien ne fut négligé des deux côtés pour s'assurer le succès. Le vicomte de Méjusseaume, François Dugué, gouverneur de Rennes, et le sieur de Mézières furent députés en cour par notre ville, qui avait déjà à Paris son procureursyndic, Gilles Lezot de la Ville-Geflfirai.

Les états prononcèrent en faveur de Rennes , malgré l'éloquence de maître Chopin, le défenseur des intérêts de Nantes. Cette décision pourtant ne devait pas être définitive.

(4557.) Les inquiétudes belliqueuses mianifestées quatre ans auparavant par les bourgeois de Rennes au sujet de la défense de leurs murs , allaient se trouver justifiées à leur insu. Le jour de Pâques, une lettre du gouverneur de Bretagne parvint au capitaine de la ville, Tierry du Bois-Orcant, datée de Lamballe, et lui annonçant la présence des Espagnols sur les côtes de Vannes et d'Auray.

mSTCMEB DE BUfHBS. 254

Les bourgeois s'empretsèrent d'envoyer , avec leur réponse au gonTerneur, deux de leurs meilleures pièces d'artillerie avec 60 boulets , BOO livres de poudre de miuiitioii , 20 livres de poudre fine.

La ville prit de son côté ses précautions. Les monstres de la bourgeoisie et de la noblesse Airent ordonnées par le gouverneur pour la garde de la cité. On amassa du salpêtre , on fabriqua de la poudre, on inspecta , on inventoria l'ardllerie.

Heureusement l'ennemi ne vint pas^ et l'on continua de s'occuper de soins intérieurs. Ce fut alors que l'hôpital Sainte-Anne fut réuni à celui de Saintp-Yves et placé sous la direction du prévôt de ce dernier , en attendant qu'il fïit supprimé tout-À-fitit.

Nantes qui avait succombé dans ses prétentions au sujet du parlement y ne cessa de solliciter près du prince, et vint à bout de faire réformer la décision des états. Henri H, oubliant qu'il avait demandé lui-même leur avis, fixa à Nantes les séances de ce parlement, que l'on se disputait et qui n'était pas à sa dernière migration. Les esprits s'habituaient ainsi à ne voir dans lé pouvoir royal , qu'une machine gouvernementale soumise à une oscillation perpétuelle sous l'influence de la finance et de l'intrigue. i

(4S58.) C'était là une dangereuse éducation; mais d'autres dangers plus pressants s*approchaient. Les éléments de la guerre civile et religieuse s'amassaient autour de notre ville. La France nous avait envoyé le protestantisme. Tandis que les Anglais et les Hollandais dévastaient , en 4557, le Gonquet et Saint-Mahé, la nouvelle secte envahissait nos ivontières de l'est, sous la protection du frère de l'amiral Coligny, Dandelot, allié à la maison de Rieux, et sous celle de la vicomtesse de Rohan, au château <le Blain. Rennes avait reçu de Vitré la doctrine de Luther , continuée et réformée par Calvin. Déjà elle possédait ses

252 HISTOIRE DE EBNNXS.

églises calvinistes, et dans ses euTirons, la Motte*au- Chancelier, le Bordage, la Rigaudière, la Magnane et la Corbonoaye devinrent autant de succursales.

Bernardin Bochetel, secrétaire du roi, remplaça cette année Claude Dodieu sur le siège épiscopal de Rennes.

(>I559.) Deux ministres dirigeaient alors les églises calvinistes du diocèse de Rennes. Le premier, nommé Dufossé, était breton ; le second , qui se fit désigner successivement sous les noms de Duvivier et Du Gravier, avait été appelé par son prédécesseur pour le seconder dans ses fonctions. Il fut installé par lui dans une maison isolée du faubourg Saint-Hellier , nommée Bouzille, où les calvinistes se réunissaient secrètement la nuit. Ces réunions n'en étaient pas moins connues , et la première étincelle pouvait, comme à Nantes, allumer Tincendie populaire. L'imprudence d'un jeune sectaire iaillit la faire naître. Jean de la Lande de Marcillé, ayant proféré publiquement des invectives contre les catholiques, fut saisi et emprisonné. Il fallut avoir recours au crédit de Madame de Laval pour obtenir sa liberté.

La célébration de la cène , de quelques précautions qu'on l'entourât, augmentait encore les dangers des calvinistes. C'était un attrait de plus. Malgré la menace des édits royaux, la cérémonie eut lieu la veille des Rameaux dans une maison dite de la Prévalaye, non pas le manoir de ce nom dans la campagne voisine, mais l'hôtel appartenant au même seigneur dans l'enceinte même des fortifications. L'audace était grande; elle demeura assez secrète pour rester impunie. Le parlement d'ailleurs fournissait déjà ses adeptes à la nouvelle secte; c'était autant d'appuis.

Pendant que le premier synode calviniste se tenait à Paris, le ministre Du Gravier, laissé à Rennes par son collègue, se rendit le >I6 mai au château de la Rigaudière, commune du Teil, où le comte de Maure l'avait fait appeler pour baptiser sa fille.

HI8TOIES DE RBlfUBS. 255

Le succès av6c lequel la cène avait été célébrée une première fois à Rennes, et les progrès toujours croissants que £ûsait le calTinisme, inspirèrent le désir de renouveler la cérémonie à la fête de la Pentecôte. Plus prudents cette fois néanmoins , les réformés se réunirent hors ville , à la Motte-aurChancelier , chez le sieur Des Roussières. L*as^ semblée fut nombreuse , et le secret éventé par un portier de la ville » qui vit le lendemain les sectaires se présenter aux- portes avant leur ouverture. Les chanoines avertis firent arrêter neuf individus , qu'on relâcha bientôt , vu leur peu d'importance. Le ministre Du Gravier s'éloigna prudemment , et attendit à Vitré et au Boidage la fin de l'orage qui menaçait.

Pendant cette retraite volontaire , il baptisa la fille du seigneur de la Magnane, maison aux environs du Bordage. Ces baptêmes devenaient une coutume parmi les gentilshommes convertis à la nouvelle doctrine.

Un autre ministre , Du Bois , dit Le Baleur , fut appelé à Rennes au retour de Du Gravier , mais il se fixa bientôt à Vitré par les conseils de l'association.

Les chances de succès de la réforme s'accrurent encore a la mort de Henri II , frappé dans un tournoi par la lance d'un de ses favoris. Le faible François II, l'époux de la petite reine d'Ecosse, monta sur le trône de France déjà envahi par l'audace des Guise et la politique astucieuse , oscillante de Catherine de Médicîs. La discorde ne pouvait tarder à naître ; les princes 'du sang allaient conspirer pour rétablir leur pouvoir méconnu , et les protestants devenaient naturellement leurs alliés.

Mais avant de nous occuper de ces grands événements , jetons un coup-d'œil sur ce qui se passait à Rennes ^ au milieu de ces germes de guerre civile, dont elle subissait aussi l'influence inévitable.

Les états se réunirent au mois de septembre de cette année dans notre ville, et pendant leur durée, le ministre

%4 HUTOIRB DE REHIIBS.

Du Grayier prêcha dans un jardin où menaient l'écouter un grand nombre de geotilshommes conTertis.

Les habitants sollicitèrent du nouveau roi le renouvellement et la confirmation des droits , dons , franchises , privil^es et exemptions reconnus par ses prédécesseurs. Ik firent présenter leur supplique par le duc d'Etampes , auquel ils offrirent le cadeau d* usage.

La réunion de l'hôpital Sainte-Anne à celui de Sainte Yves ne s'était pas opérée sans contesté. La ville avait été obligée de plaider et de prouver que Tadministration de l'hôpital Sainte-Anne lui avait appartenu anciennement. La même preuve, fricile à établir au besoin pour les autres hôpitaux , ressort de ce que nous avons dit jusqu'ici sur chacun d'eux.

(4560.) Enfin im édit fixa de nouveau à Rennes les séances du parlement de Bretagne, et modifia son organisation intérieure.

Ce retour à l'arrangement primitif indiqué et fixé par les états frit suivi de près de l'échec de la conspiration d'Amboise, dont le contrecoup ne tarda pas à se frûre sentir à Rennes. Les gentilshommes calvinistes s'y étaient d'abord réunis ; puis , pour échapper plus sûrement à la persécution , ils avaient pris le parti de courir la campagne en armes et de tâcher de s'y faire des prosélytes. Le sieur de Bouille, alors gouverneur de Rennes, mit la ville en état de défense; il fit garder les portes, armer les bourgeois, et amasser des pierres par les femmes dans les maisons. Cinquante arquebusiers commandés par le sieur De Gué étaient venus renforcer la garnison. Le gouverneur Bouille demanda quatre ou cinq cents hommes de plus aux habitants, qui reculèrent devant cette dépense.

Le duc d'Etampes, gouverneur de Bretagne, vint luimême s'enfermer dans la ville pour mieux veiller à sa défense. L'agitation des esprits était extrême. Le sieur du Bois-Orcant, capitaine, son lieutenant le sieur d'Apigné,

HISTOIEB AB RBHNE8. 235

le connétable sieur de Ligouyer, se rendirent près du gouTemeor pour lui signaler la maison de Bouzille, appartenant au sieur Mesmenier Escoufflart, comme le repaire secret des protestants. Ils décidèrent par leurs instances le duc à monter sur le rempart entre la porte Blanche et la tour Gaye pour observer les mouvements qui se faisaient dans cette maison. C'était la nuit; une lumière aperçue fit croire qu'une réunion calviniste y avait lieu en ce moment. L'imagination entendit le chant des psaumes. L'attaque fut aussitôt proposée et résolue; on traînait déjà des pièces de canon. Le duc, par une prudence qui devint bientôt suspecte , arrêta cet enthousiasme y en remettant le siège au lendemain.

Les deux ministres Du Fossé et Du Gravier, qui se trouvaient seuls dans la maison avec la famille du propriétaire , s'évadèrent aussitôt qu'ils furent avertis des projets de leurs adversaires. Quand ceux-ci vinrent en armes le lendemain, jour de Pâques, et conduits par le prévôt, pour fouiller la maison , ils n'y rencontrèrent que la servante et sa maîtresse. Quelques jeunes gens arrêtés à la porte de la ville furent relâchés par ordre du gouverneur.

Après cet incident, les réformés devinrent plus prudents. Ils n'étaient encore que soixante à Rennes; leur nombre était sans doute moins redouté que leurs doctrines. Le troupeau devenu craintif se partagea en petites sections de douze personnes , dont une seule était chargée des relations avec les autres.

Pour repousser les calomnies qui excitaient la persécution, les membres du faible consistoire de Rennes publièrent leur profession de foi, qu'ils firent tomber dans les mains des magistrats par une voie détournée. Le paquet jeté pendant la nuit dans la haute cour avec une lettre d'envoi fut trouvé et porté le matin au sénéchal , qui en donna lecture, et ordonna des poursuites contre les auteurs. Des placards calvinistes avec ce titre, /e^r

256 9I&T6IRS DB HEHHBS.

grands pardom^ furent affichés clandestinement sur les murs, et arrachés presque aussitôt par ordre des ecclésiastiques.

Cette tentative de justification eut un résultat tout contraire à celui qu'en attendaient les réformés. La haine du peuple contre eux ne fit que s'accroître. Malheur à celui qui était reconnu dans les rues ! Il était heureux d'en être quitte pour des injures. Celle de huguenot (4) était interdite par les édits mêmes; aussi ne la trouve-t-on point dans les récits contemporains. L'imagination populaire avait carte blanche pour le reste du vocabulaire.

Les placards menaçants étaient aussi des armes fréquemment employées. L'un d'eux ^ représentant une potence et une cage où était un homme , fut affidié à la porte du médecin Melot , suspect de calvinisme. L'un des membres du consistoire rennais , nommé Biard, fut désigné de la même manière à la haine du peuple.

Cependant un nouveau synode s'assemblait à Caen en Normandie , et le ministre Du Gravier y était député avec Mesmenier Escoufflart. Les agitations de la France se faisaient sentir de plus en plus en Bretagne. La ligue ^ dissoute par l'échec d'Amboise., se reformait secrètement. Le prince de Condé, son chef muet, faisait circuler ses émissaires, et la guerre civile s'organisait.

On s'attendait partout à une prochaine explosion. Le moindre incident émouvait les esprits inquiets. Le bruit courut un jour à Rennes que la maison de Mesmenier Escoufflart s'écroulait dans la Vilaine sous la vengeance divine. La foule inonda aussitôt les abords de la porte Blanche. La rivière, débordée par la pluie, avait miné la muraille de la ville du côté de cette maison de Bouzille, si mal famée, et creusé dans la contrescarpe une large

(1) On sait que le mot huguenot» qui signlfle en allemand confédéré» allié par serment, Ait détourné de son sens primitif, et appliqué plus tard comme une tn- Jore.

mSTOIAE DB ESHHBS. 257

ouverture par où l'eau se précipitait comme dans un gouffine. La curiosité, désappointée, n'en vit pas moins dans cet érénement un sinistre présage, et dans les rigueurs de la saison un nouveau motif de haine contre les sectaires. Les occasions ne pouvaient manquer à cette haine pour éclater.

Le 42 juillet une procession propitiatoire fut ordonnée par le cleiçé. En passant à la pompe du Cartage devant la boutique d'un tailleur protestant nommé Michel Cerisier, vers le coin de la me Saint-Yves, les Cordeliers, qui ouvraient la marche, crièrent à Fartisan de se découvrir; celui-ci refusa d* obéir ; les Carmes et les Jacobins passèrent à leur tour sans rien dire; mais bientôt les chanoines de la cathédrale, dit le manuscrit protestant , que nous suivons à défaut d'autre document primitif, les chanoines vinrent en aide aux Cordeliers, et leur exemple animant le peuple, les injures allaient faire place an &ang, si l'imprudent calviniste ne se fiit évadé.

Ces essais d'émeute ne pouvaient rester isolés. Le 49 juillet une nouvelle procession eut lieu, motivée, comme la première, par les intempéries extraordinaires de la saison, que l'on atmbuait aux huguenots. La victime fut cette fois un apothicaire nommé Alain Levèque, suspect plutôt que convaincu de calvinisme. En passaiit devant sa boutique, la populace, qui avait désortnais l'élan désiré, y fit pleuvoir une grêle de pierres, et, ne pouvant se saisir du malheureux qu'elle poursuivait, elle l'exécuta du moins en effigie. On dressa un bâcher dang un carrefour; un garçon pâtissier, qui peut-être avait fourni les fagots, j mit le feu et y précipita un mannequin sous le costume de l'apothioaire.

Sur la requête de ce dernier, le garçon pâtissier fut arrêté. En se fiEiisant l'exécuteur des hautes œuvres, il avait donné son signalement , que complétait encore l'absence d'une de ses oreilles.

258 msToias ob asnnbs.

Cette arrestation ne fit qu'augmenter TeffervesoeDoe du peuple, et les efForts que Ton tenta pour arrêter les désordres ne contribuèrent qu'à les rendre plus violents. Ainsi ^ les réformés ayant demandé aux magistrats Fexécution de Védit de tolérance à leur égard^ le peuple pour* suivit des cris au feu ! au feu ! brûle ! brûle ! les sergents chargés de publier Tordonnance qui défendait toute voie de fait ou injure contre les religionnaires.

Le capitaine de la ville, sur les ordres du gouverneur, ayant invité le trésorier de Saint-Pierre, abbé de Bille , à modérer le zèle excessif des prêtres et des moines, celuici n'en continua pas moins à entretenir Tanimosité contre la réforme , tout en se conformant en apparence aux ordres qui lui étaient communiqués par l'autorité temporelle, dont il se souciait fort peu.

L'évêque Bernardin Bochetel ne paraît pas avoir pris part à tous ces mouvements, soit qu'il fût absent, ou que, n'ayant pas été sacré, il s'abstint de se mêler des affaires de son évêché, dont il ne tarda pas à se démettre.

Le capitaine de la milice ne s'était pas borné à recommander le calme au bouillant trésorier de Saint-Pierre; il avait ordonné aux cinquanteniers et dizainiers de surveiller les mouvenients du peuple ^ et il les avait rendus responsables de ses excès; mais rien ne pouvait arrêter l'impulsion qu'on lui avait donnée.

Le 25 juillet une troisième procession eut lieu et amena une nouvelle scène. En passant dans la rue SaintSauveur, la maison du médecin Melot fut assaillie ; les portes cédèrent sous la grêle des projectiles; la populace se précipita dans la maison, et trouva le médecin dans son cabinet avec le curé de la paroisse rurale de Goven , et un apothicaire nommé La Flèche, appelé sans doute pour recevoir les prescriptions du docteur. Les trois pauvres diables eurent beau protester de leur innocence et de leur

HUflOnB DE MBVHBS. 8S9

orthodoxie, ils fureni accablés de coupe. L'apothicaire perdit dans la mêlée une partie de sa longue barbe. Le curé n'échappa qu'a grande peine à la fureur aveugle du peuple y qui le prenait pour le ministre protestant. Quant au docicur Melot, il fut traîné en prison a^ec sa femme eoceinte. La maison fut pillée et dévastée.

Les têtes une fois montées ne pouvaient pas rester en si beau chemin. On cria de toutes parts à Bouzille ! à Bouxille ! (4) et la foule se précipita vers cette maison, la pilla et traîna le propriétaire, Mesmenier EscouiHart, en prison.

Que devenait l'autorité au Inilieu de tous ces troubles? Le sénéchal, usant de violence comme ceux qu'il voulait punir, entra dans la cathédrale avecdeis sergents en armes, n fit saisir à l'autel, pendant qu'il officiait , le porte<nroix Tanneguy Audren, et le fit jeter en prison immédiatement. Plus heureux que lui , d'autres prêtres qui devaient être arrêtés le même jour, s'enfuirent et se cachèrent. Le clergé, mais surtout le chapitre , et à sa tête l'abbé de RiUé , pnH testèrent contre un pareil acte qui violait toutes leurs firan* chises; mais le sénéchal demeura inébranlable et garda son prisonnier.

Le ministre protestant Du Gravîn' , qui ne sortait à Rennes qu'avec l'épée au côté, dans un fourreau de ve-> lours, afin qu'on ne le reconnût pas, s'évada le jour même de la sédition , et se retira au Bordage , chez le sîeur de Montbourcber. De là , il se rendit à Lamballe , près du gouverneur le duo d'Etampes , qui n'était point encore informé de ce qui venait de se passer à Rennes, n en obtint une audience et une promesse de protection l^^ale , dans le cas où les réformés ne sortiraient point des bornes de la modération.

(1) Le non de cette aiaiaoQ teinMé UwUquer ao cenn de conetractlOA iMt 4 mun AUX enTtroDB de ReQoet.

240 HIflTOIEB I>B BBNNSS.

Le miaistre Du Gravier s'engagea , au nom de ses coreligionnaires ^ à demeurer dans les bornes de la liberté légale qui leur était assurée par les édits , et il retourna au Bordage. Quelques jours après ^ le 54 juillet, le duc d'Etampes se rendit à Rennes, bien accompagné. Son premier soin en arrivant fut de faire publier à son de trompe une ordonnance qui défendait d'insulter les protestants ; et pour en surveiller l'exécution , des corps de garde furent placés dans les principaux quartiers de la ville. Le lendemain, le gouverneur donna audience aux Cordeliers , chez lesquels il était descendu selon sa coutume. L'abbé de Rillé porta^la parole et se chargea d' exprimer ^ avec sa violence ordinaire, les plaintes du clergé. Le sénéchal répondit avec non moins de véhémence. Le gouverneur fut obligé de congédier l'assemblée sans rien résoudre. Une nouvelle procession eut lieu sans accidents. Peu de jours après, il renvoya le jugement des prisonniers au parlement qui siégeait encore à Nantes , malgré l'édit du 4 mars 4560, qui lé transférait de nouveau à Rennes, et qui ne fut exécuté que longtemps après l'édit du mois d'août de la même année.

Le médecin Melot et Mesmenier Ëscoufflart partirent donc pour Nantes , sous la protection du prévôt des maréchaux et de ses archers. Le peuple faillit encore se soulever en voyant qu'on lui arrachait ses victimes. Le prêtre dépendant de la juridiction ecclésiastique fut laissé à Rennes. Il y a apparence que les trois accusés forent renvoyés hors de cause, car les récits contemporains n'en parlent plus (4).

Si l'association protestante était forcée d'être calme en apparence, die n'en était pas moins active pour la propagation de ses doctrines. Elle comptait même sur l'appui

(I) L'atwenee d*im ou deux feuillets dans le Mb. de Crevain nous a privés peutêtre de renaeignemeots posMft à cet égard. Les arrêts du parlement peuvent seuls oombler eelte lacune , qui sera remplie dans VBistoire du Parlement de BrUa^ne , dont s'oecupe H. Ducrest de Villeneuve.

du gooremeor lié avec leurs diefs, auxquds il avait promis de (aire soulever la Bretagne eu leur faveur.

Mais le prince de Ck>ndé, Tânie du parti, venait d*étie arrêté et condamné à mort aux états d^Orléans, sous Fin* fluenoe des Guise. Heureusement rarrét n'était pas signé, quand François II mourut presque subitement d*un abcès à la tâte, le 5 décembre 4560, à Tâge de près de dix* sept ans, après seize moi$ vingt-quatre jours de règne. Charles U, qui lui succéda, n'avait que dix ans. Catherine de Médias s'empare de la régence et rend la liberté aut prince de Condé. La France, flottante entre l'anarchie et le despotisme, retombe dans les angoisses de la guerre civile.

(4564). Les calvinistes, en recouvrant leur chef d'une manière si inattendue, crurent que le moment de triompher était venu pour eux. Les appuis dont ils se sentaient entourés leur donnèrent l'audace de se produire au grand jour; ils ne cachèrent plus leurs réunions. Le peuple de Rennes fut sur le point de devancer la Saint-Barthélemi. n attaqua les calvinistes pendant la nuit, et ce ne fut qu'à grand'peine que la force armée empêcha le massacre général.

Mais les événements qui s'accomplissaient en France devaient entraîner la Bretagne. Catherine de Médicis se rapproche des protestants pour balancer le pouvoir des Guise, et entredent ainsi l'incendie. Les Guise de leur côté forment leur triumvirat avec le vieux connétable de Montmorency et le maréchal courtisan de Saint-André. En vain le vertueux chancelier de L'Hospital , seul dévoué au bien public, Ëiit, pour calmer les divisions, des efforts généreux. Ils ont pour unique résultat un édit nouveau de tolérance, lequel accorde aux calvinistes la liberté du culte, sans leur permettre d'assemblées dans les villes, et défend aux catholiques , prédicateurs et autres, aucune insulte contre les religionnaires.

242 HISTOIRE DE RENIÎBft.

Cette mesure, qui devait ramener le calme, rapproche au contraire la catastrophe. Le massacre de Yassj , en mars 4565, va devenir le premier (lambeau de la guerre civile.

Les églises réformées s'étaient propagées en Bretagne ; on en comptait déjà dix-sept à dix-huit. La nouvelle doctrine avait pénétré même dans le pays breton , et de la Roche-Bernard s'était étendue k Muzillac, Vannes, Hennebond, Pontivy. On commençait à prêcher publiquement à huis ouvert. Le gouverneur de Rennes, Bouille, écrivait au duc d'Etampes qu'il craignait que les protestants , qui s'armaient , ne s'emparassent de Saint-Malo sous la protection de l'Angleterre. Un synode calviniste s'ouvre à Châteaubriant , et Rennes y envoie ses deux ministres Du Fossé et du Gravier.

La même année, un autre synode est tenu à Rennes dans un lieu qui n'est pas désigné, mais accordé sans doute par tolérance hors des murs , depuis l'édit de Saint- Germain.

Rennes , malgré la faveur des édits , ne comptait encore que 50 à 6Q sectaires.

Au milieu de ces troubles, la communauté de ville eut le mérite de ne pas abandonner ses utiles travaux d'amélioration intérieure. Une donation de '1500 1. faite aux hôpitaux de Saint-Yves et de Sainte-Anne par M. de Bruslon de la Muce, lui donna la faculté d'établir dans ces deux maisons des ateliers de travail pour les pauvres orphelins des deux sexes, qui y apprenaient un métier pour l'avenir. Une femme attachée à l'un de ces ateliers apprenait aux jeunes filles les travaux de la lingerie.

C'est à la même libéralité que la communauté dut de pouvoir rétribua un barbier et un chirurgien attachés auxdits hospices pour traiter, panser et médicamenter les pauvres des maisons-Dieu de Saint-Yves et Sainte-Anne.

Occupés de ces soins administratifs, les habitants de

niTom nE uoncis. 243

Reanes pounuîvaient encore à cette époque la translation du parlement qui siégeait toujours à Nantes^ malgré les deux édits de Fraaeob U. Des lettres de Charles IX « ap- » pelèrent les bourgeois de cette dernière ville i déclarer » les raisons de leur opposition » , qui devait durer long^ temps encore.

(45A2.) Rennes vit arriver de temps en temps dans ses murs, SOU6 l'escorte des ardiers du prévôt, les prisonniers-calvinistes livrés à la justice du parlement. Désormais noire ville semblait lasse de l'émeute y ou surveillée par raubNrité à la fois forte et modérée qui la maintenait dans la limite Jéj^ des édits. Les protestants purent, sans être trouUés, tenir leurs assemblées à huis ouverts. Ils accueillaient même des frères fugitifs de toutes les parties de la France, et leur procuraient un abri sûr.

Quoique tranquille, la Bretagne n*en prit pas moins ses précautions contre l'invasion possible de la guerre civile. L'exemple de la Normandie était trop voisin pour qu'elle ne tremblât pas au seul récit des horreurs qui s'y commettaient. Aussi le gouverneur de Rennes, M. de Bouille, publia successivement cinq ordonnances toutes relatives à la sûreté de la ville. La milice mieux disciplinée se tint prête à l'appd de ses diefs; ceux-d reçurent une solde pour stimuler leur zèle.

La communauté s'occupa aussi sérieusement à cette époque de la subsistance des mendiants, et délibéra trois jours y sans résultat apparent, sur cette grave question, qui devait nous être transmise dans le même état , après bien des essais infructueux.

Un de ces retours si fréquents de la politique de Catherine de Médicis avait retiré aux protestants les concessions légales qui leur avaient été faites. D'abord on leur défendit de s'assembler , puis on ordonna aux ministres de sortir de ft«tagne dans un délai de quinze jours , sous peine d'être pendus. L'exécution de ces ordres rigou-

244 HISTOIRE DE RJBNMBS.

reux fut naturellement adoucie par la modération du gouyerneur. Il eut, si Ton en croit Dom Morioe , ou plutôt son continuateur , à prévenir l'exécutioa d*une Saint-Barthélemi projetée à Rennes contre les huguenots, le jour même de l'enregistrement de Tédit de pacification.

Le 4^ février 4565 , la communauté écrivait au due d'Etampes, et une délibération des nobles, boui^eois et habitants avait lieu le 26 mai suivant au sujet de cette translation du parlement qu'ik étaient enfin parvenus à maintenir, et qu'on leur disputait encore. La versatilité de la volonté royale avait malheureusement accoutumé les esprits à ne rien considérer comme définilivement stable.

La peste , dont les Nantais avaient fait un des moti£i de leurs réclamations , fut pour notre ville Toccasion d'un nouvel et utile établissement, sous le nom d'hôpital de la Santé , au lieu de la Croix-Rocheraud , et destiné exclusivement aux mendiants pestiférés. Avant cette époque, ils étaient reçus à Saint-Yves, et ceux qui mouraient étaient inhumés dans une pièce de terre dépendant de cet hôpital, près de la croix désignée sous le nom de Rocheraud. Une aumône volontaire dans sa quotité, mais non dans son principe , et recueillie d'après les rôles des capitaines dnquanleniers, fut le premier secours accordé au nonv^ établissement.

Les protestants, conformément au dernier édit, avaient réclamé un lieu où tenir leurs assemblées dans la ville. On le leur refusa , et Charles IX , à la requête des nobles , bourgeois et habitants de Rennes, finit par défendre < l'exer- » cice de la nouvelle et prétendue religion réformée dans » ladicte ville et fauxbourgs. »

(4564.) En attirant le parlement dans ses murs, notre ville avait pris l'obligation de lui fournir un abri convenable pour ses séances. Le couvent de Saint-François ou des Gordeliers lui ouvrit son enceinte , et la communauté 7 fit construire plusieurs salles i:>oisées et parquetées «afin

> d'y tenir la ooar de parlement. » Nais œ n'était qu'un prcmsoîve; elle obtint des lettres du roi qui lui permirent de bâtir un palais. C'était un projet dont l'accomplissement dépendait sortoat du temps. Nous en suivrons le progrès d'année en année.

La Bretagne perdit l'année suivante (4565) l'bomme qui avait le plus contribué à la préserver des fureurs de la guerre civile. Le duc d'Etampes , Jean de Brosse, héritier de la maison de Penthièvre , mourut au mois de février, en priant les Bretons qui auraient à se plaindre de sa conduite modérée, d'observer qu'elle était indbpensable pour éviter de plus grands maux. Son neveu, Sébastien de Luxembourg, vicomte de Martigues, lui suc^ céda dans les fonctions de gouverneur; mais le zèle, dont il avait déjà donné des preuves en Normandie, ne promettait pas à la Bretagne les mêmes chances de tranquiU lité.

Le roi, accompagné de sa mère, parcourait alors les provinces pour tâcher d'étouffer les derniers germes de discorde , en maintenant chacun dans ses droits. Il vint en Bretagne, et Rennes à son tour reçut sans doute sa visite, si l'on en croit les détails des dépenses fisiites pour \ espérée "venue et entrée du roi en cette ville.

Gilles Raton, sieur de la Ville-Aniray , était alors l'un des connétables; mais il fut bientôt destitué comme rebelle. A quel propos? On ne sait. Peut-être était-il coupable de calvinbme; à moins qu'il n'ait été victime d'une conspiration dans laquelle entra le gouverneur de Martigues contre les Coligny.

Si les détails nous manquent sur ce lait de la destitua tion de l'un des chefs militaires de la cité , nous en trouvons de plus complets sur des événements moins graves et qui dureot moins émouvoir nos ayeux. Ainsi la grosse cloche de Thorlc^ qui s*était fendue l'année précédente , fut sciée au commencement de celle-ci par. Jehan Jolif ,

246 HISTOIBE SB aBHIISS.

forgeur, qui reçut pour ce travail la ftomme de 400 I. L'épaisseur de la lèrre qu'il dut brunir et limer était de 8 pouces.

La démiâsi<m de l'éréque Bernardin Bocbdel laissa t»cant le siège épiscopal de Rennes ^ qui fut occupé cette même année par Bcatrand de Maritbc, frère de Tarche- ▼èque de Vienne^ et qui avait fait ses preuves de talent comme prédicateur, pendant quarante ans, dans l'ordre des frères mineurs, talent dont il ne cessa de donner de nouvelles preuves durant son épiscopat.

La suppression des petites juridictions fut encore un bienfait dik sans doute aux conseils du vertueux L'Ho»pital. Par suite de cette mesure, si utile aux justiciables, h sénéchaussée de Rennes réunit à sa juridiction celles de Saint-Âubin-du-Gormier, de Hédé, et du fief de Fougères en la ville de Rennes.

(4566.) Le voyage de Charles IX en Bretagne, qui avait un peu calmé les esprits, fut bientôt suivi des conférences de Rayonne et de l'exécution du comte d'Egmont en Flandres , qui réveillèrent un instant toutes les inquiétudes assoupies. Le nouveau gouverneur vint à Rennes avec sa femme et descendit aux Jacobins, qui avaient eu jadis le privilège des réceptions princières. AL de Bouille était alors son lieutenant-général.

(4S67). Les huguenots de France avaient de nouveau pris les armes sous la conduite du prince de Condé; et ee dernier, après avoir échoué dans sa tentative d'enlè* vement sur la personne du roi , succomba dans la plaine de Saint-Denis. Les calvinistes de Bivtagne, eflrayés, se réfugièrent de nouveau à Blain, sous la protection du vicomte de Rohan , ou tachèrent de se faire oublier comme à Rennes, en attendant des temps meilleurs.

Aussi leur présence se fit-elle à peine sentir dans notre ville à cette époque, et Ton s*y occupa de toute autre chose. Les bourgeois de Rennes avaient entrepris de sou-

HIWOIBB IXB EBNVBS. 247

mettre au dtoit sur les boissons toutes les personnes qui ea étaient exeo^^tes, telles que l'ëréque^ les chanoines et le chapitre y l'abbesse et les religieuses de Saint-Georges, les nobles^ les gens d'église ou de justice. U n'était pas fiMtle de plier tant de privilégiés sous la règle ccNumune. Us l'obtinrent cependant , et des lettres du roi en date du IM janvier firent fiedre ce nouveau progrès au principe équitable de l'égalité d'impôt.

Il faut noter id une autre innovation qui s'introdui* sait silencieusement dans le sein des états j ou parlement général , jadis le grand conseil des ducs de Bretagne.

Le second ordre , celui de la noblesse, n'était composé, sous les demies ducs, que des princes du sang, des comtes, des barons, des bannerets, des chevaliers, des bacheliers et écuyers. U £eJlait être seigneur de fief pour voter dans les états ces levées de deniers, qui portaient sur les sujets immédiats des seigneurs. Les nobles qui ne possédaient pas de fiefs en étaient ainsi «iclus, et ne commencèrent à y figurer qu'en 4567, par suite des troubles civils, et de la pénurie où le parti royaliste se fut trouvé réduit plus tard en n'appelant que de la haute noblesse dans les réunions d'états , qu'il forma pour lui servir d'appui. Cette admission d'une nouvelle classe dans la cour sou* veraine ne fut pas révoquée dans la suite, et de là date seulement le privilège de la petite noblesse de siéger aux états. De là aussi un abus qui régna longtemps, celui d'accorder voix délibérative à des jeunes gens de dix-sept ans, parce qu'ils étaient gentilshommes. Ceux pourtant qui dérogeaient en se livrant au commerce non marilime, ou en tenant des terres à ferme, étaient momentanément exclus , jusqu'à ce qu'ils se fussent réhabilités , conformément à l'art. S64 de la coutume de Bretagne.

Pour compléter le peu qu'il nous est permis de dire sur ce sujet dans une histoire de Rennes, nous continuerons de donner ici quelques détails sur l'organisation intérieure (le l'assemblée des états.

248 HISTOIHB DE HBlflIBS.

Le président du tiers était le sénéchal de la ville où ib étaient conToqués. La question de la présidence une fois décidée, il en surgissait une autre plus dii&cile à régler , celle de la préséance des divers membres du même ordte entre eux. La date de la promotion fut adoptée pour fixer le rang des évéques et des abbés; quant aux députés des chapitres j ceux du diocèse où se trouvaient les états, avaient le pas sur les autres* La noblesse tat obligée d'admettre la confusion des rangs, sauf quelques places réservées aux plus anciennes familles, et dont Tune appartenait au doyen , titre par lequel on désignait, non le plus âgé, mais le plus ancien et le plus assidu des inscrits sur le registre des états. Une pension de S06 1. était la récompense de son zèle, qui n'était pas le seul stimulé par un semblable moyen. Le roi nommait des pensionnaires, dont les ancieirs services étaient rétribués sur un fonds alloué par les états.

Il n'y avait de préséance reconnue entre les divers membres de l'ordre du Tiers , que pour les députés de la ville où siégeaient les états.

Le jour indiqué pour l'ouverture de l'assemblée, le greffier commençait d'inscrire sur un r^istre les membres qui étaient tenus de se présenter à lui. Le troisième jour cette liste était close , signée par les présidents des trois ordres et déposée au greffe. Ceux qui avaient négligé de s'y faire inscrire dans le délai prescrit , ne pouvaient entrer aux états , à moins d'excuse admise par les commissaires royaux pour cause d'accident ou de maladie.

Dans l'origine , il n'y avait point de lieu fixe pour la tenue des états; la volonté ducale, piûs celle du roi, furent la seule règle à cet égard.

Les membres des états ne furent point d'abord défrayés de leurs dépenses pendant la session. Aussi plusieurs se retiraient avant la clôture. Pour obvier à cet inconvénient , on défendit au greffier de délivrer aucun certificat

msTonB hb bshhbs. 249

de piàoioe aux députés avant la fin des séances ; puis hîentôt on alloua une taxe de trois écus par jour aux députés de k noblesse, et de deux écus à ceux du tiers. Nous Terrons plus d'un remède appliqué sans fruit à cet abus des absences, qui n'est pas encore éteint de nos jours.

Quant à l'inriolabilité des députés, bien qu'elle existât de fait , elle ne fut pourtant consacrée par un arrêt que dans le siècle suivant.

Les états avaient près d'eux un certain nombre d'officiers qui complétaient leur organisation. C'étaient le syndic, le greffier, le trésorier , les substituts du syndic, le héraut et le niarédial-des^l(^s. Le prévAt des maréchaux leur (ut adjoint dans la suite; il était obligé de veiller avec ses officiers à la sûreté des états, et de fournir une escorte d'honneur aux présidents.

Nous avons nommé les commissaires du roi; c'étaient ses délégués , qui venaient signifier sa volonté à l'assemblée, et en &ire en son nom l'ouverture. Ce mandat royal était le plus souvent confié au gouverneur ou à son lieutenant, à un prince du sang, à des maréchaux de France, ou des ducs et pairs.

Les états avaient aussi leur^ commissaires qui étaient de droit le grand-maitre des eaux et forêts, les trois présidents, les procureurs et avocats généraux, le premier et deuxième présidents, le procureur-général de la chambre des comptes, l'intendant et le premier commissaire du conseil.

Quant à la distribution des divers membres dans la salle, et pour ainsi dire la mise en scène, voici à peu près ce qu'elle était : au fond s'élevait un théâtre avec plusieurs degrés , sur lequel s'étendait un grand dais de velours violet et blanc, orné de fleurs de lys jaunes sur le fond violet, et d'hermines sur le fond blanc, avec des franges de soie de mêmes couleurs. Deux fauteuils étaient

250 HI0TOUIE' DB RlOmBS.

placés sous ce dais, Tua à droite pour le prélident du clergé, l'autre à gauche pour le président de la noblesse. Chacun d'eux avait à ses côtés , sur des bancs garnis de tapisserie, l'un les éyéques de la province, l'autre les barons et anciens gentilshommes* Dans le retour des murs parallèles, des bancs disposés en amphitéàtre recevaient à droite et à la partie supérieure le clergé; à la .partie inférieure le tiers-état isolé par une barre de bois ; à gauche , la noblesse qui occupait tout ce côté.

Le président du tiers-état était assis en tète des siens , sur un tabouret orné de drap vert , et s'appuyait sur une boiserie couverte d'un drap de même couleur.

Deux bancs posés en travers et à l'extrémité de ceux de la noblesse étaient occupés, l'un par le syndic, le trésorier et le substitut; l'autre un peu plus élevé par le greffier et son commis. Près de ce dernier, une loge ou stalle âevée de trois marches était réservée au hànut pour bannir les fermes.

Une petite estrade entre les deux amphithéâtres et sous le dais, supportait le fauteuil du premier commissaire du roi. La même estrade portait aussi sur ses marches à droite et à gauche , les fauteuils du gouverneur et des deux lieutenants-généraux.

Au-dessous de l'estrade sur le plancher du théâtre, étaient placés dès deux côtés les sièges des autres commissaires. Les lieutenants du roi se mêlaient parmi la noblesse.

Du reste la salle était tendue de tapisseries à grands écussons , partis de France et de Bretagne, surmontés de couronnes à hauts fleurons.

L'assemblée, après s'être constituée, envoyait une députation des trois ordres diercher les commissaires royaux. A son arrivée , le premier prenait la parole , demandait la levée des deniers et le don gratuit. Les commissaires , suivant les circonstances, avaient le pouvoir de différer de quelques jours l'ouverture des états.

HisTOiBx SB mamna. 854

Telle était , autant que la parole peut la peindre j la phyâononiie de «tte aMemblëe que les fidts nous pein» dront mieux encore. Ces renseignements, malgré leur aride brièveté, suffisent à l'intelligenoe des éYénements où les états interriendroot souvent, comme seuls gardiens des derniers privilèges qui constituaient encore la natio* nalité bretonne.

Noos avons eu l'occasion de nommer parmi les commissaires des états le grandHmaitre des eaux et forêts. 11 y avait en Bretagne aept maîtrises, dont la première était ,à Rennes (I), et qui ccmnaissait des abus, malversations ou entreprises dans les bois du roi ou des particuliers, tantanâvil qu*au criminel, et contre toutes sortes de personnes. Elles étaient divisées en juridictions ordinaires et extraordinaires. Les appels de la première ressortissaient à la seconde, devant le parlement, où le grand*maître avait le droit de présider alors, et qui jugeait en dernier ressort.

Maintenant reprenons le fil du récit qui s'est arrêté, mais non pas brisé dans nos mains.

(4569.) Les désordres survenus à la suite de la guerre civile avaient augmenté considérablement le nombre des malfaiteurs. On augmenta la maréchaussée de Rennes d'un lieutenant et de six archers. On créa aussi des pistoliers, mais ils furent presque aussitôt supprimés.

Cette année vit encore le principe de l'égalité d'impôt confirmé par une nouvelle déclaration du roi qui portait que les subsides pour les fortifications seraient levés sur tous les habitants , sans aucune exemption , en la maison de ville, et par devant le gouverneur ou son lieutenant, les connétables et autres officiers.

Un autre principe, celui de la centralisation adminis»

(I) Les AOtrm éuient Nantes, Vannes, Fowg^rea, Le GAvre , Carhalx , Villecartfer.

252 HISTOOtE DE RSmiBS.

traûve^ biasât aussi des progrès. Les miseurs, qui araient toujours reodu leurs comptes en communauté, deTiedeot les rendre à la chambre des comptes, depuis Tordonnance d'Orléans.

(4570.) Julien Gasche et Jean Deshayes étaient alors nmeurs à Rennes , et ils furent les premiers soumis à la nouvelle règle. Leur compte de cette année prouve que la taxe pour les gages des juges présidiaux s'élevait encore à Rennes à 250 1. par an. On y trouve aussi la dé~ fense significative d'appeler patrimoniaux, ainsi que le voulaient les bourgeois , les deniers provenant de la ferme des diverses clouaisons y que nous avons déjà désignées. La France, pour s'immiscer plus facilement dans leur administration y tâchait de déguiser leur origine sous le nom de deniers di octroi y qu'elle leur imposait.

Cependant l'abbaye de Saint-Georges eut le crédit de se soustraire à cet impôt, en faisant entériner à la cour de parlement des lettres de confirmation de ses anciens privilèges. Les bourgeois firent de vains efforts pour la soumettre à la loi commune.

Les fouages aussi étaient compris à cette époque sous la dénomination de deniers d'octroi levés chaque année par ordre des états, sur le pied de 2 s. 6 d. par feu. Cet impôt qui, dans l'origine en 4570, ne se levait qu'en temps de guerre , et sur les seigneurs qui relevaient prochement des ducs, était devenu, on le voit, comme il arrive toujours, un impôt permanent et annuel. On avait dû chercher alors à secouer le fardeau; de là les feux de fouage affranchis et annoblis.

Louis de Bourbon, duc de Montpensier , prince de Dombes , fut nommé gouverneur de la Bretagne , mais il n'y vint pas inmiédiatement prendre possession de son gouvernement. Sa présence était nécessaire à l'armée où il avait déjà rendu de grands services.

Les anciens édits de pacification remis en vigueur ,

■nronus de mBimBS. 2S5

Renneft vit renlrer ses calnnistes dans l'exercice de leur culte. Gependaut Bécherel et Gaihaix furent plus spécialement désignés pour les prédications de la réforme en Bretagne. Les diverses églises calvinistes s'y relevèrent peu à peu, et l'on vit à Vitré, par un rare compromis, les deux croyances ennemies se partager également le pouvoir communal et la garde de la ville.

(4574). Des états extraordinaires avaient été convoqués à Rennes , et on leur demandait une somme de 500,000 h pour solder les Suisses que Ton avait fait venir pendant les troubles. Les états ordinaires, ou grands états, auxquels la même demande avais été. soumise , en avaient requis la modération. Pour toute réponse , on assembla les petits états, dits extraordinaires, dont les troubles avaient fait une nécessité pour que l'administration ne restât pas' suspendue. On croyait avoir plus facilement raison d'une assemblée moins nombreuse. Cependant les commissaires du roi n'obtinrent que 420,000 1. , et l'évâché de Rennes y fut compris pour la somme de 20,885 1. 40 s., qui devais être payée sans distinction de privilèges, « si mieux n'ai- » ment ( les récalcitrants ) bailler à ferme leurs maisons » et bien roturiers à gens contribuables. » La communauté fut obligée d'emprunter cette somme à 40 p. ^[o.

Ses dépenses ordinaires ne lui permettaient pas de faire des économies. Elle eut à réparer cette année les fontaines et les pompes de la ville , au Cartage près les porches. Ses revenus s'améliorèrent, il est vrai, de la perception des droits sur la Vilaine, qui commença vers cette époque.

Mais des événements plus graves devaient signaler cette époque à la postérité. Le massacre de la Saint-Barthélemi vint jeter la terreur en Bretagne; chaque ville s'attendait à le voir commencer à son tour. L'ordre en fut donné par le nouveau parlement; mais le noble exemple de Nantes qui refusa d'obéir , fut suivi par les autres villes , et Je lieutenant, M. de Bouille, sembla se ranger du même parti

2S4 msTonuB. de rbumbs.

en n'insistant pas pour rexécution d'un ordre aangimiaîre , qui eût de nouveau mis le pays en feu.

Le silence des documents contemporains ne permet pas le doute sur la tranquillité de notre Tille , à la nouvelle du massacre. Rennes tomba sans doute dans le calme de lar stupeur , que devait bientôt remplacer la plus vive in<* dignation. Son ministre s'éloigna et il eut pu rester.

Pendant toutes ces agitations, dont notre ville écoutait le retentissement lointain , elle p«rdit son évéque Bertrand de Marillac , qui fut remplacé par le savant chanoine de Notre*-Dame de Paris, Aimar Hennequin.

Les états se tinrent encore à Rennes cette année , et un édit y créa quatre offices de notaires pour le bailliage; il y en avait 54 dans la sénéchaussée.

Les temps de la ligue approchaient. La Bretagne allait perdre sa tranquillité. Cependant elle ne se doutait pas encore des dangers qui la menaçaient; elle fournissait des munitions , tenait ses états à Rennes, et applaudissait de loin, malgré la différence des croyances, aux exploits de deux de ses enfants , le brave Lanoue, et René de Rohan , baron de Frontenai.

(157S.) C'est à cette époque que cesse dans notre ville l'usage de l'arc et de l'arbalète. Les nouvdies guerres avaient fait adopter l'invention encore bien grossière de l'arquebuse, que celle du pistolet ne devait pas tarder à perfectionner.

L'administration supérieure était renouvdée en Bretagne. Un nouveau gouverneur , Henri de Bourbon , venait de remplacer le duc de Montpensier, qui n'y avait point paru. Son lieutenant-général, M. de Bouille, était remplacé par M. de Toumemine , baron de la Hunaudaye et sire de La Guerche. L'organisation du parlement se complétait' par la création de la Tournelle, dont les fonctions spéciales étaient d^ juger les causes crimiadies.

Sur la foi de l'édit de niai , auquel on donna le nom

HI890IB& DB KBmnB. 255

de paix de Monmur , parce qu'elle était due au duc d'Alençon, rhéritier présomptif de la couronne, les calvinistes de Bemies s'étaient réunis , le 7 juin , dans cette viik , chez M. Du Boisdulier, a où était logée dame Françoise de » Toumemine, douairière de Rohan. » Le ministre Guéno j prêcha pubtiquemeot, puis quelques jours après à Brie. Ce calme 9 dont on jotnssaait à peine depuis quelques mois, fut tout à coup troublé par ces mots : La sainte Ligue \ qoî commençaient à circuler comme un sinistre présage. '

Les états généraux ayant été convoqués à Blois sur ces entrefaites, Rennes y envoya son nouvel' évoque Aimar Hennequin, qui fut accompagné de M. de Coétquen pour la noblesse, et de M. Lefourbeur, procureur-général-syndic, pour le tiers. On sait que le résultai de ces états, auxquels ne se trouva pas un protestant , fut de placer le faible Henri III à la tête de la ligue , qu'il était incapable de diriger. Le duc de Guise fn était le chef réel, et devait bientôt usurper sous ce titre toute l'autorité royale , que Catherine même était impuissante à lui disputer. La religion protestante fut de nouveau proscrite , malgré les efforts des députés du tiers de la Bretagne, et ceux du même ordre des autres provinces de la France. La lutte était inévitable.

Aux états qui s'assemblèrent encore à Rennes cette année, on demanda que les diocésains pussent être contraints par leurs évéques à observer les fêtes.

Le lieutenant-général messirie de la Hunaudaye fit une levée de francs-archers. Les symptômes de guerre civile commençaient à se manifester même dans la tranquille Bretagne.

Le ministre Du Gravier revint cependant à Rennes cette année. Seize ^lises calvinistes existaient encore en Bretagne, sans compter celles qu'on appelait seigneuriales ou domestiques dans les châteaux comme au Bordage, ou à ta suite d'un seigneur, comme celle attachée au comte de Laval.

256 HUTOIBB DE RBNHBS.

La Bretagne vit à cette époque la lieutenanœ générale partagée pour la première fois eu deux divisions , dont Rennes j le chef-lieu de la première, appartint au sieur de la Hunaudaye déjà nommé.

Henri III, ou plutôt ses conseillers, parmi lesquek se trouvait Tillustre De Thou y maintinrent le privilège accordé à notre cité de conserver le pai'lemient , et trouvèrent encore le temps de s'occuper des intérêts de notre cité , en ordonnant que « Tarrentement des places et maisons » de ville et environs d'icelle , les marchés pour la réfeo- » tion des pavés se feraient en rassemblée de la commu- V nauté, et que les preneurs pourraient bâtir aux condir i> tions imposées par elle ou son représentant le procureur » des bourgeois. » Le roi, dans cette ordonnance, don^ nait à Rennes le titre de ville principale de notre pays de Bretagne.

Rennes , qui ne semble plus s'occuper qu^accidentellement des menaces assoupies de la guerre civile , voit en» trer dans ses murs son nouveau gouverneur le prince de Dombes , qui vint tenir les états et logea d'abord aux Jacobins avec sa femme, puis au manoir épiscopal.

Ce fut à cette occasion sans doute que la communauté leva vingt soldats, à la solde de 401. par mois, pour faire monter la garde aiix portes de la ville , de crainte de surprise. On ne se fiait pas trop à la paix. U y avait tCNijours de l'inquiétude dans les esprits.

Parmi les délibérations les plus remarquables des états dont nous venons de parler, il &ut noter celle qui eut pour objet la liberté et l'exemption du droit de commerce des lies ; mais surtout l'humble remontrance qui eut pour but de supplier le roi « de considérer que les dons qu'il » fait dérangent ses affaires et causent la ruine du peuple. »

(4579.) L'aigent semblait le but de chaque mouvement du pouvoir. Ainsi les ofBces des notaires créés il y a à peine six ans, sont supprimés et réunis au domaine du

HISTOIBE DE RSNlfBS. 257

roi , qui s en reserre la vente au plus offrant. Mais il fallait indemniser les titulaires pour le droit d'hérédité qu'on leur enterait; ceu^ de Rennes furent taxés à 48S 1. 46 a. On ne dit pas sur quelle base cette évaluation fut assise.

Tout semblait mobile et provisoire sous ce gouvernement chancelant. On changeait , sans prévoyance du lendemain, ce qui avait été fait la veille. Assiégé de sollicitations en sens contraire, le faible Henri III cédait à chacune à son tour. Ainsi, sur la requête de la communauté de Rennes, il dispensa ses miseurs de rendre leurs comptes , ainsi qu'il l'avait décidé, devant la chambre des comptes,' et, par lettres patentes vérifiées au parlement , il les obligea < de compter devant le gouverneur et habitants en mai- » son de ville. »

Les lettres , dont nous n'avons guère eu l'occasion de parler jusqu'ici, attirèrent l'attention des états à l'époque ou nous sommes.

Des noms glorieux, des efforts quoique obscurs , la naissance des écoles sous la protection de la communauté de ville, avaient révélé les nouveaux besoins nés du progrès social ; Rennes avait fourni son contingent dans ces premiers essais d'émancipation de l'esprit humain. Pierre LeBaud, le conseiller de la reine Anne, avait le premier entrepris de tirçr nos annales bretonnes des chroniques isolées où elles gisaient incomplètes; Alain Bouchart , avocat au parlement, suivit ses traces et les devança; enfin Bertrand d'Argentré, sénéchal de Rennes depuis 4 5 '#7, et l'héritier de Pierre Le Baud son grand oncle maternel , entreprit en 4580, à la prière des états , d'écrire une nouvelle histoire de Bretagne, pour l'impression de laquelle l'assemblée vota une somme de 6,000 1. qui devait être remise à l'auteur, et ne le fut qu'à son fils.

Ses travaux de jurisconsulte ne contribuèrent pas moins au mouvement intellectuel imprimé au XYI® siècle en Bre-

2M aiSTOttB m unnbs.

togne, et que d'autres noms coatinuerent dans la suite au milieu même de ses troubles.

(4582.) lia Bretagoe allait à son tour se voir entramëe dans les agitations de la ligue. Une ambition particulière devait bientôt Tarracher à son calme prudent, et la plonger dans les fureurs de la guerre civile qu'elle avait presque oubliées. Le duc de Mercœur, Philippe-Emmanuel de Lorraine, avait obtenu de la faiblesse de Henri lU le gouvernement de la Bretagne, qu'on enleva sans motif el fort imprudemment au prince de Dombes. Epoux de Marie de Luxembourg , l'héritière des droits des Penthièvre, le nouveau gouverneur allait bouleverser la Bretagne pour tenter de faire revivre les droits périmés que la duchesse avait reçus de ses ancêtres.

Les états furent convoqués à Rennes ; le duc y fit enregistrer ses lettres de provisions, et usa habilement de son pouvoir pour se concilier les esprits, en signant une ordonnance qui promettait l'exportation des blés, juA* qu'alors trop absolument défendue. Il est vrai que la prokibition ne fut levée que dans des limites assez étroites; mais c'était un précédent qu'on espérait étendre et renou-^ vêler.

(4S83). Le parlement avait craint la contagion qui ré* gnait à Rennes, et était allé ouvrir ses séances à IKnan. Rennes s'inquiéta de ce précédent , dont on pouvait ah»*» ser ; elle réclama , et des lettres patentes enjoignirent à ladite cour « de désemparer de Dinan , et d'aller tenir le » parlement à Renne», défendant aux présidents et con- » seillers et autres officiers de le tenir ci-après en autre » lieu qu'en ladicte ville de Rennes, où il est établi du » consentement et par Tadvis des étata du pays de Bre* » tagne. >

Rennes , comme toute la Bretagne , tranquille en présence de la ligue qui n'avait plus de huguenots à y combattre , et n'était plus guère qu'un prétexte à couvrir les projets

«mlHlîeux du gouverneur , Kennes à Tabri des fléaux politiques ne fut paa fi heureuse eontre des fléaux d'un autre gmre. L'incendie , qui déjà semblait son ennemi le plua k craindre, ayait dévoré tous les édifices de l'hôpital Sainte- Anne« Cet établissement était alors afFermé à Jean Chesnoly et comme il fut prouvé que c'était par sa faute que le sinistre avait eu lieu , une sentence rendue en la cour de Rennes à la requête du procureur-syndic et des prévôts de Saint-Yves , condamna ledit Chesnot à rd>âtir à ses frais les édifices incendiés.

(4586.) Pendant que Nantes , sous l'influence de Mei^ cœur y se dévouait à la ligue, par sympathie pour les idées nationales autant que par haine contre les huguenots, Rennes ne songeait qu'à introduire les Jésuites dans ses murs.

Rennes, ncMis l'avons dit, possédait depuis 43S5 un collège installé dans l'ancien prieiiré de Saint-Thomas-de- Villeneuve, qui avait été donné à la communauté. Elle nommait le principal et les régents de cet établissement , qui avait remplacé ses anciennes écoles de la rue de la Cor* donnerie. La célébrité des Jésuites, et peut^tre la double influence de l'évéque Aymar Hennequin et de l'abbé de Saint-Melaine , inspirèrent aux bourgeois de la communauté le désir de confier aux nouveaux Pères la direction de leur collège qui , malgré les soins du corps de ville , devait tomber dans un état d'infériorité funeste à son existence. Les intérêts de la ville exigeaient même qu'on suivit les progrès intellectueb de l'époque. On décida donc , après mûre délibération , à laquelle assistèrent un délégué de l'évéque de Rennes et de l'abbé de Saiut-Melaine , ipe l'on offrirait aux Jésuites, sous de certaines condi« lions, la possession ducoU^e Saint-Thomas, que la oommunauté s'engageait à étendre à ses frais et selon le be» soin; elle s'obligeait de plus à fournir tout ce qui était nécessaire à la sufasistanoe des Pèies. Ce n'était qu'un projet dont l'exécution ne pouvait être immédiate.

260 HISTOIRE BE mBNHBS.

('l 587.) L'année suivante, le proYÎndal des Jésuites , Clément Du Puy, vint prêcher le carême à Rennes, et le traité offert par la ville au général de la société qui résidait à Rome , fut conclu sous le consentement de ce dernier. Les états qui , cette année comme la précédente , siégeaient encore à Rennes , approuvèrent la délibération de la communauté , votèrent une somme de 5,000 écus en faveur du nouvel établissement, et imposèrent aux donataires la condition d'enseigner gratuitement le peuple et de faire graver , en mémoire de ce bienfait , les armes du roi et celles de Bretagne sur le portail de leur église.

Toutes ces faveurs, qui furent suivies de bien d'autres, ne purent hâter d'un jour la naissance de l'établissement désiré. Le projet devait être renvoyé au siècle suivant , au retour de la paix , au règne de Henri IV.

De graves événements s'accomplissaient au dehors. Le duc de Mercœur qui, & l'ombre de la ligue, poursuivait secrètement ses projets, vint enfin à Rennes et descendit au manoir épiscopal. Son séjour qui dura peu n'a pas laissé de trace dans notre ville. U dut s'apercevoir que le terrain était mal préparé pour le plan qu'il méditait»

Rennes avait envoyé pour la représenter aux sanglants états de Blois, Biet du Gouldray, procureur des bourgeois. De Rieux et l'évêqueHennequin. On y agita la nécessité du consentement des trois ordres pour prendre une décision.

On connaît les résultats de cette malheureuse assemblée qui, après la mort du duc de Guise, s'empara du pou«> voir , ou du moins des lambeaux qui flottaient à sa portée. La déchéance de Henri de Valois est prononcée par la Sorbonne, le parlement est mis à la bastille; Mayenne, le frère de la victime, est nommé lieutenant-général du royaume; enfin Henri excommunié n'aura bientôt plus d'autre asile que le camp des réformés. La ligue va (aàre éclore ses fureurs dans nos murs , et ouvrir une nouvelle transition dans notre récit, en plaçant une nouvelle branche royale sur le trône de France.

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