‹ Histoire de RennesChapitre 14 sur 25 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

TEMPS MODBIUIBS.

ÉPOQUE RBVOLUTIOimAIRE.

AtSMBLBS COlinrnJAlTTB.

Le 5 mai vit s'ouvrir à Versailles ces états-généraux si impatiemment attendus, et gros d'un avenir qu'on ne pouvait connaître. La noblesse de Bretagne y laissa sa place vide, et le tiers y fut représenté par quarante^uatre votants.

458 rasToims dc bbkhu.

Quelquât jours après , la cour da perfemefit se réoni»sait à Reones ponr adresser an roi de pressantes snppln cations où» le repentir tardif perce sous l'obstination appuyée d'une logique qui ne nanque pas de raison et de dignité. Mais tout cela fut et devait être inutile à l'heure qu'il était. Il fallait accepter les armes nouvelles qu'on offrait au yaincu pour se défendre.

^ L'entboasiasme qu'avait excité l'ouverture des états-généraux, et surtout les promesses royales ; la nouvelle des premtèi*es luttes du tiers contre les deux ordres privilégiés , produisirent dans notre ville un essai de fédération qui eut son neteutimement dans toute la Bretagne.

Nôtre garnison se composait alors des quatre tégîments de risle de France ^ de Lorraine, d'ArtcÂ) et d'Oi4éilns. Le 49 mai diaque compagnie nomma dés ' déportés , qui admis et invites à prendre séance au conseil d^adminbtrstion de la milice bourgeoise y déjà désignée sous le titre de nationale y présentèrent une adresse que lut le sei^[entmajor Agé j au nom de ses camarades. Le lendemain huit commissaires pris dans les quatre régiments firent part à la municipalité d'un projet de pacte fédératif, dont elle approuva la rédaction faite par le fourrier Fririon^ et ses collègues. Il fut ensuite présenté à l'acceptation des compagnies, ainsi qu'à celle des officiers qui y donnèrent unanimement leur adhésion.

Le prévôt général y Picquet de Melesse , Gardin de la Glétière, et Dieupar de Fermelaude, tous deux officiers de maréchaussée, furent admis, sur leur demande, à faire partie de la fédération.

Elle fut solennisée , au champ de Montmorin , le dimanche suivant, par une ftte qu'avait atmohéée Iti veille une salve de vingt-et-un eoMps de oanM.

Vannes eut pour représentants à eette ftie le capttaioe Boucher et le sef^nt-major Bernard. Tonte k Brettigne envoya successivement son adhésion au pacte fédératif.

msTOHUB m bbhhes. 459

Otie Joie ^ tônffiante ne tarda pas à être altérée pat* tde nouilles iu^iëtiidedk La scission des trois ordres dans les états-généraux avait eu lieu au sujet de la yériâcation des pmitoirs.

Une (déclaration du roi ordonna le jugement prévAtal et d» derhier ressort de tous ceux qui seraient arrêtés )>4>ur cause d'émotions populaires.

"Bient^ le serment dn Jeu de Paume retentit dans toute la France. -

- Les itonirelléfl graV^ qui sesncéédaient, en frappant coup Bor eou^ notre idlle^ y avaient ramené l'inquiétude , les smpçoner contre le pouvoir. La chute de la Bastille j ttÀenmna une explosion en vain contenue depuis quelques jofiirs. thA brnits sourds avaient circulé sur les projets cfe k fotee s/rmée, commandée par le comte Langeron. On affirmait qu'il faisait venir secrètement de nouvelles troupes. Le matin du jeudi 46 les habitants courent au dépôt d'armes et s'en emparent : une assemblée pour S* riger leurs mouvements était organisée dans l'église du cottége. Les soldats viennent de leur propre mouvement s'y enfermer avec les citoyens; bientôt on se précipite vers là BsBe de police , et l'on délivre ceux qui y étaient enferofés.

La municipalité se rend diex le comte Langeron^ et demande l'élnîgnemeot des troupes qu'il a mandées. Il promet de faire droit à la requête des officiers munici*^ paax. GeuxKÂ se transportent à l'église du collège, et rendent compte de leur démarche à l'assemblée, qui se sépare. Les soldats rentrent aux casernes. " Bîent&t le bruit se répand que le comte Langeron a fait charger quatre pièces de canon dans ta cour de l'hôtel Bloasao, qu'il habite depuis vingt-quatre heures. Ce feit îaqpwdent n'est que trop vrai. Les citoyens se portent en £cmle à l'hôtel , s'emparent des canons, les conduisent au collège avec cinq barils de cartouches à balles , àeùt

440 HI8TOIAB OB ABNHBS.

caissous de gargousses et quatre coffinets. Les soldais 8* unissent aux citoyens et restent assemblés en permaDenœ toute la nuit dans l'église du collège.

Le lendemain y 47 juillet, la municipalité vient y siéger aussi vers onze heures du matin. Un courrier arrive et apporte une relation de la séance du 45 juillet à l'assemblée nationale. Neckerest rappelé; Bailly, maire de Paris, La Fayette y général en chef de la garde nationale. L'espérance renaît de toutes parts; la joie éclate dans l'assemblée.

On se rend chez le comte Langeron en masse et enseignes déployées. Il remet , sur la demande qu'on lui en fait, les guidons d'Orléans aux dragons de ce corps ^ réunis à la milice citoyenne ; le maire lui communique les dépêches que l'on vient de recevoir, et lui demande le congé du sieur Belhotel , qu'il accorde. En scurtant de l'hôtel du commandant, la municipalité rennaise alluma un feu de joie sur la place Royale. Les soldats ne retournèrent plus aux casernes, mais logèrent chez l'habitant.

Le lendemain, 48 juillet, une députation de la municipalité se rendit chez le comte I^angeron et lui demanda l'exécution de l'ordonnance du roi, qui défendait la punition militaire des coups de plat de sabre. Elle exigea en outre la réduction des appels à deux par jour, la délivrance des congés à époque fixe, et la suppression de la retenue de l'excédant dé masse.

Pendant ce temps, l'assemblée civile et militaire s'était formée de nouveau dans l'église du collège. On y prit la cocarde rouge et bleue, en attendant celle qui fut adoptée quelques jours après par l'assemblée nationale. Les drapeaux de la milice citoyenne et de la garnison se croisaient sur l'autel avec ceux de* la jeunesse de Rennes et de Saint-Malo, qui avait envoyé une députation. M. Sevestre s'était rendu à l'Hôtel-de-ville pour souscrire, au nom de la jeunesse et des citoyens, à tout ce qu'avait

HiaTOniB ]>E REJfIfBft* 444

fait rassemblée nationale. Une lettre lui fot adressée par M. Duplessîs de Grehédan, conseiller au parlement , et œtte lettre fut lue à l'assemblée du collège qui arrêta par acclamation de décerner à M. Duplessis. un témoignage public de aatisâw^on. Gk>bîer propose à cette occasioi) une fête patriotique pour effacer la tache du 26 janvier sur le champ Montmorin. La motion est accueillie avec faveur y et Texécution fixée au lendemain.

En attendant , on se rend immédiatement à l'hôtel Duplessis. Après un discours du maire, M. Duplessis de Grenédan est conduit scjennellement sur la place du Palais au centre de la garnison sous les armes. On lui pose une couronne de chêne sur la tête, au milieu des acclamations de la foule; puis, placé entre le maire et k premier syndic , il est conduit à l'église du collège où il renouveUe de vive voix et avec une émotion profonde, sa profession de foi politique , au bruit d^s applaudisse ments qui éclatent de toutes parts. Gohier lui adresse des félicitations au nom de l'assemblée, et il est conduit à l'hôtel- de-ville.

49 juillet. Le jour suivant,, fixé pour la fête, le vœu d'argent de 4634 était exposé dans l'élise des Dominicains , et Ton adressait au ciel des prières publiques pour obtenir la fin des pluies- qui menaçaient la moisson. Le temps s'éclaircit entre midi et une heure. On chanta un Te Deum à Saiiit-Melaine , qui commença dès-lors à servir de cathédrale. Après la messe, les troupes se rendirent au champ de Montqiorin^ où il y eut parade. Le soir on les réunit de nouveau sur la place royale , où l'on alluma un feu de joie en leur présence. Enfin une illumination générale compléta le programme ordinaire de la fête , qui eût ressemblé à toutes celles de nos jours , si elle n'avait eu cela de remarquable qu'on diminua en cette circonstance le prix du pajn pour les pauvres , et qu'on l'augmenta pour les riches.

442 insTOiiB 0B

Pendftttt la fSte j la nouvelle de la TisHe da roi à rhAtel» de-ville de Paris parrint à Rennes par le baron Soott qnî arriyait de la capitale. L'enthousiasme populaire augmenta de TiTdchë, et s'accrut encore les jours suivants par Far* rivée des députés que la Rretagne eil^oyait dans notre ville pour exprimer leur sympathie à Tétait patrioti<|ne dont eUe donnait l'exemple, comme si eHe <iAt ëlé 6dèle à son rôle de capitale bretonne.

La place nNkait plus tenabîe pour le oomte' Lang«ron. La jeunesse de Rennes ^'empara de VaMHial et des prin-* cipaux postes de la ville. En vain le comte Laogeron voulutril faire mardier d'AttoiSy dôLon^alne et d'Orléans. Lorsque les deux troupes furent en présence , elles crièreiit de concert ! Vive la nation! Hait oents soldats passèrent soUs les drapeaux de la ville ; le reste rentra dans les en» semés après avoir juré de ne jamais 'trefnper ses mains dons le sang français. Effrayé^ le comte Langeron manile deux nouveaux régiments /pui*^ leur donne oontre-otdre. 14 veut prendi-e les couleurs nationales; on lui reAise cet honneur. Il se résigna enfin à quitter notre ville , de crainte qu'une émeute ne l'y forçât tôt' ou tard.

Rennes, maintenant plus tranquille que Paris, allait porter toute son attention sur les événements qui «accomplissaient avec une magique rapidité antour et dans le sein de l'assemblée natiouàlei La municipalité de Rennes, dès le mois précédent , malgré la décision de l'assemblée nationale du 47 mai, avait ordonné de suspendre la levée de tous impôts pour le roi et de toute contribution povr les seigneur», justifiant par ces vagues dénominations une mesure aussi imprudente qu*illégale, dont elle p^o^ pagea l'exemple en expédiant à toutes^ les villes de Bretagne des députés chargés de leur communiquer l'arrèlé de la commune rennaise, et de les inviter à s'armer. Celles-ci répondirent en mettant 40,0M hommes à la disposition de l'assemblée nationale, qui s^ufibroa en vaân

d'afflèter par ées'déoiets rid>iift die cec^ refus d'impôts , et la persécutioD naissante voenfre les nobles el lespFètres.

Le rétnhatdess Ameeles jouroéesi dee 5 et 6; octobre -vint accroitne eneore félan des prcMocsés.

>(478d«). Attentive ans grands finta de fi» destinée qol s'acoonpUssaiéa£ lbîa.d*elk^, aotre ville avait eu k s*oo enpcr d'ëvéoemeniB phia prochains ^ qui n ataiei»! pas moins sérieusement captivé son attention» Ainsi dès, le mois d*o<v tobre de .rannée qui venait de >« écouler, elle avait été appelée à poiter à ses £ràres le secouvs qu'elle 'C» levait reçu naguère^ Des troubles >a(vaient éclaté à Lannion au sujet cfes grainsé iAennes^ tcooMne toute la Bl^tagne, y avait envoyé un détaéhsnient 4e/sat force amiée^ Cette réjunion fortuite dé Jbous lea BreSèns, unis dans la même pensée-^ avait donné fidée 'd'une iédératieo y qui eut lieu* au conn mencement de l'amtéé suivante^ •

Pontivy avait cté^ choisi pour cette solennité comme* le point le plus central. Rennes. y fut représentée par Mth' reauy qui présida et signa < pour elle te|)acte fiédéi^tif où l'on arrêtait de « renouveler au père tendre , au monarque » citoyen, qui met sa gloire letscm bonheur dan& celui de » ses peuples^ L'hommage respectueux des jeunes eîtoyeii» Y français» # La Bretagne' en cette- oocaaion devançait en-* coré Paris.

• • Jalousc'detenifila «première les engagements pris .à Pouiivy> notre ville, donnant l'exemple à la Bretagne', enr voyait an secours* du cbâteaU; du Bois' de la Roche un dér tachement de sa garnison, composé de cinquante homs^es du riment d'Actoisy de seine dr2q;ons, d'Orléans, et de 4«enm>gsrdcs nationaux, parmi lesquels on trouve les noms delitmérer^. Defevmont, Leplat^iKnet, Le Graverendt ËUiot-, fioénard:, Basaoet^ etG».Uo grand nombre d'autres ftifes paimla • témoi^^cnt à neftie époqaa ^ l*esprit de conciliaiien qui idgniit dans mkne yslle*

iPlueieurs |^tîlshmiimes ve|iaient prêter .le serment

civique devant notre municipalité, et M. Begasscm de la Lardais poitait pour eux la parole.

L'esprit d'opposition était cependant encore wvace dans la noblesse parlementaire. La chambra des vacations , en Fabsence de la cour , refusait d'enregistrer les décrets de l'assemblée nationale et même la déclaration du roi qui lui en intimait Tordre. Qtée à la barre de la Constituante , elle y comparut dans la personne de son président, M. de la Houssaye, et de dix conseillers du parlement breton. Sa justification , présentée avec adresse et dignité par M. de la Hottssaye « soutenue et appuyée par Mirabeau , fîit combattue par les députés iMMons Le Chapelier, Defermon , Lanjuinais , qui malgré les efForts de Gazales , et avec l'appui des grands orateurs de l'assemblée, firent prononcer un décret improuvant la conduite des magistrats bretons , et les déclarant inhabiles à toute fonction , jusqu'à ce qu'ils n'eussent prêté seraient de fidélité à la constitution acceptée par le roi.

3 février. Bientôt un nouveau décret vint remplacer l'ancien parlement par une cour supérieure qui (îit installée au palais le 48 février , sous la présidence de M. Talhouet de Bois-Orhand , ancien président au parlement. Vingt conseillers siégèrent avec lui. La compagnie d'artillerie de la garde nationale célébra cette installation par une salve.

Les réformes pleuvaient des mains laborieuses de l'assemblée nationale. La France avait été divisée eu 85 départements, et notre ville était devenue le chef-lieu de celui d'Ille-et^Vilaine.

Les administrations départementales et munidpales s'étaient formées en vertu de la nouvelle oi^nisatiou décrétée par l'assemblée nationale.- M. Tréhu de Monthierry avait été réélu maire ; mais à la fin de la même année , (24 novembre 4790), nommé membre du directoire de département, il fut remplacé par M. de Talhouet.

Notre ville , à l'ezen^le de Paris , eut aussi à cette

époque sa sodéné populaire , qui «'intitula des amis de la constitution , dans laquelle entrèrent beaucoup d'ecclésiastiques, et qui eut pour présidents Lelivec, Robinet; pour secrétaires , Ponsard, Lesbeaupin, Sevestre, Dufour; et pour rédacteurs y Gohier, Suryille, Besnard.

La fédération y qui avait solennisé à Paris l'anniversaire de la prise de la Bastille j eut son retentissement à Rennes j lorsque les députés qu'elle avait envoyés pour la représenter revinrent avec la bannière fédérale qui devait en consacrer le souvenir. La nouvelle fête ne fut pour notre ville qu'une seconde édition de celle qui avait cimenté l'année précédente son union avec la garnison.

Malgré toutes ces manifestations conciliantes , les troubles naissaient dans les campagnes environnantes , et la municipalité faisait de vains efforts pour calmer les paysans.

('ITiH .) La constitution civile du clergé avait semé dans notre pays les causes les plus actives de désordre. Votée dès le 42 juillet de l'année précédente ^ elle n'avait pas encore reçu son application en Bretagne. Notre ville en fit pour ainsi dire le premier essai par l'élection de son nouvel évéque l'abbé Le Coz, ancien principal du collège de Quimper. Il n'avait accepté les suffrages des électeurs de Rennes, qu'après avoir fait tous ses efforts pour déterminer M. Bareau de Girac à ne pas renoncer à son siège en refusant de se mettre sur les rangs pour la candidature y et de subir les conditions imposées par la loi.

La persécution ne se déclara pas immédiatement , et les partis vécurent quelque temps en présence dans une paix apparente. On cherchait à se convaincre mutuellement. La société populaire fit aussi ses efforts dans cette œuvre de conciliation y vers laquelle la poussait une généreuse illusion. Une adresse signée Gohier , président , Lesbeaupin, Robinet, Tardiveau, secrétaire, fut laite aux habitants des campagnes pour les calmer, en leur démontrant les bienfaits de la révolution.

Mhk ceHè-d, «wicire tmp^tf faimml moptisa dans la dépattenUBOUj cootinoatl de mindieriiàns on». «m peu eôndfiante. Mmbeau hMtik trop taod cqntte latonent^ et non paft aaas eat&dlk* sa popafaotoé; iMeatftt H nacNH rut 9 et peut-être à propos. Un deuil gMcral contrit la France. Noire yille y prit part d'une manière pubiîqae, en arrêtant que ses officîen muaic^ux ne paraltraieBl qu*en Tétement noir pendant qodquea jours <• .

Un autre ërénement viat bientôt firapper les eqprils prévoyants d'une tristesse non mon» profonde. .Le rot a-vait tenté d'abandonner k Fmnoe etarait été anécé.à Yarenne^. Mais entre la fuise et l'arrestation ^ il y avait eu dans les départements un moment fd'nngoisae qui se manifesta par <les mesures subites contre les ennemis enehés' qu'on avait tolérés jusqu'alors^. A Bennes , la ganiison se leva spontanément et vint offrir son serment à la btftion. Mi de Toustain, son oemmandant, donna le premier f exemple. Tous les corps administratifi» se réu* nivent et reçnreiM; anoeessivement le serment? paescrît par les décrets des 44 et 45 jmi.

LeS' administratioa» de d^artementee constituaient en permanence^ La surveillance la phis 'aotive -épia les mou» T^nents de ceux qu'on sovpçonoast« Bieiltôt on. af^rend l'arrestation- du roi 'et 'sa mise en «urveillance. La consti» tution achevée an* milieu d'embarras eaiis .nombre par Vassemblée niitionale y à laquelle elle valut le som de Gonstituanlte y Tédame un nonveau seement prêté avec ftansport; pnis mise pres<pi'aus6itdt en exécution, cette eoqstitution appelle ,- avee le décret du 28 mai, les électeurs ans assemblées primaires pour nomment les nouveaux dépotés ) qui doivent remplacer ceux de la Constituante , d<mt la mission est tarminée y et qui ont le. tort immense d'exehine ses membres de> là seconde légulature. Enfin la garde nationale reçmt une nouvelle organisation^ preaqu'au tAême instant nù s'ouvre Rassemblée législative.

IJCISIATIVC.

M. Le Chapdier^ qui avait fait partie de la députa*tion à rassemblée Datiooale, s'était fait inscrire ^ à son retour à Rennes , dans la société des amis de la constitution. L'admission semblait ne devoir souffrir aucune difficulté pour oelui cpiî avait tant tait preuve d'élo<juence et de talent à la tribune. Mais ii était accusé d'avoir tàU partie du club modéré, des Feuillants^ établi à Paria pour balancer l'influence de celui des Jacobins , qui te^r dait à dominer la France en s'affiUant toutes les sociétés du royaume. Bien que la> soiciété rennaise, où présidait alors Lanjuinais , eût refusé cette affiliation y l'admission du nouveau membre devint une cause sérieuse de dÎA** corde. Toute la villa fut en émoi pendant trois jours qu^ durèrent les débat». Achille Sevestre , membre de la société , et chef du parti o{^santy reprochidt à soa ancien col** lègue y hd Chapelier , d'avoir parlé à la tribune contre les assemblées populaires, et favoridé l'établissement de la liste civile. Un pamphlet iatitulé l'Ordre du jour ou lea Deux Evangiles ^ fut rqptfindu dans la ville et anioia les esprits déjà trop divisés. Les vainqueurs allaimt se proa-r crire entr'euz. Ou ne s'entendait plu» sur les moyens d'arriver au but. Cependant^ malgré la menace que firent les sodétas affiliées de cesser, de correspondre j si Le Chapelier était admis, il £ai reçu aprèa de longs débata^ au bout desquels cent vingt membres firent scission ei formèrent une seconde société. Le nouvel élu fot bientôt nommé président de celle fai s'était épurée par cette, retraite, ce tpà u'cmpècba pas cette société de a'aCfilier plua tard<au club des^laeQbin»; ma» elle professait alors des. principes plus modérés. ....',

448 msToniB db aerhbs.

Par malheur y l'exceptioD allait prendre sans cesse la place de la règle, et la dictature nécessitée par les événements devait étouffer la liberté proclamée dans les pei^ sonnes et dans les choses. Le refus de sanction du roi aux décrets contre les émigrés et les prêtres , entretenaient une agitation qui devait être non moins funeste que les menaces de guerre parties de Tétranger.

(4792.) La nouvelle année s* ouvrit avec une ère nonvelle que l'on nomma celle de la liberté , et que l'on fit remonter à 89. Déjà quatre ans s'étaient écoulés depuis que la France avait voulu rompre avec la tradition du passé ; elle était loin de se douter de ce que l'avenir lui réservait dans les quatre années qui allaient suivre.

Celle qui commençait n'était pas moins grosse d'événements. N'ayant point à les décrire , nous n'avons qu'à en constater le contre-coup dans notre ville. On y apprit avec joie la déclaration de guerre à l'étranger et le commencement des hostilités. La révolution devait faire ses preuves dans l'Europe incrédule et jalouse, mais la tentative anarchique du 20 juin attrista tous les esprits comme un funeste présage qui devait se réaliser tôt ou tard. La coalition et le manifeste de Brunsvrioh parurent moins redoutables que ces essais de bouleversement intérieur.

Rennes avait envoyé ses fédérés à la firontière comme toute la Bretagne, au premier appel de la patrie. Les Brestois avaient même passé par notre ville, mais elle apprit bient6t que retenus à leur passage à Paris , ils avaient pris part à la journée du 40 août, qui sans eux et les Marseillais eut peut-être encore été un échec pour les Parisiens de Santerre.

La déchéance de Louis XVI , son emprisonnement au Temple avec sa fîmiille , les massacres dans Paris , affectèrent diversement les esprits dans notre ville et y répandirent une inquiétude générale. On y voulait, on y croyait possible la révolution avec le roi.

La municipalitë déclara alors seulement la patrie en danger, comme rassemblée législative Tavait fait dès le 4i juillet devant les menaces du manifeste du roi de Prusse. Tous les citoyens en état de porter les armes furent convoqués par une proclamation lue au prône , dans la salle du conseil de la commune , pour s'y inscrire comme volontaires. On ouvrit en même temps un registre pour assurer par souscription des secours aux femmes et aux enfants de ceux qui seraient aux frontières. M. de Châteaugiron souscrivit pour 2,000 1. Les enrôlements ne se firent pas attendre. Une compagnie s'bi^nisa et fut casernée, mais il lui manquait des urmes. Elle demandait des fusils. On ordonna un recensement des armes et munitions qui se trouvaient chez les citoyens. Quelques-uns, M. Geslin de Chasteaufur, en offrirent en nature ou en argent; d'autres , M. de Ghàteaugiron , donnèrent des chevaux. Bientôt la compagnie fut armée, et Ton en organisa une nouvelle dite des Chasseurs , en attendant qu'on pût former les deux bataillons que l'Ille-et-Vilaine envoya plus tard aux frontières.

D'autres devoirs plus difficiles à remplir exigèrent tout le zèle et tous les moments de la municipalité. Des visites domiciliaires devinrent indispensables pour empêcher les réunions clandestines contraires à la loi. La municipalité défendit aux prêtres insermentés de se réunir plus de trois dans le même lieu, et de sortir de la ville. Elle ordonna de rentrer dans l'enceinte à ceux qui résidaient en dehors, et de se présenter deux fois par jour à la maison commune pour y répondre à l'appel et y donner leur adresse.

Un décret avait supprimé les.tities, et avait ordonné leur destruction dans les dépôts publics. La municipalité rennaise dut obéir , et fit incendier sur la place , le 5 août, les titres généalogiques déposés dans ses diverses archives.

450 HI8TOIBB 1>B RBinVBS.

M. de la Motte-Fablet , ancien maire , qui avait emporte Testime de tous ses administrés , estime dont uo témoignage public est reste dans le nom de Tune de nos rues y M. de la Motte-Fablet se vit gardé à vue chez lui y comme autrefois les membres proscrits du parlement; Mais il échappa bientôt à la sentinelle placée k sa porte, et fut accusé d'avoir manqué à la parole qu'on lui avait arrachée de vivre ainsi- captif dans sa propre maison.

Le premier bataillon des volontaires d'Ille-et-Yilaioe , soupçonné de feuillantisme , c'est-à-Klire de modération, fut renvoyé de la frontière dans une place de guerre. Les prêtres insermentés que l'on avait seulement surveillés jus^ qu'alors dans notre ville, furent reclus d'abord à Saiat- Melaine, puis à la Trinité, et les Jacobins et Capucins enfermés au petit séminaire. On exigea la suppression du costume ecclésiastique; on fit évacuer les maisons religieuses ; on exhuma les châsses en plomb des caveaux des communautés et du chapitre , pour faire des balles. Oo ordonna la destruction des armoiries publiques et privées.

Rennes eut alors ses premiers juges de paix dans Messieurs Buchet , Gautier , Rerollier et Légué.

D'autres soins non moins graves occupèrent en ce moment les esprits. L'assemblée législative avait, en présence des événements du 40 août, appelé une convention nationale pour lui succéder avec des pouvoirs plus étendus et proportionnés aux intérêts qui venaient de sui^r. Conformément à son décret du 4 4 , tous les citoyens âgés de vingt-un ans, artisans ou propriétaires, se réunirent le 20 dans notre ville, en assemblée primaire, pour nommer des électeurs âg^ de vingt-cinq ans , qui , à leur tour , devaient élire des députés à la convention nationale. Les suffrages tombèrent sur MM. Lanjuinais , Defermon , Duval , Chaumont , Lebreton , Dubignon , Tardiveau, Obelin, Beaugeard. Us eurent pour suppléants MM. Morel, Gilbert, Coumé, Trouhard.

4ÎM

Talhouet et Crohiér forent iK>aiiiié& en même temps adjoîuts à la d#putution oamwe hauts juras.

Sur ces eatreraites , des comnûssaîres du pouvoir exé^ cutif arrÎTèreot à Reope^^. C'étaieut des délégués du cou* seil souTeniîd entre les oiuiiis desquels la légLilative avait abdiqué une par(ie de «es pouvoirs dès le 44 août. Us éuiîeut etiTOjés de Paris dans les dépârtem^ta • pour y 9 acGél«M'er toutes W mesures ptopi^^ à sauver la patrie, n Parmi celles qui furent prises en cette circoustance, il ne fuul p;is oQ(ieiii*e de citer Fenlèvement du cheval de brooKe élevé sur la place du palais. Déjà la statue de Louis XIV et celle 'de Louis XV avaient été transférées dans 1 église SuioL-Gcrmaint* Le cheval resté seul devait être converti en canons, mais Tordre ne fut pas exécuté immcdiatement.

Cleotôt une proclamatioA vint apprendre aux dtojens de Rennes que la convention nationale s'était constituée , et qu'elle avait aboli. la royauté en proclamant la repu* blique*

e^vvBirnov Kft.noMAUu •

L'inauguration de la troisième assemblée nationale , et celle de l'ère républicaine qu'elle venait de créer , sur la motion de Gollot-d'Herbois ^ furent célébrées à Rennes par une illumination , une salve d'artillerie et tous les détails obligés de ces fêtes patriotiques. Les décrets de la •convention furent proclamés dans les rues par la municipalité y accompagnée de la garde nationale , et l'an I^ 'de la république , qui ne devait pas tarder à devenir celui (d'une dictature terrible , conamença au milieu des inquié^ tudes f des dévoùments et des préoccupations politiques de toutes sortes. La société populaire venait de se constituer

482 HtSTOIRB DS HBiniBS«

SOUS le nom des amis Ae U Kberté et de T^lité. Les assemblées primaires divisées m huit sections j qui abontissaient à un comité central , étaient convoquées pour renouveler les membres de l'administration départeoaentaie. Une compagnie de cavalerie s'organisait , et la ville demandait huit canons pour sa défense. Un drapeau était arboré , les jours de marché, sur les places Sainte-Anne, des Lices et du Pré-Botté. Les rues prenaient des dénominations républicaines.

Nos armées triomphaient et envahissaient à leur tour le territoire ennemie Notre ville célébrait leurs victoires par des fêtes civiques , pleines de joie et d'espérance.

Elle voyait avec satisfaction l'un de ses plus dignes citoyens j M. Codety appelé à Paris au ministère pour donner ses vues snr l'instruction publique.

Mais ces heureux présages étaient bientôt attristés par des circonstances sinistres. Des complots se tramaient dans l'ombre; la ville était menacée de voir se renouveler plus sanglantes peut-être les scènes tumultueuses auxquelles elle échappait à peine. On parlait d'enrôlements clandestins , d'évasions de prisonniers qui allaient grossir une armée de rebelles. On citait des tentatives d'embauchage; on avait vu des recrues s'exercer dans les jardins de l'hôtel d'Ar^ tois, chez le sieur Augustin Déan. Bientôt de nombreux prévenus sont arrêtés. Un procès criminel s'instruit et tient .toute la ville dans une agitation qui explique le vif intérêt que l'on porte aux accusés, et la nécessité de l'exemple à donner à ceux qui seraient tentés de les imiter. Treize accusés furent condamnés à des amendes de SOO 1. et à une détention plus ou moins longue ; mais Charles Elliot et René Blaleuvre, convaincus d'embauchage , et moins heureux ou moins adroits que les autres dans leur défense, se virent condamner seuls à la peine de mort

Le nouvel instrument de mort , adopté par l'assemblée

HUVQIBB DE BIHHSS. 456

législative , sou5 le nom de son inventeur , la guillotine se dressa pour la première fois dans notre ville ^ au bas de la place du Palais , à l'entrée de la rue de Bourbon , ou plutôt de l'Egalité, et la force armée vint se ranger k l'entour pour assurer l'exécution de la loi.

Il était deux heures après-midi; la population agitée ne se calma vers la fin du jour que devant les bayonnettes de la garde nationale. D'autres événements entraînèrent bientôt ailleurs l'attention publique.

Le maire, M. Talhouet, venait d'être appelé par les électeurs à l'administration départementale , ainsi que quet ques autres membres du conseil de la conunune. Il fiJlut les remplacer. Leperdit entra comme notable dans la nouvelle administration municipale, et Duplessis de Grenédan, celui-là même qui, le 48 juillet 89, avait été couronné par la jeunesse de Rennes , fut installé comme maire le 47 décembre. Le Graverend fut nommé procureur de la commune.

Cette installation, qui se fit avec la solennité , d'usage, fut suivie de celle des tribunaux criminel , civil et de commerce , dont le renouvellement avait dû avoir lieu , conformément au décret du 22 septembre.

Mais une mesure qui agita vivement notre ville à cette époque fut celle de l'émission des billets de confiance créés à la demande des négociants et manufacturiers , pour le soulagement de la classe ouvrière.

L'année 4792 finissait dans notre ville au milieu de nombreuses préoccupations politiques , et celle qui commençait n'en apportait pas de moins vives ni de moins multipliées. Tous les esprits, tous les regards étaient alors tournés vers la grande scène qui se passait dans le sein de la convention nationale. Le jugement de Louis XVI était commencé ; il avait comparu deux fois à la barre de l'assemblée avec une dignité calme. Son éloquent défenseur , Desèze, avait été entendu de toute la France. Lanjuinais

aTÛt demandé ra)oumement; l'agitation de Paris était eztrAme et retentissait dans les départements.

Dans la dépotation d'Ille-et-Vilaine, tous fnrent nna* aimes pour la culpabilité. Txob demandèrent Tappel au peuple 9 trois la réclusion , trois la détention, et quatre seulement sur dix votèrent la mort.

La consternation fîit générale dans notre ville. On sut gré à Lanjuinais d'avoir protesté contre l'ill^lité et l'ir^ régularité du jugement de Louis XVI; d'avcûr motivé son vote contre la peine de mort , sans égard aux considérations politiques. On prévit tous les excès dans lesquels allait entraîner la guerre civile et la guerre étrangère; on se dévoua pour sauver le pays, et toute autre prMccupation disparut devant celle-là.

Ce fut à cette époque que l'on demanda rétablissement d'une école' d'artillerie à Rennes. Aucun intérêt local n'échappait à l'activité de la commuoe ; elle se déclarait bientôt eo permanence. Un officier municipal et deux ootafoles se relevaient toutes les deux heures jour et nuit, suivant l'ordre du tableau. Les sections s'assemblaient sous la pr^idenoe des commissaires de la muoicipalité , pour l'exécution du décret du 24 février sur la levée de trois cent mille hommes , et le zèle patriotique dépassait les limites du contingent qui devait alimenter les neuf armées de la république.

Une mention honorable était votée au civisme de la compagnie d'artâllerie , qui envoyait cinquante-<]uatre hommes à la défense des côtes. En ce moment , le gé» néral Bourdonna», chef jde l'armée destinée à les dé» fendre, venait fixer son quartier-général à Rennes, et les commissaires de la convention , Rôchegude, Defermon, Prieur , arrivaient investis de pouvoirs illimités et chai^g& d'organiser la défense de la Bretagne.

La révolte éclatait partout dans les campagnes au sujet de la réquisition. . La garde nationale envoyait des dâa-

HUTOlftE DB aBNNES. ASJI

chements dissiper et saisir les rebelles. Il fallait se livrer à tous les soins à la fois : sur uoe pétition des amis de la république 9 dans la société populaire, la municipalité arrêtait de faire enlever le cheval de bronze de là place de régalité , et d^y élevei; une pyramide en marbre avec cette inscription : « Aux mânes des défenseurs de la ré» » publique ! » Les citoyens Veillon , Leroux et Binet furent chaînés de l'exécution. Le transport seul du cheval fut effectué au cimetière SaintnGermain. Le piédestal de-» meura encore debout quelque temps avec ses bas-reliefs.

La disette des grains se faisait sentir aux marchés de Hennés. On demanda au ministre six cents sonmies de froment pour les approvisionner. Bientôt, grâce aux démarches de Lanjuinaisy la convention accorda un secours de cent mille livres à notre ville. Elle obtenait aussi rétablissement d'une fonderie de canons. Si la discorde régnait dans les campagnes , le zèle s'exaltait dans les villes. L'union devint plus forte en présence du danger. Les scènes de dévoùment se renouvelèrent à chaque occasion.

Les jeunes gens se réunissent-ils au collège , sous la présidence du commissaire de la municipalité, Malézieux, pour exécuter la loi surlerecnitement^ ils s'inscriventd'enthousiasme sur les feuilles d'enrôlement, sans attendre que le sort les désigne , et jurent de ne déposer les armes qu'après avoir délivré la patrie de ses ennemis. La société populaire donne le même exemple , et voit les membres de l'administration départementale, saisis du même entraînement, venir dans sou sein renouveler le serment ile vivre libre ou mourir , et beaucoup tinrent parole.

Joseph Sauveur , président de district à la Roche-Ber^ nard , ne venait-il pas d'acquitter un pareil serment avec un courage sublime? Tous les cœurs s'émurent au récit de sa mort tragique. Notre ville célébra un service funèbre en mémoire du jeune homme qui avait vu le jour dans son sein , et pour les cendres duquel elle demandait une plgce au Panthéon.

De porôb traits detaicot soitout s'imprimer en caractères de feu dans l'esprit de la jeunesse. Les écoliers du coU^ de Reones , jaloux de donner à leur manière une preure de leur dévoûment , offrirent à la commune de oonsacrerla valeur de leurs croix d'empereurs au secours des volontaires. On accepta j et ils recurent pour insigne « un ruban national arec cette inscription en lettres d'or : « Prix du mérite ; et en exergue : Collège de R^nes ; puis - « au rerers : An D de la république. »

ConTaincue du zèle public, la commune affichait au coin des rues : « Avis aux citoyennes patriotes! Celles qui » Toudraient employer quelques instants de loisir à tri- » coter des bas pour nos frères des frontières y peuvent » s'adresser aux citoyens Bicon , rue d'Estrées; Bouvard, * hôtel-de-ville; Galbois, place des Uces; Gallonnais, » place du Champ-Jacquet , qui leur fourniront la madère » première. »

De nouveaux commissaires de cette infatigable assemblée qui siégeait aux Tuileries, Merlin, Gillet, Cavaignac et Sevestre arrivaient à Rennes et étaient reçus solennellement dans le conseil de la commune, d'où ils adressaient uoe proclamation aux habitants de l'ouest pour les engager à rentrer dans l'ordre. Les efforts de notre garde nationale avaient un effet plus réel, du moins dans nos environs.

Malheureusement un puissant et dangereux exemple allait les rendre sans elTet pour la tranquillité du pays. Le 54 mai approchait , ^t la convention , sous l'influence de l'anarchie , proscrivait une partie de ses membres accusés de modération. Les Jacobins terrassaient les Girondins à l'aide de l'émeute qui devait les terrasser eux-mêmes un jour. La représentation nationale était violée, et la Bretagne s'en indignait en préparant ses moyens de résistance contre le nouveru despotisme qui menaçait le pays.

Rennes avait vu avec admiration l'inébranlable courage de Lanjuinais protester contre l'illégalité. La commune

aiSTOIRB »B &BN1ISS. 457

lui écrivit « pour lui exprimer Thorreur qu'elle ressentait v des attentats dont il était victime » avec ses coliques bretons ou girondins. Des adresses étaient envoyées à la convention nationale pour lui déclarer qu'on ne la croyait plus libre. On ne se bornait pas à ces manifestations écrites, on agissait. Avant la chute des Girondins , aux premiers indices de discorde dans la convention , une commission de cinq membres , Gilbert , Duplessis , Piet , Goumé, Blin j avait été formée dans notre ville pour s'occuper de l'examen des trois questions suivantes : la convocation des assemblées primaires, l'envoi d'une force armée près de la convention, le rappel des représentants en mission. A la nouvelle de l'arrestation des 22 , sur la liste desquels avait aussi été porté Defermon , à la demande de Marat , les autorités se constituèrent en permanence, et sur la proposition du maire, arrêtèrent de répondre à l'appel des autres départements de la Bretagne. On organisa un comité central où vinrent se réunir les délégués de toutes les villes bretonnes , et qui prit la suprême direction des mesures à prendre. Deux députés de la Gironde vinrent y soumettre ce malheureux plan de fédéralisme , qui rom* pait l'unité de la France; grave illusion, premier et seul tort , cruellement expié , d'hommes jeunes , éloquerïfs , pleins de générosité et d'inexpérience qui , forts de la protestation de soixante-treize d'entre eux , ne craignirent pas de commettre les destinées de la France aux chances d'une double guerre civile. Cependant pas une voix ne s'éleva dans le comité contre l'erreur fatale de l'union des départements de l'Ouest et du Midi pour combattre la convention. C'était fournir à celle-ci un terrible argument. Quoi qu'il en soit , et pendant qu'une force armée s'organisait sous le nom de fédérés , on décida , avant d'en venir à l'action , dont on compromettait ainsi lé succès, de tenter d'obtenir la liberté des députés détenus. Douze commissaires élus par l'Ille-et^Vilaine et le Finistère

458 BlftTOttB DB BEHnS.

se rendirent à Pans, où ils faillirent partage le sort de ceux dont ik Tenatent réclamer lu liberté. Us reTiorem bientôt à Rennes, après avoir eu Tespoir fugitif d'obtenir à leur cause radhésion de 66 départements* L'inutilité de leur mission démontrée , on n liésita pas à renouTeler Je serment de « fiiire une guerre éternelle aux tyrans ^ aux » traîtres et aux anarchistes; de maintenir la liberté, » régulité, la république une ei indwisible ^ la sàreté- » des personnes et des propriétés, en- même temps <|ae » la souTeraineté nationale. » Les termes de ce scxtneat prouvent, il nous semble, autre chose qu*une cootradiction , dont on ne se mettait guère en peine. On ne concevait pas la république sans unité , et la France morodée en parties à la fois dq>enda&tes et indépendantes 6e l'ensemUe national. On la voulait une et indivisible , après avoir vaincu; hmos les lenteurs dont on s* entourait accumulaient chaque jour un danger de plus.

Au milieu de ces circonstances critiques, ^et peodant que le comité central s'occupait des moyens de réunir une armée, notre ville cherchait à remplacer quelquesuns de ses officiers municipaux qui avaient donné leur démission. Mats les notables, et parmi eux Leperdit, refusaient d'accepter les fonctions que leurs collègues abandonnaient. Les démissions étaient alors rejetées , et tous restaient à leur poste , au moment du danger , sauf quelques-uns que leur santé tint éloignés.

Ce (ut aussi alors qu'on plaça un bonnet de la liberté sur la tour de l'Horioge , et qu'un incendie terrible dévora une partie de la rue de Pesé. Notre ville dut à ce sinistre, qui rappela celui de 4720 , la première organisation de sa compagnie de pompiers.

Cependant l'armée fédérée se réunissait à Caén , sous les ordres du général Wimpfien. Lanjuinais arrivait à Rennes , se présentait au conseil de la commune et le remerciait de Tintérêt qu*il lui avait témoigné pendant son

HSTOIBS SB WUriIBS. 459

arreBtatioD illégale. Le maire lai donnait l'accolade, au nom du conseil, et lui exprimait de nouveau ses sentiments de bienyeillaiice.

Les actions appdëes à voter sur le départ du maire , comme député près de l'armée fédérée, le retenaient â Rennes , et envoyaient à Caén Le (kaverend pour les représenter.

Presqu'an même instant elle apprenait l'échec de l'armée fédérée et la victoire des troupes montagnardes. Les ^ Girondins proscrits venaient , sous la protection des fédé^ rés bretons, chercher un asile que ces derniers leur avaient offert dans leur pays. Le bataillon d'IlIe-et-Vilatne, après avoir confié leur sort non sans peine aux fédérés du Finistère , rentra dans les murs de Rennes, avec ses canons, que n'avaient pu lui arracher les Parisiens. Lanjuinais et Defermon se cachèrent dans les environs de notre ville chez des amis généreux, qui n'hésitèrent pas à exposer leurs jours pour sauver ceux des proscrits. Il fallait courber la tête et laisser passer l'orage ; il menaçait de plus d'un côté. Les Vendéens assiégeaient Nantes. Le bruit se répandit tout-à-coup à Rennes qu'ils s'en étaient emparés. Grande fut la terreur; elle ne dura pas longtemps. On apprit bientôt que les assiégeants avaient été repoussés. Ce danger échappé, un autre allait surgir. La vengeance de la montagne ne pouvait se faire attendre , et l'on cherchait à la désarmer par des soumissions empressées.

Mais cela ne pouvait sauver Rennes des griffes du chaud |

patriote du Cantal ^ qui venait pour la régénérer au nom de la convention montagnarde. Il y arrivait le 4^^ sep- ^

tembre, au milieu des témoignages d'adulation populaire, qu'il eftt trouvés si coupables,, donnés à un prince. Sa présence , comme on disait alors, fut un coup de foudre pour les conspirateurs et les fédéralistes, c'est-à-dire pour tous ceux qui étaient soupçonnés de modérantisme , ou qui avaient quelques ennemis parmi les terroristes , car de

460 HUTOiRB HE asHUBs.

ce jour commença dans notre ville ce qu*on appela si justement le régime de la Terreur. Après avoir ùàt vé* rifier ses pouvoirs aux sections y Carrier se rendit à la société populaire où il développa les motifii de sa mission.

Après son discours , le redoutable orateur fut recondoît par la société en masse à l'hôtel Monthic, me Srâii- Geoiges , où il demeurait , et qu'on s'était empressé de désigner sous un nom plus convenable au zèle ardeot du féroce montagnard. Le peuple se pressa sur son passage et l'accompagna eu faisant retentir l'air de cris d^allégresse, de cluints de. liberté.

La municipalité y soupçonnée et dédaignée par le représentant, envoya chez lui une députation composée de Leperdit , Dufour , Moro et Baymé , qui lui soumirent une lettre du ministre de la justice, Gobier,. annonçant la prise de Toulon par les Anglais , et recommandant des mesures sévères contre les étrangers. Les délégués de la commune venaient s'entendre avec lui sur rétablissement de ces mesures. Carrier les congédia en disant qu'il se chargeait seul de ce soin. Il ne voulait pas reconnaître l'autorité municipale jusqu'à ce qu'il ne l'eût épurée à sa manière.

Cela ne devait pas tarder ; mais c'était la société populaire qu'il prenait pour base de son pouvoir , pour moyen d'influence sur l'esprit public, et pour conseil dans ses choix. Le lendemain de son arrivée, il y retourna pour justifier la Montagne de la révolution du 54 mai , et convaincre ses auditeurs, qui n'avaient garde de le contredire, que « sans elle la France pleurerait sa chère liberté. •

8 septembre. Le dimanche suivant, portant l'écbarpe tricolore en bandoulière , il passa en revue la garnison et la garde nationale, et leur exprima la reconnaissance de la convention pour leur conduite. Puis accompagné d'une double haie de citoyennes et de membres de la société populaire qu il dominait de sa haute taille , suivi de

mSTOIBS DE aSNRBS. 464

toute la force armée , au son du tambour et de la musique j il se rendit sur la place de TEgalitë pour y planter un arbre de la liberté. Les cris de : vive la république ! vive la Montagne ! ne cessèrent de flatter ses oreilles pendant la cérémonie. On fit un auto-da-fé des attributs du despotisme monarchique , du portrait de Louis XVI et du drapeau de la force départementale fédérée. Des salves d'artillerie retentirent, et les danses , auxquelles les suspects eux-mêmes vinrent se montrer , se formèrent autour de l'arbre symbolique et durèrent jusqu'à l'aurore.

Le délégué de la Montagne devait être content. Cependant cette joie factice ne faisait pas oublier la disette qui s'approchait. Carrier crut devoir prendre la parole sur ce sujet à la société populaire. Il ne manqua pas d'attribuer la cherté du grain à Tégoïsme, à l'accaparement. Il proposa un recensement des grains du département , et de proportionner leur prix au salaire de l'ouvrier et aux travaux du cultivateur. Mais l'exécution de ces mesures difficiles ne pouvait être confiée qu'aux corps constitués , et la ville ni le département n'en avaient plus. Il dit qu'il s'occupait de leur organisation , et que les mesures indiquées seraient ajournées forcément jusqu'à l'époque prochaine du renouvellement des autorités municipales.

Le jour suivant , il présenta à la société le citoyen Pochole son collègue. A l'aspect de cet autre Caius ^ disent les documents contemporains , tous les cœurs se dilatèrent. Des applaudissements prolongés, des élans de joie accueillirent le digne montagnard , qui reçut le baiser fraternel du président.

Quelques jours après , une autre ovation avait lieu dans la même enceinte. Carrier à la tribune justifiait les décrets de la convention et surtout la loi sur le maximum des grains, lorsqu'il fut interrompu par une députation de citoyennes ornées de guirlandes en feuilles de chêne , qui venaient lui offrir des témoignages de fraternité. L'une

462 BliT^iBB OB

A'eWefi , après avoir chanté quelques coiAplets eo rboo de la MofU;igne, présenla à son délégué une civique, comme r<HX>mpen.se des ti^vanx des I^Â&bteun iivec lesquels il av;iit concouru à sauver la liberté. 1^ béauce fut levée après celle scène, qui servît de péror»sou au di6CQurs du leprésienlant.

Recotiduit cbex lui en grande pompe, il ne se point Diiendrir par Umt d^adulatioiis populaii^es , et qui crurent sa iéiXM-ité endoimie en ce moment j s'aperçurent vite quils &\ûalent fait illusion , en voj9H»t rcpoa$sées par dos 1 1 js de béte fauve leurs timides solHciuiiJOiis en faveur de quelques \ ici! mes.

Enfin il songea à déléguer une partie de soci pouvcnr proconsubire à quelques subordonnés qu'il pourrait leair tremblants sous sa main. Le 20sepiembre, il ae rendk avec son collègue Pochole à la grande salle de la maisoB commune, pour installer la nouvelle naunicipalité , doat il avait choisi seul les membres , en vortu de ses pcMiToics illimités. Le principe électoral était . suspendu par la dio taturè de la Montagne. Après avoir prononcé un disoouis énergique, il proclama le citoyen Elias comnne maire; douze olBders.inuiâcipaux parmi lesquels il conserva Leperdit; trente notables; un procureur de la commune et son substitut , qui vinipent individuell^fiient prêter serment entre les mains du représentant. Puis le nouveau maire prit la parole et reçut, l'accolade républicaine. Après quoi les représentants se retirerait. Le maire reçut les serments -de^ jages-de-paîx et commissaires de police 4é8ignés par Carrier, puis la nouvelle municipalité procéda k son or- .gaoisatiiou intérieure pour la division du travail entre s^t JbtireaitUL, ttiaia elle ue, prit, aucune mesure que de .concert ^yeç le», cepcéseutasts. Tous les acles de la vie politique et administrative de la cité allaient cependant aboutir à elle éomme par le passé ; tout , jusqu'à la fieibricstion du paiaet sa distribution entra dans sa responsabilité.

RI5TOIBS DB R£NNB8. 465

Elle dut autoriser son commis aux subsislances , le citoyen MorÎQ , à délivrer lu quaniîré de farine nëcessaire pour lu fabrication du pain à di.'ttribuer aux halles.

(22 septembre an II.) Girrier , comptant stir sa souniis.sion , et voulant se mettre à Fabri denîère ses complaisances, lui demanda une liste des citoyens qui s'étaient compromis dans le fédéralisme girondin. C'était une liste de proscription. On la refusa , et Leperdit fut chargé de traosmettie ta ivpoi)!« au terrible représenlant. Celui- ^

ci, dans une de ces colères dont il avait rhubitiule, m^ naça Leperdit de la prison , de la mort , et ne pouvant ébranler sa fermeté républicaine, finit par le renvoyer à la municipalité où il le consigna. 11 voulut établir un registre de dénonciations et ne fut pas plus heureux. Il trouva sur sa «voie d'autres courages non moins intrépides qui le firent prendre la résolution de fiiire sa besogne lui* mrme.

Il n'asa pourtant épurer la municipalité qu'il avait lui* même choisie, et la laissa s'enfermer dans les soins multipliés dont l'accablaient les circonstances, en se réservant la haute direction politique, c'est-à-dire l'approvisionnement des prisons. Pendant que l'administration municipale faisait briser les diverses statues entassées an dmo* tière Saint-Germain; qu'elle chargeait Leperdit de placer le premier drapeau tricolore sur la maison commune, à l'exemple de celui que les représentants avaient fait placer sur le temple de la loi ; pendant qu'elle célébrait Tan- i niversaire de la prise de la Bastille au pied de l'arbre de \ la liberté, en y déposant deux pierres, dont l'une por- | tait inscrite la déclaration des droits de l'homme, et l'autre était un plan en relief de la- Bastille; pendant qu'elle s'occupait surtout de dresser le rôle. de l'imposition confié, même pour le recouvrement, à ses soins ; Carrier continuait ses instmctions de sans^oulottisme à la société populaire', où tout le nKmde devait se montrer

464 HISTOIEB OB BBNHEfi.

pour éviter d'être suspect , en passant sous l*inspectioB des tricoteuses assemblées à la porte et chargées de noter les assidus.

Carrier souriait quand il voyait une poigaëe d'exaltés venir ^ au nom des jeunes gens de Rennes , demander à être les vengeurs du peuple. C'était le nom qu'on donnait alors au bourreau. La pétition fut prise en considération.

Ces exemples fanatiques du petit nombre opéraient une %Qi%e de réaction modérée dans l'esprit de la majorité , et la fermeté de quelques-uns s'en accroissait davantage. Leperdit recevait-il du terrible conventionnel le reprodie d'avoir favorisé la fuite de prêtres ou d'émigrés hors b loi. Us n'étaient pas hors l'humanité ! répondait avec calme le digne représentant de la cité. Un autre jour, Carrier voulait-il se porter à des mesures rigoureuses envers des femmes de mauvaise vie ^ suspectes de royalisme : Ce sont aussi mes adminbtrées, disait Leperdit en les protégeant de son écharpe municipale. Chaque jour voyait naître un nouveau trait d'opposition à la volonté de l'inflexible conventionnel. On citait le trait énei^que du chef de bataillon de la garde nationale, Pongerard, qu! avait jeté son sabre aux pieds de Carrier , en jurant qu'il né le teindrait pas du sang de ses concitoyens. On applaudissait à la généreuse réponse de Blin, l'un des notables, qui avait osé dire au proconsul en fureur : « Tai » vu la mort sous toutes les formes, sans la craindre, » sur le champ de bataille et dans nos villes ; je ne re- » doute pas la tyrannie, et je saurai la combattre sous » quelque envdoppe qu'elle se présente. » C'était signason arrêt de mort, et il ne tiendra pas à Carrier qu'il ne soit exécuté. Il dresse en secret sa liste de proscription ; il exdte l'ardeur du comité de surveillance qu'il a étabU. Personne n'échappera : Eliai^ même , le maire qu'il a dioisi, paiera de sa tête la prudence dont il semble s'en-

msTOiRB DB renhes. 465

▼elopper. Mais ses yengeances attendent pour éclater que la couTention, dont il dépassera les ordres , ferme les yeux sur le sang dont il inondera Nantes.

La prison lui garde ses Tictimès ^ cela lui suffit. Ceux pour qui elle ne s'est pas encore ouTerte ne vont pas tarder à 7 entrer. L'éyéque de Rennes , LeCoz, coupable d'avoir arraché à ses juges un jeune prêtre insermenté , fut traduit devant Carrier , siégeant au milieu des ciubistes dans la grande salle du palais. Le représentant de la convention, dans un langage non plus républicain , mais grossièrement terroriste , demanda à Tévéque ses lettres de prêtrise. Le Coz, chrétien sincère et ferme, lui répondit par ces vers que l'on a souvent cités : Abandonner un Dieu que l'on craint dans son cœur, etc.

Il fut immédiatement conduit , par les soldats qui l'entouraient, dans une des prisons de Rennes, d'où il fut bientôt transféré au mont Saint-Michel , au milieu de trois cents prêtres insermentés , comme une leçon vivante.

Carrier , lassé de toutes ces résistances , quitta bientôt Rennes pour Saint^Malo , puis pour Nantes , d'où il dicta ses ordres à son collègue Pochole , qu'il avait laissé dans notre ville pour les exécuter. Grâce à l'énergie de quelques-uns de ses cit<$yens , Rennes échappa ainsi à la sanglante destinée de sa soeur bretonne, dont les richesses tentèrent aussi sans doute le féroce proconsul. Délivrée de lui , notre cité respira , bien qu'il lui eût bissé dans le procureur de la commune un autre délégué digne de terminer sa tâche révolutionnaire. Pochole et Hervé se donnèrent la main pour achever l'œuvre du sans-culotte Carrier. Mais notre ville fut heureuse encore d'être quitte à ce prix de la présence du terrible conventionnel.

Notre municipalité continua de s'occuper avec un patriotique dévoûment des intérêts qui lui étaient confiés et que multipliaient encore les circonstances. Son membre le plus actif, Leperdit, commissaire du casernement,

4M BirroiBB db

rétait encore des prisons, où son nom était Tenéré une garantie d'équité. Partout où qudque TerCo étaôt nécessaire, on avait recours à Leperdit. Ce fut à hû que ses eoMégaeSy surs de sa probité et de sa fermeté répubticaioei , confièrent l'une des clefs de la caisse municipale.

Mais le zèle, la probité et le déroûment ne suffisucai pas à réparer tous les désordres, à satisfiiire tous les besoins créés par les circonstances. L'hôpital géoénl manquait de pain et en demandait à la conunune, qui implorait à son tour la couTention.

Parmi les événements dont notre ville ressentit le coi>tre-coup, il en est un surtout qui Tafïecta plus particiiliér&ment. L'année qui avait capitulé à Mayence, et qm se rendait dans la Vendée , où elle allait tout ravager, sous le nom de Ck>lonne Infernale, passa en partie à Rennes où elle fit peser avec rigueur «l'impôt du logement. La ville ne fut pendant un mois qu'une vaste caserne. Les églises regorgeaient de chevaux ; l'évédié était envahi par rétat^-major et les bureaux d'administration des convois militaires. Pochole mettait en réquisition les manteaux des citoyens pour vêtir les cavaliers qui en manquaient. Les habitants des contrées envahies par les Vendéens refluaient sur Rennes et demandaient un asile. La ooramune les renvoyait aux représentants.

La municipalité cependant, toujours fidèle à sa tâche, réunissait en ateliers à la commission intermédiaire et dans une partie de VévAché , les sabotiers et faiseurs de socques pour fournir des chaussures aux habitants , pendant que les cordonniers en fabriquaient pour les soldats , du cuir mis en réquisition chez les tanneurs. Elle mettait à la disposition des agents des poudres et salpêtres les chaudières des brasseries et teintureries. EUle faisait transférer les femmes suspectes au Bon-Pasteur, et s'ingéniait pour faire distribuer du pain privilégié aux malades deux fcûs par semaine. Deux de ses membres étaient jour et nuit en

pc^^manence à la liaison commune , avec deux tambours et deux courtiers.

Les Vendéens^ après leur échec à Gtvmyille , avaient eayahi la Brelague vers Antrain et Dol , avec l'espoir de trouver un appui daos rinsuvrection du McMrbihan et dans les partis royalistes dissémiaés ailleiirs. Reilnes avait tu avec effroi roitrer dans ses murs Une partie des soldats répablicains battus à Aptrain par l'armée veiidéeàne. Les r^Nrésentants du peuple en mission' en Bretagne, Bour* botte, Prieur^ Esnue Lavallée, Turreau , Boursault, xéonis à Pocbole , vinrent tenir à Rennes un conseil de . guerre pour arrêter les mesures propres à réparer la défaite d' Antrain , et à empêcher Tinvasion de dépasser Dol. Ils avaient sous leurs ordres Ktéber et Marceau , Westerman et Marigny, mais aussi Rossignol et MuUer. Une DOttveUe défaite devant Dol vint augmenter les dangers de la position et l'épouvante dans notre ville. Le courage cependant ne fit pas défaut, du' i^oiiis chez un grand nombre, en ces circonstances critiqMes. On compléta avec ardeur, sous lesordses du général Dembarrère, les faibles moyens de défense que pouvait offrir la place. Un arrêté des représentants prescrivit d'entasser dans le même lieu toutes les matières combustibles. Esnue Lavallée avait dit dans sa proclamation : « Rennais, votre enceinte fut le » berceau de la liberté, elle sera le tombeau des hordes » de la Vendée, si elles osent y porter leui^ pas. » En conséquence il fut décidé qu'on se battrait jusqu'à la dernière extrémité aux remparts et dans leç rues ^ et; que si la nécessité y forçait, on aurait recours à l'incendie , et qu'on ne laisserait à l'ennemi qu'un monceau de cendres.

Cette résolution énergique et prise, d'enthousiasme n'eut pas besoin d'être mise à exécution. L'armée vendéenne, ne commettant pas moins de £Giute$ que l'armée républicaine, et négligeant ses avantages, s'en alla de .désastre en désastre périr à Savenay.

468 HISTOIRE DE IlElfirBS.

La municipalité , effaoëe dans le tumulte de ces érénements ^ donna signe de vie au retour du calme , en demandant instamment la levée de Tétat de siège qu'on lui avait imposé. De grands d^ts avaient été jfaits aux propriétés ; de nombreux torts aux particuliers. Les habitants des (aubouiigs ne pouvaient rentrer chez eux par suite de la rigueur des ordres militaires. Cependant le danger n'existait plus. Leperdit et Bouvet furent envoyés vers le représentant Esnue Lavallée et le général en chef pour faire cesser cette situation. Leur requête fut repoussée pour le moment. Cependant Leperdit ayant fait un rapport sur la position malheureuse des fauboui^, et des réclamations urgentes arrivant de toutes parts , Tétat de siège fut enfin levé quelques semaines après.

Satisfaite d*avoir réussi à protéger ainsi les intérêts de ses administrés y en attendant qu'elle pût les indemniser , la municipalité se livra avec un nouveau zèle aux travaux qui réclamaient tous ses moments.

Au milieu de ces embarras ^ elle vit avec effroi son procureur Hervé tracer d'autorité les mots suivants sur son registre des délibérations : « Faisant fonctions d'agent na- » tional soussigné , requière que les ordres donnés par le » représentant Carrier soient exécutés dans toute leur » étendue. » Quels étaient ces ordres? L'arrestation immédiate de vingt-sept individus ^ avec faculté d'étendre la liste indéfiniment.

Leperdit seul échappa à la liste fatale, et pourtant H n'était pas moins coupable que les autres. Commissaire des prisons y il ne négligeait aucune occasion de faire rendre la liberté à un innocent. Un jour il rencontre à la tour Le Bat une jeune fille de 4 8 ans, Julienne Glé, dé* tenue, on ne sait sur quel motif , par ordre du parlement, depuis le mois de juin 4790. L'écrou ne contient aucune allégation de délit. Sur le rapport de Leperdit au conseil de la commune y la jeune fille est mise en liberté.

m. auTOiBB m Bsmms. 469

r m Un autre jour , dans la même prison , s'adressant aux

nri religieuses enlevées à l*Hôtel-Dieu par Carrier : « Que

fAr » faites-vous ici, leur dit^il du ton du bourru bien&isant?

1^4 » Votre prison , c'est ThÀpital ; les malades vous y at-

■fcffp » tendent : c'est là que tous pouves^ servir utilement la

ffèf * patrie. » Et sans écouter leurs excuses , il leur fiât

^ ouvrir les portes , les reconduit lui-même à l'hospice où

gf^ il lés consigne, toujours grondant. Les juges eurent le

If

bon sens de ne pas réclamer.

c I Nous ne finirions pas , si nous voulions tout citer.

De pareils traits de courage civique ne pouvaient manquer d'attirer sur leurs auteurs la vengeance des délégués de la convention. Carrier se chargea de punir au nom de tous , et s'il n'osa pas tracer le nom de Leperdit sur sa liste de proscription , il l'y cooiprit , du moins intentionnellement , parmi ceux qui pourraient être arrêtés comme suspects. Mais, nous le verrons , plus d'une victime lui échappa.

Assez d'autres tombèrent sous les arrêts de la commission militaire présidée par Brutus Magnier. Plus de quatre cents avaient été exécutés; des enfants même avaient été condamnés.

(4794.) Le terrible tribunal, qui tenait la guillotine en permanence sur nos places publiques , acquitta cependant l'ancien maire de Rennes, Talhouet.

Pochole lui-même, couvert de la protection de Carrier, ne fut pas à l'abri des soupçons de cette époque inquiète. Il fut obligé de se justifier devant le comité révolutionnaire de Rennes, d'avoir iait mettre des citoyens suspects en liberté.

C'est au milieu de ces tristes circonstances, quand chaque famille n'était jamais assurée du pain du lendemain , et avait souvent passé la nuit à l'attendre à la porte de la halle , sous le temps le plus rigoureux , c'est alors que des fêtes publiques essayaient de tromper la

470 «UToniB DB BBmnu.

faim des kabitantâ. La convention Tenait d'en décréter une nouvelle qui ftit célébrée le 9 janvier au champ de Mav9.

Quelques jours après, une autre IBte popolake inaugurait le temple de la Raison dans l'andenne église Saint- Sauveur.

Sur ces entrefiiites, le tribunal militaire, qui avait long^ tenips siégé au présidîal de Rennes, et qui s'était transporté à An train pour y juger les Vendéens que l'invasion y avait laissés , vint à perdre un de ses membres , victime de l'épidémie qui régnait dans les prisons et que l'on redoutait à Rennes même. Le citoyen Remacly en mourant , avait exprimé le vœu d'être inhumé au pied de l'arbre de la liberté. Il fut exaucé, mais non sans opposition. La commune osa prendre d'abord une délibération contraire.

Nous devons noter, à l'occasion de la fête funéraire qui fut célébrée alors, que, quelques jours après, un membre de la société populaire vint déposer au conseil de la commune « deux plaqu.es trouvées, dit-il, dans les ù fouilles » faites sur la place de TEgalité pour la plantation de l'arbre , et « contenant des inscriptions dont « il n'a pas été jugé nécessaire de faire état. » On n'était guère archéologue ni historien alors. Les plaques, sans doute curieuses pour l'histoire de notre ville, furent envoyés à l'arsenal pour servir à la febrication des armes , comme les débris du cheval de bronze, auquel elles avaient probablement rapport.

Cette municipalité si zélée, si ferme, si laborieuse, avait fait son temps. Elle allait céder la place à une nouvelle , selon le vœu de la loi du 4 décembre précédent qui, en organisant un gouvernement révolutionnaire provisoire , avait exigé le renouvellement de tous les corps constitués, sous l'autorité absolue du comité de salut public. Ce fut le 22 février que notre ville se conforma

■laVOIAB BB BBiniBft. 474

à ces pretcriplioiis de la loi noinrelle, et que left repré* sentants Esnue LaTalléeet François pvoclainèrentles choix qu'ils avaient faits au nom du comité, de salut public ^ en déclarant toutefois , que ce n'était ^int pour raison d'incivisme qn'ils avaient opéré « quelques changements dans » . la municipalité. » En effet quelques-uns des anciens membres furent conservés , et Leperdit , l'un d'eux, le plus digne de leur aveu même, fut nommé maire.

I4i société populaire subit aussi son épuration c<Knme la municipalité, et reçut du ministre delà justice Gohier, les bustes de Marat, Pelletier , Brutus et Kousseau. Les sections signaient une adresse à la convention.

A peine à son poste , et dès qu'il eut prèle serment ^ Leperdit se voua tout entier à ses nouvelles fonctions avec un aèle qu'il ne fit que continuer. Un de ses premiers soins Alt d'inviter les habitants qui avaient souffert de l'invasion des brigands on des travaux des fortifications , de fournir, pour obtenir l'indemnité, un certificat de cîr vismede leur section, ou des capitaines de leur compagnie. On exigea des femmes une attestation de dix personnes constatant qu'elles n'avaient point tenu de propos tendant à dénigrer le gouvernement. Tous ceux qui ne purent pas produire ces preuves de civisme furent privés de T indemnité allouée par la commune, et elle se réserva d'annuler celles qui lui parurent trop complaisamment accordées, ou nléméritées par quelque fait récent.

Le danger incessant, la. famine , était toujours aux portes de la ville. Leperdit se multipliait pour la combattre. Un grenier d'abondance, qui devait contenir 40,000 quintaux de blé pour la commune et le département, avait été fondé à Rennes, mais il était loin d'être suffisamm^it approvisionné. U (allait 400,000 1. pour payer les achats. Une souscription avait été faite , avec promesse de rembourser à la récolte. L'argent, naturellement défiant, n'arrivait pas dans la caisse des subsistances. Les sections

472 ' HttTOIAB DE RENinM.

Airent invitées à âignaler les âtoyens qui n'araient pas souscrit ou ne FaTaîent pas fait en raison de leurs moyens. Aucune souscription nouvelle ne put être moindre de 5 1. Malgré tous ces efforts pour le soulager , le peuple, disposé par ses soufirances aux excitations de la calomnie , crut , selon Thabitude 9 à des spéculations sur sa misère , et se porta en foule à la maison commune , où il demanda le maire à grands cris. Leperdit ne se fit pas attendre; il parut au balcon et voulut parler. Un malveillant, un condamné nommé Toinel, dirigeait Témeute. Les cris : du pain! du pain ! interrompirent le courageux magistrat qui ne put faire entendre que ces mots : Je n'en ai point. La fureur de la multitude augmenta. On demanda sa tête au maire intrépide qui ne pouvait donner de pain. Il descendit aussitôt malgré les efforts de ses collègues. Il repoussa les bayonnettes de la garde nationale qui voulaient le protéger : J*ai mon écharpe, dit-il , et j'ai fait serment de mourir pour le peuple. Il se livre à la foule qui hésite et semble vouloir l'écouter, mais au moment où il reprend la parole , une pierre l'atteint au front^ son sang coule. Alors la fureur des mutins s'apaise subitement. < Je ne

* puis changer les pierres en pain, dit Leperdit en sou- 9 riant à ceux qui l'entouraient. Si mon sang peut vous

• nourrir , je vous le donne jusqu'à la dernière goutte. » Puis , essuyant le sang qui inonde son visage, il profite du calme qui s'établit , pour faire connaître et justifier les mesures prises par la commune. L'émeute se retire honteuse et pleine de confiance dans ses paroles.

Des ateliers sont installés à Tévèché , h l'hôtel Caradeuc. Les cordonniers, les tailleurs sont mis en réqui»tion pour l'habillement des volontaires, mais leur rétribution ne peut les faire vivre; ils demandent à être payÀ en nature, et la commune y consent pour une partie du salaire. Les veuves des soldau tués en combattant i«çoivent des secours. On enlève quelques grains d'autorité

amooiB DB Bxmis». 475

dans les campagoes Toimnes; on en achète du côié de Redon. La tranquillité renaît dans la ville avec Tabondance, pour quelques jours.

La terreur poiursuÎTait son cours et dévorait ses victimes. Robespierre , dont Tinfluence commençait à dominer la convention , se défaisait peu à peu de ses rivaux d*ambition. Hébert et ses complices étaient tombés sous le nom de fédéralistes. Notre ville reçut en même temps la visite du générai Santerre et du représentant Dubois* Grancé , envoyés en mission dans l'Ouest p^r le comité de salut public.

Ce fut alors que Blin l'aîné abjura devant le conseil de la commune « Terreur qui l'avait fait prendre le parti de » la Gironde », et sa rétractation fut, sur sa requête , insérée au bulletin , pour que tous les citoyens en eussent connaissance. La persécution politique déyenait plus ardente, comme si elle eût senti sa fin approcher.

(4794.) La peur, ou un sentiment de faiblesse qui n'en est pas éloigné, causait de nombreuses et fréquentes absences parmi les membres du corps municipal. On les rappela par iroe lettre officielle au sentiment du devoir. Leperdit , fidèle à son poste , faisait face , avec quelquesuns de ses collègues, à toutes les fatigues, à tous les dangers, exposait quand il le fallait, sa tête pour les intérêts de ses administrés, et plein de foi dans l'avenir de la grande œuvre commencée en 89 , attendait que la dictature terroriste passât , comme un orage , avec les circonstances qui l'avaient fait naître.

La persécution s'attachait encore , malgré les efforts de Leperdit, aux femmes qui s'étaient dévouées au soulagement des indigents, sous prétexte que c'étaient des religieuses. Elles présentèrent une pétition à la municipaUté , qui les maintint à leur poste. L'esprit de modération et d'ordre surgissais sans cesse dans notre ville, à travers tous les excès du moment. Elle était inondée des réfugiés de

la Vendée , malheureux qu'on esportait par maase dft leur pays. Nantes les déversait sur Rennes 9 qui s'efforçait de pourvoir à leur logement et à leur subsistance ^ en attendant qu'on l'en délivrât , oonforménsent à l'arrêté des représentants qui ordonnait de les transporter à vingt lieues des côtes et du théâtre de la guerre.

Leperdît continuait de braver la vengeance de Carrier avec la conscience calme d'un honnête homme. Ne pouvant faire disparaître réchaCAud en permanence sur la place d'armes 9 il le fit transférer sur la place Egalité, audessus de la grille de l'aquéduc, par la raison qu'il répugnait à une bonne polioe de voir -ruisseler le sang en public. Il rempla^ par neuf citoyennes à 500 1. par an les ci-devant religieuses hospitalières qu'il n'avait pu maintenir à leur poste , sans qu'elles justifiassent de leur serment civique. Il enleva l'accusé Yillambe à l'accusateur De FienneSy de la commission révolutionnaire , sous prétexte de renseignements importants à tirer de celui qu'il voulait sauver. Il ne craignit pas d'inviter Esnue Lavallée à indiquer aux détenus le motif de leur incarcération.

Tant de services rendus aux citoyens et à la diose publique , tant de dévoùment qui fiiisait négliger à Leperdit ses propres intérêts , lui valurent de la part de ses collègues un noble témoignage d'estime et de reconnaissance. Le conseil à l'unanimité vota une indemnité au généreux citoyen qui sacrifiait jusqu'à sa modeste aisance aux intérêts de ses administrés. Ce ne fut pas Ja seule ni la dernière preuve de considération qu'il reçut de ses concitoyens.

Nous devons signaler ici en passant un discours sur la nécessité du divorce , qui fut prononcé dans le temple de la Raison par le citoyen Boquet, acteur du théâtre, et qui fut imprimé aux frais de la conunuue au nombre de mille exemplaires. Quelques jours après , la fête de l'Etre suprême nouvellemeut décrétée par la convention 9 sous

>n Viiifla«M>e de Robespierre , étiàf, célébrée pour la premiéna i*i< fois à RewDes, et le iliscoars qu'y prononça le citoyen ■i Febarier , fut également impriiné et.ilistribué aux frais de iJJ la oomniune.

*}i Une loi venait de suspendre les commissions militaiies.

Rennes espéra être délivrée de la sienne et de son terrible pvi président, Bnitns Magnier, mais elle réclama en vain le m bénéfice de la loi ; Tèxistenoe de la fetale commission fui m encore prolongée par le représentant Laigndot, qui vint si à Rennes à œtte époque»

01 Malgré cela , Leperdit n'en arraobait pas moins des déi-

n tenus aux prisons , toutes les fois qu*il le pouvait. An- Ij toine Botherel recouvra en ce moment la liberté dont il Il avait été privé par lettre de cachet. ^ La commission révolutionnait^, dont la commune

0 n*avait pu obtenir la suppression , était rappelée de Vitré ^ à Rennes , et le représentant Esnue Lûvallée menaçait

notre ville de la crâition d'un nouveau tribunal, criminel

1 militaire , lorsque Leperdit, entrant au conseil le 45 aoftl^ ^ dit à ses collègues : « Vous avez conmSssance des nou^ j » velles arrivées ce matin de Paris , concernant une nou» ^ » velle conspiration contre la liberté , qui a été décou- ^ » verte et détruite aussitôt par la convention. » C'était la

chute de Robespierre qui suivait sur Téchafaud ses victimes et ses complices. La convention venait de se décimer eo^ core une fois ; le régime de la terreur allait finir; la guil» lotine disparaître de nos places publiques; les prisons s'ouvrir. Une réaction complète , qui existait déjà dans les esprits , allait se manifester dans les actes du gouver» nement.

A la nouvelle de cet événement, qui remplissait de joie et d'espérance tons lesoœnrs, notre municipalité vota et expédia aussitôt une adresse de félicitations sincères à la convention. Les victoires de nos armées aux frontières,, et le nom de Moreau, l'ancien prévôt du droit,, qui s y

47» mmoubm

trotttaitsouireDt mèlë, augmeoterent publique daos TaTenir. Eo attendant avec ▼die direction du pouvoir, notre ville repnt le ses habitudes tranquilles , c est4-dire qu'elle m son aèle accoutumé au soulagement des beaoii les circonstances.

Une partie des officders municipaux fut cette époque par le représentant Laignelot; mais ce itnouTdlemeot paitid exigé par la loi ne porta point b» reusement sur Leperdit , qui continua sa canièfe de et- ▼oAment au profit de notre ville.

U fit demander au représentant Esnue Lavallée de «ib> venir aux besoins du prisonnier Des Nétumières , qin im de son arrestation avait été dépouillé d'une somme de S|000 1. remise aux mains dudit représentant. Il s'mxjqn avec ardeur de l'oiganisation des écoles primaires, ec présida une distribution de prix donnée par la oonumiae au lycée national , qui ne possédait alors que quatre ooon d'études. Les jeunes gens qui suivaient les écoles ou \» cours du Lycée furent seuls admis à fiiire partie du batsi- Ion , l'Espoir de la patrie.

La réaction , comme il arrive toujours, avait amené m reiftchement dans les ressorts trop tendus jusque-là da gouvernement. La municipalité de Rennes crut devoir voter à ce sujet une adresse à la convention. La garde os* tionale, si ardente, si in&tigable jusqu'à ce jour, n^^ geait maintenant son service que désorganisaient de nombreuses exemptions. La commune les supprima presque toutes , et prescririt une revue périodique obligatoire.

Le premier soin du représentant Boursault, le nouvesa délégué de la convention dans notre ville , fut de s'occuper du renouvellement des autorités dans le sens actuel du pouvoir. U demanda aux administrations des listes de sujets capables, et des membres de chacune d'elles, avec indication de l'origine de leur nomination , du lieu de

mBTOIHB DB BEiniES. 477

I leur naissance, domicile et profession, avant et depuis la

!: rërolution. Après s'Atre entouré de tous les renseigne»

I méats que purent lui donner la société populaire , le co-

i. mite révolutionnaire et surtout les patriotes « qui jouis-

I » saient de l'estime et de la confiance de leurs oonci*

» toyens », il fit son choix qu'il soumit au peuple assem^

I blé dans le temple de l'Etre suprême , église Saint-Sau*

I veur. Quand, à la fin de son discours, il proclama

d'abord le nom de Leperdit, des acclamations de j(ûe,

des applaudissements unanimes éclatèrent de toutes parts.

Ceux des noms qui n'obtinrent pas le suflrage public furent

immédiatement remplacés par d'autres plus heureux et plus

dignes. Leperdit fîit félicité par ses collègues, qui prêtèrent

serment entre ses mains, et auxquels il adressa cette courte

et simple allocution : « Citoyens, l'union fait notre force;

» c'est à celle qui a régné entre les membres de l'an-

» cienne municipalité que l'on doit les services qu'elle a

» rendus à la chose publique et notamment à cette com»

» mune. Je vous invite, au nom de la Patrie, à vous

» unir de même pour déjouer plus sûrement la malveil-

• lance et remplir l'attente de vos concitoyens. » Il reçut

ensuite le serment des nouveaux juges-de-paix , des com«

missaires de police et des membres de la commission phi-

lan tropique, instituée par le représentant pour informer

sur les détenus à âargir.

L'après-midi du même jour, Leperdit se transporta, entouré du conseil de la commune , au temple de la Loi, lieu des séances de l'autoiité départementale, et y reçut, conformément aux décrets de la convention, le serment des nouveaux administrateurs, celui des juges des tribunaux criminel et de district.

Le jour suivant, l'orjganisation civile et judiciaire de notre ville ayant été complétée par l'installation des tri« bunaux militaire, de conciliation, de commerce, de la commission révolutionnaire et de la police correctionnelle.

478 HmooB DB

le ragîme de la terreur disparut càez noua jusque dana •es derniers vestiges, dans ses acteurs comme dans ses actes. La modération de la Gironde avait vaincu à son tour les excès de la Montagne* Il est vnii que les ciiv- <:onstanoes extérieures étaient bien changées; nos armées étaient partout victorieuses. La guerre civile n'était pas encore étouffée, mais elle ne luttait plus qu'avec peine, depuis la défaite de la Vendée.

La terreur avait été moins sanglante qu'ailleurs dans notre ville; la réaction y fut aussi plus modérée. Elle se borna à remplacer les hommes et à livrer les plus <x>upables à la surveillance et à la justice du pouvoir central. Notre municipalité , de concert avec la commission philantropique , ouvrit les prisons aqz suspects qu'on y avait entassés sans preuves. Des réfiractaires de la première ré» quisition détenus à Kergus, dans la misère et le besoin, demandèrent à rejoindre leur$ frères d'armes à la frontière. On leur accorda leur requête.

Le citoyen Bigot faisait à la section de la Montagne la motion d'établir un Muséum à Rennes, et l'assemblée municipale appelant aussitôt dans son sein des commissaires des huit sections, signait et adressait un rapport sur œ -sujet aux représentants du peuple , en mission , à la convention nationale et au comité d'instruction publique.

L'espoir de la paix et le retour de la modération rajnenaîent à des pensées d'étwdes* Cependant la disette et h* guerre eivile menaçaient. UMijours« Hoche venait seconder les efforts pacifiées des représentants Gueuio et Guer» meur , tous deux Bretons. Lanjuinais et Defermon repanueat dans notre ville , même «vant la levée de leur ban , et y furent accueillis par uni» jeté unanime. Les représentants n'avaient pas bésslé à se montrer avec eux en public , el on leur en sut gré« L'évêque Le Goz , détenu au mont fiaint-JAioliel , où il avait failli être brûlé vif , lors de l'invasion vendéenne , ne tarda pas non plus à voir s'ouvrir sa prison.

jDonoïKB m iBanxa. 479

Penilaiil que les pitMcriu, édiappéftà Tediafiiud de 1« terreur 9 rentraient dans le sein de la convention que leur arait rouvert le triomphe de la fiicdon thermidorienne ^ Carrier expiait à son tour ses forfaits sur cet ëchafand^ où il avait immolé tant de victimes, et Rennes devait en partie cette justice nationale à la fermeté de Tun de ses concitoyens , Phelippes de TronjoUy , qui pourtant avait d'abord présidé ce tribunal révolutionnaire , dont Carrier trouvait la justice trop lente , et qu'il avait remplacé par une commission militaire.

(4795.) La réaction contre les terroristes avait eu pour résultat des entrevues pacifiques avec les chefs royalistes. Rennes vit à cette époque Cormatin , major-général de l'armée catholique, entrer dans ses murs et entamer avec Hoche de longues oonférenoes , comme préliminaires de la pacification. Mais ces entrevues isolées étaient insuffi* santés. On invita les royalistes à envoyer leurs délégués pour une conférence générale qui pacifiât la Bretagne, comme la Vendée venait de l'être par le traité de la Jaunais. On mit à leur disposition le château de la Prévalais qui appartenait à un de leurs chefs et que l'on avait meu« blé exprès. De leur côté, les représentants Guezno, Defermon, Gorbel, Grenot., BoUet, Ghaillou, Lanjuinais, Guermeur et Jary se réunissent à Rennes dans l'hôtel Cuillé. La maison de la Blabilais , intermédiaire entre ces deux points, et située aux abords de la ville, non loin de l'ancien hospice de la Santé , devait , comme terrain neutre , servir de lieu de réunion aux deux partis. Tout cela fut accepté de part et d'autre, et cependant les hostilités ne cessaient pas. La garde nationale s'épiùsait en courses inutiles de jour et de nuit; la caisse municipale faisait des pertes énomnes sur le prix du pain qu'elle distribuait aux pauvres; la commune avait eu de nouveau recours à la convention impuissante; elle lui avait député deux de ses membres , Percdat et Pongecard , pour de*

480 HUVOIftS DE BBmiBS.

mander un envoi de troupes et un secours de 450,000 1. Ib revinrent avec des promesses et une autorisation d'emprunt. Les représentants donnèrent en attendant 8,000 1. qui furent distribuées aux indigents par les commissaires des sections.

Ce fut au milieu de ces circonstances que s'ouvrirent à la Mabilais les conférences pour la padficaiioiu Hoche seul ne partagea pas la confiance générale sur leur résultat. Il refusa d*y prendre part , et surveilla les mouvements de l'ennemi qu'il soupçonnait. On remarqua parmi les chefs royalistes délégués, Cormatin, de Busnel, de Ghantereau, Boishardj, de Silz, Louis de Frotté, de Tinténiac, Guillemot, Bellevue, et beaucoup d'autres moins connus ou pourvus de coaunandements moins importants. Les royalistes de la Sarthe et de la Mayenne n'envoyèrent point leurs délégués, malgré leur promesse.

La première entrevue du 42 germinal fut suivie d'une autre le 44, où, sur l'insistance des représentants, les royalistes reconnurent la république par une parole d'honneur qui devait demeurer secrète. C'était du reste une formalité préliminaire à laquelle Charrette lui-m£me n'avait pas refusé de se boumettre lors du traité de la Jaunais. Il . semblait que les bases du nouveau traité seraient faciles à poser ; mais des difficultés ne tardèrent pas à surpr. On allait se séparer sans rien conclure. Les royalistt^ demandaient qu'on envoyât vers le chef absent, Stofflet, pour avoir son adhésion. La proposition fut acceptée, comme terme moyen , et Ton expédia en même temps de nouveaux délégués vers les cantonnements insurgés qui n'avaient pas de représentants aux conférences. Une suspension d'hostilités devait être la conséquence de cette mesure , mais elle ne fîit pas mieux observée que celle qui avait dû précéder les conférences.

En attendant le retour des envoyés, on continua les conférences provisoires. Sur ces entrefaites «trois finîtes

HOTOIBB DB REHIVSS. 484

anglaises vinrent tenter un dëbàrquéAnent dans les Côtes» du-Nord. Cette nouvelle cause de rupture fut écartée par une démaTChe loyale des obefs royalistes , Gormatin , Frotté, Tinténiac, Boishardy et Solihac, qui repousse-* rent le secours inopportun de l'Angleterre. Mais les arrangements n'avançaient pas. Une nouvelle émeute des faubourgs avait menacé la convention , mais le désarmement des terroristes et le traité de paix avec la Prusse y proclamé à Rennes, ramenaient Téspoir et la joie dans tous les esprits. Les cbeCs royalistes se décidèrent enfin à ' traiter; Stofflet lui-mâme, qui n'avait potdt posé les armes dans la Vendée , envoyait de nouveaux députa à la conférence. Cependant dès bruits smistres se répandaient ; de nouvelles menaces de débarquement faisaient soupçonner la bonne foi des royalistes.. La ville était inquiète; tout nouveau retard devenait uki danger. On se réunit le 50 germinal pour en finir^ Âpres de longues et vives discussions y un traité analogue à celui de la Veiidée fut signé par les chefs royalistes, qui déclaràrent. se soumettre aux loia de la r^ublique, et consentir à ne ^jamais porter les armes contre elle, malgré la résistance et les protestations de quelques-uns d'entre eux, qui se retirèrent.

Les signataires suivirent à Rennes, comme Charrette l'avait fait à Nantes, les représentants du peuple, qui, après leur avoir fait accepter les couleurs de la république, les présentèrent à la garokon sous les armes, et s'acheminèrent avec eux vers l'hâtel Guillé , au son de la musique guerrière , du bruit des salves d'artillerie et des cris enthousiastes de la foule : Vive la paix ! Vive la république! Un repas fraternel célébra cette réconciliatiou qui malheureusement ne devait pas être de longue du-» rée (i). .

(I) SMoire de la rétototloii dans les déptitements de ^ancienne Bretagne, Docbâfellier , y«l. ^ , p. 43Ip446.

HnronB db

BientÀt de nouvelles inquiétudcB na^pjûe»! de toutes parts. Les royalistes patlaieiit défà du retour des Bourbons et des émigrés. Sur «s eotrefisiles, Comutiti est saisi à Rennes avec quelques autves chefii royalislets. La guerre civile , tramée sourdement , allait édater de nooveau. Le moment prévu par Hoche est arrivé; il est cor ses gardes. Il renforce la garnison de Bennes, et t'occupe de fortifier notre ville comme un des points de ki ligne qui doit isoler les rebelles de la Bretagne de ceux de h Mayenne et de la Normandie. Les colonnes mobiles de gardes territoriales sont réorganisées à Rennes par lea représentants Bollet et Grenoty qui font aussi quelques cka»gements dans l'administration munidpsde* Malgré ces précautions, notre ville est en proie à me «oerde agitnikMi. Sur le rapport de Lanjuinais , la oonveatiott a SMtorâe rezercioe public du culte catholique, et cotte mesuve, dont le besoin s'était fiiit sentir avec la fin de la tetreur, est sur le point d'exciter une émeute à Rennes.

Toat a'apaisa, grâces aux mesures eondliatricea des représentants. Hoche était parti de Rennes pour se diriger vers Quibéron. Pendant qu'Auray et Vannes, après sa victoire, ruissdaient de sang comme aux jours de la terreur, Rennes célébrait la fin de ee régime dans Tanniversaire du 9 thermidor.

Une pétition signée d'un grand nombre de citoyens et de citoyennes avait demandé de rendre au culte catholique la ci-devant église Saint^uveur ; mais la coounnne, sur les conclusions de l'agent national , ne put céder encore au vœu public, sous prétexte que le local demandé était utile aux réunions décadaires pour la lectme des lois et l'instmetion du peuple. Le culte eatholiqae était cependant autorisé, comme tous les autres, et une aifiche avait annoncé aux habitants que les prêtres qui , devant la municipalité , auraient fait acte de soumission aux lois de la république, pourraient exercer leur culte

dans le lieu désigne par eux ^ en se renfermant dans son enceinte , sous peine de mille livres d'amende contre eux et les citoyens qui les auraient appelés. Un registre iîit ouvert pour recevoir les déclaratiiNis .de ceux qui voulaient suivre un culte quelconque. Les édifices qui avaient appartenu au culte catholique ne lui furent pourtant pas rendus y conformément à la loi du 44 prairial an III; mais il commença à s'exercer dans des' lieux particuliers qu'on lui consacra dans plus d'une maison de la ville.

Une partie des officiers muaicipa^x étaient renouvela conformément à la loi , et M. Corbière s'y trouvait ap* pelé pour la première fois. Jm tranquille publique sans cesse menacée, et toujours maintenue ^ eiûgeait du nouveau conseil, à peine organisé, une surveâllanôe active bi pleine de celte fermeté, légale qiv ne.bl^se que les malveillants. La ville 4t^t inondée d^ bçocbures séditieuses; pn fit des visites donnciliaires.

JLe^ nouveaux dangers de la convention avaient leur re* tenti^sement dans notre ville; La «constitution de l'an III venait d'être vo.tée; elle était soumise Aux sections* Les espérances et les menées royalistes , à Aennes comme à Paris y entretinrent une fermentation qui n'antena pas chea& nous un 43 vendémiaire y mais y fy, prepdra des précaUf> tions extraordinaires. La générale battit dans nos rues et annonça le danger; la commune rendit leurs armes aux citoyens qu'elle en avait pi^iv^s ; les soldats fuirent coqsignés aux .casernes par le chef de brigss4e.> Cl^dat , qui commandait la place; les habitant .eurent l'ordre de ne pas sortir de chez eux aprèf 40 h^u^^ saps lumiè^ç^^

Ce fut au milieu de ces pré€aMtiox^.(i'igpureu4es que la oquvelle constitution , iixn de Y m UI, .C^t^dcof^tâe da^s U9tr<e ville , et que l'on procéda à la noii|in4^oji d^ tij^ali^ trois électeurs accordés par elle à notre ville*

484 HUTOIRB DE EBmiSS.

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