III
ftBRNBS SOUS LU »UGt BIBTOIIS Mt SACS PKAVÇÂISB.
Le parti français avait fini par l'emporter en Bretagne sur le parti angevin ou normand, et cela devait être, puisque les rois anglais en qui se personnifiait ce dernier parti, perdaient l'une après l'autre leurs possessions françaises, dont notre DuGuesclin leur arracherait le dernier lambeau.
Philippe-Auguste donna la main de la jeune duchesse de Bretagne à son neveu , Pierre de Dreux , arriére petitfils du roi de France Louis-le-Gros. Une branche cadette de la dynastie capétienne allait donc régner en Bretagne ; mais celai qui le premier était appelé à y porter la couronne ducale, ne le fit pas sans se soumettre à de rudes et humiliantes conditions. Philippe prenait ses précautions. U exigea préalablement de son neyeu la promesse sacramentelle d'hommage lige pour lui et ses barons , et de caution de sa fidélité. Il lui permit à ce moyen d*épouser Alix j âgée de douze ans , et de se faire couronner à Rennes duc de Bretagne. La cérémonie eut lieu le 27 janvier 4245 arec tous les détails que nous avons déjà décrits , et Tévéque Pierre de Fougères y présida. Pierre de Dreux fit à son suxerain, le roi de France , l'hommage lige prêté déjà à Paris, et ne reçut celui de ses barons qu'avec cette clause : « sauf la fidélité du roi de France, notre sire. » Il s'engagea de plus à ne priver ces derniers de leurs fiefs qu'après leur condamnation par la cour du roi. Quant aux cautions promises, il offrit Robert II, son père , son frère aîné Robert, son oncle Philippe, évéque de Beauvais, qui engagèrent leurs domaines pour garantir sa fidélité.
Peu soucieux d'éloges, pourvu qu'il atteignît son but, le nouveau duc chercha sans cesse à abaisser le clergé par la noblesse, et la noblesse par le cleigé. L'évéque de Rennes eut sa part des persécutions, et ne tarda pas à augmenter le nombre de ses ennemis , en l'excommuniant. Pierre Mauclerc, comme on le surnommait depuis sa jeunesse, saisit le temporel de Pierre de Fougères.
Du reste notre ville ne se mêla guère à toutes les agitations du règne de Pierre de Dreux , que par l'intervention de son évêque et de son successeur , Josselin de Montauban , qui menaça le prince excommunié de délier ses sujets de leur serment de fidé^té.
Jean Gicquel , qui succéda k Josselin de Montauban sur
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le siëge épiscopal , suivit Pierre de Dreux à la crcâsade de Saint Louis, en ^248. Il y combattit, dit^oii, Taillamment les. infidèles , inais la chronii{u<e de Joinville ijui cite ses exploits, ne dit pas s'il fut fait prisonnier cooune le duc breton et le roi de Franoe, à la bataille de la Massoure.
Rennes à cette époque avait vu creuser de nouveaux fossés autour de la partie nord-ouest de êon enceinte. Les titres postérieurs qui les atmbuent à Pierre de Dreux les désignent sous le'oom à^ fossés Gahietf sans expliquer la cause de cette dénomination , qui « oomme celle de la tour Le Bat, vient peut«4tre de oeUii qui surveilla les travaux*
Parmi les fondations religieuses fréquentes à la même époque dans la cathédrale, sous le ii<Hn de Chapellenies ^ il en est une qu'il faut citer, parce que le dianoioe qui la créa donna dans ce but sa biblicHiièque, diose d'une grande valeur au XIU^ siècle. L' abbaye de Penpont s'em* pressa de la demander et l'obtiBt , à la charge de desservir la fondation pieuse. La petite chapelle SaintrMartin , près de l'hôtel-de^ville , fut assignée au nouveau diapelain qui ne cessa d'y officier que lorsqu'elle tomba en ruines. Il continua alors à l'un des aut^els de la cathédrale.
Nous devons noter aussi que l'abbaye de Saint-Melaîne ne suffisait plus à faire desservir par ses moines les bé* néfices nombreux dont elle était dotée; elle cherdbaità se faire relever du serinent qu'elle avait prêté de ne jamais concéder ses bénéfices à des prêtres séculiers.
Avant de partir pour la terre sainte, Pierre de Dreux avait réuni les états à Rennes et avait abdiqué en &veur de sou fils, devenu majeur. Celui qu'on avait surnommé Mauclerc, prit alors le simple titra de chevalier, seigneur de firaine.
Jean de Bretagne, premier du nom, et surnommé le Roux, épithète qui ne convenait qu'à sas cheveux, hérita de toutes les traditions gouvernementales de son père et
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contiaua son œuvre avec la même ténacité. Il en donna une preuve dès le début , en refusant, le jour même de son couronnement , de prêter le serment accoutumé : * Vous jurez à Dieu la foi catholique et l'église de Bre- » tagoe en ses lîbeartés défendre et garder. » Il n'avait pas hésité à prêter l'autre moitié du serment : « Les barons » et les nobles de Bretagne en leurs libertés obseyver, et » au peuple de Bretagne vraie justice à votre pouvoir ex- » kiber. » U n'en fut pas moins couronné duc par l'é* véque de Rennes , Jean Gicquel. Les prélats espéraient que leurs plaintes au pape suffiraient pour ramener le duc dans la bonne voie ; ils ne entrent pas devoir refuser les insignes du pouvoir à celui que le roi de France avait déjà reconnu comme duc de Bretagne, en recevant son hommage avant la cérémooîe du couronnement.
Malgpé les sages efforts de Saint Louis pour terminer les différends entre le duc , les barons et les évêques y le droit ie régale , qu'enviait depuis long^'temps l'ambition ducale 9 rouvrit une inépuisable source de discorde, au moment même où l'on veDait de traiter en présence du roi à Nantes. L'évêque de Rennes y eut sa part comme les autres. Ce n'était plus alors Jean Gicquel , le croisé. Mort en 4258, après avoir fondé un anniversaire dans sa cathédrale, il avait été remplacé par Gilles, qui occupa pendant un an à peine le siège épiscopal. Maurice de Trésiguidi lui succéda en 4260, et cita le duc à la cour du roi de France en 4265, pour y répondre aux griefs qu'on lui imputait. Jean I^ répondit par une fin de nouHrecevoir qu'il citait aussi l'évêque pour les torts qu'il avait à lui reprocher. L'affaire en resta là. U faut rendre à Saint Louis la justice de dire que, contrairement à ses intérêts, il repoussait souvent de pareils ajournements et les ren* voyait à la cour ducale. Néanmoins l'usage s* introduisait peu à peu, au préjudice de la suzeraineté bretonne, de citer le duc à la cour de France. Il y était parfois con*
damné y et se soumettait au jugement porté contre lui ; témoin ce procès qu'il perdit contre rhéritière du seigneur de la Roche-Derrien, à laquelle il iîit obligé de rendre son château , injustement retenu par Pierre Mauclerc qui, d'après la loi féodale , l'avait reçu en dép6t pendant la guerre seulement.
Une réconciliation momentanée au sujet de la régale entre les puissants du siècle laissa quelque repos au pajs, et l'archevêque de Tours en profita pour réunir un concile provincial à Rennes (4275) , dans Tespoir d'y déraciner quelques-unes des causes de ces discordes fiitales au pouvoir comme à l'église. On peut sefiiire une idée, d'après les canons de ce concile, d'une partie des désordres enfantés par ces discussions, moins religieuses que tempo» relies. La peine de l'excommunication fut prononcée contre celui qui frapperait un évéque, un abbé ou une abbesse; qui tuerait ou mutilerait un ecclésiastique et brûlerait sa maison. Les descendants même du coupable étaient frappés j jusqu'à la troisième génération , de l'incapacité de recevoir la tonsure. Aucune église paroissiale, disait encore un de ces canons , ne pourra être affermée , sans que le fermier puisse disposer d'une portion pour exercer l'hospitaUté. Les mœurs du temps ne se peignent-elles pas plus vivement dans ces tableaux naïfs et sans intention que dans la page la plus pittoresque d'un écrivain moderne?
Nous trouvons vers cette époque, à la date de l'année 4286, la première preuve écrite de Texistence des halles dans notre ville. Le duc Jean acheté une rente de 45 1. sur la cohue de Rennes d'avec le sieur Hamon de Pliimaugat , qui la tenait lui-même , par une semblable transmission , du sieur Raoul de Montfort. Cohue était la désignation primitive de la halle aux viandes ou boucheries.
La ville de. Rennes sembla rester étrangère aux événements historiques du règne de Jean-le-Roux , comme elle
HISTOnB DE RBNNBft. 94
TaTait (ait à ceux du règne de Pierre Mauclerc. Il ne faut pas croire cependant que dans cet intervalle qui embrasse pour ainsi dire tout le XIQ^ siècle, 4245 à 4286, notre ville n'ait pas grandi comme tant d'autres en libertés plus ou moins complètes sous le nom de privil^es, arrachés aux seigneurs par la nécessité des temps. C'est là qu'il finit noter les origines de cette bourgeoisie qui formera peu à peu un troisième élément social. Sans doute la Bretagne n'a pas eu ses conununes jurées comme la France , mais ses villes eurent, sous d'autres noms, leur réforme progressive dont la marche, lente il est vrai, ne s'arrêta plus depuis Gonan qui l'avait commencée à l'exemple de la France. Tout ce qui se faisait là avait son contre-coup plus ou moins prompt en Bretagne.
Dans le principe, nous l'avons dit , le seigneur concéda des franchises à ses hommes. Ils sortirent de la servitude, qui était déjà un pas sur l'esdavage, pour entrer sous différents noms , dans la condition d'affranchis , moyennant une redevance, qui ne les garantissait pas d'une foule d'exactions. Qu'importe ! tout progrès coûte. L'affranchissèment amena d'autres privilèges. Ceux qui, comme les habitants de Rennes , ne furent pas assez forts pour obtenir une charte communale, ceux-là se bornèrent à des franchises, dont les seigneurs prirent moins d'ombrage, et qui suffirent à l'ambition des bourgeois et manants, sujets de l'évéque ou du comte. Ce furent d'abord de petites associations qui se formaient , sous le nom de corporations, afin de protéger les intérêts de telle ou telle classe d'artisans contre toute oppression de quelque part qu'elle vint , et de régulariser aussi la perception des droits dAs au seigneur. Rennes avait déjà ses halles, soumises à la redevance seigneuriale, et prêtant un abri sûr aux diverses industries. Des magistrats locaux, sous le nom germanique d'échevins, administraient déjà les affaires communes; de là à la communauté de ville, qui n'était
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pas née encore , il n'y aTait qu'un pas , et ce pas ne tar* dera point à être franchi.
Il en sera de même pour la milice bourgeoiae. Elle était une conséquence forcée du temps et des choses ; mak il fallait attendre que le seigneur y vit son intérêt partionlier. La cause qui avait amené la rérolution communale conti* nuait d'agir sur tout ce qui Veatourait, à des degrés «afférents. La condition nouvelle des colons j leur admission au rang de propriétaires , devait produire des effets analogues dans les villes de commune , et dans les villes de bourgeoisie qu de privilèges seigneuriaux.
A côté des progrès de cette classe bouigeoise qui devait bientôt laisser derrière elle une de ses parties» celle des non-propriétaires ou manants, il faut placer cette longue liste des droits de vassekge imposés par la seigneurie à ceux qu* elle avait favorisés de quelque oonoisssîon. Parmi ces droits, les uns militaires étaient dus à l'o^f^du sei*gneur; les autres fiscaux n'étaient que des taxes, comme le droit de four bannal qui existait à Rennes au profit du chapitre , dans la rue qui a consenré son nom , d'autres enfin étaient un hommage honorifique rendu à la puissance du suzerain. Ainsi le droit de quintame^ appartenant à l'abbé de Saiot-Melaine, obligeait tous les nouveaux mariés à se présenter, le dimanche de la Quasimodo, devant le palais abbatial, à cheval et aimés d'une baguette de bois , qu'ils devaient briser du premier coup, sous peine d'amende, et en allant au pas, contre un poteau décoré des armes de l'abbé. Le lieu où s'acquittait ce droit , qui devenait une fête populaire , porta longtemps le nom de rue de la Quintaine ( aujourd'hui rue de Fougères). On fit aussi de ce jeu féodal un exercice militaire, en revêtant le poteau d'une armure complète de chevalier , et en lançant sur ce but au galop des cavaliers qui devaient le frapper de la lance au passage. L'adresse du jouteur consistait à heurter dans son milieu le pivot armé , pour ne pas le faire
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pirouetter , car les spectateurs étaient toujours prêts à pour* suivre de leurs huées le maladroit chevalier qui s'était expoaé^aux coups de son mobile adversaire. Ce n*était là qu'une des espèces de quintaines.
L'abbaye de Saint-Georges avait aussi ses droits seigneu* riaux de même nature ^ qu'on transforma en taxe fiscale contre celui qui ne voulut pas s'y soumettre : le droit de quinlmiie avait son pendant féodal dans la chevauchée de Madame fabbesse. Tous les mariés de l'année y dépendant de Tabbaye^ étaient tenus, le jour de la mi-^carémey de parcourir achevai le diamp de foire, au milieu desela*meurs des marchands, dont ils renversaient impunément les échoppes-^ quand ce cri : Gare la chevaudée de Ma^ dame l'abbesse! n'avait pas été assez puissant ou assex prompt pour les fieiire plier bagage. Immédiatement après cette course au clocher à travers la foire de la mî-carénie , qui se tenait alors vis^-vis la porte Jaoqoet, l'escadron des nouveaux mariés allait se ranger devant la grande porte de l'abbaye Saint-Georges , et recevait là pour réc compense , un morceau de pain et dé lard. Les marchands seuls dont l'édioppe atait été culbutée et les marchandises gàilées, n'étaient point, indemnisés. C'était un singulier moyen d*encourager l'industrie et de l'attirer là cette foire de la nri^carénse. Elle n'en bravait pas moins toutes les chances d'avanies, dans l'espoir de vendre aux curieux attirés par la chevauchée de Madame l'abbesse.
Les nouvelles mariées de. la juridicàon de l'abbaye de Saint-Georges étaient soumises à leur tour , oonmie leurs maris , à une redevance fiéodaîle honorifique. Le premier dimanche de carême, elles se rendaient après vêpres, à Saint-Hellier , dans l'un des faubourgs de Rennes. Là elles iranchissaient d'un saut, enchantant le couplet d'usage (4),
(1) Je ii^to 1
Vous te savez bien ; SI )e sutsbeureuse, Vous n'en savez rleo.
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une pierre d* environ un pied de haut. La foule qui dans tous les temps a été avide de spectacles , ne manquait pas d'aller à Saint-Hellier voir sauter les mariées. Quelquesunes préféraient de payer Tamende plutôt que de s'exposer aux rires ou même aux éloges de la multitude. La cérànonie ne pouvait plaire qu'aux maris de Tan passé.
L*abbaje de Saint-Georges avait de nombreux privil^|es, que^les siècles ne firent qu'accroître. U n'était pas jusqu'au chapitre de la cathédrale qui devait aussi son hommage à l'abbesse. Le mardi de Pâques, les chanoines allaient chanter une grand'messe à l'abbaje, et les religieuses reconnaissantes leur préparaient une bouillie urcee ^ destinée à être mangée après l'office. Mab pour s'assurer qu'dle méritait bien son épithète, le grand chantre avant tous plongeait l'index dans la chaudière , et en retirait un échantillon suffisant pour vérifier la qualité obligée du meta présenté. Chacun alors goûtait à son gré , et il ne paraît pas que l'appédt des chanoines fût hostile à ce goftt privil^é de la bomlUe de madame l'abbesse, car après s'en être régalés de manière à prouver qu'il n'entrait pas de flatterie dans leur consonunation, ils en rapportaient diez eux de pleines écuelles. Les di<NÎstes , les musiciens suivaient Texemple des maîtres, et c'était plaisir de les voir, les bons chanoines, s'en revenir tous processionnellement, l'aumusse sur le bras gauche , et le plat de bouillie dans la main droite.
Reprenons le fil des événements historiques qui s'accomplissaient autour de notre cité, et dans lesquels son existence, toujours intéressée par le résultat , ne l'était pas cependant d'une manière inunédiate et continue.
Le règne de Jean-4e-Roux avait vu bannir de nouveau les juifs et libérer leurs débiteurs. Bennes qui, comjoiie toutes les villes à cette époque, avait parqué les malheureux Israélites dans une rue fermée , vit cette rue déserte au moins pour quelque temps , car les bannis ne devaient pas
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tarder à y rentrer uo à un, sans bruit et moyennant finance au duc , comme il arrivait après chacune de-leurs expulsions. Leur avare ténacité ne s'effrayait d'aucuns dangers.
Maurice de Trésiguidi avait été remplacé en -1282, sur le si^ épiscopal de Rennes , par Guillaume de la Roche- Tangui. Ce fut ce dernier qui couronna dans sa cathédrale Jean II , comme duc de Bretagne (>I286). Le fils de Jean-le-Roux fit son entrée solennelle à Rennes , au milieu des acclamations de joie du clergé » de la noblesse et du peuple. Chacun saluait à sa manière le nouvel espoir qu'il voyait naître. Quelques-uns ne devaient pas tairder à se désabuser. Le nouveau duc allait suivre la même voie que son père, et continuer son œuvre avec moins de rigueur, mais non moins de persévérance.
Il réunit à Ploérmel , en 4294, les chevaliers, écuyers et archers que devaient lui fournir les seigneurs de fief pour composer son ost , avec lequel il devait aller prendre en Gascogne le commandement de l'armée anglaise destinée à agir contre la France. L'évéque de Rennes , Guillaume de la Roche-Tangui , fut obligé d'y fournir son contingent comme les autres , malgré son. n^ontentement et sa résistance ouverte au sujet des taxes fiscales de tierçage et de past nuptial , dont le duc avait obtenu l'abolition. Combien d'hommes devait-il? On ne sait. Nous apprenons seulement que son camérier, son muletier, son boulanger et son foumier furent exempts du service féodal.
L'oscillation habituelle de sa conduite ramena, bientôt Jean II dans le parti de Philippe-le-Bel, qui , par un laçte d'habile politique, le récompensa de ses services en te créant pair de France et en érigeant la Bretagne en duché-pairie (4298). Il fallut, pour tranquilliser les Bretons, et surtout la duchesse Yoland, qui se rendit l'interprète de leurs craintes, que le roi de France déclarât formellement que « la coutume de la duché de Bretaigne n'en
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» pourrait être estrécie en aucunes choses , ni le drcnt de » la duchesse et de ses enfants amenuisië » (>!).
Ce nest pas tout; Philippe-le-Be), pour s*attacher la Bretagne par on nouveau lien , donna sa nièce Isabeau de Valois en mariage au petitF-fik de Jean II, et fit don à ce dernier, sur la ohàtellenie de Thorigoé, d'une rente de 4,000 livres, que le sénéchal de Rennes, Robin Raguenel, et Thomas Routier, chevalier, furent chargés de recevoir par procuration ducale.
L'année suivante, Tévéque de Rennes fut du nombre de ceux qui se rendirent au synode que Tarchevéque de Tours reunit à Chftteaugontier. Le religieux mineur, frère Jean-de-Semois , avait aJors remplacé depuis 4297, sur le siège épiscopal, Guillaume de la Roche-Tangui, qui, en 4994, avait uni l'église de Noyal-sur-Vilaine à la chambrerie de Saint-Melaine.
Le duc Jean II modifia comme son père l'assise du comte Geoffroi) en empruntant aux établissements de Saint-Louis des règles qui ont servi depuis d'éléments â la coutume de Bretagne* Sans s'inquiéter des actes de suzeraineté de Philippe-le-fiel en Bretagne, actes qui dépassaient souvent ses promesses, Jean U fiiisait son testament (4502), dont l'un des exécuteurs désignés était l'ardiidiacre de Rennes, Alain de GhAtean^^n, qui devait bien* tôt devenir évéque de Rennes. Parmi les nombreux legs de ce testament, il faut distinguer celui destiné à marier les pauvres demoiselles, et les 50,000 livres pour l'entretien d'im ceitun nombre d'hommes d'armes qui iraient en Orient à la prochaine croisade.
Nous devons suspendre un moment notre récit pour dire quelques mots de l'une des premières célébrités du XIII* siècle, qui commença et finit en Bretagne, en jetant sur Rennes à son passage un rayon de sa gloire.
(I) D^clariitioii donnée h Polssy.
Yves HeloTjj né au tnaûoir de Kerraartin^ au diocèse de Trëguîer, en >l255y vint à Rennes , vers 4278, après aroir terminé ses études à Paris et à Orléans. Un docte père (^ordelier interprétait alors récriture sainte dans notre vîîle avec un grand succès. Yves de Kermartin suivit ses leçons , et s*éprit d*un tel zèle pour la hible j que toutes les nuits, il l'avait sous la tête quand il dormait, « et jamais sans bible ne l'eùt-on rencontré. » Les hagîographes devinrent aussi sa lecture habituelle. Il en fit des extraits dont il composa un recueil intitulé : Fleurs des Saints. Ce précieux livre n'est point parvenu jusqu'à nous.
Biej({tôt son pieux professeur lui fit naître le désir de se consacrer au service de Dieu et de l'église. Il prit les ordres, et l'archidiacre de Rennes, qui se nommait alors Maurice, en fît sou officiai ou juge ecclésiastique. Son intégrité ne tarda pas à devenir proverbiale. On disait : Saint Yves de vérité ! et les exploits d'huissiers se nommèrent, des images de Saint-Yves. Mais le peuple rennais tout en admirant l'équité de ses jugements , ne cessa de faii prouver une ardeur litigieuse, que le pieux officiai s'évertuait en vain à calmer. Avocat des pauvres , il faisait pour eux les frais de jugement, quand ils avaient bon droit. D ne plaidait que des causes justes. On ferait un manuel pour les avocats des sentences qu'il prononça.
L'évéque de Tréguier, Alain de Bruc, le sollicitait de revenir près de lui, et même le réclamait comme son diocésain. L'amour du sol natal entraîna le Trégorrois. Il quitta sans regret notre ville et son officialité qui lui valait 50 livres de rente , et partit à pied , après avoir distribué aux pauvres le prix d'un cheval que lui avait donné l'archidiacre pour voyager plus commodément.
II ne nous appartient pas de le suivre dans le reste de sa carrière. Nous retrouverons son souvenir dans Thôpital quiy après sa canonisation, naquit et exbteencore à Rennes sous son nom.
HISTOIRB DE HBNNBS.
Artur de Bretagne succéda à son père Jean U et vint à Rennes, selon l'usage, prendre possession de la couronne ducale. Gilles II était alors évêque ; il était le se* cond à passer sur le siège épiscopal depuis frère Jean de Sémois, qui avait eu pour sucoe$seur direct Yves I^. Gilles II fut le premier évéque breton à reconnaître le duc pour son suzerain. Cette soumission ne préserva pas son temporel d'être saisi par les officiers ducaux , et affermé pour une somme de mille francs* Il occupa pendant un an à peine ce siège épiscopal ^ où s'était assis quelques mois seulement son prédécesseur. Il fallut le cédera l'archidiacre de Rennes, Alain I^ de Chftteaugiron , qui s'y arrêta un peu plus long-temps, mais non sans quelques difficultés. Son élection d'abord contestée, fut enfin confirmée après la mort d'un concurrent, que loi avait donné l'archevêque de Tours.
En i 509 , le duc Artur II réunit à Ploêrmel l'assemblée des Etats qui jusqu'alors n'avait été composée que des barons ^t du clergé, et dans laquelle on vit pour la première fois un trobième élément pris dans le peuple sur lequel pesaient principalement les droits de tierçage et de past nuptial, que l'on venait de modérer. C'était donc le plus intéressé dans la cause. Il était juste que l'on ne repoussât pas, sans le consulter, la réforme en sa faveur, qu'apportait la nouvelle bulle.
Telle fut l'origine de cette institution qui fit de la Bretagne un pays d'états où, à la différence des pays d'élection et d'imposition, l'assemblée des ti^is ordres conservait le droit de régler et d'ordonner les contributions dues au suzerain. Nous avons vu, dès l'époque gauloise, naître et subsister, sous difrérent;s noms, des assemblées où se débattaient les grands intérêts de la nation. Les réunions druidiques, au sein des forêts, devinrent le mallus des Francs , puis les champs de Mars et de Mai de l'empereur Rarl-le-Grand , qui se morcelèrent bientôt en une infinité
HISTOIRE DE RBimXS. 99
de cours féodales. Ces cours prirent près du roi ou du suzerain des grands vassaux le nom de parlement (4) , lorsqu'il j réunissait ses barons, sous sa présidence, pour délibérer sur les affaires publiques , ou juger les appels à sa justice souveraine. Quand l'avéneDient des communes et de la bourgeoisie eut commencé de ruiner la féodalité, et que Vimpôt public naquit à la place des redevances du vassal à son suzerain y la nécessité vint d*a[^ler à ees assemblées, où si^eaient la noblesse et. le clergé, les représentants de ces bourgeois des villes^ auxquels le trésor épuisé du suzerain était forcé de demander une aide. Ainsi une idée purement fiscale fut pour le tiers-«lat l'origine d'un droit politique , qu'il réclama plus tard au nom des {Mincipes de liberté et de droit naturel.
Ce fut là- le berceau des états généraux que nous vei^ roo» reparaître dans toutes les grandes crises. La Bretagne qui y dans ses institutions politiques, avait subi toujours les infiueabes françaises , imita encore son exemple k l'époque dont nous parlons; et il ne pouvait guère en être autrement, puisque les mêmes nécessités existaient: l'occasion seulement fut difiGéreiite. Les états réunis à Ploërmd par Jean II ji'eurent à prononcer que sur une modération d'impôt, en £eiveur du peuple.
Le parlement de Bretagne , nous devons le noter en passant, praiid aussi sa source dans les mêmes faits. Ce ne fîity pour ainsi dire , qu'une division de cette assemblée 9 qui siégeait près du suzerain , oAXt qui jugeait les appek des juridictions inférieures. L'autre donna naissance aux états généraux ; celle-ci devint exclusivement une cour souveraine destinée à prononcer en dernier ressort sur les questions litigieuses, civiles et criminelles, ou à juger les appels des sentences rendues dans les justices subalternes. Nous la verrons se développer avec les temps modernes,
(1) Pmrtamêntnm^ tynonlme de coUoqimtim, ( Du Gange. )
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400 HISTOIRE DE RBNNBS.
et occuper une grande place dans l'histoire de notre ville.
Dès rëpoquc ou nous sommes (4500), Tautorite de ce parlement fut consacrée et reconnue par le roi Philippel&*Bely au sujet d'une sentence du sénéchal de Rennes^ dont révéque de Saint-BIalo interjeta appel au parlement de France y qui le renvoya au parlement de Bretagne ^ seul souverain sur les cours bretonnes inférieures.
Philippe-le-Bel fut le premier roi de France qui appela les députés des villes dans ]es assemblées du clet^é et de la noblesse en 4502. Artur II de Bretagne fut donc sous ce rapport notre Philippe-le-Bel.
Artur II mourut bientôt (4542) an château de Vlsle, près la Roche^Bemard ^ laissant la couronne ducale à J^san III y son fils, surnommé le-Bon; mais il laissa aussi d'un second mariage et d'un autre lit un fik du même nom , le célèbre Jean^ comte de Montfort, dont le souvenir sera souvent mêlé aux ' événements de l'histoire de Rennes , pendant la longue crise qui va bientôt édater en Bretagne.
Jean III vint se faire couronner à Rennes avec les cérémonies ordinaires par Vévéque Alain P' de Ghàteaugiron.
Nous devons noter à cette époque l'existence de l'Oise dédiée à Saint Sauveur. Sans doute elle avait été élevœ longtemps avant 4540 , sans qu'on puisse préciser la date^ puisqu'un acte de cette année et de l'évèque que nous venons de nommer, confère un canonicat dans la cathédrale de Reunes à messire Bertrand de Mouton, en le qualifiant recteur de Saint-Sauveur. Cette qualification suffit>elle pour induire que cette église était déjà paroisse? Le titre de recteur était-il l'équivalent de celui de curé comme aujourd'hui dans nos campagues. bretonnes? L'affirmative détruirait cet autre fait, conservé par la tradition ecclésiastique, que Saint-Sauveur ne fut qu'une trêve de Toussaints, jusqu'au XVII^ siècle , époque à laquelle l'évèque
HISTOIBE DE RENNES. ^lO^I
Ch. F. de la VieuTille Férigea en paroisse; mais ce dernier (ait lui-même détruit celui qui en ferait une paroisse dès le XrV* siècle. Entre ces deux contradictions apparentes y il est plus naturel de penser que ce rang de paroisse ne fut règlement reconnu à la trêve ou au prieuré de Saint-Sauveur que par l'évéque de la Yieuville, malgré la qualité de recteur donnée à son desservant , et les trésoriers qu*elle posséda dès -1594. Quoiqu'il eu soit, Vorigine de Saint-Sauveur acquiert une date certaine^ sinon prÀ;ise , d'après les faits que nous venons d^exposer, et notre but principal est atteint.
Après cette digression que nous ne pouvions éviter , revenons aux faits généraux de Thistoire de la cité toujours mêlés aux grands événements qui affectent le pays.
Jean lU compléta son couronnement en rendant T hommage accoutumé au roi de France ; puis , par une décision papale suivie de négociations , il fit écarter de la couronne ducale les en&nts issus du second mariage de son père, et parmi lesquels se trouvait le comte de Montfort , dont nous avons parlé , et qui devint le duc Jean IV, malgré les haineuses précautions de Jean III.
Une réforme dans les monnaies commencée par Philippele-Bel , fut achevée par son fils , sous le règne de Jean III (1545). Celles de Bretagne , selon l'inventaire qui en fut dressé, portaient alors les armes de Dreux, au quartier d'hermines , avec cette légende : Joiannes Dux ; et au revers une croix entourée de l'exergue : Britannia. La valeur des deniers et des mailles dé Bretagne iiit aussi fixée à 49 s. 6 d. pour les premiers, et à 46 s. 9 d. pour les dernières, dans le cours public. Une petite monnaie de cuir, piquée d'un clou d'ai^ent , avec empreinte d'hermines , était aussi en usage alors, sous le nom de monnaie noire, d'après le même document.
Les collèges de Cornouailles et de Tréguier furent fondés par deux bretons vers cette époque à Paris (4547).
402 HISTOIRE DE RBNin».
Le temps n'était pas encore venu de fonder de si utiles institutions dans les Tilles bretonnes ; mais l'exemple est donné; il ne tardera pas à être suivi, et Rennes sera Fune des premières.
Philippe-le-Long et Charles^-le-Bel avaient dos la première liste des rcHS capétiens. La branche des Valois commençait une nouvelle série de rois de France , qu'il est utile de signaler , ne fî(Vt-ce que pour aider la mémoire.