IX
KBaSBS MUS LA HÈABIGB BT LOOlS XV.
Le >|«r septembre, le grand roi mourut à Versailles, et sa volonté écrite ne lui survécut pas même un jour. Le duc d'Orléans fut revêtu de la régence , et tout changea d'aspect. Notre ville, qui ne regrettait guère plus que le reste de la France le monarque , dont le règne avait paru • si long, célébra cependant ses obsèques par une cérémonie funèbre, et continua de s'occuper de la statue dont les états avaient fixé la pose dans notre ville. Un inventaire des marbres et bronzes livrés au célèbre sculpteur , Antoine Coysevox , que les documents contemporains nomment l'entrepreneur de la statue, et une lettre du prince de Léon aux maire et échevins au sujet de l'érection du monument, prouvent l'importance qu'on j attachait et le zèle qu'on mettait à le terminer. C'était sans doute la royauté qu'on honorait ainsi dans celui dont on venait d'annuler la volonté.
Le maréchal de Montesquieu ayant été envoyé en Bretagne par le régent avec le titre de commandant général , malgré la présence du comte de Toulouse, déjà revêtu du titre de gouverneur, ii fut reçu dans notre ville avec tous les honneurs dus à ss^ dignité et prescrits par l'usage. Les defs de la ville lui furent présentées sur un bassin d'argent qu'on avait été obligé d'emprunter. Le maréchal retint et les clefs et le bassin, puis il donna ce dernier à son capitaine des gardes , qui ne consentit à s'en dessaisir
que moyennant 2S0 I. qu'il fallut bien lui compter sans man;haniler pour pouvoir rendre le bassin à son propriétaire. L'histoire fit du bruit et les Nantais furent plus avisés.
Une autre charge ^ celle du casernement ^ se régularisa à cette époque sans être moins lourde. La communauté fut obligée de louer des maisons pour loger les troupes , et de leur fournir des lits pendant leur séjour , des charrettes à leur départ, cinq par bataillon pour le transport de leurs bagages et malades ; enfin de donner des chevaux aux officiers. L'inconvénient du logement chez rhabitant était , comme on le voit, assez compensé.
Le régent, au nom du roi pupille Louis XY, confirma les privilèges, franchises, droits, libertés, dont la province jouissait sous les ducs de Bretagne et les rois ses prédécesseurs. Notre ville eut sa part de cette recopnaissance des droits de l'ancien duché, en vertu desquels la Bretagne votait et répartissait seule ses impôts.
C'est alors que le titre d'imprimeur ordinaire des états fut accordé à M. Vatar. Suivant le marché fait avec lui par l'intermédiaire de l'évèque , Crissé de Sanzai , il recevait 'l, 500 1. pour l'impression de deux cents exemplaires des délibérations de chaque tenue.
(4747.) Un événement remarquable vint agiter les esprits à Rennes Tannée suivante. Une lettre du comte de Toulouse avait d*abord défendu « d'ordonner des assem- » blées de ville et d'y faire Ure lettres ou mémoires » sans l'autorisation du roi ou de ceux qui agissent par ses ordres. Bientôt un édit , méconnaissant les anciens privîr léges accordés à la ville par Henri IV , supprima tout à coup l'office de maire dans un but fiscal, et remit les choses dans l'état où elles étaient avant 4692. Une supplique du corps de ville à sa Majesté ^demanda aussitôt le rétablissement de l'office supprimé. On devait Taocorder plus tard moyennant finances. Toutes les traditi<ms
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du r^e préoëdam n'étaient pas efTacees. Néanmoins on refusa pour le moment. M. Rallier ^ privé de son titre de maire qu'il avait acheté , fut élu procureur-syndic conmie avant l'édit de Henri IV.
Après cette prétendue réforme , dont on a déjà vu plus d'un exemple ^ et qui atteignait aussi les lieutenants de maire , on s'occupa d'un règlement pour l'administration de l'hôpital Saint- Yves ^ que les commissaires chai|[és de sa rédaction firent homologuer au parlement.
La conspiration de Cellamare, qui fit tomber à Nantes sur l'échafaud des têtes de gentilshommes bretons, plutôt dupes que coupables ^ vint augmenter dans notre ville l'irritation causée dans toute la Bretagne par la dissolution des états réunis à Dinan Tannée précédente , et qui avaient refusé de voter d'acclamation le don gratuit.
(4749.) L'année suivante pourtant, tandis que les troupes royales parcouraient encore la proyince par ordre du ré» gent, et la menaçaient de ses rigueurs , notre cité, qui n'était pas sortie de ses paisibles habitudes, malgré son indignation, ne parut plus même occupée de ce qui se passait au dehors. Elle vit réublir avec joie l'office de maire dont M. Rallier reprit possession un mois après.
Cependant au roiUeu de ces calmes occupations, une époque sinistre s'approchait pour notre ville jusqu'alors privilégiée contre les malheurs publics qui éclataient autour d'elle. La chute du système de Law, la peste de Marseille, l'exécution de quatre gentilshomme bretons à Nantes n'avaient point altéré sa tranquillité. Elle s'était endomûe dans les soins de son administration privée; mais elle allait payer bientôt son tribut à Tinfortune générale , dont le ciel ne l'avait point exemptée.
Au milieu de la nuit du 22 au 25 décembre, un incendie éclata chez un maître menuisier nommé Henri Boutrcmel , et surnoauné la Gavée, dans de la rue dite Tristin. Ce sinistre, dû à l'ivfesse de cet homme, se (tit sans
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doute borné, comme tous ceux du même genre, dès lors assez iréquents à Rennes, à la perte d'une maison , à la ruine d'un individu recommandé par son malheur a la charité publique, si une foule de circonstances imprévues et pourtant permanentes ne se fussent réunies pour déve^ lopper le germe du mal , et en faire un désastre immense pour toute la cité. Ces circonstances malheureuses, il ne faut pas les chercher, à notre avis, ailleurs que dans la construction en bois de la plupart des édifices à cette époque, dans Tétroitesse des rues et dans la mauvaise oi^ ganisation des secours , qui dépendaient presque du hasard , peut-être dans la saison qui est celle ou l'atmosphère est le plus agitée par les tempêtes, et fournissait ainsi un nouvel aliment à l'incendie; enfin dans la terreur qui s'empara de la ville à chaque nouvelle maison qui s'em* brâsait et semblait défier tous les secours. Ces causes , toutes naturelles , nous paraissent justifiées par le silence même des docun»ents contemporains , sauf un seul sur ce point : Après avoir indiqué l'ivresse du menuisier comme l'origine du mal , ils se taisent sur les circonstances qui ont contribué à le développer.
Celles que nous avons énoncées n'avaient pas besoin de l'être à l'époque de l'événement , et l'on ne songeait guère à la postérité. S'il eût existé quelque cause extraordinaire, on n'eût pas manqué de nous la révéler, et si le pouvoir s'y f&t opposé , elle nous fClt parvenue par une voie moins officielle que les délibérations de la communauté.
Dans cette conviction , doit-on regarder comme authentique la tradition populaire, qui attribue le sinistre en question à une vengeance de grand seigneur? Je ne le crois pas. Cette tradition, née sous l'impression de l'épouvante, avait des bases tontes trouvées dans les mécontentements engendrés en Bretagne par la dissolution des états et l'exécution des gentilshommes bretons. Ces deux grandes
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iniquités ayaient semé dans les esprits une haine qni rendit crédule aux calomnies. L'esprit du peuple cherche toujours une cause étrangère aux choses les plus naturelles. Mais quelle apparence qu'un grand seigneur eût osé incendier toute une ville pour se venger d'une injure personnelle , dont il pouvait obtenir autrement une éclatante réparation y et qu'il eût employé à commettre ce crime tout un régiment à ses ordres , sans que la cité vie» time se fôt plainte au roi , qui lui montra tant de commisération et prodigua les deniers de l'état pour la relever de ses ruines ? Quelle apparence que le roi lui-même eût été complice de ce crime , à ses propres dépens , pour se montrer aussitôt si dévoué à le réparer? Néron incendiait Rome y mais il n'épuisait pas son trésor à la rebâtir.
La brochure où cette tradition orale a pris un corps , et a été imprimée pour la première fois est un poème , trop évidemment dicté par l'esprit de parti pour être considéré comme renfermant la preuve historique d'un fait qu'il ue cite qu'en passant , et dont il donne les détails dans une note.
Sans nous inquiéter davantage des causes du sinistre j cherchons-«n les résultats si pleins d'un triste intérêt^ dans les délibérations même du corps municipal.
Pendant cinq jours et cinq nuits consécutives , les flammes dévorèrent la ville avec une activité si effrayante, qu'elle parut alimentée par la malveillance. A peine s'en rendait-on maître sur un point qu'elles renaissaient sur un autre. Le foyer allumé dans la rue Tristin ne fut bientôt plus le seul. Les rues voisines s'embrasèrent de proche en proche. La rue Neuve fut la première atteinte, et après elle la Vieille-Laiterie, la Grande-Pompe, la Mitterie, le grand bout de Cohue, l'église et rue Saint-Sauveur, la Ferronnerie, le petit bout de Cohue, la grande Halle, la rue Puette, la petite rue Saint-Michel, les deux cours de Rennes, les prisons, le présidial, les rues de Change, de
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la Filanderie, des Presses, du paits dtt Mesnil, la petite rue Saint-François, la place du Palais, la Charbonnerie , la Fannerie avec Thâtel Montbarot, la haute Baudndrie et la Sine. La tour Saint-James , où était Thorloge publique, et la chapelle de la confrérie des marchands qui en était voisine , ne furent pas épargnées. Un grand nombre d'autres quartiers souffrirent aussi de l'incendie, mais ne furent consumés qu'en partie. De ce nombre étaient le Champ-Jacquet , les rues de la Cordonnerie , de la basse Baudrairie, d'Orléans, de la Poissonnerie, du vau Saint- Germain , de Saint-Georges , la grande rue Saint-François et la rue aux Foulons , auxquelles on peut ajouter toutes celles situées sur la rive gauche de la Vilaine.
Tel est l'espace où furent consumées environ huit cent cinquante maisons , formant plus d'un cinquième de la ville ; mais une perte beaucoup plus grande et qui devint irréparable fut celle des richesses des habitants incendiés. La plupart étaient des hommes de loi chez lesquels étaient déposés les titres d'un grand nombre de familles. Papiers, meubles, argent, rien ne fut sauvé. Quand une maison s'embrasait , on se hfttait de transporter ailleurs ce qu'elle contenait de plus précieux. Mais bientôt l'incendie atteignait le lieu du dépôt , et il fallait procéder k un nouveau délogement où se perdait encore une partie de ce qu'on avait voulu sauver. Les malheureux voyaient ainsi leur échapper peu à peu les derniers débris de leur fortune, heureux quand ils n'y laissaient pas leur vie ou quelqu'un des leurs. Les rues, éclairées par une lueur sinistre, étaient encombrées de meubles brisés, ou de gens désespérés courant çà et là avec des fardeaux qu'ils ne savaient où déposer. On les entassait pâle*méle dans les égUses , sur les places publiques , sous la garde des enfants et des vieillards , qui mêlaient leurs lamentations aux cris des travailleurs. Les femmes elles-mêmes étaient au nombre de ces derniers et des plus actives à s'utiliser. Mais les ma-
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lades Inuasportés snooessiTement dans vingt maisons , et fuyant inutilement devant l'incendie y succombaient parfois à la peine. Plus d'une mère , sous l'influence de la terreur , donna le jour à un enfant précoce qu'elle ne tarda pas à suivre dans la tombe ; plus d'un vieillard descendit dans les angoisses de l'isolement, au milieu de cette foule en proie à l'épouvante; plus d'un enfant demeura orphelin près d'un père qui pleurait son fils, et n'eut d'autre appui que la charité publique.
1a désastre de Hanibourg, qui explique si bien celui qu'a subi notre cité , ne fut pas plus fertile en malheurs particuliers.
L'exaspération se mêlant au désespoir, le peuple qui cbercbttit dans la malveillance une cause à sa détresse, s'en prit aux troupes qui formaient la garnison, et àà* manda à grands cris leur expubion immâiate de la ville. C'étaient pour lui les agents du crime. Le bruit courait que l'on avait vu des soldats allumer l'incendie sur divers points éloignés. Il n'en fallut pas davantage pour échafauc der ^ules les suppositions dont nous avons parlé. De là vint sans doute la tradition populaire que nous avons cherché à réfuter.
Quoi qu*il en soit , notre malheureuse ville , en se privant de travailleurs organisés , n'en continua pas moins d'être dévorée par les flammes. Les rues que nous avons désignées ne formaient plus qu'un vaste embrasement, où de désespoir ou laissait les ruines s'amonceler au lieu d'isoler le foyer de l'incendie , lorsqu'enfin le 28 décembre l'intendant , M. de Brou , convoqua extraordinairement la communauté en l'hôtel de ville « pour remédier au dé- 9 sordre et prendre ^ au milieu de l'incendie qui durait » encore, les nûesures qui seraient jugées les plus nécessaires » tant pour la subsistance des habitants incendiés, et la » fourniture des denrées et autres choses indispensables à «> la ville , que pour arrêter le cours du feu qui n'était pas » encore éteint. »
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Et après une longue délibération sur ce qui paraissait le plus pressant dans cette drconstanoe, « Monseigneur » l'intendant fut prié , de la part de la compagnie , de » rendre ses ordonnances pour faire fournir à la ville le » pain y la viande , et les autres denrées nécessaires pour » la subsistance des habitants, et de les enrojer pu- » blier dans toutes les paroisses et marchés environnants » d'ioelle. >»
Bientôt on vit affluer sur toutes les routes les secours demandés pour les malheureux qui bivouaquaient sur les places publiques, et que la charité n'avaic pu recueillir dans les maisons déjà encombrées. Mais laissons parler un contemporain, une victime elle-même du désastre ; sa relation , retrouvée par hasard , tout en confirmant dos assertions précédentes, nous dira plus fii'èlement la situation des esprits et les détails du sinistre au moment où il s'accomplit.
Quelques jours après l'événement , un religieux qui y avait assisté y mais qui ne nous a point laissé son nom , écrivait de Vitré, à son supérieur à Metz, en Lorraine :
« Mon très-révérend père^ Le feu prit le 22 dé-
» cembre, dimanche au soir à dix heures, dans labou- » tique d'un menuisier qui demeurait au milieu de la rue » Tristin. Depuis ce triste moment, il ne fit qu'auge » menter et continuer jusqu'au samedi suivant, 28 du » même mois, jour auquel il cessa sur les quatre heures > après-midi. Pendant ces fâcheux jours, clairement ex- » primés dans une des centuries de Nostradamus , par ces 9 mots : En -17205 la grosse Fronçoise tombera ei Senner » brûlera, La grosse horloge nommée Françoise, et Rennes » par les mêmes lettres renversées dans le mot de Seri'^ » ner. Effectivement, le feu gagna aussitôt la tour de » l'horloge qui tomba à minuit et demi du lundi au » mardi , sans faire presqu'aucun bruit. Elle est actuelle- » ment au bas de la tour, partie fondue et l'autre cassée.
mSTOIBB Dfi JUSMHSS. 345
» Jugez de TactiTité du feu cpii de Tristin, preoiière rue » où il prit, gagnft trente-deux tant place» que rues« »
Ici l'auteur de la lettre fait une énumération des rue» incendiées qui ne diffère de la nôtre , prise dans les registres des délibérations municipales y que par les noms de la Parcheminerie, Saint-GuiUaume, Denral, Four<-du*Char pitre y S^nt-Yres, vieille Laiterie, des Dames, du Griffon, et Boriuer ou Boluer* Il est probable que ces rues, comme quelques-unes que nous avons nommées, ne furent qu'endommagées. Cependant la lettre ajoute :
« Toutes ces places et rues sont entièrement brCilées , » à la réserve de l'hôtel de Tizé et de Robien , et si en- » tièrement brûlées, qu'on ne distingue plus où étaient les » rues. On abattit aussi la moitié du cimetière. Sainte- . » Anne, du côté de la douve, et quatre à cinq maisons » qui vont dans la rue Saint-Melaine , comme les Quatre- » Boeufs. Ce feu , dont on ne saurait donner de raisons » trop certaines, quoiqu'il ait commencé par la maison » de ce menuisier , était si ardent , que dans les trois » premières : heures il avait déjà brûlé près de deux rues , » et il était, un jour après, en quatie et cinq quartiers » de la ville tout à la fois. Cepeojdant 41 7 eut beaucoup » de la faute d'un chacun : 4^ les soldats^ qui voulurent » de droit commander aux habitants qui ne voulurent pas » s'y soumettre, intervalle qui donnait au feu lieu d'agir; » 2® les premiers même de la ville, qui donnaient des » -1,000 écus et 40,000 1., et ivraient les ouvriers pour » ne pas couper leurs maisons; 5^ on ne trouva dans la • maison de ville que cinq seauxr«de cuir et quatre haches; » 4^ des vents impétueux qui transportaient les flammes »' d'un quartier à J'autre, et c'est un miracle évident qu'il » a cessé aux portes de la ville, parce qu'on était si épuisé » et afiEsimé, les vivres ayant manqué, que les deux der- » niers jours on ne travaillait plus, ayant tout abandonné » à la Providence. »
Le zèle pourtant n'avait pas fait défaut jusquà ce mo» ment» Après avoir ainsi déduit ks causes certaines du développement de l'incendie, causes cpi'il semblait ne pas voir d'abord , l'auteur continue :
» Vons eussiez vu , pendant trois ou quatre jours , travailler à la satisfaction d'un diacun , l'évèque, l'intendant y les présidents , conseillers , religieux et religieuses, tous en veste et habits de toile et cuir, avec des sabots, car on ne pouvait plus marcher autrement, tout n'étant que feu. On sonna le tocsin jusqu'à cinq lieues à la ronde, d'où se rendirent plus de 25,000 personnes, ce qui ne contribua pas peu à j mettre la famine. Dans cet incendie si surprenant , c'est quelque chose d'assez particuUer qu'il n'j ait eu, à dire vrai, qu'une seule église brûlée, encore étailH^e par le nombre de meubles qu'on j avait renfermés. C'est SaintrSauveur qui était achevé et d'une beauté à ravir. A la vérité on décou» vrit une partie de la cathédrale, de Saint-Germain, de la Rotonde , de Saint-Yves et des Cordeliers, qui seuls y perdirent -10 à -12,000 1. de rentes, toutes leurs maisons ayant été brûlées.
» Le feu qui fit tomber l'horloge prit par la girouette , » ce qui paraîtrait inconcevable, si je pouvais vous ca- « cher plus longtemps qu'une pluie de feu viable tom- » hait sur tous ces endroits; tous l'ont vu et l'assurent. > Sans donner cette opinion comme historique, nous devons la consigner comme une des croyances de l'époque et l'un des témoignages de cette ardeur de l'esprit humain à chercher du merveilleux dans tout ce qui le frappe.
« Pour vous figurer, ajoute la lettre, et cette idée » était bien naturdle chez un religieux, pour vous figu- » rerla situation de cette hifortunée ville, rappelez^vous, «> si vous voulez, ou Rome ou Troie, ou les villes cri- » minelles; ce n'est plus qu'un monceau de cendres et » un tas fumant de débris.
BISTOnUB DB BBimBS. 547
» Par le détail qu on a fait depuis de tout oe qui » était compris dans ce malheur ^ on 7 compte- trente- » deux rues, même plus, 5,284 maisons et 45,400 mé* » nages, plus de 58,000 personnes intéressées, 6 à 7,000 » tant tuées, étouffées, écrasées qu'estropiées; plus de » 90,000,000 de perte. Un seul de nos conseiller» 7 » perd 4,500,000 1.; cest M. de Gomadeuc. Le palais » n'eut que peur, parce qu'on coupa neuf à dix maisons » prochaines, et heureusement il a été sauvé. «
Le 50 décembre l'incendie durait toujours, au moins parmi les décombres, quoiqu'en dise le document que nous Tenons de citer, et dont nous allons reprendre bientôt les précieux détails, malgré quelques exagérations de chiffres bien excusables; la communauté de Tille fut de nouTeau conToquée extraordinairement pour en-^ tendre lecture des arrêts de la cour de parlement au sujet de l'incendie, et pour nommer une commis«rion de huit membres chargée de reccToir les déclarations des incen- £és. Elle &t composée du maire, M. Rallier; de Ber-* thelot aîné, Vedier, Prudhomme, Domaine Faîne, Bii«* reau, 60dm et Cassard. Outre cette commission chargée d'enregistrer les détails du sinistre, on nomma des commissaires qui deTaiedt Tisiter les quartiers ineeudiés ou non, et contr61er les déclarations des Tictimes, en dms-» tatant sur les lieux ce que les flammes aTaient détruit €>o épargné. Ce fîit le sieur Till7 pour les rues Sain^Georges, Corbin, Derral, Trassart, des Violiers, des Francs-Bour> geois , pompe et Tau Saint-Germain , d'Orléans et Basse- Baudrairie. — Les sieurs Berthelot puîné et Legault pour les rues Poissonnerie, Saint-YTes, du Chapitre, du Grif* fon, des Lauriers, des Dames, de Saint-SauTeur, de la Psalette, l'élise Saint-SauTcur, de la Cordonnerie, place Saint-Pierre, de la Monnaie, porte et boulcTard Mordelaise, — Les sieurs Bain , Clemenceau , Dorré et Uliot pour le Champ-Jacquet, la rue et le pont aux Foulons,.
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la place Sainte- Anne, la Poulaillerie^ les ru€s Fracasière, Saint-Michel, le placis et boulevard du même nom. — Les sieurs Gaton et Luceron pour les Lices, la rue Sainte Louis, le carrefour Jouault, la rue Basse, Saint-Etienne, le faubourg, la Perrière, les Peaulieux, le pré Raoul et Salleverte. — Le sieur Lebreton fils pour la rue Saint- Dominique et le pont Saint-Martin. — Les deux connétables Guillaume de Troncq et Lebel avec les sieurs Leroy et Coupé pour les Capucins, le quartier de Forge-Gourbé, la Reverdiaje, Saint-Melaine , la barre Saint-Just, la rue de la Quiutaine, le contour de la Motte à madame et la rue Hue. — Les sieurs de La Croix, procureur^ et Ësnault, pour les rues Saint-Germain, Saint-Thomas, le Pré-Botté, la rue au Drcft, le boulevard et la porte Blanche, la rue Saint-HelUer. — Les sieurs Ballan, Dumaine fils, Bertrand et Bibault pour les rues Vasselot, Saint-Benoit, Chalende^ Toussaint, le carrefour et boulevard du même nom^, la tue de TEntonnoir, le iaid>ourg de la Madeleine. — Les ^eurs Lemàsson et Delanloé pour les rues de la Parchemiœrie, Cbamp-Dolent et de ITUe.
La ville, ainsi partagée en neuf quartiers, fut soumise à une enquête rigoureuse, dont le résultat devait mettre de Tordre, de Téquiié daris Tadiniaistration des secours, et qui, en constatant le chiffre des pertes, indiquait au pouvoir l'étendue des sacrifices qu'il avait à faire pour réparer ce désastre, dont on l'accusait d'être coupable. Les seeours qu'il prodigw auraient cependant suffi pour le justifier.
« Le roi, dit la lettre que nous continuons de copier, » a député M. le maréchal d'Estrées pour lui £Eiire un » plus juste détail d'une ville qu'il dit aimer, et on es- » père avoir remise du don gratuit qui allait, dans la » dernière tenue de nos états, à 5,000,000; de plus on » aura aussi les petits devoirs et le revenu des bénéfices » vaquants du royaume. Sur ces entrai tes, sa Majesté
hutoibb db BBinow. 549
» a fait distribuer 40,060 écus aux pauvres incendiés. » M. d*Estrées en a donné 40,000, et M. de Montes- » quiou 5,000; et tout cela est peu, car si tous voyiez » et dans les champs vobifis et autour de la ville le » nombre d'infortunés qui y sont réduits, vous seriez » pénétré de la plus vive douleur, et il faudrait être de » marbre pour ne pas pleurer amèrement sur les malheurs » subits de cette capitale. »
Après les premiers secours aux victimes du sinistre, on s'occupa de la réédification de la ville.
« On parle, continue la lettre, à présent d'un autre » plan de ville qui consistera en cinq rues seulement de » longueur, avec des petites de traverse, deux grandes » places et une troisième devant le palais , qui sera la » place royale , où l'on placera là statue équestre de Louis 9 XIV. Toutes les paroisses du diocèse vont travailler pen- 9 dant l'hiver à la corvée pour vider les débris de ce feu » si violent qu'on le voyait de cinq lieues. »
D'autres mesures furent aussi prises dans ces tristes circonstances , et la lettre les détaille avec soin :
« On parlait de faire aller le parlement ou à Vannes » ou ici; mais on a représenté au roi qu'absolument on » aimait mieux se gêner que d'accabler entièrement ce » reste de ville, si on peut l'appeler de ce nom. C'est » ce qui fait qu'on renvoie tous les vagabonds, gens sans » métier, et tous ceux qui y étaient inutiles. Le prési- » dial s'assemble à l'hôtel de Tizé. La prison est actuel- » lement dans la tour Le Bat. Les dames de Saint- » Georges se retirent une partie chez nos dames. Les 9 maisons qui doublaient, comme Visitation, UrsuUnes, » seront réduites à une. On réforme le nombre des mai- » sons d'hommes, surtout les mendiants. Nous ne savons « encore si nous y avons part. Ce ne sera que si nous le » voulons, car Monseigneur m'a dit à moi-même que le » quartier ^e notre côté nous devait l'obligation de » n'avoir pas été brûlé. »
550 JUBTcmus de bbiiiibs.
Et à ce sujet le bon rriigienx aitre auaaitftt dans de nouveaux détails :
» Le feu , dit-il en marge , prit dans la rue Haute ^ » vis^-Tis notre maison , mais il ne brûla que buit à » neuf maisons y parce cpi'on coupa, et nous abattîmes » nos boutiques. C'est la seule perte que nous ayons faite. »
Puis poursuivant ailleurs V^numération de ce qu'ils ont fait pour le quartier qu'ils habitent :
« Tous les habitants nous y adorent, ajoute naïvement » le bon Jacobin, Aussi avons-nous reçu sans distinction » tous ceux qui nous ont demandé asile dans notre mai- » son. Actuellement l'élise et le reste sont pleins de » meubles d'un chacun. Dans tous les doitres, il y a » des lits des deux côtés comme dans les hôpitaux. Nous » couchions trois à trois indifféremment , et nous avions » plus de six cents personnes chez nous. »
Enfin il termine en laissant échaj^r de nouveaux traits qui complètent sa description : '
» Priez Dieu, dit--il, qu'il nous console et qu'il appaise » son ire , et surtout qu'il nous fasse la grâce de souffrir » patiemment les suites d'un tel accident , qui a tout fait » renchérir si considérablement , qu'on ne peut plus vi- » vre , le vin valant ici quarante et soixante écus la bar- » rique, et le blé cinq livres le boisseau. Ib ont tous b manqué et il faut ressemer (-1). »
Mais ce document n'est pas le seul que nous ayons à consulter sur le triste événement qui nous occupe. La cour du parlement prit le 50 décembre 4720 un arrêt « qui ordonne que les officiers tant du haut que du bas » palais seront tenus de faûre leur déclaration dans quin- » saine des maisons qu'ils ont perdu par le feu, de la
(I) Cette lettre ^ dont U tlgnatare « dtapani «Tee li^ fteoltte mt laquelle «Hé se trouvait, • été reacoetrée par M. Dedaodet de Bédé dam des papiers laU au rebut. Elle est actaellcment en la possession de M. Legall , conseiller à la coar royale de Rennes, à robllgesnee duquel nous en devons la eommanieatioo.
■mooB oB Bjnms». 551
valeur desditet maîtoi» et des meubles qui étaient dedans ^ de celles qui out été abattues , et des meubles qui ont été enlevés ou Tolés dans le désordre ^ ensemble des papiers dont ils étaient chargés pour le public y qui se sont trouvés incendiés soit en tout, Soit en partie, lesquels particuliers seront tenus d*aflirmer leurs déclarations véritables, et qu'à r^;ard des conseillers, ib seront t^ius de dresser leur .procès-verbal tant de leurs maisons et meubles incendiés ou perdus, de la valeur desdites maisons et meubles, que des sacs et procès dont ils étaient chaînés, et qui se sont trouvés perdus chez eux, même de ceux qu'ils avaient prêté par confiance aux avocats ou aux procureurs des parties, lesquds procès*verbaux signés d'eux demeuieront annexés à la minute du procès-verbal qui sera dans la suite dressé de toutes lesdites déclarations. » Les avocats, procureurs et huissiers du présidial, les notaires, furent tenus de faire de pareilles déclarations devant le sénéchal; les bourgeois les firent dans le même délai devant le maire et les échevins; on arriva ainsi à une juste appréciation des pertes éprouvées. Elles étaient immenses; bien des familles furent ruinées, malgré les secours bienfaisants qui vinrent les chercher de toutes parts , humbles ou puissants.
Qu'on permette à l'auteur de ce récit de consigner id^ comme une preuve et un exemple, un souvenir de famille authentique. Par un des traits du tableau, on se fera plus abément une idée du reste :
Madame de la Grandmaison , surprise par l'incendie au milieu des douleurs de l'enfantement , fut successivement transportée dans trob maisons différentes, où la poursuivirent sans cesse les flammes. Enfin à peine délivrée dans le dernier asile où l'on venait de la déposer , elle en fut encore chassée par le sinistre, et transportée cette fob à la campagne dans l'une de ses terres. Ce fut le seul débri»
552 HI8TOIBE DE aiiniBS.
qu'elle conserra d'une grande fortune; elle y yécut, pri- Tee du luxe qui était dans ses habitudes, et réduite au nécessaire au milieu d'une nombreuse famille , dont plus d'un membre avait été victime du désastre. Combien de ruines pareilles s'entassèrent sur celles qui fumaient encore ! Aucune ne se releva de ces décombres. Heureux du moins les naufragés auxquels il resta encore une planche de salut ! Que de malheureux qui ne conservèrent pas même des bras ou de la santé pour travailler et gagner le pain de chaque jour !
Un long temps s'écoula avant que les débris qui couvraient le sol fussent enlevés, et qu'un espace libre s'ouvrît à la nouvelle ville projetée. Nous verrons peu à peu s'aocomplir d'année en année les progrès qui renouvelèrent la face de la malheureuse cité.
On n'en était encore qu'à constater l'étendue du désastre. Il résulta des déclarations faites par divers habitants, dans trente-six rues incendiées en tout ou en partie, une perte en meubles, effets et marchandises d'une valeur de 2,507,947 1. Un procès-verbal estimatif du revenu des maisons incendiées s'éleva à 295,246 1. Le sol d'une partie de ces maisons fut évalué à 462,000 1. , mais les églises, S9uf Saint-Sauveur , et les édifices publics ne furent compris dans aucune estimation. Il en fut de même des titres perdus de crédits et rentes foncières.
Parmi les déclarations qui furent faites à la commu* nauté en cette circonstance , il ne faut pas omettre celle de Pierre Yillet, qui attesta que l'incendie commença, ainsi que nous l'avons déjà dit , la nuit du dimanche au lundi, 22 décembre -1 720 , dans la rue 7>îcAe/i/»(Tristin), qu'il embrasa des deux côtés en peu de temps.
Des vols nombreux avaient été commis au milieu du long désordre occasionné par l'incendie. Le parlement rendit un arrêt qui ordonna à tous détenteurs de meubles et effets recueillis , de les apporter à l'hôtel de ville sous peine de poursuites extraordinaires.
HUOronB DB BSNNB8. 833
Un autre arrêt, pvéveoant rinconTément de l'aTidité des propriétaires , défendit à ceux-ci d'augmenter le prix de leurs layers.
Le. maire et les ëchevins ayant adressé au roi une supplique pour implorer ses secours , le cliancelier d'Âgne»seau leur répondit au nom de sa Majesté « qu'on leur 9 procurerait tous les soulagements dont ils avaient be- » soih pour faire sortir leur malheureuse -ville de ses » cendres , et que sa Majesté était si portée à leur £ûre » sentir sa protection j qu'il n'était pas nécessaire de l'y » exciter, v Eh effet un arrêt exempta de la capitation et autres impôts pour deux ans, les locataires et propriétaires des maisons incendiées qui contînu^raimit de résider dans la yille.
Divers autres arrêts du conseil s'occupèrent immédiatement de la reconstruction de la ville* Le grand maître des eaux et forêts au département d'Alençon, le sieur Dubourg, fut chaisgé de délivrer des bois gratis dans les forêts de sa Majesté, et en cas d'insuffisance, dans celles des bénéficiers et communautés aux alentours de Rennes.
Le sieur Robelin, ingénieur-directeur des fortifications des places de Bretagne, vint de Brest par ordre du roi pour procéder à des adjudications au rabais pour la fourniture des matériaux nécessaires à la reconstruction , avec la faculté accordée à l'adjudicataire d'extraire ses matériaux des décombres , en dédommageant le propriétaire du fonds. L'ingénieur Robelin s'occupa en outre d'un plan de réédification qui, par ordre de l'intendant, fut déposé pendant quinze jours dans une salle de l'hôtel de ville , « afin que le public pût facilement le voir et l'examiner. » Un jNrivilége fut accordé aux habitants incendiés qui voudraient rebâtir leurs maisons. Il leur fut permis, par ordonnance de l'intendant au détriment de l'adjudicataire, de dioisir parmi les décombres conduits dans les douves, les pierres, tuiles, terres et sables qui pourraient leur
5S4 Hisvoimm ds rbnhkc.
coiiT6tiir. Les mies de* la growe kovloge enfbuîft dam le» rnines de la to« et chapcMe- SaininJanieft en- (ureot extrait» par arrêt de la cour, de crainte des voleurs , et; déposa dans les magasins de Thôtelde TÎUe par les soins du maire et des échevins.
Ce fut alors que le jeu de psume, situé entre kes foea Coêtqucti etBaudrairie, fiic travisform^ en haHe à la boucherie, en attendant qu'on pftt rslever celle qui ûTair été incendiée.
La milice bourgedse reçut à b même é|K>que une répartition nouTelle entre les diffiérents quartiers.
(-1722.) La ville dévastée répavait peu à peu ses dé» sastres avec une ardenr et une persévérance qui absorbaient toutes ses pensées.
Cent quatre-vingt-six lanternes avaient été consumées dans Fincendie; Tadjudicataire de Téclairage fut déthargé de son bail.
On toisa l'emplacement des maisons détruites et de oelles^ qu'on devait élever dans les îlots tracés sur le nouveau phm.
Un arrêt du conseil ordonna de délivrer aux habitants qui voudraient rebâtir, le bois existant dans les chantiers de la ville, au prix de 16^ s. le pied cube.
Une déclaration du roi intervint pour régulariser tous les efforts tentés dans l'intérêt de la malheureuse ville , et l'ingénieur Robelin fit un mémoire sur la direction et ks frais approximatifs des travaux.
On s'occupa aussi de l'avenir , et on chercha à prévenir le retour de pareils malheurs, en faisant venir de Hollande deux pompes à incendie , qui furent visitées à leur arrivée par les commissaires de la communauté , en même temps qu'une ancienne machine , que possédait déjà la ville, mais qui^ par son imperfection et son isolement, n'avait pu être que d'un faible secours ^ns le sinistre.
Une mesure non moins efficace fbt le projet de règlement
^e Ton dressa pour Votire à éublir dans Tadministration des secours 9 pevidant la durée des incendies. Bien qtf& . malheureusement tardive , cette prévoyance n'en était pas moins digne d' éloges ^ et deviiyt le germe d'une institution qui a grandi depuis et rendu d'immenses services.
Parmi les embeUissemeOtâi que devait recevoir la nou^. velle ville j la statue équestM de Louis XIV était l'un de œnx dont on s occup&Jt le plu) alors , malgré les embarras qui naissaient de loxstm parts.
Aucune maison ne îlonait encore de terre y et défà Tin-» gérûenr Robélin était accusé par tes habitants de chercher à éterniser y par ses ù^ligences et ses vexations dans Teké-' cution des travaux, le honteux avantage d'une pension eoctraordiriaire qui loi était allouée en cette circonstance,' et dont il avait besoin pour entretenir la délicatesse de sa table. Neuf sujets de plaintes furent argués contre hii dans un méanmej signé entr'aulveS par Gerbier père et fils ^ Le Chapelier et de La Bourdonnaye.
Cent trente particuliers avaient acheté des emplacements pour bâtir, mais quatre-vingts, lassés de tant d*abus, perdirent courage et revendirent. Douze ou quinze maisons commençaient alors à peine à sortir deé décomibres. N'était** ce pas la meilleure preuve de la coupable incurie ou des hideuses spécUfklions' de Tiagénieur.
Rennes ^changeait alors de gouverneur , et le marquis de Pézé commençait sou administration en s'occupant, avec ht communauté , de h. fonte d'une nouvelle horloge pu-* blique, et des moyens d'obtenir la navigation de la Vilaine de Rennes à Yitré. Malheureusement ce dernier pro« jet resta sans résultat.
Les plaintes et les difficutcés auxquelles avait donné lieu Tetéeution du phm de M. Robelin, fit appeler un autte înglénieur, M.. Gabriel, pour examiner la valeur de ces obstacles. Une requête avait été présentée au roi contre M. RobeUn; des lettres, des mémoires avaient été publiés
3S6 niSToiEE vm muhiils.
pour et contre son plali, contre le projet du oouTeau cftoal de 4a Vilaine et les quais qui devaient le border dans la traverse de la. ville.
L'incendie qui n* avait atteint que légèrement. le palais, n* en avait pas moins causé un grand désordre dans les pa> piers.des états, par suite du transport précipité qu'on leur avait fait subir dans diverses parties de l'édifice .ou ailleurs ^ pour les mettre plus en sûreté, cr«yait<-oQ. Beaucoup de ces papiers furent perdus. Des députés avaient été nommés par les trois ordres pour vérifier et inventorier ce qui restait. Les trois clefs des archives avaient été confiées en 4746, la première à l'évéque, la seconde au procureurgénéral-syndic^ la troisième au greffier. Lors de l'incendie elles furent déposées à Saiot-Gyr , puis à Saint-Pierre ; mais depuis^ en 4725, on les avait .rétablies entre les mains des personnes désignées en 4746.
Rennes changea alors d'évâque. M. Christophe-Louis- Turpin Crissé de Sanzai fut transféré à Nantes , et M. Charles Le Tonnellier de Breteuil vint occuper le si^ épiscopal de notre ville.
Les craintes de la communauté rennaise au sujet de la stabilité des offices municipaux furent bientôt Justifiées. Un nouvel édit les supprima.
M. Gabriel, qui avait été appelé pour £Eiire une enquête sur le plan et la conduite de l'ingénieur Robelin, dressa un procès-verbal des changements à faire ^u plan primitif, pendant que les états délibérant enfin sur les secours à donner à la ville , votaient une somme de 500,000 1. pour être employée aux ouvrages et édifices publics d'icelle.
De son côté , l'administration municipale faisait creuser un nouveau puits au-dessus de la chapelle Saint-Just, près de l'abbaye de Saint-Melaine. Les aqueducs rompus par suite de l'incendie n'étaient pas encore rétablis, et Ton regardait d'ailleurs toute nouvelle fontaine ouverte \
dftns la ville comme une mesure de précaution en cas àe nouveau désastre.
Le maréchal d'Allègre fit son entrée à Rennes à cette époque y comme gouverneur de la province , ou plutôt comme commandant au nom du roi en Bretagne. Le gouverneur , comte de Toulouse , avait déjà vu ce titre rival du sien accordé en 4746 à M. de Montesquiou.
On trouve aussi à cette époque, sur les registres des délibérations de la mairie , une nouvelle demande de trans- *lation de l'université de Nantes à Rennes , translation que nous avons déjà vu s'accomplir en 4589.
(472S.) Tout n'était pas faveur cependant pour les habitants de Rennes. Une nouvelle charge vint s'ajouter à toutes celles qui pesaient déjà sur la ville. L'intendant , M. Feydau de Brou , écrivit à la communauté qu'il voulait quitter l'hôtel de Brie , qu'on avait précédemment affermé pour lui , et qu'il désirait habiter là maison abbatiale de Saint-Melaine. Il paraît que l'abbé était tout disposé à cet arrangement, car il fit aussitôt un bail de neuf ans à la Communauté , pour 2,000 1. par an, et 900 1. de pot de vin.
Mais ce qui était plus important pour la ville, dont les ruines ne disparaissaient que lentement, c'est que les changements indiqués par le sieur Gabriel aux plans primitifs furent enfin arrêtés , et que le roi accorda , pour leur exécution, une somme de 667,655 1. 6 s. 8 d.
Le pont de i'IUe, le pont Neuf et le pont Saint-Germain furent les seuls conservés des cinq qu'on avait proposé de bâtir. Les sieurs Le Mousseux et Huguet furent adjoints pour la surveillance au sieur Gabriel. 5,000 1. furent affectées à la reconstruction de Saint-Sauveur; une indemnité de 20,000 1. allouée pour la démolition et Texpropria tion de l'hôtel Grévi.
Par le même plan projeté, la démolition du perron du palais fut aussi arrêtée , et les Cordeliers , qui possédaient
398 HISTOIHB DE Rsnioiti.
deux boutiques sous ce perron , eurent droit à une indemnité; la pente de la place du Palais devait être adoucie. Enfin le bois de construction existant dans le$ diantiers publics de la ville fut tarifé à un certain prjixy pour que Tayidité des marchands n'abu$àt pas de la pénurie à laquelle n'avait pu complètement remédier U concemon royale faite dans les forêts de Rennes et du Gàvre.
(4726.) Bientôt le foutainier du roi à Versailles, le sieur Anceau , fut envoyé à Rennes pour estimer la dépense et diriger le travail nécessaire au rétablissement des fontaines* publiques, Vun des principaux objets du plan proposé. Il évalua les. frais de cette opération à la somme de 86,840 1.
L'hôtel de la Monnaie fut reconstruit, non à la place qu'il occupait précédemment , vis^-vis l'ancienne maison de ville, mais dans la rue qui depuis a gardé son nom , quand l'hôtel perdit le sien pour prendre celui des mes^ s^geries, qui s'y établirent.
Le grand événement de cette année fut la pose de la statue équestre votée en 4685. Il avait fallu près d'un demi-siècle pour élever ce monument; il ne fallut guère plus d'un demi*siècle pour le voir disparaître.
Quoiqu'il en soit, la statue, nouveau chef-d'œuvre de Goysevox , était arrivée dans nos murs avec les bas-relieis destinés à son piédestal. La communauté nomma des commissaires pour recevoir l'image du grand roi et dresser procès- verbal de ses diverses parties. A leur to'ur les états, sur l'invitation de la communauté, envoyèrent des commissaire? qui , avec le procureur général syndic , assistèrent à la pose de la première pierre du piédestal, où l'on renferma deux plaques, l'une de plomb, l'autre de cuivre rouge, sur lesquelles était gravé l'abrégé historique du monument. Enfin le jour où la statue devait être posée arriva, et fut célébré avec une grande solennité. Les commissaires des états y prirent part avec
SB BBmou. SM
les iiiaod>re8 de la communauté, et un feu de joie, qui devait raj^ler de aînistres souTeoifs d'inoeudie, manî- £esUL l'aUégretse publique obligée.
Troia inacriptioiiA avaieot été soumifiea auK états pour le piédettal. Ils en cboisirent une qui fut gravée et placée aur Tnae des faoea. Cinq ajolxes fisreat aussi gravées sur la base du monument.
L'oocasiou sembla Àvorable pour obtenir du nouveau roi la oonfirmalion des privilèges de la oommunawté, réglés par redit de 1592, et reconnus par les lettres-patentes de tous les rois qui avaient régné depuis. Oo adressa ilonc UB plaoet au jeune monarque, qui j fit droit, et reçut en même temps la moitié de la taxe de confirmation, comme don de joyeux avènement à la coittt>nne.
Les états qui s'ouvrirent à Rennes en 4728 aux Gor^ ddiers, selon l'usage, furent remarquables par une vive et longue discussion au sujet des giatifications k faire à la maréchale d'Estrées et à la princesse de Léon. L'ordre de la noblesse passa deux jours et une nuit en permanence sur le théâtre élevé pour elle daos la salle, avant de voter sur le point en litige, parce que le prince de Léon s'<^poaait à ce qu'on le fît au scrutin secret, selon l'usage des états. Le roi, informé du débat, exigea un mémoire justificatif qui fut dressé par le procureur-général, et prouva l'irrégularité de toute délibération qui ne serait prise au scrutin secret.
(4729.) L'administration si calme du cardinal de Fleury semblait promettre à notre ville le repos dont elle avait besoin pour sortir de ses ruines, quand elle se vit frappée tout-à-coup dans ses affections. Le maire, qui avait été témoin de l'incendie, et qui avait montré dans ce mon^nt critique et depuis, tant dedévoûment aux intérêts de ses administrés, M. Rallier vint le 4^ janvier remettre ses pouvoirs à la communauté, en prononçant ces paroles :
900 HIffrOIRB DE RBimBS.
a Si Vautorité souveraine, que je respeoterai toujours , • m'a dépouillé, en supprimant mon état, de l'héritage » de mes pères , il me reste du moins cette consolation » d'avoir toujours marché dans les voies de l'honneur. »
C'était la seconde fois qu'il était victime deVses édits fiscaux de suppression d'offices, malheureusement trop fréquents, et toujours suivis de nouveaux édits de rétablissement. Les membres de la communauté, d'une voix unanime, le supplièrent de continuer ses fonctions au moins pendant l'année, en dépit de l'édit royal, qui ne pouvait que lui ôter le titre de maire. En effet cette suppression, remettant les choses dans l'état primitif, M. Rallier pouvait administrer comme procureur-syndic, du consentement de la communauté, s'il ne pouvait plus le faire comme maire, moyennant finance payée au trésor royal. Or, ses concitoyens n'hésitèrent pas à lui donner un témoignage d'estime, que méritait sa bonne adminis* tration, et qu'ils réitérèrent d'année en année jusqu'à sa mort. Ce reste d'indépendance ne compromettait pas l'unité gouvernementale.
M. Rallier céda aux honorables prières de ses concitoyens, et continua de s'occuper des intérêts de la ville avec le même zèle que par le passé.
Un arrêt du conseil du 25 mai 4750 venait d'autoriser les plans dressés par le sieur Gabriel pour la reconstruction de la tour de l'Horloge, du Présidial, d'un nouvel Hôtel-de-Ville, des fontaines publiques, et de la maison du gouvernement ou l'hôtel destiné aux délégués de l'autorité royale en Bretagne ; il fiiUut procéder au devis de ces différents travaux.
Les décombres obstruaient encore tous les emplacements où l'on devait construire; on mit à exécution une ordonnance de l'intendant, qui prescrivait aux constructeurs de faire conduire les débris inutiles des maisons incendiées par la porte des Francs-Bourgeois, dans les fos-
auTOiBB m MMtams. 564
ses destinés à élre combles de ce c6lë de la ville pour y faire un port, qui prit plus tard le nom de llntendant, M. de Viarme, sous Tadministration duquel il fut acberé.
Pendant ce temps les états de 4750 votaient un fonds de 40,000 1. pour commencer à ouvrir un canal de Rennes à Saint-Malo, sous la surveillance des députés qu'ils nommeraient à cet effet. Cet utile travail, dont la première idée est due aux états bretons, n'a été terminé que de notre temps, sous le nom de canal d'IUe-et- Rance.
Ces mêmes états, si économes des revenus de la province en présence des prétentions de la royauté, nhési» tèrent pas à voter 4,200 1. pour contribuer à l'impression du dictionnaire français-breton du frère Grégoire de Rostrenen, capucin, à la cbarge par lui d'en fournir deux cents exemplaires auxdits états.
Us prirent une résolution non moins éclairée en attribuant aux réparations des chemins 42,000 1., qu'on leur proposait de consacrer à la construction d'un hôtel à Rennes pour le gouverneur.
(4754.) M. Rallier venait d'être continué dans ses fonctions , lorsque le comte de Yolvire fut nommé lieute» nant du roi à Rennes et commandant, selon l'usage, dans les quatre évêchés de la Bretagne. Il ne vint pourtant prendre possession de sa dignité que vers la fin de l'année.
L'année suivante (4752) vit encore pour la quatrième fois M. Rallier prorogé dans ses pouvoirs par la communauté, et celle-ci reçut quelques mois après une lettre de M. Louis-Guy Guérapin de Yauréal , qui annonçait sa nomination à l'évêché de Rennes, vacant par la mort de M. de Breteuil , décédé le 24 avril de la mênye année.
Elle eut à s'occuper dans le même temps d'un projet de médailles à frapper pour être déposées dans les fondations des nouveaux édifices publics qu'on allait corn*' mencer.
5tt2 HUTOttE JNS MHIIAS.
Uu aiilire «oin appela c^ocQDe en oe momenl laueation de la oonuminautë. Les ét$it» aUaieDt s^o^viir i HeooeSy et la ville aarait point d'hèlel pour le g«o«iTer* neur. Une lettre de rinteodant propoAa d'affentner .Vhdtel de Blosssac pour cette dettinatûm ; car le projet 4le ponstructioiiy dont nous avons parlé , évét loin de son cmcu* tîoQ. La oominunauté, vu Tucgence^ accunllit h propoaitioa de l'intendant^ et fit dresacr par des -oommÎMaires l'état des lieux avant de cooduoe le bail j qui fut accordé pour 69OOO 1. par an. Ce fut le maréchal d'Estrées qui viat occuper Tliôtel . en question comme président des états, qui s'ouvrirent , selon la ooittume, dans la salle des GordeUersy le palais étant exclusivement réservé aux séances du parlement.
Rennes fournit trois députés à l'assemblée dont rnms parlons , et il faut noter qu'ils furent jusqu'à cette épo^e inclusivement toujours inscrits les premiers sur la liste du tiers 9 quelque part' que s'assemblassent les états.
(1755.) Le pouvoir semblait se joufor de tous les droits acquis. Les officiers municipaux, supprimés par l'édit de 4724, et dont M. Rallier avait été victime, furent réta- Uis l'année suivante par un édit contraixe. Il ne parait pas que M. Rallier reprit ses fonctions de maire ; ses coodtojens lui continuèrent celles de prooureur-syndic, dont il s'acquittait à la satisfaction générale, et dont malheureusement pour eux il ne devait pas jouir longtemps désormais. Du moins jusqu'à la fin il consacra ses instants aux intérêts de sa ville natale : les embarras de toutes sortes n'y manquaient pas; on travaillait aux fondations du nouvel hôtel-de-ville. M. Rallier en fit dresser le procès-verbal.
Un établissem€»it religieux, dont nous avons eu Toccasion de parler, cdui du Bon-Pasteur, demandait, selon la coutume, l'autorisation munidpale pour sa translation dans l'enceinte de la ville. C'était près de la rue
Hiftioas DE uifiixs. SGS
SaintrEtienDe , cooune nous TaYons dit, que devait être faite cette translation demandée, qui n'y eut point lieu, malgré l'autorisation obtenue. Seulement il faut crdire, d'après les tenues de la déUbératiop, que cette rue, ou du moins le nouvel emplacement choisi était dans l'enceinte de la ville, bien qu'on n'en trouve aucune preuve dans la topographie contemporaine. Au reste nous verrons définitivement cet établissement s'asseoir hors ville près de la Motte à madame.
La communauté s'occupa encore à cette époque de la célébration du jeu du Papegault, dont le roi, pour cetteannée, fut un nommé Bameulie. L'emplacement n'était plus à la tour du Gbesne, derrière l'ancien hôtel-de- ville, mais dans les douves de Sainte-Georges, comblées et ap* propriées depuis long-temps à cet usage.
L'année 4754 n'avait pas fini son troisième mois, lorsque M. Rallier , dont la conmiunauté venait de proroger les^ pouvoirs pour la sixième fois , termina , le 25 mars , son honorable carrière , au milieu de la douleur publique , la plus vraie de toutes les oraisons funèbres. Un deuil général couvrit la ville ; chaque famille semblait avoir perdu l'un de ses membres. Ses funérailles furent célébrées avec une grande pompe et aux frais de la communauté. Tous les corps y assistèrent solennellement.
Cette perte de l'homme de bien, ferme et actif, qui eût été profondément sentie dans tous les temps, le fut encore davantage dans les circonstances où l'on se trouvait. Tous les esprits pressentaient qu'où aurait à lutter contre les iniquités du pouvoir; et tous les jours les embarras de la réédification allaient croissants. L'absence de M. Rallier devenait de plus en plus regrettable. Quel est l'homme qui oserait se présenter, à son défaut, pour faire face à tant de difficultés ? qui soulèverait le fiirdeau quela mort seule l'avait forcé d'abandonner ?
Le plus ancien syndic, M. Bodin, se chargea de l'in-
364 HISTOntB DB RBRRU.
terim avec les deux connétables, Guillaume de Tronoq et Dutertre.
A pdne installés , il leur ikliut ordonner la fête dans laquelle on poserait la première pierre des nouTeaux édifices municipaux 9 et on placerait dans les fondations les médailles qui devaient consacrer le souvenir de ce jour solennel.
Le "12 avril) vers dix heures du matin , des milices se rassemblèrent en armes et sous leurs enseignes de quartiers aux diverses couleurs , sur la place nouvelle ouverte parmi les décombres, en face de^ fondations déjà prêtes. Le corps de ville , en habit de cérémonies , alla prendre à Thôtel de Blossac le comte de Yolvire, qui devait représenter le gouverneur de Bretagne, comte de Toulouse. L'ingénieur Abeille, absent aussi , était représenté par son fils. Le cortège arrivé sur la place à travers les flots du peuple, au son des fanfares et des tambours, au bruit des cloches et de Tartillerie des murs, présenta à M. le comte de Yolvire trois boîtes .en plomb, sur lesquelles on avait gravé ces mots : « Cette médaille a été placée par » M. le comte de Yolvire, commandant en Bretagne au » nom de S. A. S. Mgr. le comte de Toulouse, gouver- » neur de la province. — La communauté présente en » habits de cérémonie ( le'12 avril 4754). » Chacune de ces boîtes renfermait une médaille en bronze , portant à la &ce pour l^ende autour du type royal : Laidovicm Rex Christianissimus ; au revers , une déesse tenant de la main droite une pique , de la gauche un écusson aux armes de la ville sur lequel elle s*appuyait , avec ces mots pour seconde légende : Rhedonœ incensœ anno 4720, restauratœ anno 4754 , et au-dessous dans le champ, 4752. Le module de ces médailles était sans doute celui du grand bronze, quoique rien ne l'indique dans le document où nous avons puisé.
La première boite fut posée dans les fondations de la
HimnBB DB BBIIlfSS. Stô
tour de rhorloge > eo une {ûerre creusée ^ trôîs pieds plus bas que le pavé, au midi et du côté de la place, dit le prooè»-verbal; la seconde, sous la porteprincipale deThôtel de ville, également vers le snd; la troisième , entre k pre* mière et la deuxième assise au-dessus du pavé, dans l'angle formé par Vavant-oorps et le pâed droit de Varcade, au côté sud de Tentrée du. vestibule du présidial. «Deux de ces médailles furent déposées aux âiicfaîiresv Que sont-^Ues devenues? On en distribua à tous les notables personnages. Le marquis de Montalaire, lieutenant du roi, tieçutTune de celles frappées en argent. .L*autre.fùt remise au comte de Volvire pour le comte de Toulouse , avec celle en or destinée au roi. Vingt-quatre en bronze, restées sans emploi , demeurèrent provisoirement aux archiva munici^ pales. Ne serai tril pas possible d'en retrouver une seule? :
M. de Pdntcarré de Yiarme avait remplacé M., de La T<Hir dans l'intendance , dès le commencement de cette année, dont la fin fut attristée par une nouvelle perte , à laquelle la ville pourtant fut moins sensible qu'à celle de son ancien maire. Hubert de Courtaruel, chevalier, marquis de Pezé, brigadier des armées da roi, et gouverneur de Rennes, vint à mourir; et la population qu'il avait administrée assez bénignement, s'empriessa, toujours avide de spectacle, d'assister au magnifique service qui fut célébré pour lui aux Minimes, où deux cents billets d'invitation eurent seuls le droit d'entrer. Le peuple se consola en admirant à sa sortie les richesses du convoi et celles des belles tentures noires qui décoraient la grande porte de l'hôtel de ville.
Tous ces emplois offerts à l'ambition des grands seigneurs du temps , et qui semblaient surgir à Tenvi l'un de l'autre dans nos villes de province, comme les jets gourmands d'une sève, mal dirigée, n'étaient réellnnent qu'une sorte de superfétation qui détournait d'un emploi plus utile une grande partie des subsides fournis parla province;
car la {dùpart ne faiaaieat qae se doubler muliidlement, et susciter entr'eux des qoerriles d*attribtttîoii8.
Une autre dignité d'une origine plus ancienae, et donc Vutilitë nayait pas toujottra été contestée, subâstait en» oore en oe moment, malgré les efforts qu'on avait feita pour la supprimer y en la modifiant progressiTement ^ purœ qu'elle ne rapportait rienïau fisc, et hii était au cootniiFef à chaiige par ses pritilsges. Le roi du popegaultr fut en*-* core éhi cette année ^ et an nommé Maïason honoré de ce titre, jouit âts avantages qui y étaient encore attachés, n. ne faut pàa oublier ces derniers héritiers dCone royatulé qui s'en allait.
Les années qui suivirent (1755 — 4762) furent peur Rennes une époque de ohne, dans laquelle noas nmh rons à agnaler rapidement qu'an p«iit noaibre de ftàga lotaaoL, comnie transition vers les grands événements, qui occupèrent toute la seconde moitié do XVIIi^^ièete'.
Ainsi ndiis noterons, dans l'intervalle désigné, l'admissibn à rhospice Saini-Méen des dames d^ la éongrégatiK>n dite de Smafr^Thooiai dé Ville-Nevfve'; l'ot^aisatioii d'un ccrrp» de poaipiers ^ composé de vin^qtifatnft hommes; te remplacement du marquis* de Pezé, c^ttinie gtyaver^ nenr de la ville, par le marquis dé Beringbén,' qui envoya ses pouvoÎRs à M. losejA Ârot, avocat au parlement; la protestation de la communaaté cbutre h. levée du dixième et la capitation, et l'anmilation dé sa déNbe* ration sur ses registres^ par l'intendam «Pontearré de Viarme, en v«vtu d'arrêt du conseil; la suppression des élections municipales; l'établissement de hf faculté de droit à Rennea, et son instaHation dans Tantllen h6telde-viHe; l'entrée solennelle du jeune duc ^ Pénthièvre comme gouverneur de BMtagW après la mort d^ cbiuie de Toulousa*; Fintroductioa des frères des éeoles ^hré« tiennes, de» filiés de la Sagesse et de Saint-^Thomïis; tes solennités dramatiqcMa du collège; l'élection bieaffdt an-
HBVOUBB MS EftltlffBd. S87
nulée de M. Dotertre-Lefojr eomme maire (t4S9); son remptacemeiit par M. Hevin, coaseîlter au présidial^ qui hù-*ménie fut bientôt ren^placé par k seoéchal M. Bâillon aux fins d'ëdit royal; la fondatien de Thètel des gentilshommes par l'abbë ie Kei^gus; la erëation d'un jardin botanique dans une pavtie db pré Ra<yul; le projet d« csanal d'Iile-ét-Ranoe, dont le plan fat dressé par Tingëmeur AbeiHe; rinaug^iration ati pied de la tour de fhoiv loge de la statue de Louis XV; la réception de Vignerol de Richetieu, due d'Aiguillon ^ comme lieutenant-général en Bretagne; l'arrêt du conseil , qui, sous son inâuenee,modîfià Torganisation de la comimunauté, en créant uner commlMon spéciale sous le nom de bureau servant; la construction d'une salle de spectacle prè$ de l'hâtel de Brissac; énân les fêtes célébrées à l'occasion de la vic^ toire de Saint-Gast, et l'épigramme de la Ghalotais, qui flétrit les lauriers du vainqueur.
Mais tout cela était bien peu de chose auprès de la grande querelle qui s'élerait entre l'Etat et les jésuites, querelle dans laquelle notre ville devait jouer un rôle miportant.
Les jésuites, rétablis en France par Henri IV, qui en avait peur, avaient, malgré la résistance de l'université, ouvert partout des collèges qui jouissaient d'une grande feveur. Pourtant tes querelles religieuses dont nous avons parlé leur avaient &it tort dans l'opinion publique. Un procès fiimeux perdu par la société dans la personne de leur général , qui fut condamné à payer ses dettes , puis leur expulsion du Portugal, achevèrent de les perdre, en provoquant l'examen officiel et judiciaire des livres , avoués par eux, qui renfermaient leurs doctrines.
Le parlement de Bretagne procéda à cet examen , en vertu d'un arrêt du mois d'août 4764. Le procureur-général Louis-Réné de Garadeuc de la Ghalotais, fut chargé par la cour de lui rendre compte de deux volumes, petit
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in-folio y intitulés Instiiutum societatis Jesuy déposw au greffe par le frère Le Pays, recteur du collège , sur Tordre de ladite cour. Ces deux Tolumes contenaient la collection complète de tout ce qui était relatif à l'institution et à la doctrine des Jésuites. Le procureur-général lut soq célèbre compte-rendu au parlement , chambres ass^aabléesy les 4^' y &t .4, 5 décembre 4764 , dans une suite de séances qui duraient près de trois heures chacune, et le 7 du même mois 9 il donna ses conclusions non seulement sur les deux volumes indiqués , mais sur plusieurs autres livres ^le«* ipent atoués des Jésuites, et relatifs à la doctrine de leur société. Ces conclusions ne pouvaicsnt leur être fayorables» malgré l'avis contraire de qMarante-cinq évéques qui Causaient partie de l'assemblée, réunie à Paris par l'ordre du roi , pour donner leur opinion sur l'utilité de la société des Jésuites. Elle avait fait son temps ; rien ne pouvait empêcher sa ruine.
Le 25 décembre^ le parlement prononça de fait la dissolution de ladite société dans le ressort de la cour. Il lui accorda néanmoins jusqu'au 2 aoiU suivant pour évacuer les collèges occupés par elle. Ses membres , ainsi expulsés, devaient se retirer en tel lieu que bon leur semblerait , sans pouvoir toutefois sortir du rojaiune qu'en vertu de la permission expresse du roi. Cet arrêt , qui proscrivait la règle et l'habit de la société dissoute, fut bientôt suivi d'un autre, qui, renouvelant l'appel comme d'abus admis dans le précédent, et prononçant de nouveau la dissolution du régime de la société des soUdisant jésuites, répéta les dispositions du premier arrêt, et < ordonna » que les prêtres et écoUers de la société ne pourraient » en aucun temps être admis à aucun bénéfice à charge » d'âmes, vicariats, emplois ou fonctions ayant même » charge, aucune chaire ou enseignement public, aucune » charge civile ou - municipale , office de judicature ou » autres ayant des fonctions publiques, qu'au préalable
BM$fOiBB DB RBNNES» 569^
» ils ne JDStifievA de l'd/C^ du serment par eux fait eu » persoriM pardeim^t le juge royal des lieux, d'être in- » tialgbliepaeot fidèle au roi, de tenir et enseigner les ». quatre pr0pf>si^os de Va^semblëe du clergé de Frai^ce. » de 4682, et W. Ubei)(^ de relise gallicanie. »
Du reste un certain nombre.de liyres désigna pt^r l'ai^ rét et renJfenAapt U xlfiictrÂae des }ésuit€;s, furent Is^céres et brûlé», pur la main du boiir^^u au pied du granid escalier, jdu palais ; des ppujrsirites fureorti dirigées contre ceux qui .ne déposeraient pas au gfjçffe ceux des ouvrages condàmiés qu'ils possédaient; les parents Déçurent la défense d'envoyé? leuKS epfbpta s^u collège au^d^là.du. délai pfescrtt.
Le jour de Texpiration. du d^lai arriyé^ les jésuites rémittent soleniieUeni.en^ leut^ élèves pour leur faire leurs adièttx. La.baîfie y a^ajSans, doute beaucoup d'aigreur; iU;.cberchèi5en1^,à<!mJjt^r:.l^ jaunes têtes qui leur étaient confiées. Ils menacèrent leurs epr^emis, .et surtout le procureuif-g^éral, M,;.dfl.:ta Chalotais, qui navait fait que seconder.Xélan d^nMÀ par le parlement de Paris et obéir avifc^QirdfQs de ç^lui de^i^n^t^gne (4). Il varans dire que W . prQ^^rits n'ï^pargnèrent pas les prédictions, dont ils re«dii?c^.le ciel garau.t, et qu ils jur^ent à leurs auditeurs d'être immoçt^ (2)^
. La piG^ulaijon prit sans doute une part très-active à tous ces débats. Sollicitée par les bons pères, elle brûla en effigie dans les carrefours le procureur-général, et le chansonna à sa manière sur tous les tons. Les libelles se succédèrent et passaient des mains avides du public dans
(!) «c Les parlements avalent ce droit; Ils Pexercèrent avec bonne fol, avec une {dteloe conviction, que cette question Intéressait A la fols et les droits du monarque, et les libertés publiques et leur propre existence. » (Plaidoyer de M. Bernard, de Rennes, avocat, aujourd'hui dépnté et conseiller k la cour de cassation, «iMM.le procès Intenté par Ifes bérltieiB de M. de la CbalotAla contre le journal dit rÉtoile. 1826.)
* (S) Le grand-père de M. Bucrest de Villeneuve, qui se troavalt alors parmi ces Jenoea «ndltean, lui • tnuamis ces détails et une partie de ceux qui suivent.
570 msTOiHB m BSiviiBs.
celles du bourreau , qui en faisait autafit ii*aiitû-dii-fé au pied du graod escalier. Des assetnblëes nûctumes, des menaces, des calomnies entretenaient TefFeryesoence, qu'on eût bien voulu changer en guerre crrile. La rdigion, comme il arrive toujours, servait de pi^texte à tous ces troubles, à toutes ces cabales.
Cependant la cour du parlement s'occupait des moyens de procurer des secours et des pensioDs à ceux qu'elle venait de congédier. Ceux qui étaient. âg^ de trente-trois ans au moins avatemt droit à une pension viagère; les autres, novices, frères convers, écolier» destinés à TeiH seignement, et profès, reçurent un double secours sous le nom de vestiaire et itinéraire.
Pour fournir à toutes ces dépense», on exigea de chaque écolier une contribution momentanée de 4 2 1., réductible à chaque extinction, jusqu'au moment où l'instnictioa deviendrait tout*à-fait gratuite.
Mais cette ressource , plus spédakment destinée- à l'en» tretien des nouveaux professeurs, éunt insuflfisafite, oa fit porter à la monnaie l'argenterie que les jésuites possédaient au collée, pour que le produit en ft^t versé dans la caisse de l'éconcMxie, à l'excepùon de -quatre ealices et leurs patènes, un ciboire et une clef du taber* .nacle, réservés pour la chapelle, ainsi que dnq chasuble et dix aubes.
Dans le même but, le parlement demanda au roi d'au^ toriser la vente des biens immeubles appartenant aux je* suites , et renouvela la promesse de procurer l'iastructioii entièrement gratuite dans les trois collèges du ressort de la cour. L'autorisation obtenue, l'ordre fut domié aux fermiers de payer entre les mains de l'économe du collège René l'Hermite.
Après l'arrêt de dissolution, un des premiers soins du parlement avait été de songer à récM^ganiaer le coll^; la ville avait rédamé et feit reeomndtre ses droits de
B»roias DE RBifinis. 874
fondatrice. Déjà les nuàre et écheyins araient été in- ^tés à fournir au procureur-général, dans un délai fixé, des mémoices sûr ce qu'ils' estimeraient convenable pour l'éducation de k jèuwesse. La faculté de droit établie à , Renoes, et même l'université de Nantes avaient été corw aul^es^
- Tous 'les avis pris et pesés, on arrêta Foi^nisation : oncréa d'abord* un &ifn;aii €p administration^ auquel étaient confiés tons lés intérêté nioraux et temporels de rétablissement. Au-dessous de cette espèce de conseil suprême, on plaça un principal, dont ie traitement fut fixé à â,000 1., plus 400 L de menues dépenses; deux sous* principaux, i 4,200 1. chacun; des professeurs de théologie, philosophie, rhétorique, au même traitement de 4,200 1., un régent d'humanités à 4,000 h, quatre autres ré§[ents de la troisième à la sixième payés 900 L chacun, ei enfin deux valets ào gage de 20 L par mois.
Le choix des sujets destinés à remplir ces diverses fonctions fut remis à la communauté de ville, en vertu de ses privilèges de fondatrice. Elle devait fournir sa liste •au {M^eunsur-généràl le 45^ juillet suivant, et la cour devait cette fois seulement pourvoir aux nominations, sauf •dans la suite à les abandonner à la voie du coocmirs oU aux droits des fondateurs, ainsi qu'il serait vu appartenir.
En conséquence la communauté, déférant aux ordres de la cour, nomma d'abord un principal, et ce fut un prêtre, M. Pierre Thé Dtiohàtellier, qui réunit les suffrages.^ Puis, en présence de oe dernier, elle élut pour sous-'principaux Jean-François Laurent et Yves-Laurent Aerthelot; -pour professeur de physique Michel Lemar- ^cbayit, de logique Joseph^rançois^Alcxandre Ory, de ri&étorique Joseph-Pierre Bérard; pour régents d'humanités GuiDaume^Joseph Lcgravcrend, de troisième Félix- Mathurin Gamlis, de quatrième Joseph RouUe, de cinquième JérAmo Rivière, de sixième Sylvestre-Àugnstin-
572 HISTOIRB D£ RBHHBS*
Hyacinthe-Pierre Haje. On aoumit peë abmiiifitions à l'homologation àtàh cour, qui reçut un iprcanier serment de.çhacua des professeurs, et leur eojoignity sou& peine fde destitution 9 «de s'occuper uniquenobenl 4e l'éducatioD <le< la jeunesse. • • . : •
La communauté de ville fut moins heureuse dans fai juate réfllamaâon qu'elle ayait faite, dès titres qui confirmaient; ses droits sur le collège. Mi de Lamoignon écrî» yit à ce sujet au premier présidant v du parlement de Br»tagne» ^ : » . . > .' ■
.. H. Monsievur, j'ai reçu une Jiéttrje.dès maire. et, échevins ■» de la' ville, de Reirmes, qui me demandent de. .leur re- .4 nlettiîe les titresr du collège^ des.Jéfiiâteé de. cette viUe. À' Cea.titres. sont. maintenant en. la main du roi^ à qui je » les aï remis, lorsque jeiaeiles fsuis tait envoyer. {)ar son .» ordre.. J'ai rendu compte wà roî 'de la: demande des >» maire et échevins, et sa Majesté me charge de vous » écrire. que vous ayez à les mander pour leur dire que n son intention est de les garder/ et de ne les remettre » à personne. »
> La ville, pvivée de ses titres,. n'en fit pas moins recon» naître ses droits par le parlementa SoP^.procureur^ndîCy lean-françois Lemeur, présenta et 'fit aidmeu^ une re* qiiète à ce sujet.
. Cependant on découvrit une maisse de papiers qu'on avait enfouis pour les soustraire aux recherches du parlement. Les cabales y les iaissemblées nocturnes cootiimaient d'agiter la ville sous l'influence des jésuites et.de leurs partisans. On répandait de fiiusses nouvelles , on calomniait les nouveaux maîtres du collège; on circonvenait les .membres. des états, alors assemblés à Rennes^ pour les engager à s'opposer aux arrêts du parlement. Gduici, sur le rapport de son procureur-général^ ordonna aux jésuites restés à Rennes de se présenter sous huitaine au greffe de la cour, sous peine d'y être contraints, pour
HISTOmB DE BiHmSft. t7S
j fak^ ioflcrire leurs noms et leur demeiure^ y rendve compte de leovs occupations, de leur iutekition de test» ou de .partir. Le même arrêt défendit de plus à qui que ce fût de solticiter le rappel des jésuites, à peine d'être considéré comme fauteur du régicide.
Un autre fait y occupa les esprits, du moins au baiv reau. Le célèbre avocat au parlement, Dupavo-PoMllain , reçut à cette époque la récompense habituelle accordée aux hommes qui s'illustraient par leur science ou leurs belles actions; le roi lui enroya des lettres de noblesse^ la postérité lui réservait une autre gloire.
(4764.) Les noms célèbres abondent à cette époque. Apcès Dupax^-Poullain et le président de Robien, nous avons à parler de la Chalotais, déjà célèbre paar son oompte-rendu, et qui va le devenir encore davantage par sa disgrâce et sa réhabilitation.
Louis-Réné de Caradeuc de la Chalotais, procureur-général au parlement de Bretagne depuis 4754, donna sa démission pure et simple des fonctions qu'il avait remplies avec tant de gloire, et le roi pourvut de son office son fils, Ânne-Jacques-Raoul de Caradeuc; mais le démissionnaire eut le privilège de pouvoir continuer Vexercke de sa charge concurremment avec son fils, et, en cas de prédécès de celui-ci, de rentrer en possession de ludite charge , sans être obligé d'en obtenir d'autres provisions , ni de prêter un nouveau serment, « ses pouvoirs, droits » et appointements courant du reste comme s'il n'y avait » pas eu démission i »
Ainsi semblait se retirer de la scène publique celui qui y avait fait tant de bruit à l'époque de Texpulsion des jésuites. Il y reparaîtra avec plus d'édat encore, et n'y retrouvera plus les mêmes acteurs.
(4765.) Les justes prétentions d'indépendance des parlements furent à cette époque une des plus vives préoccupations du ministre tout-puissant; il fit mander celui
<k Rretagae à VenaiUes le 24 Simer^ pour loi faine in» ûmer f9x le roi Tordre de ne plus a'oppofer à k pcrœp* tion de .la nouYelle taxe des deux fob pour liirre, qu'un aimple «rrét du oooaeil ayait créée illégeloneut sans le re* cours aux états. La royauté , mal oooseillée^ attirait ton-» jours y on le Toit, la même peote &tale.
Le purleB^eut, appuyé par les états, dons réuais k Nantes y fort de rassentiraeot unanime du peuple, qui s'était ému dans notre ville, le parlement se rendit près du roi et lui présenta d*éneipqueB remontrances. Louis XV le blâma avec une fermeté qui ne lui était pas oiw dinaire, et le renvoya à son serrîoe en lui prescrivant une obéissance silencieuse* Le parlement, de retour, jse rassembla immédiatement pour déclarer qu'il se démettait de ses fonctions et suspendait le oours de la justice. L'acte de ces démissions, complètes à l'exception de dooxe, fitt adressé au roi par la poste; il contenait soixante-^eize Dom9.
Alors k querelk nécessairement descendit dans k rue, et les scènes de tumulte qui avaient eu lieu dès l'année précédente aux portes du Palais, se renouvelèrent dane tonte k ville et se manifestèrent cette fois surtout par l'ironie et cette causticité française qui est chez nous de l'opposition légale. Les douze membres dbaidaits furent chansonnés comme le ministre; leurs portes étaient chaque nuit couvertes de dessins railleurs, de potences, et de toutes sortes d'instruments de justice. Une caricature représenta leurs noms sur un cartouche formé par des ifs, où l'on avait semé, sous ombre de rébus , les lettres I F entrelacées et surmontées de k devise : Ne sedeas in umbrd. Le nom des Ifs resta aux faibles qui s'étaient séparés de la compagnie.
On ne se borna pas à ces démonstrations bouffonnes : des esprits ardenu révèrent une nouvelle séparation de k Bretagne. La communauté de vilk, les ordres reK«
gîaiXi l» offiôem de juMioe, la faculté de dioit^ ayaieot manjifesté leur adhibicm à la résistanoe daParlenent, on le oomplimèalant ^ur 3oa retour.
Choîaeul crut éteindre riDoeodie eu faisant arrêter et emprisonner au cb&leau du Taureau l'ancien procureurgénéral et son fils y Louis-Réné et Anne^aoques*Haoul de Caradenc de la Chalotais; leur secrétaire Boudesseul, MM. Pioquet de Montreuil^ Cherette de la Gaoherie et Charette de la Golinière^ conseillera arrêtés en même temps, furent conduits les uns au mont Saint^Micfael, les autres au château de Nantes; d'autres enfin reçurent l'ordre de se rendre dans leure terres, ou furent exilés à un xajon de Tiagt lieues; les moins punis fusent exclus de l'enceinte de la ville seulement.
Les satires manuscrites ou gravées étaient parvenues jusqu'au ministre. On commença des poursuites judiciaires contre les complices présumés, ne pouvant atteindre les auteurs. Le graveur OUivaut, soupçonné d'avoir prêté son burin 9 fut enlevé par la maréchaussée, conduit à Vitré, puis à la Bastille; on lança sur Rennes des agents de police nommés hocquetonsy qui enlevèrent le marquis de la Roche, M. de la Bellangerais, dont l'esprit parut suspect, et les distributeurs que l'on put saisir. Quelques gentilshommes furent aussi arrêtés; un jeune homme de vingt*trois ans, nommé Bouquerel, firère d'un n^odant de la ville, fut envoyé à la ^Bastille sur le simple soupçon d'avoir écrit une lettre anonyme au comte de Saint-Flo^ renûn, ministre secrétaire d'état. Il finit par avouer sa culpabilité, en s'excusant sur le blâme public et unanime qui poursuivait â Rennes les magistrats dissidents, blâme dont on déversait une partie sur ceux qui approchaient le TOI.
Il indiqua aussi dans ses interrogatoires l'origine de cette dénomination ironique infligée aux douxe ministériels : Un jour, dit«il, au Thabor, il avait vu passer
57<( HISTOIRB DB reAubs.
plusieurs membres du parlement en habits galonnés , et du nombre des démissionnaiires ou orangMes ^ qui en voyant passer deux de leurs iconfrères en habit noir , dirent entreux : Ce sont des tfi. Tettè ftit la traduction polie des caustiques initiales que les dissidents traduisirent y^înemeiM -çir judexfidêlis.
La dénomination d'orangistes , par laquelle on désignait leurs adversaires , venait du bouquet de fleur d'oranger , dont ils furent seuls gratifiés cette année, à la procession delà Fête-Dieu, par les dames de la- halle, qui jusque-là avaient offert ces bouquets à tous les membres de la Cour iridistinctement.
Le duc d'Aiguillon ^ en calomniant la Bretagne près du Souverain, n'y avait pas seulement attiré des persécutions sur les membres du parlement ; des ' troupes y étaient venues pour exécuter les arrestations , et augmentaient par leur présence les charges du pays.
Une voie à la réconciliation , sous condition d'obéis- -sance, fat cependant ouverte aux magistrats démissionnaires. Le parlement , sur les ordres du roi , se réunit pour délibérer sur l'enregistrement pur et simple de la déclaration illégale de deux sols pour livre. Il rejeta de nouveau la déclaration qui violait le plus essentiel des droits de la provinâ^. Sa fermeté fut récompensée par la menace d'un procès criminel contre les six détenus.
Mais pour ne pas les distraire de leurs juges naturels, il fallait reconstituer le parlement; on l'essaya. Un ordre du roi prescrivit une nouvelle organisalSon , dans laquelle farent compris dix des anciens parlementaires , qui avaient donné leur démission. Tous ne répondirent pas à l'appel; dix-sept membres seulement se trouvèrent à l'ouverture, qui eut lieu le 5 décembre 476S. Le chapitre de la cathédrale refusa de célébrer la messe solennelle du Saint- Esprit , que les Gordeliers chantèrent , comme chapelains ordinaires du palais. Les procureurs appelés au serment le
U9TOUB DE BBinms. 577
, 6 prêtèrent. Le presidial^ ayant à sa tête le ftéoéehal, M. de
i a Goniac, assista ^ contre l'usage , à la cérénionie. Les ayo-
i cats, les députes du chapitre et des abbayes ne Tinrent
tn point occuper leurs places ordinaires et réservées.
i« Néanmoins on avait l'ombre d'une cour souveraine. Le
public y voyait l'espoir d'une médiation prochaine et du n: retour des magistrats exilés. On crut pouvoir commencer
^ le procès criminel contre les six inculpés. Des ordres
g furent donnés pour leur translation immédiate à Rennes.
^ Depuis plus d'un mois que MM. de Caradeuc étaient
^ enfermés au château du Taureau , ils n'avaient pu se voir
que les premiers jours. Cette consolation leur avait été ^ enlevée dès le 24 novembre. On les sépara violemment ^
g et leurs chambres mal éclairées , où. la fumée les as-
^ phyxiait , furent trouvées trop commodes' pour des pri-
j sonniers.
On enferma le fils dans une casemate éloignée ^ et le père fut obligé de couche»* dans un lit de Procuste ^ où il ne pouvait dormir sans le secours de l'opium. On leiir refusa encre et papier; tonte communication même épistolaîre avec leur famille leur fut interdite. Des sentinelles veillaient nuit et jour à leurs portes.
Telle était la prison , mieux gardée encore par ses rochers et les flots 9 de laquelle on fit extraire, vers la miclécembre^ l'illustre procureur-général et son fils, pour les conduire à Rennes séparément, et sous l'esccMrte d'un détachement de dragons de Beaumont d' Antichamp. En arrivant dans notre ville , vers onze heures du soir , le 47 décembre, ils furent déposés aux Cofdeliers, où l'on avait préparé pour les recevoir deux chambres au rez^e» chaussée de l'infirmerie , ainsi qu'un corps-de-garde où furent installés douze dragons. Comme précaution surabondante, un officier coucha dans l'appartement au-dessus de celui de ]tf . de la Chalotais , et la maison coi^ ventuelle vit ses portes gardées nuit et jour par des sentinelles.
578 BDwvoiu nB umau.
Le leodemiùn de son arri^iSe , M. de la Cludotrâ, sans ▼orr son fila,4Ai»f coiinaiti:e même •« présence si pris de lui, fut porté en cbaÎBe à son hâlel , esooi^ d'un officier^ d'un maréGhat*des-4ogis et de six dragons anaés. L'li6td atait éfté entouré de senlineltes. A son arrivée et en sa présence ^ Tintendant de la province et les subdélégués firent procéder à la levée des scellés apposés sur ses papiers, dont un notaire dressa l'iniientaîre. On ne trouva parmi ces derniers que des lettres de vieux amis , « un » projet de réformation des finances ^ et un discours sur *» la nécessité de la reprise du service par le parlement. •
Le jour suivant , la même visite domicîlÎAire eut lieu à r hôtel de M. Caradeuc fils et en. sa présence. On saisit sa correspondance , et le le&d^naia , 20 décembre , à cinq heures du matin, on le fit partir pour le château de Sainfr- Malo , sous Tescorte d*im détachement de dragons. Son père ne larda pas à l'y rejoindre.
Les papiers de leurs cinq compagnons d*infortune funot visités et saisis de la même manière que les leurs.
(4766.) Une chambre criminelle fut établie a Saint«- Malo par commission du conseil royal pour juger les prévenus. M. de Galonné en fut nommé procvreur^^^éral.
Le nouveau parlement réduit, rentré le 46 au palais sur l'ordre dn roi , avait rapporté l'arrêté exprimant sa résolution de ne plus visiter le duc d'Aiguillon ; il s'em* pressa d'écrire au roi pour demander le rappel des magiatrats exilés, et la suspension des poursuites dirigées contre ceux qui étaient à Saint-Malo.
Cependant l'instruction du procès crimind suivait son cours. Le futur ministre de Louis XVI, Galonné, avait déposé contre les prévenus un dossier de cent treiae pièces, parmi lesquelles figuraient deux billets anonymes attribués à M. de la Ghalotais, et adressés au aectétaire d'état Saîat- Florenlin.
Les autres charges de l'accusation étaient , contre M. de
la Gaâehtriey d'avoir excite des reohafehes §ur radmiois* tnitioa des cheiiiinft« Un anrél du 96 jwa 4764 rsfVMt chargé spédalement d'une inatnictioo sur cet objet,
MM. de Moatreuil et de Kersalava étaient accusés d'avoir rendu compte au parlement d'une conversation recueiUie )Mir eux à Versailles , au sujet de leur députatÛHi« Os n'avaient fait qu'obéir à l'engagement pris avant leui* départ.
Quant aux autres , ils n'étaient pal moins coupables^ d'avoir osé signaler les abus du pouvoir, représenté pav le duc d'Aiguillon , dont la main et la vengeance s'ape^r çoivent aisément dernàie toui cet amas d accusations , sans corps de délit,
M« de Galonné lui-même semblait en reeonnattre la faiblesse, en ajoutant la calomnie à .ces imputations sanepreuves. H ne rougit pas de répandre à Rennes ipéme le bruit que « M. de la Chalotais s'enivrait souvent; cpA » dans cet état d'ivresse il avait écrit les billets anonymes} » que c'était un cerveau hrÀlé, troublé, un homme perdu « • et que M. de Garadeuo étaii devenu fou. • C'était maladroitement servir la haine de celui sur .lequel il comptai^ ponr arriver au pouvoir.
Quoiqu'il en soit, la coodinissioa extraordinaire qssem^ blée à Saint-Malo prononça, après cinq heures de séance^ un décret de prise de coqps contre les cinq magistrats détenus, et M. Lenoir commença les interrogatoires. On avait hâte d'en finir. Les commissaires s'assemblèrent matin et soir pour aller plus vite. La .condamnation semblait si certaine, que l'on faisait déjà en^ secret tous- les prépa* ratifs de i'exécutioti. Le sieur Mazio, ingénieur, Avait fait conduire la nuit à la citadelle deux ou trois charretées de planches et de poutreawx pour construire un échafaud ,. dont il avait dessiné le plan, cpi'il eut Tindiscrét^on de montrer à quelques personnes. Le hasard amena une autre découverte qui c<Hi^pléta la signification de la première.-
Deux étrangers , accompagnés d'une caisse d'instruments dont ils révélèrent l'importanoe par le soin: qu'ils en prenaient , se présentèrent dans le même tem^ aux portes de Saint-MalOy'et l'on observa arec étonnement qu'ils ne furent pas fouillés ^ selon l'usage, par ordre du commandant, et que celui-ci, en les dispensant de la formalité, ajouta qu'il les connaissait. On ne tarda pas d'apprendre que c'étaient des bourreaux.
Cependant on apprit bientôt à Rennes, a'vec une joie mêlée de surprise, que la commission criminelle, nous dirions aujourd'hui prénatale , établie à Saint-Malo , était dissoute par ordre du roi (44 février 4766 ), et que les commissaires, déclarés incompétents, arrivaient dans notre ville. Ils y vinrent en effet, et se rendirent sur-le-champ à l'hôtel d'Aiguillon.
Ils ne pouvaient être bien accueillis que là seulement. La ville était agitée par plus d'un intérêt. Celui des Jésuites , qui n'avait jamais quitté la partie , compliquait encore la querelle parlementaire.
La nouvelle cour réformée avait, sur la requête de l'avocat-général M. Le Prêtre de Châteaugiron , enregistré, sans modification, Tédit de novembre 4764, qui confirmait l'extinction de la société des Jésuites. Ceux-ci, qui n'étaient pas encore proscrits par la papauté (4775), remuèrent de nouveau les esprits par leurs prédications. Abusant de la faculté de résider dans le royaume que leur accordait l'édit , ils affluèrent à Rennes et prêchèrent dans la chapelle Saint-Yves, qui servait encore de cathédrale. Mais malgré la protection de l'évêque, ils ne purent prêcher dans les paroisses : partout les maxguilliers les repousrsèrent.
Les membres du conseil , envoyés de Paria pour compléter le nouveau parlement, ne furent pas mieux accueillis. Toutes les portes leur furent fermées, excepté celles de l'évêque, de l'intendant et de Mgr le duc d'Aiguillon.
DB masKBA. 581
deux qaî anraieiM: Idté .cJ^Iigës de tes rfoençoir s^étaicot -vetîréfl.à la campagae. On tes fuyait jusque dans les mes.
Une autre cause d'agitation se mAlàît a«iX' deux {>re^ inièMs« Les ^aifticats>aaviBient pas touIu reprendre leuvs fonctions près de la nouvelle ooUr, Leuc bàloomer ,: SI^ Even^ les assembla ;fotir leur oMnmiuiîquer une leltre ,4» ministre Saiat-EliiBentio^ qui lenr exprimait l^ Qiécontav^ tement royal et l'ordre de commuer leur seryîee au palais Ilifut anrété eéanoa taaanie ^ fiu'scnitipy..et;,'àtlii'au^oritë ' de 82 cootie ÀA , qu'il n j avait Uèu ; de délibéser , eti jg lettre dti minisire» lut -remise )ei« dui^i'd'iAiguiUfim, jCeUiirÇ^ fit meoaoer les a¥<ooaté rétalpiuyincs» de )leqr.,(çnvoyer;^ Jbillets.de pétrouilb y étrjde &iip>|irerjeu|is enfants, an soft pour la milice* ..• n '• n^
Leur bppositiôQ n^en.daviiit tp^ plus c^^ni^re. Gepenf •daiitalâ:(nouTeUeèojQur.ine(piou?rai(,f^tictiwp^?;#iqs eux, Eq. Tain aviàitreikf élë grossi» 4e 9109^ tnagistijaM.^^iissîçi)* nme$i'^e était loih d'atte^iqdrç.le nombuede soixanjbç fixé par redît. En vain pvCicéd^tr,ellç.m^tÛ9i..(St.soir aux intenrogatoires contre les complices des accusiés, .qui de* venaient nombreux.- Le efaisi?alier dç la Ch^lptais et M®^^® de Caradeuc qui'.étaient allés à Pans poiir. solUci^ ; M^f d^ Garadeuc qu'on èntouxaijt d'espion^ , leui:s secrétaires I^oisel et Boudesseul^ le comte de la Fruglaye, M<^^!f' de la Gasr chérie y MM. de Kerguesec 9 de Pire , Begasson.'^ du Poul; f^j du Bourgbianc, et'bi^. d'autres furent emprisonnés^ assignés ou décrétés.
Mais toutes ces poursuites menaçaient de, demeurer sans résultat y si les avocats s'obstinaient dans leur silence. Des lettres patentes du 22 mars 4766 avaient renvoyé, devant le parlement.de Br^agne les accusés détenus à Saint-Malo« Il fidkit agir. Le duc de Ghoiseul ordonna de comprendre dans les rôles dressés pour le tirage de la milice ^ tous les avocats au-dessous de cinquante ans qui n'exerçaient pas leur profession. On les menaça de nouveau de leur
883 fiavranœ db «umas^
finre faire ]e giiet amec les artisans. Getbe dernière menue tùitÊi sans eftet ; mais leurs fils furent portés par les mar- -gutlliers des paroisses sur les rôles de bt milice. Tout cela lae servit pas à vaincre leur résistanœ. Oa eut recoors à d'autres moyens plus efficaces. A' force ée soHicitatioiis , •M engagea quelques aTOcats k demander une nourrene •assemblée dé Tordre» Elle eut Ueà; .mais la délibération liit renvoyée au mois suivant; ' Da^s 1 intervalle, M. de Miontbou^her (ut nommé prefiidènty le sénéchal de Coniac, conseiller. Ua réunirent leurs instances k celles de rav^ocat^-générai ^ Le Prêtre de Qhâteaugirôn ^ et décidèrent M» Mom» Dulerain àplai«der^. Son 'exemple ftit bientôt suivi par plusieurs atttnta. On était donc en mesure de poursuivre T^ffaiite avec i'activité que^ ne cessait de prescrire le amutliatre.. On comtaènea par le» accessoires i On s^Deoupa. de raeoiHattoa in^ tentée à Loisel, secrétaire de M"^^de.Catàdette. L^éqae de Renties, Monseigneur Henri-Louis^Rdm Desnos ^ innt pt^dre séance y en qualité dé conseiller ^d'booneirr né^ à f audience publique dn 47. Quelques magistrats pétaient récusés. La cour admit les motifs de shc d'entr*eux, et icejeta ceux que quatre autres présentèpent. Elle fut blâmée par le ministre pour n*avoir pas repouiaé toute demande de récusation , et le président de Montbourofaer reçut un nouvel ordre d'activer le procès.
• En conséquence y M'''** Marie de . Goètmen y épotise de M. de GaradeuCy et M*^® Aune-Jacquette. Royer de la Mancellière, tante de M^"' de Garadeuc, subirent' un long Interrogatoire sur le fiiit d'avoir donné , reçu et fait co* pier les remontrances du parkMient de Paris* Après de longs débats , qui tinrent la ville en émoi ^ M**^ de la Mancetlière, menacée de prise de eorpt^ tut obmprise dans Vaccusation générale par ordre du minisbt.
An milieu de ces embarras y la diaetta vint finre naître une cause encore plus sérieuse d'agitation* La ville n était
ptm aj^proTkMMMiëe, par suite âe yiioktîon dei règiemenu depc^ioe; le pain reBohërit, et le peuple, oomnaie tou* ymrsj s'en prit au oomaierce des grains^ dont b Ubcrté absolue lui. devient toujours suspecte en jmreille oecasion. Le parlement crut bien fiûre en rappelant à fexéeudon des règlements "viol^, et en défendant d'acheter des. blés ailleurs qu'au marché. Le peuple ventm dans l'pvdre) mais le contrôleur général. Layerdy blâma , en termes: ml peu vifsj l'arrêt du parlement; Il fut rapporté , après %me nouTelle mercuriale de Mgr le duc d\Aigui)lon,^l.irettaic d'arrii^er à Reoues, pour fiiire des: repvoches^.ài. tout le monde.
Après le parlement , l'ordre des avocafts eut son tour, dans la personne' de soh bâtonnier. Le soir mÀne de son arrivée, le duc alla voir le président' de Montbourcher et loi dit : « La volonté do rot est que vou^ jugies au plus » tôt le procès dae -prisonniers- de Saint-Malb, et qu'il soit « terminé avant l'aseemblée des états. Sa Majesté veut » et entend que- vous jugiex swr rinstruotien âiitepar les » commissaires. »
. M. Geflroj de la Yillcblandie arvait étéinonmié par le oooaeiL pour remplir les fooetidns de prociirettP<-génénit. Il reçut le 25 juin un paquet adressé par le ministre, et contenant^l'immortel mémoire que M. de la Ghalotais avait tracé dans sa prison à Saia^Malo avec un cure-^ent trempé dans un peu de suie délayée , sur le seul papier qu'on eut laissé pénétrer dans son' cachot pour envelop«» per ses aliments. Malgré la vigilance de ses geôliers ^ et la haine plus vigilante encore de ses ennemis y l'héroïque prisonnier avait trouvé moyen de lancer dan» le monde son éloquente justification. Elle- avait été répandue à Bordeaux parmi lee tisembres de ce parlement par- lequel la Chalotais demandait à être jugé.
En effet il avait fait signifier au procureur-général son successeur y une eédule évocatoire par laquelle U récusait
584 «nroiBB db Bxmn».
' *^ j^>g^> '^ dein«fi<iait à être renToyé.dèvant le puriemedt BoidehiSéXexoi rejeta rëvoçaliondeoiaDdee , etle^célètwe mémoire , déoonicé comme libdle f fut supprimé par arrél du ooDseil.Catait doubler soa légitime succès.
Des lettres pateotes du S juillet ^ qui ordonnaient la continuation de la procédure devant le parlement de Bre*» taghe^ TaYaient boroée! aux billets anonymes dont voici le texte : , i
« >-^ Tu est I. F. autant que, les douze J. F, magis* M .trots qui ;ont'ë^iÀppé. àladéroutte.géoéffalk. Aapporte ». ceci: à;.... pour .qu!il oomance> donc aos affaires , et » puis écris en son non maies sans son su belle, épîtres V mt douzeL F.,mQgistrate. » : , >> : ,
.:.'«■ T^^ilKs.à tOQ -nlaîerè queitialgséiui noua o^afterona >, les:d€nj»ë'I^ Fé et toi aussi. »'i<w i- ;.j:GeaJ)illétS9 ^ikil suf|^siûidelini>poun:justifiier l!aàiuaé^ deviribent la basé unique de raceusiktiMt. Ils avaicint été adressés; au comte* de: SaiiA-Floiieiiiifi;^ i minislre seo^taire d*ëtat^ qui eftiÂl.un...cH«M dé ^ormaje^lié^^ Ile crime de ceux qui n'en ont pas.
. Befidant.què>M?!?.^e CaradduCét M. de làFi'uglaye, ^eordiè de M. de la Cbalotais,' allaieuilj aûllici«er: dëi flou->> jeau à Paris, on s attendait chaque jour à Reboes- à j •voir transférer de nouyeau.le pciacipal aecusé et son filsv Le duc d* Aiguillon avait fait prendrQ:<dans. ce but , au couvant des Gordeliers, de telles précautions, qu'il le nomr mait lui-même ht fort Saint«Fran^is^ •
Cependant ce ne fut point Titlustre px^çureur^énéral, mais, son cdaccusé Bouquerel, dont nou^. avons déjà parlé, qui vint habiller pour le.. moment la; nouvelle prison d'état* Le i? juillet, un poste de dragons y fut établi, et la nuit suivante Bouquerel j fut transféré à pied 9 sous la garde d'un officier et de neuf dragons. U venait de l'hâpital Saint-Méen , ou du tertre de Joué , où on l'avait déposé prqvisoirement le 44 à son arrivée de
HISTOIBE D£ RENNES. SS5
la Bastille , sous la surveillance de M. Clemenceau , exjésuite et gardien de cette maison , où le provincial du mèine ordre , Frey de la Neuville , faisait aussi sa tésidenoe.
Le procès recommençait , on le voit, parles accessoires. Le parlement avait donné acte au procureur-général de la Villeblanche de sa plainte contre le nommé Bouquerel , ses fauteurs et adhérents , mais sans en désigner aucun, n arrêta qu'on ferait venir de Paris quatre experts en écriture pour vérifier celle des billets anonymes. La loi voulait qu'on les prit sur les lieux.
En attendant que l'art conjectural de ces experts vînt donner une base à la sentence arrêtée j M. Bonin de la Villebouquay , nommé commissaire-rapporteur , procéda longuement à l'interrogatoire du malheureux Bouquerel. Le bruit courut même qu'il lui ferait subir la question pr^ratoire pour le forcer d'avouer que c'était par la suggestion de M. de la Chalotais qu'il avait écrit l'un des billets anonymes à M. de Saint-Florentin. Ce qu'il y a de certain j c'est que le malheureux tomba dans de violentes agitations nerveuses , qui firent prendre le parti de le traiter comme un aliéné furieux. On le garotta, on le saigna au pied j on lui fit prendre des bains et des douches sur la tête. MM. Dubois père et Dulattay, médecins, M. Rapatel , chirurgien , attestèrent que le prisonnier était atteint de folie.
L'accusation, privée de cette ressource, se retourna contre la Chalotais. Le procureur-général demanda que les billets incriminés lui fussent représentés, et qu'il fût sommé de déclarer s'il les avait écrits. Un des plus habiles criminalistes de l'époque, Ory, dit Le Roy par anagramme, fut envoyé de Paris à Rennes pour diriger l'instruction et empêcher qu'il ne s'y glissât quelque vice de forme.
On fit partir pour Saint-Malo deux détachements de
MSê HI9TOIEB DB aBNlIBS.
dragons qui devaient en ramener la Ghalotds , dont les eélèbres mémoires du 45 jaovier et du 40 février oom* mencaient à circuler à Rennes , malgré l'arrêt du conseîL Leur lecture acheva d'aliéner tous les esprits au pouvoir.
La nuit même que Bouquerel, presque mourant, était transféré de nouveau des Cordeliers à 6aiot-4I«en , dans une chaise à porteurs, et sous l'escorte d'un piquet de dragons y la Ghaiotais arrivait pour la seconde fois dans ce couvent de Saint'François, transformé pour lui en place de guerre. Ses coaccusés restèrent à SainlrMalo, et Bouquerel disparut de Saint^Méen. On fit courir le bruit de sa mort , puis celui de sa translation à la Bastille par ordre du roi 9 sans qu'on ait pu savoir la vérité.
Quelques jours après , la Ghaiotais transmit à la cour ses protestations qui furent rejetées j et Ttngt-un avocats des plus célèbres du barreau de Rennes signèrent une consultation remarquable qui repoussait toute preuve fondée sur la science conjecturale des experts en matièiv d'écriture.
L'accusé ne cessait de recevoir des témoignages d'es<time. Les présidents d'Amillj et de Montbourcber Tallèrent voir, et répandirent dans la ville qu'ils n'avaient pu s'empêcher d'admirer l'illustre procureur-général, qui leur avait parlé avec cette netteté , cette force , cette d^ gnité qui caractérise l'innocence.
Le parlement saisissait toutes les occasions de ralentir sa marche. L'intendant Flesselles en fit de vifs reproches au président. Un si^ur de la Noue , dévoué au duc d'Aiguillon , ayant voulu gourmander aussi M. d'Amilly, celui* ci le reçut fort mal et se vengea sur lui de ce qu'il n'avait pu dire à l'intendant.
M. de la Ghaiotais et ses coaccusés avaient présenté une nouvelle requête au roi, et il fit notifier au parlement un exploit qui les requérait de surseoir jusqu'à la dédsioa de sa Majesté»
HUTOIRB DE HBiniBS. 587
Peudant ce temps , lés experts avaient trayaillé. L'un d'eux 9 nommé Paillasson , était déjà reparti pour Paris arec son collègue Dautrepe et l'émissaire de police attaché à leurs pas. Pendant leur séjour à Rennes^ il ne leur avait été permis de communiquer qu'avec Ory et les espions de l'intendant.
Eux partis , deux autres arrivèrent, Lefevre et Royllet. A peine arrivés à l'hôtel des Trois^Avocats , rue de la Reverdiais, l'un d'eux se rendit sur-le-champ à l'intendance, où il eut une longue audience de M. de Flesselles, qui lui fit remettrtf quelques heures après des paquets cachetés.
Une nouvelle preuve de son intelligence avec eux perça bientôt dans le public aux aguets. On observa qu'il leur faisait porter du vin. La corruption devenait manifeste. De plus, le sieur Orj et le major de la milice, Audouard, leur faisaient de fréquentes visites.
Cet Audouard , qu'on ne devait guère s'attendre à trouver là , avait précédemment donné des gages de son dé- Toftment servil au pouvoir, en apposant lui-même en ^1764 une affiche illégale que personne ne voulait placarder , parce qu'elle relatait un arrêt du conseil qui cassait celui du parlement.
Un autre fait avait témoigné de l'influence secrète du pouvoir sur les deux agents dont nous parlons. A leur arrivée , un commissaire de police s'était présenté à l'hôtel où ils étaient descendus, pour s'informer de leurs noms et qualités. Le plus vieux , Royllet , avait refusé de déctiner le sien. On ne l'avait pas inquiété. Un exempt de la maréchaussée, nommé Duchesne, avait pris par ordre les deux étrangers sous sa surveillance.
Ces tentatives d'incognito que déjoua bien vite la curiosité publique, devinrent le sujet de tous les entretiens. On répétait partout une conversation que le président d' Amilly avait eue sur ce sujet avec M"*' de Caradeuc et
388 HISTOIAE DE RBNNBS.
de la Fruglaye. — « Qui a pu maDder cet homme ? » ayaient dû dire ces dames en parlant de Royllet. C'est » sans doute M. de Saint-Florentin. — Comment tou- » driez-vous que cela fût autrement? avait répondu M. » d'Âmilly. Puis il avait ajouté en parlant d'Ory : Cet » homme a été envoyé à Rennes pour servir de greffier » dans le procès criminel intenté aux détenus, et diriger » la marche des rentrés, — Mais vous n*y songez pas , » s'écrièrent ces dames , un greffier du Châtelet chargé « de diriger la procédure du parlement ! — Comment » Toudriez-vous qu'on fît autrement? répéta le président. » Cette affaire est d'une espèce toute exceptionnelle; il » feut bien quelqu'un capable pour l'instruire. Qui vou- » driez-vous qui s'en chai^eât ici ? »
On racontait encore qu'un conseiller , M. du Boisbaudry, avait dit à ses confrères dans un mouvement d'indignation : ff II est scandaleux de voir la manière dont » ou procède. Ces deux hommes, Lefevre et Royllet, » ont des relations continuelles avec l'intendance. »
Ory , descendu chez Raudin , le subdélégué de l'intendance , n'excitait pas moins de soupçons dan& ses rapports mystérieux avec M. de la Yilleblanche.
Vainement pour se justifier M. de Flesselles écrivait-il à M. du Boisbaudry, e^ répétait-il à tout venant qu'il ne connaissait point Royllet ; mais qu'ayant su que cet homme était malade, il était vrai qu'il lui avait fait porter trois bouteilles de vin de Bourgogne. Le manteau de la charité abritait mal ici le mensonge.
Que faisait cependant la cour ? Elle avait entendu le 49 la lecture de la requête présentée au roi par les ac^ cusés , et décidé qu'elle ne devait point suspendre l'instruction.
En conséquence , dès le lendemain , on avait reçu la déposition de l'expert Royllet, qui avait déclaré que les billets anonymes lui avaient paru de la même écriture que
HlS*roiRE DE REIfinSS. 589
les pièces de comparaison présentées à son examen. Les deux autres experts, Dautrepe et Paillasson , avaient fait une déclaration identique.
La cour y après avoir rejeté la déposition de Royilet y ordonna une nouvelle vérification d'écriture par deux experts, l'un ^de Paris, Vautre de Lyon. Cette décision, qui surprit tout le monde , avait été prise à l'unanimité , moins un seul , M. Apvril de Trévénegat , et contrairement aux conclusions du procureur-général la Yilleblanche. On attribua ce succès à la nouvelle requête présentée au parlement par les enfants de M. de la Chalotais , requête qui fut accueillie avec faveur par les magistrats, et déposée par leur ordre au greffe « pour y avoir égard en » tant que besoin. »
Un autre démarche tentée par sa famille en faveur de l'accusé eut malheureusement moins de succès. M™^ de la Fruglaye se rendit à Paris, accompagnée de M. Etasse, son avocat, et y distribua aux membres du conseil des dépêches, une seconde requête au roi au nom des six magistrats accusés. Le comte de Saint-Florentin reçut fort mal cette dame lorsqu'elle s'adressa à lui. Une méprise dans laquelle il tomba en la voyant , rendit encore son accueil moins bienveillant. Il crut voir en elle M«"* de la Chalotais, qu'il avait fait enfermer par lettre de cachet au couvent de Sainte-Marie, faubourg Saint-Jacques, où elle mourut depuis sans communication avec sa famille. Elle était malade alors, et n'avait pu obéir à l'ordre de retourner en Bretagne. M"® de la Fruglaye et M. Etasse ne tardèrent pas à recevoir un pareil ordre, et furent contraints de s'y soumettre immédiatement.
Cependant une lettre favorable les avait précédés à Rennes de quelques jours. Elle annonçait que les deux requêtes présentées au roi étaient admises au conseil. De plus, une consultation de jurisconsultes estimés avait établi que la seule charge existant contre M. de la Chalotais
MO msionus de wêmku.
était la dépositioo des experts, et qu'dle ne sufiSsait paa pour floutenir raocosotioD.
Sur ces entrefaites, on fit circuler à Rennes quelques exemplaires d'une lettre écrite de Saint-Malo au ccNUte de Saint-Florentin, et dans laquelle M. de Galonné n'étaîl pas ménagé. Cette lettre produisit un effet plus faTorable encore que le célèbre mémoire, s'il était possible.
L'espoir renaissait de tous côtés. Le 49 septembre , l'inteodant de Flesselles remit au chevalier de la Ghalotais, de la part de M. de Saint-Florentin, un arrât qui ordonnait au greffier du parlement de transférer à Paris , dans le délai d'un mois, au greffe du conseil, les procédures commencées tant à Rennes qu*à Saiot-Malo, en Tertu des lettres patentes du 46 novembre 4765 et du 5 juillet 4766, pour être statué ainsi qu'il appartiendrait. Cet arrêt fut signifié le lendemain à la^ requête des accu-* ses au greffier criminel iBlin, par Hillard, huissier.
Cependant les nouveaux experts mandés arrivèrent à Rennes le 24 . C'étaient Tiré , de Paris, et Mathieu Bordes, de Lyon. On faillit ne pas trouver d'huissier pour les a^ signer à comparaître devant la cour. Le nommé Richard fut le seul qui consentit à s'en charger. Il avait déjà donné des preuves de sa soumission au pouvoir, en dtani devant les maîtres des requêtes envoyés à Rennes les témoins qu'ils cherchaient contre la Chalotais.
En attendant l'exécution de l'arrêt du 43 septembre, relatif à l'évocation du procès au conseil, les nouveaux experts commencèrent leur opération sous la surveillance d'un émissaire de la police, qui ne les perdait pas de vue.
La lettre de Voltaire parvint alors à Rennes, cette lettre où il rend un si bel hommage à l'héroïque fermeté du procureur-général. Tout le monde voulut lire ces énergiques paroles qui flétrissaient si éloquemment le pouvoir injuste. « Mon sang a bouilli quand j'ai lu ce mémoire
aiavoiHB HE UEimiift. 894
» ëcrh aT0c un cure^deDts. , el grarë poof Vimiiiortaiitë. » Malheur à qui la lecture de cet écrit ne donne pas la » ùènel Mais le nfalheur des honnêtes gens est d'être « lâches; on gémit, on se tait , on scmpe et Ton oublie. »
Malgré l'arrêt de translation , les rigueurs n'«n redou* blaient pas moins envers les accusés. La haine pressentait qu'ik allaient kii échapper. Ceux qu'on avait retenus à SaintrMalo, et au nombre desquels était M. de Garadeuc, furent privés de prendre l'air sur la plate-forme du château où ils étaient enfermés. Cette inutile vexation fut bientôt suivie d'une autre plus étrange encore : le commandant du chàtean, le siemr De Fontette (il était de la rac^ des Huda&n^Lowe) y somma ses prisonniers de payer leurs aliments, et, sur leur refus , il les menaça de les en priver. Pendant qu'il dressait procès -verbal pour rendre compte à son gmwemement ^ les habitants de Saint-Malo, instruits de ce qui se passait, déposèrent une somme de 40^000 1. aux mains du traiteur chargé de la nourriture des prisonniers. Cette preuve d'estime et d'affection n'était pas la première qu'ils leur donnaient , et la haine impubsante s'en irritait davantage.
Pendant ce temps, la cour ordonnait l'envoi de la pro<^ cédure i^u greffe du conseil, et suspendait %e& séances jusqu'à nouvel ordre de sa Majesté. Plusieurs conseillers partirent même pour la campagne. On était à la fin de septembre. Les états auraient dû être convoqués pour le 25, selon l'usage; mais on craignît Tefferveseence qu'avait répandue dans toute la Bretagne le procès intenté à la Chalotais et à ses coaccusés. On renvoya au 29 décembre la convocation de l'assemblée souveraine, dans l'espoir que le procès serait terminé à cette époque, et que les esprits seraient devenus plus calmes.
Les accusés furent tAmsférés à la Bastille dans le mois de novembre. La fanûlle de la Chalotais, qui l'a suivi jusqu'aux portes de sa nouvelle prison, ne peut pénétrer
592 HiSTons m nsmas.
jusqu'à lui, même pour un iustant; sa fille mourante ne peut lui dire un dernier adieu.
Rennes, toute la Bretagne, la France même, attendent a^ec anxiëtë le dénoûment de ce drame, que le roi tient dans sa main. Enfin, après une longue attente, l'honneur des accusés est mis hors de cause, et le parlement de Bretagne reçoit la lettre suivante du comte de Saint-Florentin :
« Le roi me charge, Messieurs, de tous foire part de » la détermination qu'il a prise sur le compte qu'il s'est » fait rendre du procès intenté aux sieurs de la Chalotais, 9 de Caradeuc et autres, et dont l'instruction a été en- » tièrement achevée sous ses yeux. Sa Majesté a bien 9 voulu éteindre par un acte de son pouvcnr suprême 9 tout délit et toute accusation; mais, résolu de ne pas » rendre sa confiance à &es deux procureurs-généraux, » elle a jugé à propos de les éloigner de sa province de » Bretagne, et elle vous ordonne de veiller à ce qu'il soit » suppléé à toutes leurs fonctions... Elle ne se départira » jamais de sa décision , et les efforts qu'on pourrait faire » pour y porter atteinte seront inutiles. Sa Majesté main- » tiendra pareillement de toute son autorité l'exécution 9 de son édit du mois de novembre 4765. Le nombre » auquel elle a fixé les charges de présidents et de con- 9 seillers qui doivent composer à l'avenir son parlement 9 de Bretagne, lui a paru suffisant pour l'administration » de la justice en cette province. La liquidation de la 9 plupart des offices supprimés a été faite en vertu de' 9 ses ordres, et l'indemnité due à aucuns des offices con- 9 serves a été réglée. Enfin sa Majesté, après toutes les 9 mesures qu'elle a jugées nécessaires pour rétablir et 9 maintenir la tranquillité dans une province qui lui a 9 donné en tant d'occasions des preuves d'affection, etc.»
La Ghalotais était parti pour Saintes, lieu de son exil. Ses coaccusés, innocents et punis comme lui, avaient été
mSTOIEB DE RAHIIBS. 595
envoyés sur différents points de la France. L'étrange pardon qui les bannbsait^ en imposant un silence absolu sur des faits incriminés et restés sans jugement , semblait tra^ hir l'embarras et la faiblesse de celui qui écrivait au pied d*un mémoire justificatif que lui présentait Galonné : « Je » vous auUunse à faire imprimer ce mémoire ; vous n*a- » viez pas besoin de justification auprès de moi; je rends » justice à vos talents et à la droiture de votre conduite; » comptez sur toute ma protection. »
Que pouvaient espérer après cela les proscrits? Le roi en son conseil avait déclaré que leur bonneur n'était pas compromis; c'était assez : ils demandèrent en vain des juges; on leur envoya dans l'exil des agents pour leur faire donner leur démission. Duclos, le célèbre maire de Dinan , l'ami de la Chalotais , ne craignit pas de solliciter un pareil acte de son ami, qui lui ouvrit ses bras et lui fit oublier sa honteuse négociation.
Tous demeurant inflexibles aux ruses du pouvoir; mais il s'écoula bien du temps , bien des faits s'accom-^ plirent avant que le parlement de Bretagne recouvrât tous ses exilés.
Que se passait-il à Rennes à la fin de cette année déjà si remplie d'événements? Elle vit, sinon avec la même indifférence, au moins avec le même calme mêlé d'une secrète indignation , l'ordre intimé de par le roi au sieur Hévin, maire, de ne plus assister aux assemblées de la communauté, ni s'immiscer aux affaires qui la concernent. Cette brutale révocation donna lieu à une démarche ho^ norahle du bureau serpant. Il réclama en faveur du chef qu'on lui arrachait près du bon duc de Penthièvre, qui ne pouvait rien pour sa province, près du comte de Saint^Florentin , près de M. le duc d'Aiguillon, le véritable auteur de la disgrâce, et même près de Monseigneur l'intendant de FlesseUes, son agent. La suppliqu? répétait à chacun que « rien de répréhensible n'avait jamais été
» TU dans la oonduite et aAninUtratioB de M. Hérin, » quiy dans toutes les oocasîoiiSy aTtit donné des preuTes » de son zèle pour le bien public et l'avantage des ci» » tojens. • Il fallait prouver de plus, c était là le point important y qu'il n'avait pas déplu au dnc d'AigiaiUoa en prenant parti pour les magistrats accusés. Gomme ceuxci , M. Hérin attendit patiemment le jour de la justice; le doyen des échevins, Baudot, présida k sa place, et l'on sut gré au bureau de la |weuTe de courage civil qu'il venait de donnar. Le duc d'Aigutlk», qui l'avait oi^nisé pour ses fins, n'osa le dissoudre.
Les libelles, on d(Hl le penser, n^avaient pas cessé d'inonder le public, avide de tout ce qui manifeste de l'opposition.
Enfin l'époque fixée pour l'ouverture des états à Rennes, le 29 déœmbre, arriva. Le duc d'Aiguillon, qui venait malheureusement à Rennes siéger comme principal con^ missaire , était arrivé depuis le 24 , aprà s'être fait précéder d'une lettre au parlement , dans laquelle il protestait de son amour pour la Bretagne et de son dévoùment à ses intérêts. Sa présence allait tout compromettre et détruire tout espoir de ccmciliation. Elle était possible, sinon facile, sous une main plus prudente que la sienne.
(4767.) A peine, depuis quelques jours, l'assemblée s'était-elle ouverte, suivant l'habitude, aux Gc»'deliecs, que l'espérance de voir disparaître toutes les causes de troubles sembla renaître de toutes parts. On trouvait un remède à chaque difficulté.
Ces généreuses illusions furent bientôt déçues : le duc d'Aiguillon, en flattant les voeux secrels du detgé et en corrompant le tiers, d'ailleurs peu nombreux, avait ainsi sous sa main deux ordres, dont la réimion entraînait toute délibération dans les matières ou l'unanimité des trois ordres n'était pas exigée. Il avait su saisir et exploiter avec une certaine habileté perfide, qu'on ne saurait nier,
asizoïBS OB ujnms. 595
les causes de divisions qui existaient eoire la noblesse , relise et le tiers. U ne faut point foire honneur à ce dei^ nier de vues laiges sur son avenir. Sauf quelques rares exceptions, il n*était nullement encore dans le secret de sa destinée proyidentielle. Trop souvent blessé par la noblesse, il saisissait toutes les occasions de s'en venger, même aux dépens de la nationalité bretonne. La noblesse, il est vrai , avait longtemps et dédaigneusement dominé les délibérations des états. Sa tyrannie lui échappait au moment où seule elle soutenait les vrab intérêts du pays. Qu'importe ! le cleigé , écrasé par elle , ne lui pardonnait pas plus que le tiers son injuste domination, et voulait la lui ravir à tout prix. Tous deux se faisaient à l'envi les instruments du pouvoir aveugle, qui, à son tour, allait se voir dominé par eux.
Biais la marche , bien que rapide désormais , sera longue encore. Continuons d'observer les incidents de la route dans leurs rapports avec notre ville.
Enfin le 25 mai le duc d'Aiguillon fit la clôture des^ étals , < et l'assemblée se sépara dans le plus morne si* » lence. • Avant de la congédier , on avait lu devant lés deux ordres de l'église et du tiers un nouveau règlement,, qui ne fut pas soumis à leur délibération , et contre Icqud protesta encore la noblesse, de même que ooutre tout ce qui s'était fait sans son concours pendant la tenue. Ce règlement, que la chambre des comptes refusa d'enregistrer, et qui contenait plus de deux cent trente articles, conserva soigneusement la prépondérance de deux ordres^ sur le troisième, dans les cas même où l'unanimité jadis était exigée. L'ordre opposant perdit jusqu'au droit de constater sa protestation. La noblesse vit rétrécir encore les limites de son droit d'admission. Il fallut, outre les vingt-cinq ans déjà exigés , posséder des biens fonds dans la province, être imposé à 50 1. de capitation , déscendre de ceux qui avaient droit de voter en 4552, ou
506 BItTOUUB DB REIflIBS.
avoir été maintenu noble d*extraction par la réforme de 4MS.
Aussi jeta-t-elle les hauts cris ! « Si ce règlement avait » lieu, dit un document contemporain, les états n'exis- » teraient plus. Ce ne serait plus une assemblée de déli- » bérants, de repi^ésentants du peuple, des organes du
I» vœu public; ce ne serait qu'un assemblage purement
» &ctice d'instruments mécaniques de la volonté arbitraire » et momentanée du commandant •
La vie politique se manifestait à chaque instant et tendait à tout envahir. Les étudiants en droit n'avaient pas été les derniers à prendre part au mouvement qui entraînait la Bretagne et la France. Ils s'étaient constitués eu assemblée délibérante sous la présidence de leur prévôt, avec un greffier qui tenait un registre des délibérations que l'on prenait à la majorité des voix , en nombre suffisant. Cette organisation qu'ils s'étaient donnée de leur propre autorité, et qui n'avait fait que s'accroître, .datait de 4756, c'est-à-dire, de l'époque à peu près à laquelle le duc d'Aiguillon avait acheté le gouvernement de la Bretagne. Le procureur , ou plutôt son substitut , l'avocat-général , dénonça comme illicite cette assemblée à la cour, qui supprima le registre de ses délibérations, en ordonna le dépôt au greffe, défendit aux étudiants de s'assembler pour d'autres objets que ceux concernant leurs études et le maintien de leurs privilèges , qui consistaient à entrer gratis aux spectacles au ncmibre de treize, et leur interdit de porter l'épée dans la ville, sous peine d'étudier une quatrième année de plus, conformément à l'édit d'avril 4684, et aux arrêts de la cour de janvier ' 4756.
Après les étudiants vinrent les procureurs. Ils levèrent leur enseigne contre le nouveau parlement , en distribuant dans la ville une requête au roi, signée par douze d'entr'eux, et dans laquelle la cour était fort mal traitée.
HI9IOIBE HE RBKNBS. 597
Les $igDataires furent nus en prison, mais bientôt relâchés après amende honorable. Ce ne fut pas la dernière insarrectîon de la basoche contre les rentrés ^ ainsi qu'on appelait les membres de la nouyelle cour.
Celle-ci faisait tous les efforts possibles pour recouvrer sa considération en obtenant le rappel de ses membres exilés. Elle ne se lassait point d'adresser au roi de nouvelles suppliques qui restaient sans réponse; cependant, cette année même, quelques membres démissionnaires furent rappelés par lettres du 40 août.
La communauté de ville obtenait à cette époque des lettres-patentes portant confirmation du collège, et lui donnant une nouvelle organisation , dans laquelle les ho* noraires des professeurs étaient beaucoup réduits. Elles portaient aussi que l'enseignement devait être gratuit et donné par des ecclésiastiques ou par des séculiers, aq choix de la communauté, qui nomma M. Lemarchand à la chaire de physique, Laurent, prêtre, à celle de logique, Courné, prêtre^ à celle de rhétorique. Rivière comme régent de seconde, Haye de troisième, Coumë jeune de quatrième. Germé de cinquième, Emery d^ sixième. Les administrateurs du bureau du collège récla-» mèrent contre la communauté au sujet de ces nominations les droits qui leur avaient été donnés en 4762. Les choix delà communauté furent notifiés quoiqu'incomplets, car les lettres-patentes voulaient qu'il y eut deux professeurs de théologie et deux de philosophie.
Les religieuses Catherinettes, dont la communauté avait autorisé l'établissement à Rennes dans la rue Hue en 4656, n'avaient pas prospéré depuis cette époque. Réduites à trois, «c et ne pouvant vivre à cause de leur grande pau- » vreté , » elles allèrent rejoindre leurs sœurs dans l'établissement qu'elles possédaient à Hédé. La maison qu'elles venaient de quitter fut occupée par le petit séminaire des pauvres écoliers de l'évêché de Rennes.
998 siSTOniB db bkrhbs*
Le bruit ae répandit qu'une tentative d'empoisonnement avait été faite sur la Ghalotais, après d'inutiles instances pour lui arracher sa démission. On disait que divers individus avaient été gagnés pour commettre œ crnne.
(4768.) Un nouvel intendant, M. Daguay, avait remplacé M. de Flesselles, Fagent dévoué de M. le duc d'Ai* guiilon. L'on pensa que ce dernier ne tardeiait pas à s'éloigner aussi de la Bretagne et à succomber souâ' l'orage qui s'amoncelait sur sa léte. Il était aseeiK puissant pour le bravci*.
Ce fut cette même année (4768) que les dames Budes opérèrent enfin leur translation de la rue Toiissaints au Cftubourg Saint-Hellier, et qu'elles cédèrent leur ancien établissement 9 aux fins de Tarrit de 4758^ à la communauté de ville, qui le revendit en treize portions à divers particuliers.
(4769.) L'évéque de Rennes, M« H. L. R. Desnos, ancien abbé de Redon , fut transféré à Verdun , et céda son siège à M. François Barreau de Girac, qui ltti«*même quittait révêcbé de Saint-Brieuc.
La nouvelle année qui s'ouvrait fu€ remarquable par un événement bien plus important, qui excita des transports de joie unanimes , et semblait devoir calmer toutes les causes d'irritation. Cédant enfin aux suppliques incessantes du parlement et au vomi de l'opinion publique, le roi, par une lettre du 9 juillet, rappela tous les anciens membres qui composaient le parlement avant l'édit de novembre 4765« La rentrée solennelle eut lieu le 45, aux acdamations de toute la ville; les divers corps vinrent complimenter la cour sur son rétablissement.
Le soir de ce mteie jour le pakis Ait illuminé, et quelques jours après la cour se rendit à Saint-Germain, où elle assista à une messe solennelle et un Te Deum chanté en actions de grftoes.
La Bretagne, à son tour, envoya tous ses corps judi*
HitloiftE m vzmaê. SM
ÔBVteSy militaiffes ou religieux, comjdinienter la ccmr, qui atteigiMiit maintenant le nombre de soixante-dix con*fleîllers.
D deTait s'ëoouler encore quelques années, un autre règne devait nattre avant qu'ils vinssent reprendre leurs
La oour, en enregistrant k lettre du roi, ne put s'em" pécher de déclarer qu'elle voyait avec pane substituer « au jugement légal une forme nouvelle, dangereuse, » inouïe, * et qu'elle n'ordonnait l'enregistrement que < dans la confiance de revoir incessamment dans Texer- » dce de leurs fonctions des magistrats dont l'éloigné- » ment dégénérut en proscription, peine inconciliable » avec k déclaration de sa Majesté. »
Parmi les témoignages de féKcitation que reçut la cour, nous ne devons pas omettre ceux que lui offrirent les élèves de l'hôtel des gentilshommes, dirigé par l'abbé de Reigus, et les étndiants de logique du collée, qui ne voulurent pas être confondus dans la foule.
La cour , voulant à son tour donner un témoignage de satisfaction aux écoles, dispensa un certain nombre d'étudiants en droit, au choix de leurs camarades, de la partie des droits de chapelle dus par eux au pakk lors de leur réception. Parmi les noms qui furent inscrits sur la liste d'exemption^ on remarqua ceux du prévôt, Jean Lefévre de Volozenne, de Quintin; de Jean-Denis de Lanjuinais, de Rennes; de Paul- Alexis-Thomas de la Plesse, de Vitré; d'Emmanuel- André Legraverend, de Rennes; de Pierre Le Minihy, de Rennes; de François-Philippe de Tronjoly , de Rennes; de François Blanchard de la Muce, de Nantes.
Encouragés par ce témoignage public d'estime, les étudknts présentèrent à la cour une requête tendant à obtenir k restitution de leur registre des délibérations; et sur leur déckration « de n'entendre former un corps po-
400 HisToi&B DE asanss.
litique, » on leur tendit le registre suppnmé a^ec le droit de s* assembler toutes les fois que le rédamerait rintérèc de leurs études ou de leurs privilèges. Ils ne devaient pas jouir long-temps de leur conquête (4769)^ Les événements vont marcher vite avec la fin .du siècle , et le lendemain détruira souvent le triomphe de la veille. Le but providentiel, l'unité nationale, restera seul immuable, et absorbera toutes les agitations qui se feront autour de lui.
Poursuivons notre narration de ceux des détails du drame qui concernent notre ville. Son histoire est désormais celle du parlement. La communauté s^efTace pour ainsi dire et se réduit au rôle de simple spectatrice, en attendant que la nécessité l'appelle à son tour sur la scène. Cependant elle ne faillit à aucuns de ses devoirs y> et se renferma silencieusement dans son humble sphère, pour les accomplir tous avec dévoûment.
Le parlement, moins calme, voyait ses délibérations biffées militairement sur ses registres tantôt par le maréchal comte de Goyon, tantôt par le duc de FitzrJames. Les états subissaient la même injure. Les magistrats bretons n'en firent pas moins de nouvelles remontrances pour obtenir des juges à la Chalotais et son fik, et s'opposèrent énergiquement à l'enregistrement des édits refusés par le parlement de Paris exilé (4774). La protestation collective des princes du sang contre les édits du chancelier ^aupeou excita l'enthousiasme et encouragea la résistance. De nouvelles rigueurs tombèrent sur le parlement breton. Le substitut du procureur^néral , M. Brossays, fut enlevé, après une fouille dans ses papiers. Les Ubelles commencèrent à pleuvoir. Le parlement renouvela ses auto-da-fé au pied du grand escalier du palais. Des attroupements de laquais et d'artisans eurejit lieu le dimanche dans les rues Basses. Chaque réunion amenait une rixe violente, qui laissait de nombreux blessés
HnroiRB i>B MuriiBs. 404
sur le terrain. Le parlement fit fermer le jardin public où étaient nées ces querelles.
Le 25 octobre il! A , le duc de Fitst-James vint procéder militairement à l'enregistrement des lettres patentes qui supprimaient tous les offices de la cour souveraine , en ordonnaient le remboursement , et portaient que le seigneur roi se réservait de pourvoir à l'administration de la justice en sa province de Bretagne , ainsi qu'il verrait bon être. Le lendemain un nouveau parlement, créé en vertu de l'édit de septeoibre de la même année, fut installé par le duc, commandant en chef en Bretagne, en l'absence de M. le duc de Penthièvre. L'identité n'était pas complète entre les nouveaux membres et les anciens. Sous prétexte d'abolir la vénalité de» cliarges, on s'était débarrassé de tous ceux dont l'indépendance était redoutée.
Eennes fut privée de la tenue des états l'année suivante. C'était lui enlever l'une de ses ressources les plus puissantes. La misère s'accrut dans notre ville.
Les étudiants , auxquels on enleva de nouveau leur registre des délibérations, n'en continuèrent pas moins de se réunir pour le maintien de leurs privilèges. Celui qui leur permettait l'entrée gratuite des spectacles , au nombre de treize, reçut une extension inouie qui donna lieu à de vives plaintes de la part des directeurs. Le parlement supprima le privilège et l'élection du prévôt , et donna au sénéchal le droit de réunir les étudiants et de recevoir leurs réclamations.
Au milieu de cette eHervescence la mort du roi approchait. Aussitôt que la nouvelle de sa maladie parvint à Bjennes (4774), le parlement arrêta qu'il serait célébié tous les jours une grand' messe aux Cordeliers , aumôniers ordinaires du palais ^ et que la cour y assisterait en corps jusqu'à la convalescence de sa Majesté. On était au A mai ; le 43 on reçut une lettre, du successeur de Louis XV.
i02 HISTOIU DB KSmiBS.
KENNBS AD XVIir SlECLK , SOUS LOUIS XVI.
La France aTait changé de monarque y et l'espoir d'uu meilleur avenir i^naissait ayec le oouTeau règne. Le par* lement nomma aussitôt une dqputation pour aller saluer Louis XVI et lui porter l'hommage de son respectueux dé- Yoùment. Le roi la dispensa de partir, et se contenta de l'expression manuscrite du respect de ses conseillers bretons.
Les états qui s'ouvrirent cette année à Rennes ne manquèrent pas de misères à soulager. Après ie feu , l'eau était venue dévaster notre vilïe. La Vilaine , qui tous les hivers sortait plus ou moins- de son lit , se déborda cette année avec une violence inattendue , et submergea totalement y disent les documents contemporains y toute la ville basse. Beaucoup de maisons s'écroulèrent ; un grand nombre de personnes furent noyées, et celles qui restèrent dans les étages que l'eau n'avait pas atteints n'eurent pendant longtemps de communications avec le reste de la ville que par des bateaux.
Le bon duc de Penthièvre, auquel on permit de revoir enfin la Bretagne, vint représenter aux états la nouvelle royauté sous des traits et des vertus dignes d'elle. Tout prit alors en politique un aspect riant. Le duc d'Aiguillon, Maupeon, l'abbé Terray étaient congédiés; Turgot et Malesherbes leur succédaient. Malheureusement le comte de Maurepas remplaçait Ghoiseul , et par cette première faiblesse , Louis XVI donnait la mesure de son caractère et de son impuissance à faire le bien qu'il désirait.
Les anciens parlements ftirent rappelés. La Bretagne applaudit au retour de ses exilés. La Chalotais vint finir
HISVOtBB DB RSmiBS. 40S.
ses jours dans se^^fén^tes^ et son fils , Anne-Jacques Raoul de Garadeuc y reprit son siège de procureurogénéra].
Un nouvel intendant , M. Gaze de la Bove y venait effacer les souvenirs pénibles laissés par ses prédécesseurs « et notre ville voyait avec plaisir conférer à M. Léon de Treverret, Toffice de sénéchal , dont la vénalité était supprimée.
Un autre évéoen^nt heureux pour notre viHe y répandait . la confiance dfins tous les esprits ^ en donnant une nouvelle preuve, des bonnes intentions du jeune roi qui avait dit , dès son premier conseil ; • Tout ce qui ^st « injuste est impossible. » M. Hévin^ l'ancien maire , si brutalement destitoé par l'influence de M» le duc d'Aiguillon, en '4 766 y fut mnt^é dans ses. * fonctions par ordre exprès du roi-, le 25 février 4775.
L'année suivante fut signalée par une faveur royale envers la Gfaalotais. Des lettres patentes érigèrent en marquisat les terres et seigneuries de Garadeuc , près Bécberel, en lijoutant que* si le monarque avait paru jusque-là » différer de .comprendre MM. les procureurs^énéraux
V dans les grâpes répandues sur les illustres magistrats , » victimes de la calomnie, et objets delà persécution, « ce n'était pas que le roi désir&t se convaincre davantage
V de leur innocence et de leurs sentiments de respect. » Deux ans s'étaient écoulés à peine , la communauté de
ville se vit privée du droit de s'assembler et de délibérer sur ses affaires. Des commissaires furent nommés dans une réunion générale pour rédiger une requête qui fut pré-i sentée par eux au parlement, et que celui-ci acpueilliii avec faveur, en ordonnant qu'elle fftt déposée au.grefïe pour servir de base aux remontrance qui seraient adressées à ce snjet à sa Majesté».
Les états qui s'ouvrirent encore à Rennes cette année, y fondèrent un hôtel destiné aux demoiselles nobles saiis CoDtune, et <pii complétait l'institution commencée par
404 HISTOIBC DE REimBS.
l'hôtel des gentilshornmes. L*abbé de Rergus en fut également le directeur. Un certain nombre de dames administraient U maison sous ses ordres. Cet établissement porta depuis le nom de courent de l'EnfimUJésus, et était situé feubourg d* An train.
La première édition du dictionnaire d'Ogée, nous ne devons pas T omettre y parut à cette époque ^ non pas sous le haut patronage des états y comme il avait été d'usage jusque-là pour tous les grands travaux consacrés à la Bretagne ^ mais sous celui de la nation bretotme, à taqueHe il fut dédié par son auteur ^ sous Tinfluetace peut-être des eTéneraents contemporains.
Ces événements prenaient chaque jour une nouvelle gravité. t)es troubles se manifestèrent à plusieurs reprises dans nos rues et nu spectacle. L'émeute eependant semblait avoir choisi de préférence la rue Royale. Les poui^ suites du parlement modérèrent^ mais n'étoufierent pas le mal.
La communauté y présidée par un nouveau maire , Yves» Vincent de la Motte-Fablet , obtenait enfin son rétablissement en recevant une nouvelle organisation (4780). A peine installée , elle fit démolir la porte Toussaints, et s'occupa de la translation de ses divers cimetières hors de la ville. Elle fut d'abord projetée dans la lande de la Gourouse, et ne fut exécutée que longtemps après dans un autre lieu.
La question politique marchait plus vite et prenait le pas sur toutes les autres. Les réunions délibérantes se multipliaient malgré les efforts du parlement. Le peuple avait iaim ; il menaçait chaque matin d'enlever aux boiihingers le pain qu'ils .apportaient à la halle. 11 fallut employer les soldats de la garnison pour le contenir. Il en résulta des rixes et des blessures que l'hôpital ne guérissait pas toujours.
Les édits bursaux se succédaient au parlement ainsi q[ue
HISTOIBB DE BBlfHSS. 405
les lettre» de jussion et les enr^psti^m^ats ^autorité. L'hiver était rigoureux (4784). La misère des pauvres augmentait. On fixa un maximum pour le prix du bois ; on acheta du grain pour faire des aumônes. Malgré ces soins prévoyants , la tranquillité publique fut encore menacée. Les troubles au spectacle recommencèrent.
Sur ces entrefoiites les états s'ouvrirent encore à Rennes (4783), et la circonstance la plus remarquable de leur session fut la présence inattendue de La Fayette , qui vint y siéger un instant sur le banc des barons , près du président de la noblesse. Les applaudissements de l'assemblée l'accueillirent à son arrivée , et ceux du peuple l'accompagnèrent dans la rue partout où il se montra. On fêtait en lui le héros d'une paix honorable conquise par ses efforts et ceux de Washington.
Les mêmes états avaient voté d'enthousiasme une statue à Louis XYL Rennes s'émut cette même année d'un évéùement plus important pour elle : la Chalotais était tombé gravement malade. Le parlement envoya deux conseillers s'informer de ses nouvelles chaque jour. Quelques jours après , le 2 juillet 4785, l'illustre procureur^énéral mourut. Ses parents et amis se présentèrent, selon la coutume, au parquet, et demandèrent l'entrée du parlement, qui leur fut accordée. L'avocat-général Hercule du Bourgblanc les présenta, en suppliant la cour en leur nom d'assister aux obsèques qui furent célébrées le 5 juillet dans l'église de la paroisse Saint-Jean , en présence du parlement et des présidiaux. La ville entière fut en deuil.
Au milieu de ces circonstances , les rigueurs du pouvoir vinrent encore frapper le parlement, au sujet de l'impôt du tabac. Le comte de Moutmorin vint enregistrer militairement des lettres patentes qui cassaient tous les arrêts de la cour relatifs à la vente du tabac en Bretagne, et lui interdisaient toute surveillance sur la qualité de la matière soumise à l'impôt. La cour protesta en yair»
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contre le danger de ces violations de la loi. Quelques mois après y le comte de Goyon vint renouveler la scène du comte de Montmorin.
Les états allaient s'ouvrir encore à Rennes (4787). Galonné assemblait à Paris les notables du royaume y parmi lesquels notre ville avait ses représentants y et le comte de Thiard j Henri-Charles de Bissy j faisait enregistrer au parlement sa commission de commandant en chef de la province. Quand on enlevait l'exercice direct du pouvoir au bon duc de Penthièvre , la Bretagne avait déjà l'expérience que c'était pour elle un présage de mesures violentes. Un conseiller y M. deKersalaun, avait été enlevé et conduit à la Bastille. La cour supplia vainement sa Majesté de le faire élargir ou renvoyer devant un tribunal compétent. La faculté de droit ayant voulu à son tour faire de l'opposition , le doyen et un autre membre recurent l'ordre de se rendre à Versailles.
Pendant ce temps la cour prononçait des arrêts contre les abus que pouvaient faire des gens inexpérimentés, du bienfait de l'inoculation introduit depuis peu à Rennes. Le doyen des échevins , M. Robinet , remplaçait M. de la Motte-Fablet dans la présidence des assemblées municipales. On continuait la démolition de l'ancien évéché près des tours Saint-Pierre. M. Bareau de Girac, l'évéque actuel y ne l'avait point habité; car il menaçait ruine depuis longtemps. La maison abbatiale de Saint-Melaine qui avait servi d'hôtel aux gouverneurs, devint le nouvel évéché. L'hôtel de la Bourdonnaye , rue de Montfort , devint celui des gouverneurs.
M. de Thiard ne devait pas tarder à venir l'habiter , et avec lui la discorde et la guerre civile. Il écrivit à la cour (mai 4788) pour annoncer son arrivée. On arrêta de le recevoir à la manière accoutumée ; mais trois jours après, la cour, pressentant le danger qui la menaçait, « déclarait protester conti'e toute loi nouvelle qui pour-
flySTOlRE DB BBNKfiS. 407
» rait porter atteiate aux lois coustitutiyes du royaume , » aux droits, franchises et libertés de la provioce de » Bretagne en particulier , aux droits de la magistrature » essentieliement liés à ceux de la natioa, contre toute > transcription illégale sur ses registres. »
Les adhésions arrivèrent de toutes parts. Le comte de Botherel présenta celle de la noblesse et des commissions interm^iaires des états. Le bureau d'administration delà yille f sur la requête du procur^ir -syndic , Phelippes de Tronjolly, arrêta d'écrire aux ministres pour les supplier, , au nom de l'intérêt de la ville, de ne faire aucun changement dans l'état actuel du parlement. La faculté de droit, les juges du consulat, les officiers de la milice bQurgeoise, le chapitre , protestèrent à leur tour^ et ce dernier députa même vers M. de Thiard. La protestation du parlement fut envoyée dans tous les sièges du ressort. Un de Messieurs les conseillers proposa de dénoncer le garde des sceaux et d'envoyer une députation au rdi.
L'émotion , l'anxiété de la ville au milieu de ces mouvements précurseurs de Torage , ne pouvaient se comparer qu'à une sorte de fièvre, qui menaçait d'emporter le malade quand die cesserait de le galvaniser. On était avide de la moindre nouvelle qui sortait du palais ou des salons de la magistrature; on entourait celle-ci d'encourag^nents et de suffrages flatteurs. Les troupes que faisait venir le comte de Thiard augmentaient l'agitation des esprits; désormais les récits qui circulaient dans la ville dépassaient à chaque instant la limite du possible et du vrai.
Cependant les événements marchaient. La cour renouvelait sa demande d'états généraux, et le lendemain, 40 mai, dès cinq heures du matin, elle s'assemblait pour délibâ'er sur l'ordre du comte de Thiard , qui la convoquait pour sept heures. On fit fermer les portes de la salle des délibérations pour protester contre toute irruption de la force armée. Pendant ce temps , les troupes stationnaient
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sur la Motte, ou se logeaient aux Gordelien. Bientôt k comte de Thîard, accompagné de l'intendant , BertraDd de Mollerille j escorté de ses gardes , se présente aux portes extérieures du palais qu'il franchit. La foule le presse de tous côtés en criant : Vive le parlement! Parvenu à rentrée de la grand'chambre, il somme en vain d'ouvrir. Le greffier en chef vient lui demander ses lettres de créance; il répond qu'il les remettra à la cour. Pendant que le greffier va porter cette réponse au président , le tumulte s'accroît sous les voûtes et- dans les couloirs du palais. Le comte et l'intendant vont être enlevés par la foule. Les troupes des Cordeliers viennent rétablir l'ordre. Le greffier j renvoyé par la cour vers le comte de Thîard , le somme de se retirer ; mais celui-ci fait forcer l'entrée de la salle du parquet par des grenadiers de Rohan-Montbazon, et s'y enferme avec le greffier , auquel il remet Tordre du roi. Cet ordre est aussitôt ttansmis à la cour qui, après en avoir pris connaissance, ordonne aux huissiers d'ouvrir « pour éviter une scène dangereuse aux citoyens » déjà violemment agités. » Le comte et Tintendant suivis de leur cortège entrent en se découvrant, et demandent à la cour de leUr assigner leurs places. La cour reste couverte et garde le silence. Les huissiers s'étaient retirés par son ordre.
Enfin le président demande au comte de Thiard ses lettres de créance , et sur son refus le somme de se retirer , en ajoutant que sa présence et celle des troupes empêchent la cour de délibérer.
Alors les choses se passent comme il était d'usage en pareille circonstance. Le comte de Thiard remet trois lettres closes au premier président, aux conseillers, au greffier en chef, qui leur défendent de désemparer; puis il somme le procureur-général de prendre des conclusions favorables à l'enregistrement de lettres patentes qu'il présente, et qui étaient relatives à Térection des présidiaux
en grands bailliages; à oelle des juridicdons royales ea prnidiaux; à la suppression des juridictions exceptionnelles ; à la liberté des accusés en matière eriminelle ; i rétablissement d'une cour pUnière supérieure aux parlements; enfin à la réduction des offices- parlementaires. Sur le refiis du procureur-général , le comte de Thiard ordonne au greffier en chef de procéder à l'enregistremenKdesdites lettres patentes , dont la lecture ayait été &ite. Cette fois la cour ne se retira pas, et silencieuse , elle assista à Tenregistrement illégal qu'elle ne pouvait empêcher. La formalité terminée, le comte intima Tordre au parlement de se retirer. Le président répondit en témoignant de la douleur de la cour , et de son intention de porter ses remontrances aux pieds du trône.
La séance fut levée aussitôt , et le premier président, en sortant du palais , fut accueilli par les acclamations du peuple qui le reconduisit à son hôtel au milieu des cris de « Vive le parlement 1 Vive le premier président ! »
Quand le comte de Thiard et l'intendant voulurent se retirer, la scène changea d'aspect. Des cris de mort, des projectiles de toute espèce commencèrent à pleuvoir sur les imprudents satellites du ministère , malgré la protection des bayonnettes qui les entouraient. L'un d'eux, M. Bertrand de MoUeville, en regagnant son hôtel, aujourd'hui la préfecture, fut renversé dans sa chaise brisée et blessé à la tête. Le comte de Thiard fut frappé par une bAche à l'épaule au milieu de ses gardes. Il atteignait la rue de Montfort , lorsqu'il y fut assailli par une nouvelle foule qui tentait de désarmer les nouveaux soldats accourus pour protéger le comte. — « Mes amis, s'éqîa » l'officier qui commandait, ne nous égorgeons pas; je » suis citoyen comme vous !» et au même instant il ordonne à ses soldats d'arrêter. Ce généreux élan est applaudi de la foule, composée en partie d'étudiants et dirigée par eux. On saisit, onjsniève pour le porter en triomphe celui
qui Tieot de pn^ërer de si nobles paroles^ tandis que le comte de Thîard oublié gagne en sûreté son hàtel. Hais les soldats, comprenant peu Thonneùr qu'on veut £aire à leur dief, se précipitent , pour le délivrer , sur la foule qui riposte par des pierres, dont l'une atteint le tii<Miiphatenr, M. Blondel de Nonaioville. Quelques mots de sa bouche, et les efforts de trois magistrats , parmi lesquels était le doyen des ëchevins, Robinet, ibnt reconnaître l'erreur et calment de nouveau l'émeute.
Ce ne pouvait être pour longtemps. La jeunesse enthousiaste avait été la première à prendre part à ces scènes , qui préludaient , à son insu , à la guerre civile. Les étudiants, dirigés par leur prévôt, Moreau , s'étaient jetés à sa voix partout où il y avait eu du danger , ou une manifestatioD honorable à faire éclater. Le calme revenu , ils prêtèrent serment de • lier leur sort à celui des magis- » trats opprimés , et de renoncer à la profession à la- > quelle ils se destinaient^ si ces magistrats perdaient » » autrement que par délibération nationale, le pouvoir » dont ils étaient investis , et s'ils étaient remplacés par » des juges que l'opinion publique eût désavoués. » Eu accueillant ce serment prêté entre ses mains, la cour, renouvelant la déclaration de la noblesse du 20 mai, notait d'infamie ceux qui consentiraient à faire partie de la cour plénière, instituée par l'une des ordoimances illégalement enregistrées.
Lm séances du parlement étaient restées suspendues par ordre depuis le coup d'état du 40 mai jusqu'au 29. Le 51 , les chambres assemblées extraordînairement envoyèrent des commissaires vers le comte de 'fhiard pour l'engager à retirer les nouvelles troupes qui venaient d'arriver dans la ville. La question n'était pas de nature à être résolue par des démarches obséquieuses. A peine les commissaires de retour eurent-ils rapporté au parlement la réponse du comte de Thiard, que le procureur-général-syndic des
mraOIHB. DB BERVES. 414
ëtatt, M. de BcMlierel, suiyi d*uQ grand nombre de membres de la noblesse, demanda l'entrée de la cour, qui lui fut accordée immédiatement. Il lut alors, au nom de l'ordre de la noblesse, en attendant l'ouverture des états , une protestation contre les illégalités de la séance du 40; puis deux délibérations du même jour prises par les commissions intermédiaires déoernant acte à M. de Botherel de leur adhésion à la protestation de la noblesse.
La cour, après cette lecture et le départ de M. de Botherel , manda son procureur-général , Anne-Jacques^ Raoul de Garadeuc, qui conclut à, ce qu'il ftkt dressé procès-Terbal de la séance du 40, puis qu'on suppliât le roi de retirer les ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes , dont la transcription avait été fiiite militairement sur les registres par le sieur comte de Thiard.
Cependant la cour envoya de nouveaux commissaires vers le commandant pour le requérir de retirer les troupes. Il refusa en des termes qui blessèrent la cour. Ceile*ci déclara qu'elle rendait le comte de Thiard responsable envers le roi et la province de tous les événements auxquels le séjour des gens de guerre pourrait donner lieu.
La ville était tout entière pour le parlement, et le tiers, malgré les divisions qui avaient eu lieu précédemment dans les états, ne distinguait pas encore nettement sa cause de celle de la noblesse de robe ou d'épée. Cet accord ne devait pas durer plus longtemps que les eir* constances , et celles-ci changeaient tous les jours.
L'assemblée extraordinaire fixée précédemment au 2 juin , eut lieu dans l'hôtel de l'un de MM. les conseillers « Jacques-Ânnibal de Farcy de Cuillé , qui l'avait offert à la compagnie. Quand la séance s'ouvrit, MM. de Talhouet, du Boisbaudry, de Malfilâtre, de Fraslon de Saint* Aubin, déposèrent sur le bureau les lettres de cachet qu'ils avaient reçues. Ils n'étaient pas les seuls; d'au très moins heureux
442 HUTOiftB DB unniBs.
' avaient été forcés d*y obâr, et le doyen, M. EuzencHi
i de Kersalaun déposa sur le bureau les procès-verbaux qui
1 constataient la violence employée à leur égard*
Pendant que la com* s'occupait de la lecture de ces lettres et procès-verbaux, et en ordonnait le dépôt en mains sûres, le comte de Thiard poursuivait l'exécution de ses mesures militaires. Dès la veille , un quatrième régiment, celui d'Orléans-Dragons, était arrivé dans la ville consternée. Un noble exemple, il est vrai , avait été donné par le chevalier Bonin de la Villebouquay , capitaine au riment de Penthièvre, qui, sacrifiant le fruit de vingtquatre ans de services, avait offert sa démission et refusé de tourner ses armes contre son pays. Tous les officiers bretons imitèrent cette généreuse conduite au moment d'entrer à Rennes. Le comte de Thiard se vit obligé de les renvoyer dans leur garnison avec les drapeaux et tous les militaires de leur pays. Les autres officiers allèrent en corps visiter le premier président , et lui exprimèrent leurs regrets d'être forcés de rester à Rennes. Les cheb des r^ments ne craignirent pas même de déclarer au comte de Thiard qu'ils ne se chargeraient point d'ordres particuliers ni de lettres de cachet contre les magistrats.
Le comte de Thiard, sur leur refus, choisit pour l'exécution dé ses ordres un gentilhomme breton, M. de Melesse, grand prévôt de la maréchaussée. En vain celuici, pour s'excuser, s'appuya de la dispense accordée aux officiers bretons ; en vain il offrit sa démission , bien que sa charge fût sa seule ressource. On le menaça de vingt ans de prison, s'il n'obéissait pas. M"'® de Melesse, à peine convalescente, en apprenant cette brutale exigence du commandant, se rend à son hôtel accompagnée de sa tante , la marquise de Bonteville. Le comte de Thiard leur fait refuser sa porte.
Il était dix heures du soir ; un courrier arrive chez le comte de Thiard. La ville s'agitait et observait les mou-
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▼émeute de la garnison. Vers minuit on Toît sortir de l'hôtel du commandant des soldats qui vont porter des ordres^anx casernes et aux officiers. Bientôt M. de Melesse est forcé de se présenter chez le premier président avec vingt hniunes armés pris dans les trob r^;iments, tandis que d'autres, conduits par. un brigadier de la maréchaussée, se roideot ohea les magiatmts qu pn leur a désignés. A deux heures du. maftin la garnison prend les armes. Le régiment d'infenteide • Hohan atatioiHie sur la Motte; celui de Forôt sur k {daâ&.Louîs XY , oq de la Mairie;' celui de Penthièyre, .awriJa jillaee du Pa)aift« L^ sacs sont plans de cartouches.
L'alarme décrient, générale. • Les mi^istrats émUié^ et. avertis par leurs amis j avanf toutes, ces évodutîans^ militaires, s'étaient rendus enliAte à Thàlel deCuiUé^ oowDpie nous l'avons dit, quelques-uns en robes, d'autres .en chenilles. Phuieurs d'entré* eux, déjà investis dans leurs demeures^ ont été obligés de s'évader par des fenéMes ou des portes dérobées. Echappés aux patronilles qui parcourent les rues, ils trouvent l'hôtel de Guillé cerné. Sous divers déguisemente ils escaladent les murs, et parviennent après de nombreux efforts i rejoindre ceux de .leurs collègues qui siègent d^à et délibèrent sur les violences dont quelques-uns d'entre eux ont été victimes.
Pendant que les attroupements augmentent et enveloppent la force militaire ; pendant que les boutiques à peine ouvertes se referment précipitamment, et que la population inquiète, irritée, attend dans lei rues le résultat de tant de menaces, la cour poursuit avec calme ses délibéralions. Trois huissiers sont biehtÔt envoyés à l'hôtel de Thiard avec un arrêt qui enjoint au conunandant de iair^ retirer les troupes qu'il a introduites dans le palais a à 9 l'effet que la cour puisse vaquer Ubrement à ses fono- » tions. » A peine sont*ils de retour , un grand tumulte s'élève dans la rue. M. de Mdesse, l'air abattu, les yeux
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pleins de (attnesy et suivi d'une fouk de peuple , d< l'entrée de la cour à laqudle il est diargé. de notifier dnquante-huit lettres de cadiet ; die lui est refusée. En ce moment, trois nouveaux oonsetUets Tienaent {Mendie place en déclarant que la violenee ks a enpâchés de ae rendre plus tôt à la séance.
Un nouveau tumulte se fait entendre au dehors. JLes cris de la multitude se mêlent au dioe des aanes et au bruit des chevaux. Le colonel d'Hervilly , du régiment de Rohan , vient d'arriver à la tète d'un détachement qu'aucmi offider n'a voiilu commander. Il Aiit banrer par ses dragons le passage entre les deux «portes Sainte-Georges , où se trouve une partie de Thâfed de Guilléy dont on menace de forcer l'entfée. Quoi qu'il en soît , des gentilshomines arrivent et trouvent moj^a de pénétrer* dans Tin* telnralle gardé par' les soldats. La fouie suit lear exemple; les uns se prédpitent sur les. chevaux, les autres passent 9ouS'tè(ir'ventt^« L'espaee étroit est bientôt rempli d'une mïisso compacte, au ■ milieu de laquelle les soldats n'ont plus la liberté' de leui's mouvements. Presséa, menacés de toutes parts, ils ne peuvent obéir rsinx ordres de leur colonel. Les gentilshommes cherchent à calmer l'exaspé-ration de M. d'Hervilly , qui continue de répéter se& ordres. L'indignation du peuple augmente. Des épées nues pleuvent sur l'imprudent colond, qui ordonne alors à ses soldats de rester immobiles à leurs postes. L'orage va se calmer, mais quelques gentilshonunes veulent entrer dans l'hôtel; M. d'Hervillj s'y oppose. Le tumulte renaît. Les gens du roi descendent, par ordre de .la cour, et viennentse mêler à la foule; ils supplient^ ils ordbnnent; la voix de la raison ne peut plus élre .entendues Ons'eist jeté sur le colonel; on > veut lui anracheraes' épaulettes. Les soldats* font des efibris pour dégager leur dief; celuici coroniande de charger les armes. L'irmtatiôn est à son comble. Qudques gentilshommes mettent l'épée à la main ,
en râprookant au c(rfoiiel la honte de sa mission et l'in*^ suite qo*il vient de feire k un membre de la noblesse.
Pour augmenter le trouble ^ une •n4Mnrdle oompagMtf de «bosseurs arrive iet* s efforce- de pénécnér dansia foule compacte,. Les fusils soivt bhaigés et dirigés' sur ié peuple. Geluî-d, dans sa fureuf, ne voit^plus ni bayonoetites ni' cheraux; il •se précipite en criant : auz'< armes ! au toc-** sin ! écrasons ' ces troupes I Un. grand nombre de jeunes gens ocmrent chercher odes -armes, tandtt que les ^gens du. roi, àjb eoiieen;U¥ec plusieui^ geptilshommes et d*autre^ cKiojreiiSy reJMrablent d'efforts pour appaiaer la mukitiide;> Celle-Gi fait ses conditions; on dédnrge les iVuals; • elle consent à se retirer, et se porte vers la Motteen recom» menfant de crier : au:toesin! eus armes! Les grenadiersde Rohfo renient, barrer le passage; le» bajonnèttes' cèdent sous les mains de la foulé.: Ler rangs vont être, enfon-^.. ces. Des officiers humains et sages, 'don( les noms,/ malheureosemeot incoi|nus*, devraient étreplaoés à côté de celui de Nonédni4lle, interviennent et, arrêtent toutes les violences. - >
Tout n-était pas fini cependant. Le colonel d'Hervillj. parait, l'émeute recommence v On le hue., on le poussé, on le menace. Une jeune personne, pensionnaire d'une communauté, perce la foule et propose' un cartel au sieur d'Hervilly. On bat des mains à la nouvelle Glorinde; on recommence à huer le colonel qui ne voulait pas être un^ Tancrède. Les grenadiers redemandent leur chef à grands cris et finissent par le dégager. La foule calmée pour un moment par les nouveaux efforts des gens du roi, tourne ses regards vêts rinteodanee , devant laquelle vient de se ranger un escadmm de cavalerie.
La cour , pendant ce temps, recevait upe lettre de son président, qui Tenait bientôt prendre séance, mais sans présider ni délibérer , attendu la nature des ordres qu'il avait reçus de sa Majesté. Elle arrêtait de plus d'envoyer
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les gens du roi déclarer au comte de Thiard qu'il e&i à faire retirer les troupes qui entourai/eot Thôtel où la cour tenait actuellement ses séances*
U était onze heures du matin. Lesgiens du roi, aooocnpagnes de leurs substituts et des huissiers , Richard et Cornu , se rendent à Fhâtel de Thiard au milieu des a€>clamatîons de la multitude qui ne cesse de crier : Vive le parlement ! Vire les lois ! Vive le parquet ! Mais parvenus à l'hôtel y ils en trouvent l'entrée interdite. Le procureww général parle avec énergie à l'offider chargé de la garde , et lemenace en vain de ses huissiers. Le peuple impatient se précipite, ouvre un passage au milieu des bayoanettes et des dievaux. Messieurs les gens du roi entrent dans l'hôtd et parviennent près du comte de Thiard. Celui-ci à leur aspect trahit un grand emharras. Il ne veut prendre aucun parti sans consulter l'intendant Bertrand de MoUeville, assise, il le savait bien, dans son hôtel, par le peuple, qui. le guettait comme une proie. Les dragons qui défendaient sa porte ne lui semblaient pas une protection suffisante pour se hasarder dans la rue. On eut recours à la ruse pour lui ménager une sortie. Un offider, suivi de quelques dragons, s'élance le sabre nu sur la Motte , oonune s'il allait porter un ordre pressé. La foule curieuse le suit, se divise; l'hôtel devient plus libre. Grèce à cette diversion stratégique, le sieur Bertrand s'échappe sous un d^uisement, protégé par quelques ^nigoos, et parvient, en suivant des rues détournées, jusqu'à celle de Montfort , où il laisse sa garde. Mais bientôt il est reconnu ; la foule le poursuit en criant : Haro ! à la po» tence! au feu l'intendant! Cependant la troupe, açpourt, lui ouvre ses rangs; il entre à pas préd|>iliés dans l'hôtel de Thiard. Une pierre qui lui était destinée se brise contre un mur, et ses éclats frappent un militaire.
Le tumulte ne tarde pas à renaître plus violent que jamais. Les dragons et l'infanterie rangés devant la porte
aiSTOIKE DE RBNNSS. 44?
sont enfoncés. La foule envahit le corps-de-garde. On brise les meubles; on coupe les brides des chevaux; la guérite de la sentinelle est enlevée et mise en morceaux qu'on se dispute.
En ce moment les gens du roi sortent de Thôtel ; ils recommandent la paix, et le peuple calmé ^ changeant d'enthousiasme , les suit , les porte en triomphe jusqu'à l'hôtel de Cuillé , en criant : Vive les lois ! Vive le parlement! Rentrés à la cour, les gens du roi rendent compte de leur mission sans résultat. Sur ces entrefaites , M. de M elesse , par ordre du comte de Thiard ^ se présente à l'hôtel de Cuillé , dont l'entrée lui est de nouveau refusée. En proie à une émotion violente, ses traits s'altèrent , une sueur froide l'inonde , il tombe sans connaissance dans la rue. On s'empresse autour de lui pour le secourir. On le dépose sur un lit dans une maison voisine ; des médecins accourent et le saignent. Cinq heures après on put enfin le transporter chez lui j et pendant plus de quinze jours on craignit pour sa vie.
Pendant ce temps , la cour délibérait sur la réponse du comte de Thiard. Une nouvelle députation reprit le chemin de son hôtel , avec les mêmes honneurs et les mêmes acclamations populaires. Elle revint bientôt sans avoir rien obtenu. Un brigadier de la maréchaussée se présente aussitôt avec Tordre de dissoudre l'assemblée. On le renvoie y et la cour continue de délibérer.
Il était quatre heures de l'après-midi. Un grand bruit se fait entendre autour de l'hôtel de Cuillé, mais il n'a rien d'effrayant. L'émeute ne rugit plus, elle bat des mains ; les troupes se retirent. La cour , après avoir renouvelé ses protestations, renvoie la séance au vendredi suivant , pour la lecture du procès-verbal qui doit être expédié aux différents sièges de la province. Les deux commissions intermédiaires, et la noblesse précédée de son doyen, le chevalier de Champsavoye, vienneol; donner
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à la cour des lémoigoages d'inlérét et de confiance. A six heures du soir, le procuneur^^génëral remontre qii*ii existe toujours beaucoup de fermentation dans le peuple ; que le comte de Thiard envoie un nouveau brigadier de maréchaussée annoncer à la cour qu'il va exercer contre elle les violences dont il Ta déjà menacée. Elle lève alors la séance , en protestant contre la force qui Toblige à se séparer. Tous les conseillers défilèrent au milieu des acclamations, des larmes et des applaudissements de la raal*titude qui les protégeait. Le oorté|^ populaire ne les abandonna que lorsqu'ils se furent isolés pour rentrer dans leurs demeures , où de nouveau^ dangers les attendaient. Dès le soir même elles étaient investies par des détache» ments de maréchaussée.
Malgré la vigilance des sentinelles placées à leurs portes , un grand nombre de conseillers trouvèrent moyen de se réunir encore le lendemain , 5 juin , à Thôtel de Cuillé y dès six heures du matin. Les scènes de la veille ne se renouvelèrent pas. La force militaire ne fit aucune démonstration menaçante ; le peuple resta tranquille.
La cour s'occupa d'une proposition qui lui avait été faite dès la veille, de lancer un décret de prise de corps contre les sieurs Bertrand et de Thiard. Après une délibération d'une heure et demie , le décret fut rejeté par vingt-six voix contre vingt^deux. Vingt-quatre conseillers déposèrent sur le bureau les lettres de cachet qui leur avaient été notifiées le matin même. D'autres remirent des procès-verbaux de ce qui s'était passé le matin en leur hôtel entre eux et les soldats envoyés par le comte de Thiard. Enfin de nouveaux membres échappés à leurs gardes vinrent se réunir aux chambres assemblées, qui les félicitèrent de leur zèle.
Sur les conclusions du procureur-général , une crdonnanœ de police fut rendue contre les attroupement^ et Von supprima celle du comte de Thiard , qui défendait
toute asiemblëe , même dans les chambres littéraires et salons de leetnre, sous peine de 5,000 1. d^amende, dont la moitié accordée aux dénonciateurs. Avant de se séparer , la cour renouvela ses protestations contre toute atteinte portée aux droits de la nation , de la province de Bretagne et de la magistrature.
Ce ne fut que le vendredi suivant , 6 juin , comme elle Tarait arrêté , qu'elle se réunit de nouveau , sous la présidence de M. de Jacquelot. Réduite à dix-neuf membres, elle ne put que protester contre la violence qui avait arraché à leurs fonctions la plupart des magistrats , puis elle renvoya indéfiniment la séance.
Quelques jours après cette séance, l'intendant Bertrand de Molleville adressa au présidial de Rennes une décision du roi concernant les officiers des grands bailliages et siégea présidiaux. <c Cette décision , lui fut-il répondu, ne « renfermant que des objets étrangers à notre tribunal , » c'est par erreur qu'elle nous est adressée. Nous avoni » l'honneur de vous la renvoyer. »
Un arrêt du conseil d*état du 20' juin ayant supprimé les délibérations et protestations des cours, et autrea corps et communautés, faites depuis le lit de justice du 8 mai , on eut recours de nouveau à la voie des remontrances. Le tiers réclama aussi à sa manière. La fermentation des esprits n'en était pas moins vive pour n'être plus le drame de la rue. L'épigfamme s'était emparée de la scène* et concluait h son tour à la place des magistrats. Un arrêt du conseil d'état du peuple français, imprimé chez la veuve de la liberté , au symbole de l'espérance , cassa l'arrêt du conseil d'état du 20 juin. Une protestation parut au nom des dames de la noblesse de Rennes, qui ne réelamèrent paâ contre la plume ingénieuse, laquelle s'était chargée de traduire leurs pensées d'une manière plus àû moins vfâie.
Une grande députation fut bietiTÔt tiomméé pour porter
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à Versailles les remontrances de la cour et de la noblesse. Elle était composée du vicomte de la Houssaye , de Talhouety de Kersalaun , du Boisbaudry^ Demué, de la Bourdonnaye, de Lucinière, de Combles, du Bouetiez, de la Bintioaye, de Lesguem, de Lanoûe, et du procureur-général Anne de Caradeuc.
Bientôt on reçut une lettre du roi qui blâmait cette démonstration y et l'on apprit que les douze députés ayaient été mis à la Bastille , ainsi que ceux envoyés par les commissaires des états au nom de la noblesse.
Enfin le 8 octobre j la cour instruite que les troupes qui n'avaient cessé depuis le 40 mai d'occuper le palais, s'étaient retirées le matin , elle s'y rendit sur-le-champ , et y reçut les félicitations de tous les corps de la ville. Necker avait remplacé Brienne au ministère.
Le premier usage qu'elle fit de sa liberté fut d'écrire au roi pour le supplier de rappeler ceux qu'il avait disgraciés. Elle voulut signaler aussi sa rentrée par des faveurs et des bienfaits. Aux étudiants en droit elle fit encore remise des droits de chapelle dus au parlement ; aux pauvres de la ville elle fit distribuer par les recteurs des paroisses une aumône de 5,000 1.; aux prisonniers elle fit donner 600 1.; aux hôpitaux et aux sœurs grises die fit remettre une pareille somme par son receveur , Augenard, qui fut autorisé à prendre ces diverses gratifications sur les gages des membres de la cour.
A l'occasion de l'enregistrement de la déclaration royale qui rappelait les parlements et convoquait les états généraux j « elle déclara qu'il avait sufiS que la violence eût 9 cessé pour qu'elle se fftt empressée de reprendre ses fono- » tions, sans qu'il f&t besoin de réintégration. Elle remercia » très-respectueusement sa Majesté du rapprochement de la y> tenue des états généraux , parce que les gens des trois » états de la province de Bretagne seraient inviolablemeat » maintenus dans tous leurs droits. »
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Invitée par la commuuanté de ville à un Te Deum d'aotions de grâces , elle y assista en corps et en robes rouges dans VégKsedes Jacobins. En revenant au palais , elle s'arrêta devant les prisons de la conciei^erie, et le premier président enjoignit au concierge d'extraire les nommés Yves Thomas, lean Gauchu et Jean Bautu, détenus pour dettes, qu'elle fit élargir sux^le-champ, en remboursant heurs créanciers; puis elle se rendit à la place royale ou elle alluma un feu de joie. Dès le lendemain elle reprit ses fonctions, et fit déposer au greffe les arrêts pris pendant les troubles et déposés en diverses mains.
Renues à cette époque changeait de maire. M. Tréhu de Monthierry remplaçait M. de la Motte-Fablet, ou plutôt l'échevin Robinet qui en faisait les fonctions depuis 4787. Il fut lui*même souvent suppléé par MM. Lucas de Montrocher et Le Gomeriel de Listré qui prirent la signature en son absence.
Une nouvelle députation fut encore ordonnée par arrêt du 4«f décembre , pour porter au roi des remontrances de son parlement de Bretagne qui demandait toujours le rappel de ses membres disgraciés.
L'année qui allait s'ouvrir ne devait pas être moins féconde en événements que celle qui venait de s'écouler, et le grand fait de l'ouverture des états généraux, en rompant avec les temps anciens et en apportant de brillantes promesses aux exigences des temps modernes, ne pouvait suffire à calmer tout-à-coup la fièvre populaire excitée par les imprudences du pouvoir. C'est au milieu des accès les plus violents de cette fièvre que s* ouvrira cette assemblée, qui posera im nouveau jalon dans notre récit. Maïs avant qu'elle attire à elle seule toute la vie nationale, et que nous la suivions pas à pas dans chaque phase de son existence, nous avons à raconter encore quelques faits spéciaux à notre ville, derniers liens qui l'attachent au passé, et qui fui*ent un des épisodes les
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plus émouvants de Tbistoire de ces jours que Toq peut appeler l'agonie des temps anciens.
Les états de la province avaient été orageux presque dès le jour de leur ouverture. L'ordonnance royale du 27 décembre venait d'accorder au tiers, dans les futurs états généraux , une représentation égale à celle du clergé et de la noblesse réunis. Il pensait logiquement que la même faveur devait lui être faite dans les états partîcu* liers de la province. Il sentit que sa force était toute dans son inertie. Il s'obstina à ne point agir avant d'avoir obtenu cette justice. Les deux autres ordres s'y refusèrent avec la même obstination. Les rôles, on Revoit, étaient bien changés depuis 4764. Le tiers s'adressa au roi pour obtenir la réforme qu'il sollicitait vainement de ses collègues. Le commandant de la province, le comte de Thiard , présenta le 7 janvier 4789 à l'assemblée, un arrêt du conseil qui suspendit les séances jusqu'ai^ 5 février, et enjoignait aux députés du tiers de demander de nouveaux pouvoirs à leurs commettants. Ceux-ci en effet avaient impérativement défendu à leurs représentants de prendre part à aucune opération de l'assemblée avant la lecture des griefs, et ils prévinrent même les ordres du roi en annulant les pouvoirs remis à leurs dél^ués. Ces derniers se retirèrent en silence le 9 janvier avec leur président Borie, sénéchal de Rennes, au moment où le chevalier de Guer proposait de s'engager par serment à ne point changer la forme de la constitution des états.
Conformément à Tarrêt du conseil, les corporations et les communautés s'assemblèrent dans la forme ordi» naire pour renouveler et modifier les pouvoirs de leurs députés. Quelques-uns de ces derniers se rendirent à Paris pour observer la cour. Les deux ordres de la noblesse et du clergé avaient protesté contre l'ordre de suspension et prétendaient continuer à siéger. Le parlement, contrairement aux ordres du roi , défendit toute assemblée des
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oorponcions et oonmunavWs sans cKMnctioii , et déerëta d'ajounieBieat les syndics qui Dobâraient pas. Les assem* bléea n'en eurent pae moias lieu; quelq«es*-unes dans les églioes. On sj porta avec enthcMisiasiDe. Le parlement avait p^du sa popularité» Le mal fr'envenmait clia(jue jottr. Le peuple y qui arait appliMidi ses disputes dans les tribunes de la salle des états, qui avait tèié par des feux de joie h nouvelle de ta concession qui lui était faite pour sa représentation dans les états généraux , le peuple était agité par de soisrdes «stations , par des libelles que suf^primait en vain le parlement. En vain celui«-ci a'cfiEovcait de justifier ses intentions et celles des deux eMfres.a^ee lesquels il sympathisait d*intévéts, en répandant cette tardive protestation : « « Non , non , Messieurs, p jamais les ordres de l'église et de la noblesse ne se sont » liés, jamais ils ne se lieront par le serment de ne pas m censcativ à l'égale r^rtition des iropâts! Le vœu eon«o » traire à cette égsUité n'a jamais été formé ni prononcé 9. par. le parlement, et s'il ne s'est pas cru permis dis 9. pévenir la' déUbératioii des états actuellement assem- 9 blés, il a du moins annoncé son vœu particulier. « Des promesses ne suffisaient plusf on voulais dès^ droits. La noblesse avait protesté contre- la seconde assemblée dea notables, où Necker avait ùit admettre la double représentaftîoa du tiers* On vendait à Rennes dans les rues de petites figures mobiles,, qui avaient l'air de conséniir à tout ce qu'on leur demandait , et l'on criaia : A deux sols les notables ! Les pamphlets inondaient la ville et la campagne; les lettres du chevalier de Guer au peuple de Rennes attirèrent des réponses plus ou moins vives» Non content de ce.g^re d'opposition, l'on en vint à- exciter des scènes populaires dont on croyait l'effet plus sûr<. Des portefaix es des gagne*deniers en simarre parodièrent sous les fenêtres du comte do Thiard le grand bailUage ccéé par Isa édka. Les mêmes aoteivs une tou oi^ganisés
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servirent à de nouvjdle$ scènes. On essaya de jûtet' du ridicule sur les assenoJ^lées des corps de métiers et des communautés , qui ne s'étaient pas soumis aux arrêts da parlement, en les faisant parodier en public. Puis alMuidonnant Tépigramme, on poussa le peuple par des agents secrets à faire une démarche solennelle près du parlement. Des billets répandus avec profusion le convoquèrent à une assemblée au champ de Montmortn { champ de Mars). Les acteurs des premiers jours y sont rendus avant tous. On reconnaît parmi eux les domestiques des maisons nobles ; mais il y a plus encore de curieux que d'intéressés dans la foule , comme il arrive toujours. Un homme au service de là commission des canaux , un. nommé Dominique Hélaudais , s'élance sur une table et harangue la multitude trop peu nombreuse , trop peu ardente à son gré 9 qui se presse autour de lui. Pour être plus sûr de l'entraîner , il parle moins dé la cause politique que de la cherté du pain. Il propose une députatioa en masse au parlement pour en demander la diminution. Il se met en marche suivi de ses affidés ; tout le nionde le suit , sinon pour agir , du moins pour voir.
Le parlement , informé du rassemblement illicite qui a lieu au champ de Montmorin, nomme à l'instant six conseillers qui doivent s'y rendre, pour calmer le peuple et dissoudre l'attroupement. Mais à peine ces commissaires sontils hors de la chambre des délibérations , que la foule qui inonde déjà l'intérieur du palais , les arrête dans la grande salle des. pas peidus, en criant : Vive le roi! la noblesse! et le parl[ement ! Un individu sort de la foule et remet un place t aux conseillers. Les acclamations recommencent, les applaudissements éclatent, les chapeaux se lèvent en signe de respect. Un autre main remet encore un placet aux conuuissairea dont les' exhortations sont enfin entendues , et le peuple se retire.
Mais l'orage ne se calme pas si vite, ou plutôt ce
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n'étaient là que ses piëludes. Les mouvemeiits tumultueux de la foule avaient attiré tout le monde aux portes et aux fenêtres sur là place du palais. Quelques jeunes gens sortis du café de TUnion , au bas de cette place j regardaient sans défiance « les réclamants de la constitution noble » ^ comme on disait alors, qui venaient de porter leurs suffrages et leurs plaoets à la cour souveraine, ou on leur avait dit qu'ils étaient annoncés ^
(4789, 26 janvier.) Personne ne s'attendait à être assailli, lorsque la multitude qui s'écoulait du palais, pleine de joie et de vin , dit une rdatîon , provoqua les jeunes gens groupés à la porte du café, et des injures passant aux coups, saisit des armes dans un monceau de bois qui venait d'être déchargé tout près de là, envahit le café, tomba sur les jeunes gens peu nombreux et désarmés^ quelle allait infailliblement assommer, si les commissaires du parlement et la maréchaussée n'étaient venus à leur secours. Ils se jettent courageusement au milieu de l'émeute qu'ils s'eflbrcent en vain de calmer. La lutte est devenue sanglante. De part et d'autre on s'est procuré des arme» plus dangereuses que des bâtons; les pistolets, les cou«4 teaux , les cannes à épée, menacent dans les deux partis. Des combats particuliers s'établissent de tous côtés, ici c'est un domestique de la noblesse qui , sur lé point d'assommer un jeune homme , est arrêté par un garde de ville , puis délivré par M. le marquis de Tremergat qur menace d'un pistolet l'agent de police; là, ce sont des jeunes gens désarmés que leurs agresseurs poursuivaient de rue en rue , et jusque dans les maisons qui s'ouvrent pour les sauver.
Cependant , grâce aux efforts des magistrats , de la ma-' réchaussée et du comte de Thiard , qui parcourt la villcj avec une escorte de gentilhommes qui blâmaient le corn* plot de la noblesse , le calme renaît peu à peu sur quelque» points. La cour rend un arrêt qui ordonne aux habitants
de rentrer dam lewra dsoieure» f \ewr défend d« se ffëmiir plus de quatre pe»daiil le jour et trois pendant la oiiit en public , de porter des anneu offensâvies , et preaeiift à la maréchaussée ainsi qu'a^ipe piitrouilles.de la mittce bourgeoise d'emprisoooer tout coiitivTenaot.
Mais larrét n*est pas imprimé que rémeme «eoommeDce. Les commissaires du parleoMNit se partagent les> difTareiftCs quartiers de ia ville pour les- surveiller et y éteiadve tout commenoen^ent d'inceia^e. Les étaudianls en droit se rassemblent dans la saiie de réoole. Les commissaires s'y rendent e|: parviennent à en .détacher qiie^[uesHin» qu'ils emmènent» D*autres sont solikités pav des gentilsbonuiies de les siùvre aux états ; ils refusent cette ofiTrç ^ak semblait prou^rer que tous le^ membrca de la noMesse n'avaieBt pajs approuvé le complot de quelques-«iiM d*entr eux. Ils rentrent ou retôuraeyit siéger près de leurs jcamarades, dans la salle de Técole, où ils- reatèrent en permanence toute la nuit.^
Il fallait se préparer ditk leiidem»n^ Moreau présidak Vassemiilée et dirigeait lesî délibérations aiaquelles vinreat prendre part bien des membres du tiers étrangers à Técole.
Le parlemeal de son côlé avait ^ selon sa promesse , ùi$. baisser le prix du pain^ autorisé tes boulangers foliains et la dénonciation des accapareurs de blé. Il avait cxrdonné de fréquences patrouiUea pendant la nuit. Tous ces remèdes étaient impuissants ^ et ces précautions furent encore annulées par une imprudence. Des poursuites judi* eiaires avaient été commencées par le ptésidial contre les auteurs de Témeute de la veille. Bien des calomnies avaient été répandues de part et d*autre, mais il était du devoir de k justice d*éelaircir la vérité en punissant les vrais coupables. Le tiers attendait avec impatience le jugement qui devait prouver quil n*était pas Tâgresseiw. U aoeusait la noblesse d'avoir ameuté, payé, enivré ses valets pour altaquer les jeunes gens^ Il désignait Yi^son comme le
Hitfouiii m MOU»». 4iT
priacipol agent du complot , dont la soèoe tu champ de MoQUnorin n'avait été qu'un' acceasoire. II se disait car lomnié par des libelles répandus à dessein et qu'on vendait jusque chez les dames noUea.
A son tour la noblesse accusait les jeunes gens d'avoir fait circuler un pamphlet, où Ton excitait les bourgeois de Rennes à égorger pendant la nuit les gentilshommes qui logeaient cheK eux; de s'être armés et cuirassés au nombre de soixante pour attaquer la multitude à sa sortie du palais; enfin d'avoir pris part aux assemblées tomuU tueuses des paroisses, d'avoir troublé les délibération» dea états par leurs applaudissements dans ks tribunes, d'avoir insulté les deux premiers ordres par dca chansons et des feux de joie lors de Tédit de suspension.
C'est au milieju de ces récriminations mutuelles que commença la journée du 27, à laquelle on s'était pré» paré de part et d'autre. Le matin fut assez eélroe; mais lorsqu'on apprit que Je parkibent avait enlevé au présidiai Tinstruclion de l'a flaire de la veille, et qu'oa.aivait l'in*» tention de .la renvojner au parlement de Bordeaux^ rl'àgit»* tion ne tarda pas à renaître. La communauté s'assembla pour profiter et se pourvoir contre cetr anrêt^ que l'on soupçonnait de vouloir étottASer les poursuites ^ en enle* vant lesQcousés à leurs juges naturels. BteniAt la liberté de Dominique Hélaudais vint confirmer ces soupçona*
Vers quatre heures et demie , les ^ntikhommes se ren« dirent séparément aux états, malgré l'ordre de suspensieip,. comme ils l'avaient déjà fait la veille, sous prétexte. d'avi** ser à préveciîr les troubles. Vainement quelques-uns d'entr» eux conseillèrent de renoneer à cette réunion.
Ils ne furent pas écoutés comme le jour précédent , et de nouveaux malheurs allaieut désoler la ville.
Les jeunes gens , réunis à l'école de droit , déUbétaknt de leur côté , lorsqu'un artisan , qui venait d'être frappé à leur perle d*un coup de couteau par un laquais,, s»
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préseuta la main sanglante dans rassemblée. Celle-ci en masse se dirige aussitôt yers les états , et parvenue sur la place du Palais , près du café de TUnion , elle en troore la porte gardée par des hommes armés, et le grand jmyàt avec le procureur-général cherchent à saisir dans la foule qui les enveloppe celui qui a frappé l'artisan, et ceux qui excitent une nouvelle émeute^ Les jeunes gens s'adressent au procureur-général et lui demandent Tarrestation de Yignon, comme agent secret des complots de la noblesse. Pendant qu'ils formulaient leur demande et qu'ils discutaient à ce sujet avec le magbtrat, c'était alors M. de Gberville, quelques gentikhommes sortirent de la salle des états pour voir ce qui se passait , et menacèrent les jeunes gens de leurs armes s'ils ne se retiraient. Plu* sieurs coups de pistolet furent même tirés sur les plaignants sans les atteindre. Cette imprudente agression devint le signal du renouvellement de la lutte sanglante de la veille. Des combats particuliers, des rencontres indivi* duelles eurent lieu presque dans chaque rue. La ville devint un champ de bataille. Le itocsin vint augmenter le désordre et l'effroi, en jetant ses sons lugubres parmi le tumulte de la mêlée. Plusieurs' gentilshommes furent blessés dès le commencement , malgré la protection de la maréchaussée rangée devant les Cordeliers, et à i'abn de laquelle ils faisaient feu« D'autres, moins prudents, se lancèrent dans la foule où ils trouvèrent des adversaires dignes d'eux , et payèrent leur audace de leur vie. L'un d'eux , M. de Boishue , tombe , après une lutte de quelques instants, dans la rue Royale, sous Vépée de sou antagoniste. Une femme à ime fenêtre crie , excite, applaudit. C'est sa mère ; elle n'a pas* reconnu son fils qui meurt sous ses yeux.
Ailleurs M. de Saint-Riveul attaque avec un acharnement inoui des jeunes gens qui le supplient de se retirer , et il périt frappé par l'un d'eux à son corps défendant.
HlSTOnUS DE BBSiimS.
U fut porlé, oomme M. de Boiahue^ par ceux qu*il avait assaillis, daos une maison voisine, pour y recevoir des secours s'il était temps encore.
Des traits de courage et de générosité se multipliaiait sur tous les points. M. de Montbourcher qui , la veille avait employé toute son activité pour arrêter la iiireur des valets, déploya le lendemain la même ardeur pour sauver au moins quelques victimes de l'émeute qn'il n'avait pu prévenir , ni calmer. Attaqué lui-même par un bourgeois nonmié Ulot (4), et forcé de se battre, il désarme son adversaire, le presse affectueusement dans ses bras en s'écriant : « C'est ainsi que je me bats contre un » concitoyen! » Un jeune homme, nommé Louason, va tomber sous les mains des valets excités par un gentilhomme; quelques jeunes gens surviennent et mettent les valets en fuite. Mais un autre danger menace le jeune Louason. Le gentilhomme offre de le protéger. « J'aime » mieux mourir, répond le jeune homme avec exalta- » tion. »
Le comte de Goyon , maréchal de camp, celui-là même qui était venu plus d'une fois au parlement exécuter par la force les ordres illégaux de la royauté, se voit deux fois en péril , malgré* ses cheveux blancs , de succomber sous cette violence, la raison du plus fort, dont il a jadis donné l'exemple. Sauvé par un artisan qui le supplie de se défaire de son épée et de sa croix pour échapper plus fieicilement au danger, le vieillard refuse et ne parvient à gagner la salle des états que sous la protection de l'avocat Le Chapelier.
Un père, le marquis de Bedée, un fusil à la main, parcourt les rues avec inquiétude pour trouver son fik. n essuie deux coups de feu , et sans chercher à se venger
(I) M. ItacbâteUier le nomme Uttiac. p. SéO, vol. I de l*htBtoire delà rëTofutlon dans ks dépArteneoti de rancleiioe Bretagne.
4M HvroiiB m bhiii».
il remet soa arme aux magistrats de poUoe^ qm la réda- Rient an nom de la loi. Il faut dire pourtut que, saof quelques rares exceptions, tout homme pacifique pot se retirer en sûreté et traverser les groupes de jeunes gens sans coup*rérir. Le comte Duparc, le marquis de KersaK laun ne doivent leur salut qu'à la maréchaussée, qui les arrache auK mains des adversaires qu'ils avttent attaquM.
Le sang des jeunes gens et des bourgeois ne coule pas moins que celui des nobles. Les dangen sont les mêmes; la valeur souvent pareille. Mais des coups impossibles à parer pleuvent de chaque fenêtre, où les femmes ménae ne craignefit pas de se montrer pour protéger ou encoo* rager un parent, un ami. Des projectiles de tonte espèce tombent sur les combattants. Un avocat, Lemérer, est sauvé de l'épée qui menace sa vie par une duiise lancée du second étifge sur son ennemi.
Le parlement et le comte de Thiard se sont encore jetés au milieu de Témeute, et la cour,- cette fois , y e^ en masse, suivie de la maréchaussée et des gardes du commandant. Ils se précipitent partout où le danger les appelle : la foule s'ouvre devant eux et se referme det^ rière comme les flots; c'est à peine s'ils peuvent saisir quelqueS'-uns des plus ardents; leurs enhoftations ne sont point enteildues : ils font cesser le tocsin; mais le ma'gasin du roi est enfoncé et les armes en sont enlevées.
Ce n'est qn au bout de quelques heures d'effofts ino«> tiles et de courses dans les rues, qu'ils parviennent à éé (aire écouter de la noblesse, qui se retire peu à peu dans la salle des états, sous la présidence du comte de Boisgé^ lin, cherchant à contenir Texaspération des plus jeunes. Geux-*ci, couverts de sang et de blessures, voulaient foo» dre de nouveau sur leurs ennemis. L'épée d'une tnaiiiy la torche de l'autre, ils avaient dépouillé un magasin d*armurier dans le cloître des Cordeliers^ et. formé une compagnie par diocèse. Les éféqùH et les iteillatds cal*
itisTom VB jusMjfjss. 451
mèreDt, non aans peine, cette ardeur juT^nile, qui eût attiré de nouveaux malheurs. Tous les dangers n'étaient cependant point passés. Pendant que la noblesse s'enfermait au cloître des Cordeliers dans Tattente des événe^ ments, que faisait la jeunesse? Que faisait le peuple , dont l'agitation ne pouvait se calmer plus rapidement que celle de ses adversaires?
La jeunesse s'associait et prenait pour signe de ralliement un ruban avec un emblème du tiers et la devise ▼aincre ou mourir. Elle traitait en armes avec le comte de Thiard pour une suspension d'hostilités.
Le peuple déchirait à mesure qu'on l'affichait le nouvel arrêt qu'avait rendu le parlement en rentrant aux cham« bres j pour évoquer la procédure criminelle de l'émeute. Il proposait d'incendier la salle des états ou de forcer les gentilshommes à en sortir , en menaçant les dames de la noblesse.
Quoi qu'il en soit, les Cordeliers étaient surveillés, as-» sièges par la multitude , et soixante-^louze heures se pas^ sèrent ainsi dans l'anxiété de l'attente de nouveaux mal-* heurs» Le comte de Thiard , malgré les nouvelles troupes qui arrivaient, prévoyant que la violence était un moyen peu sûr pour rétablir la tranquillité dans la ville, résolut de dissoudre les états; mais le plus pressé était de faire sortir en sûreté ceux que l'on tenait bloqués; il fallait un arrangement entre les parties hostiles. La difficulté n'était pas moins grande de ce côté. L*hôtel-de-ville était as* semblé et jetait des paroles conciliantes entre les deux partis. Les pères de famille, dans l'ordre du tiers, avaient proposé de se rendre cautions de la tranquillité du peuple et des jeunes gens; la noblesse ivîfusa. Enfin, après bien des pourparlers , le comte de Thiard proposa à son tour un accommodement, qui fut accepté des deux partis. Len gentilliommes sortirent de la salle sans autre arme que l'épée (SO janvier).
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Le même jour, avaut de se séparer, les deux ordres du clergé et de la noblesse votàc-ent Vimpât pour un an.
Il était temps que la paix iîfit signée. De nouveaux combattants arrivaient sur la scène, qu'ils n'auraient fait qu'ensanglanter davantage. Dès le 26, les jeunes gens avaient député à Nantes un des leurs, Omnès-omnlbus , qui appartenait à cette ville, et devait la moitié de son nom à un trait d'humanité. En 4784 il avait sauvé deux personnes qui se noyaient dans leur voiture, entraînée sous la glace. Le ministre Breteuil lui avait remis, au nom du roi, une médaille d'or sur laquelle on avait gravé Omnès^mnibus, Depuis ce temps, le jeune Omnès avait vu son nom de consonnanoe latine agrandi de moitié par un jeu 4le mots honorable, qui lui formait un blason peu commun.
Quatre cents Nantais répondirent d'abord à son appd, et furent suivis le lendemain d'un plus grand nombre. On se mit immédiatement en marche, et l'on s'organisa en route, en se faisant précéder de deux députés, qui en rencontrèrent un autre venant de Rennes, avec la nouvelle du traité de paix. Malgré la lettre signée Raoul, Gérard fils, Olivier, Datard, Jouaust, Ulliac, Josse, £1leviou, qui les engageait à retourner sur leurs pas, les Nantais résolurent de continuer leur voyage pour fraterniser avec les Rennais^ et vinrent coucher à Bain le 50, après avoir envoyé de nouveaux députés, qui rapportèrent bientôt que M. de Thiard ne voulait accorder l'entrée de la ville qu'à trente d'entre eux. Omnèi^mnibus avait été décrété par le parlement; i>n renvoya les députés au comte de Thiard , et l'on se remit en route quelques heures après. Au Pont-Péan, l'éyéque de Nantes et le capitaine des gardes du commandant Tiennent leur signifier l'ordre de rétrograder. Cependant, après quelques pourparlers, on leur accorde l'entrée du faubourg de la Madelaine, sous la condition d'y déposer leurs armes.
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Ils «rriveot à six heures du soir, «t obtiennent la permission de pénétrer dans la ville sans armes , sans bruit, et par petits groupes (51 janvier).
L'enthousiasme qui les accueillit n'en fut pas moins vif; ils avaient reçu de nombreuses visites pendant leur séjour à Bain, et depuis sûr la route. On se disputa le plaisir de leur ofifrir Thospitalité. La municipalité avait inutilement pris le soin de pourvoir à leurs logements.
(-!«' février). Le lendemain de leur arrivée, ils envoyèrent une députation au comte de Thiard, et se réunirent à l'école de droit pour en attendre le résultat, qui fut conforme à leurs désirs : ils avaient demandé une copie authentique du traité entre la noblesse et le tiers, on la leur donna, en les félicitant de leur esprit d'ordre et de conciliation. En effet, rien ne troubla leur séjour à Rennes. Quelques jours après (7 février) ils étaient de retour à Nantes, avec un pacte d'union, dont le premier article était de jurer au monarque amour, respect et fidélité.
Après leur départ, la guerre ne tarda pas à renaître, non pas avec les armes, mais avec la plume. Chaque parti tenait à se justifier; chacun rédigea sa relation avec des variantes entre lesquelles se trouvait la vérité. On prit de part et d'autre la royauté pour juge. Elle évoqua les poursuites relatives aux émeutes des 26 et 27 janvier, au parlement de Bordeaux. Le corps des avocats appuya les réclamations par une consultation , par un piacet, par une démarche devant la cour et un discours prononcé par Gerbier. Le tiers envoya trente députés présenter en cour sa justification (^5 février); le présidial fit des représentations : le parlement avait fait des remontrances. Le roi renvoya tous les plaignants dans leur province, en leur disant : « Retournez à vos fonctions; j'adresserai à mon parlement deum déclarations qui lui feront connaître mes intentions, et j'attends de son zèle et de son amour
MtL WifiTftlIliT Œ BMMOÊMÊtM
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m^ Yue^ de stresse et de modëratioa ipà m^ûtàmotH^-^
Cependant on ne cessait de pfçndrf dei^ pwécanHpm pour iQaiotehir la tranquillité publique , tiMUouif meDacée. L'on n'avait pas oublié que le comte de Tbî«r«l^ ajant rencontré M» de Bédée armé d'un fusil en .pleine rwi lui avait reproché cette démonstration tio^tîle; paiSf sur son affirmation que l'arme n'était pas cluirgéei ami insisté pour que le iait fût vérifié sur Theure, et que les deux coups du fusil double, tirés en l'air , avaient attesté la réalité des «oupcons formés contre le genûlhomme qui avait enfreint les conditions du traité de paix. De pareîis traits y qui se renouvelaient sous une forme ou aous l'autre, manifestaient l'agitation secrète des esprits.
Le calme continua de se ipaintenir à la suriace : ob a'en tint à la guerre de plume; le tiers v^ait d'y acquérir un puissant allié. Un jeune homme à la vie xelirée, à la figure ouverte , au regard pénétrant et fucinaut, et qui commençait à son insu, conmie tant d'autres à cette époque, son immortalité, Yoloey, le futur auteur des Ruîn^j.&e nùt à rédiger la Sentinelle élu peuple, EUe faisait bonne garde ^ et son vigilant Qui Vive? révélait chaque matin , avec une verve de logique et de style incounue jusqu'alors, tous les torts des privilégiés, tous les abus.dM xégime qu'ils voulaient maintenir.
Un si redoutable adversaire ne pouvait . manquer de s'attirer la haine et las poursuites de ceux qu'il flagellait si rudement.
Il tiavaillait seul incognito avec sa plume et sa presse dans sou humble domicile de la rue Saint-Georges. Od l'avertit que ses ennemis avaient découvert son asile et projetaient de l'y saisir lui et ses armes. Il alla se réfugier sur la route de Fougère;, au chiteau de Maurepas^ qu'une croyance populaire disait hanté par des esprits. H n'y travailla que la nuit; personne ne vint l'y déranger • Chaque
n^tifi U feiittle, liuitu4e encore d'impression^ âait apporté^ furtivemaot d^ps les paniers d'une laitière, etdii^ fofipe sut les. immpicnH de la librairie Yatar, d'où ellf était aussitôt enlevée par d'avides lecteurs , au nombre desquels la noblesse elle-niénie ue craignait pas de se ranger parfois. Messieurs du parlement y trouvaient sou<* yent leuits arrêts , parodiés par une cour des ramoneurs^ dont les «aanc^ aT^kat Ueu en toge syr la Motte ou la pliu;;e du Palais , et dont, la Sentinelle rendait compte avec une exactitude impitoyable , n'omettant pas un seul autoda-fé des arrêts condamnés au feu par la cour populaire.
C'était par de^ é[)igrauunes qu'on se préparait à la grande œuvre des états-généraux. Ou discutait en riant ^ en attendait le moaieat d'agir. On publia une requête des dames y adbreasée ^ l'assemblée des notables , pour de^ mander leur.adoiissioa aux âats-généraux. Toute fille ou femme «de qn^oas aos e| ai^leasus. devait être électeur, et ^lle qai serait mèro, «éligible; il ne leur serait permis'de parler à la tribune que par monosyllabes. > •
. Toutes^ ces plaisanteries se.mêkient cependant à* des choses plus graves y qui prouvaient que la .raison n'avait pas abdiqué ses droits en revêtant par fois ki>costume de )a folie* lies jeunes gens, malgré l'ordre du roi qui interdisait toute discussion au sujet des événements des 20' «t 27 janvier, se. voyaient forcés de reprendre la plmme pour 3e justifieir des nouvelles imputations de la noblesse^ Ils s'adressaient . alors au /ministre Neçker pour obtenir justice de L'aniêt du pailemieiu de Paris,, qui les condamnait sans les entendre.
Us demandèrent une consultation au coips des avocats^ qui teur cooseUla « de porter leur plainte non devant les » tribunaux.,, m^is devant les représentants du tiers«^tat » de la sénéchaussée de Rennes assemblés , devant les .dr » toyeos réuDÎSi pour iieauDer des députés aux états-gé- ^ néraux. » ...
48C HI8TOIRB OS BBIINBS.
En effet y on s'occupait de la rédaction du cahier des vœux et griefs, qui devait être remis aux députés et appuyé par eux, conune un mandat impératif ^ dans l'assemblée.
n est à remarquer que ce cahier, qui exprimait le voea de tant de réformes radicales, recommandait aux députés a de conserver soigneusement les droits et les franchises * de la Bretagne, notamment son droit de consentir eo » ses états la loi, Timpôt et tous changements dans l'ordre » public de cette province. »
L'art. 48 du titre deuxième émit le vœu imprudent trop bien suivi que nul ne pût être député à deux tenues successives d'états-généraux.
Du reste, le cahier prescrivait le vote par tête et non par ordre; l'établissement de bureaux de correspondance avec la députation; la fixation d'un traitement à chaque député, 42 1. par jour et 500 I. de frais de voyage; l'augmentation du nombre des députés de la sénéchaussée de Rennes. Cent quatre- vingt-dix-^ept signatures furent apposées au pied de ce mandat, qui fut confié au zèle éclairé des sept députés, qu'on ne tarda pas à élire. Les noms de Glezen, Lanjuinais, Huart, Hardy de la largère, Le Chapelier, Gérard, Defermon, réunirent li majorité des suffrages, et ceux de Varin et Bodinier leur furent adjoints comme suppléants, aux fins de l'art. 2 additionnel du cahier des vœux, pour que les députés pussent être remplacés sans délai en cas de nécessité.
Conformément à l'art. 5, l'assemblée, avant de se séparer, nomma les membres du bureau de correspondance, au nombre de vingt, parmi lesquels on remarque les noms de Gohier, avocat, Moreau, prévôt de l'école àt droit, Sevestre de la Metterie, commis au greffe d^ états, Duclos, notaire, Aubrée, avocat, Tréhu de Monthierry, maire de Rennes, TouUier, avocat, Codet, î^* Ce bureau devait correspondre non-seulement avec la à^
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putation, mais avec des bureaux particuliers dans toutes les villes du ressort , et qui devaient être ouverts à jours et heures fixes pour tous les citoyens. La province faisait les frais de la correspondance.
Le haut clergé, en s' unissant aux protestations de la magistrature et de la noblesse , n*avait pas manqué de désavouer les élections spéciales accordées au bas clergé. Ainsi la prévoyance royale , qui avait isolé en Bretagne seulement les trois ordres partout ailleurs confondus , cette prévoyance avait été trompée dans ses vues bienveillantes; mais les deux ordres dissidents, malgré leurs tardives concessions, ne pouvaient arrêter la France, doi|t ils se séparaient seuls. Elle marcha sans leur concours. Quelques membres seulement, parmi lesquels nous trouvons le nom de M. de Talhouet, président à la chambre des vacations, s'opposèrent à ces foUes prétentions de la noblesse.