IV
AIRVBS AU TSKN »■• »UGS BUROHS »B BACB rMASÇAIW ( SOOS IM» VAIAI8).
(>I528). Jean III suivit en Flandres le nouveau roi de France , Philippe VI , non uniquement par devoir féodal , mais par pure counoisie, comme le roi lui-même le déclara.
Devenu veuf pour la seconde fois pendant la guerre de Flandres , il épousa à son retour dans l'ég&e de Chartres Jeanne de Savoie ^ et le comte Jean de Montfort unit sa destinée à celle qui devait si bien la défendre, l'illustre Jeanne de Flandres, l'héroïne de la guerre dont nous allpns bientôt raconter les incidents relatifs à notre ville.
Les prélats bretons se soumirent au règlement que le nouveau roi de France leur imposa, ainsi qu'à son clergé, pour limiter leur juridiction, dont ils étendaient toujours les bornes. Le siège épiscopal de Rennes était alors occupé par Guillaume Ouvroing, qui avait succédé à Alain II de Chàteaugiron , archidiacre de Rennes et neveu d'Alain 1^.
Vers le même temps (4550), le duc réunit, sous le titre d'ancietme coutume ,, les dispositions législatives dont Jean II avait commencé le recueil.
L'abbé de Saint-Melaine obtint peu après l'autorisation de créer à son héwi&ce une foire annuelle le 44 septembre.
aiSTOIEE DE HBiriIBS. 405
L'industrie faisait aussi des progrès , même sous les liens du fisc seigneurial, comme la bourgeoisie était née sous le joug même de la redevance féodale.
Privé d'enfants malgré ses trois mariages , et toujours préoccupé de craintes pour Tayenir, le duc conçut, diton j la résolution extrême d'échanger avec le roi de France le duché de Bretagne contre celui d'Orléans; mais si cette résolution était extrême, elle n'était guère moins irréfléchie; ses barons l'en firent apercevoir. Tout esprit de nationalité n'était pas éteint en Bretagne; on le verra dans plus d'une drconstance encore, et long-temps après l'union officielle et politique à la couronne de France. Ou voulait bien y reconnaître une haute protection de suzeraineté, mais sous condition d'indépendance complète dans tout ce qui ne tenait pas au devoir féodal.
Jean III renonça bientôt à son projet impossible, pour en concevoir un autre d'une exécution plus facile. Il maria sa nièce (4 337), la jeune comtesse Jeanne de Penthièvre, dite la Boiteuse, avec le neveu du roi de France, Charles de Blois,. de la maison de Ch&tillon. Ce (urent la les héritiers qu'il se choisit pour se rassurer contre l'avenir. On s'habitua à les regarder comme tek en Bretagne , du moins parmi les prélats et barons.
La ville de Rennes leur donna de bonnes preuves de fidélité pendant la guerre , que ne pouvaient manquer d'élever les prétentions rivales de Jean de Montfort, le frère exclu au profit de la nièce, et qui eut aussi ses partisans dans les bourgeois et les seigneurs.
Mais ne devançons pas les événements : Rennes, paisible encore pour quelques mois, fonda son premier hôpital sous le patronage de Sainte Anne, en dehors de ses murs (4340) vers le nord, là où depuis est restée la place de ce nom. Un gardien et des gardiennes administraient cet établissement sous la surveillance des bourgeois. La crise attendue éclata l'année suivante (4544). Jean
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III venait de mourir; Jean de Montfort, plus prompt et plus habile que son rival, mit à profit sa présence sur les lieu^; il ne pouvait laisser aux mains de ce dernier la ville qui avait le privilège de poser la couronne ducale sur la tête de chaque nouveau suzerain de la Bretagne; il vint donc l'assiéger. Ses libéralités et la crainte de son pouvoir lui avaient promptement composé une armée. Un grand nombre de villes se soumirent à lui sans coup féxir et sur une simple sommation. Arrivé devant Rennes, « il » fit tendre ses tentes et ses gens loger entour la ville et i> entour les faubourgs, » selon le langage du bon Froissart, qui nous a laissé un naïf et curieux récit de ce siège. Henri de Spinefort commandait dans la place ooipme gouverneur et capitaine, élu par les habitants, dit le chroniqueur contemporain. Pleins de confiance dans sa bravoure et sa loyauté, ils ne songèrent d*abord qu'à se défendre, malgré le défaut d'approvisionnements. Aussi, pour éloigner plus tût l'ennemi, le capitaine réunit a deux cents » hommes de bonne volonté, et un matin, à l'aube du •> jour, il se précipita sur les assiégeants, abattit tentes et » logis, et en tua aucuns. » Mais l'alarme fut bientôt donnée, et, pour ne pas avoir affaire à toute l'armée, le capitaine Henri se retirait vers la ville, loi'squ'il fut attaqué par un chevalier et sa compagnie, chaînés du guet de nuit. La rencontre fut rude et menaçait de se prolonger. Pendant ce temps, l'armée des assiégeants arrivait par groupes et allait cerner les deux cents hommes du capitaine Henri. Quand ceux-ci « virent le faix qui leur crois* » soit, ils se déconfirent et s'enfuirent vers la cité tant » qu'ils purent; mais il en demeura grand' foison de morts » et de pris. »
Parmi ces derniers se trouva le chevalier « que tant » aimoient, » Messire Henri de Spinefort. Conduit devant le comte Jean de Montfort, celui-ci lui ordonnna dé se présenter devant la cité, et fit sommer les habitants de se
HUVOIRB DB RBimBS. A0&
rendre, sous peine de voir leur capitaine pendu en iace de la porte. Grande rumeur dans la ville à cette menace ! Les grands bourgeois et le peuple s'assemblèrent , comme à Fordinaire sans doute, en l'église cathédrale. Le débat fîit long et fort peu paisible; « car le commun avoit grand* » pitié du chevalier, et avoit peu de pourvéances pour le
> si^ longuement soutenir. Aussi vouloient-ils la paix. « Mais les grands bourgeob qui étoient bien pourvus ne » s'j vouloient accorder. « Au milieu de ce conflit,- la discorde ne tarda pas à naître : les grands bourgeois, « qui étoient tous d'un lignage, » s'isolèrent du peuple et invitèrent ceux qui étaient de leur avis à se ranger de leur côté. Leur groupe s'éleva jusqu'à deux mille. Le peuple s'émut alors et s'excita au combat par des injures, Les coups commencèrent bientôt à pleuvoir sur les grands bourgeois , qui perdirent beaucoup des leurs et « crièrent « merci. Adonc cessa le hutin, et coururent ceux du com-
> mun ouvrir les portes. »
Le comte de Montfort fit son entrée en la cité de Rennes « à grand fête; » mais il laissa « son ost tout » coi loger aux champs. » Tous les habitants, grands et petits, lui rendirent hommage et le reconnurent comme suzerain, et l'évéque Guillaume Ouvroing lui posa le cercle ducal. Ce fut là tout son couronnement, la victoire devait faire le reste.
Henri de Spinefort, qui s'était fait estimer par son courage, fut admis dans le conseil ducal par Jean de Montfort.
Ce dernier, pendant les trois joui9 qu'il passa à Rennes, réconcilia le peuple avec les bourgeois, puis il installa une administration municipale et judiciaire qui devait , pensaitil, lui être dévouée pendant son absence. Un prévôt, des baillis, des échevins, des sergents et quelques autres officiers, dont nous retrouverons plus tard les noms honorifiques, furent, selon notre chroniqueur, les divers mem-
406 mSTOIBB DB ftBmfSS.
bres de cette iiistitutioii , qui n'était pas à son origine. Cependant, c'est la première fois que nous rencontrons ces désignations administratiyes , qui devinrent si communes dans la suite, et que nous trouverons désormais presque à chaque pas.
Le quatrième jour après son entrée à Rennes, Jean de Montfort en sortit, y laissant Guillaume Gadoudal comme capitaine-gouverneur.
Bien des événements surgirent alors , qui ne concernent notre ville que par leurs résultats, et qu'il nous suffira d'indiquer pour ne pas rompre le fil historique. Condamné par les pairs de France, Jean de Montfort se vit arrêté au milieu de ses succès par une trahison. Prisonnier au Louvre, il céda le champ de bataille à son rival , Charles de Blois. La Bretagne semblait par cet événement délivrée de la guerre civile; mais l'intrépide comtesse Jeanne de Montfort n'était pas femme à se laisser abattre à la première adversité. Elle entreprit de soutenir les droits de son époux et de son fils en bas âge.
Elle était à Rennes lorsqu y parvint la nouvelle de la captivité de son époux. Craignant l'effet qu'elle devait produire sur le zèle des habitants, elle les réunit aux abords de la cathédrale, lieu halntuel des réunions solennelles, ou peut-être sur le plads Conan, le seul espace ouvert dans l'étroite enceinte de la ville d'alors, qui n'avait pas encore dépassé les limites que nous avons décrites ailleurs. Là, elle présenta à )a foule des gens de toute classe son jeune fils , nommé Jean , comme son père, et s'écria d'une voix qui faisait violence à sa douleur :
« Ha! seigneurs, ne vous déconfortez mie, ni ébahis- *> sez pour Monseigneur que nous avons perdu; ce n'étoit » qu'un seul homme : véez ci mon petit enfant qui sera, »* si Dieu plait, sou restorier, et qui vous fera des biens 0 assez. Et j'ai de l'avoir en planté : si vous en donnerai » assez, et vous pourchasserai tel capitaine et tel main- • bour par qui vous serez tous bien reconfortés. »
HUVOUIB DE RBHIfU. 407
Après aToir ranimé le zèle de ses partisans à Rennes , elle alla ainsi faire reeonnaître son fils dans toutes les villes et forteresses qui suivaient sa fortune , et s'enferma dans Hennebond) où elle ne resta point oisive.
Les hostilités recommencèrent par un nouveau siège de Rennes. CSiarles de Blois, qui était demeuré à Nantes , y vit revenir avec la belle saison l'armée des seigneurs français auxquels il devait la soumission de cette ville. Ils se dirigèrent ensemble vers Rennes, et lui livrèrent plusieurs assauts; mais cette fois la place était bien approvisionnée et vaillamment défendue par Messire Guillaume de Gadoudal, gentilhomme du pays breton. Elle devait tenir longtemps; mais le siège traînant en longueur, « quand » les bourgeois et le commun de la cité eurent assez souf- « fert, et qu'ils ne véoient aucun secours de nulle part » venir, ils se voulurent rendre; messire Guillaume ne s'y » voulut accorder. » Us se révoltèrent, mirent leur capitaine en prison, et ouvrirent leurs portes à Charles de Blois, l'an de grâce 4542, à l'entrée de mai, dit Froissart. Les partisans de la comtesse de Montfort eurent la vie sauve; messire Guillaume de Cadoudal lui demeura fidèle et retourna près d'elle à Hennebond, pendant que les bourgeois de Rennes échangeaient leur ancien serment contre un nouveau, qu'ils devaient mieux garder à messire Charles de Blois.
Ce dernier après cette facile conquête , s'en alla échouer devant Hennebond , défendu par l'héroïque comtesse. Les détails dramatiques de ce siège n'appartiennent point à notre cadre. Il nous suffit de dire, en regrettant ce que nous laissons de côté, qu'après son échec à Hennebond» Charles de Blois fut moins malheureux à Auray età Vannes,, qu'il ne garda pas longtemps.
Après la reprise de cette dernière ville par Théroïque comtesse et ses alliés les Anglais, Jeanne de Montfort regagna Hennebond, son asile inexpugnable , et une partie
408 HlflTOnB DB 1UBNNB8.
des Anglais, environ trois mille hommes d^annes et autant d archers y vint assiéger Rennes, sous le commandement des comtes de Salisbury , Pembrock et Suflfolk. Charles de Biois et Jeanne de Penthièyre, sa femme, en étaient sortis quatre jours auparavant pour se rendre à Nantes , où ils seraient , pensaient-ils , plus à portée des secours de France. Mais prévoyant une attaque pour la ville qu'ils venaient de quitter, ils y avaient laissé « grand' foison de » chevaliers et d'écuyers. »
Le roi d'Angleterre lui-même amena bientôt une partie de ses forces devant Rennes , et laissa l'autre continuer le siège de Vannes , r^ris de nouveau par les partisans de Charles de Blois. Mais à peine arrivés au camp devant Rennes , où les assiégeants les reçurent avec joie, les Anglais furent conduits à Nantes dans l'espoir d'y surprendre Charles de Blois. Le siège de notre ville continua de traîner en longueur, et les bourgeois ne parurent pas s'en inquiéter cette fois, soit que le blocus peu rigoureux n'empêchât pas toutes communications au dehors , soit que les chevaliers laissés par Charles de Blois sussent contenir l'impatience de la bourgeoisie.
Mais Tarmée française entrait enfin en Bretagne par Nantes, sous le commandement du duc de Normandie, suivi d'un grand nombre de seigneurs français. Il était urgent de prendre un parti. Celui qu'adopta le roi Edouard fut de rappeler les troupes qu'il avait laissées devant Nantes , et de continuer les sièges de Vannes et de Rennes.
Cette dernière ville eut à soutenir un rude assaut qui dura un jour tout entier. Mais les Anglais /i'/ conquirent rien; a Ançois y perdirent des leurs, et en y eut des » morts et des blessés grand foison , car il y avoit dedans » de bons chevaliers et écuyers de Bretagne, le baron » d'Ancenis, le baron Du Pont, messire Jean de Males- » troif, Yvain Charruel et Bertrand DuGuesclin, écuyer,
msvoiHE ixB aonniBA. 409
» cUs ensonnièrent (I) si ▼aillamment, avec levéque de » ladite cièé, qu'ils n'y eurent point de dommage. >»
Voilà l'ilkistre nom de Du Guesolin prononcé pour la première fois dans l'histoire. Né en 4920 (2) , il n'avait encore que Tingt-deux ans à l'époque dont nous parlons. Mais déjà la viHe qti'ii défendait si jeune arec tant de ▼aillanoe, et qui lui devrait bien plus encore par la suite ^ avait été plus d'une fins témoin des prouesses de son éducatipo de chevalier. Qu'on nous permette de citer brièvement celles dont notre ville tut le théfttre ; c'est une partie de ses annales.
Aux environs de la cathédrale Saint^Pierve , sur une partie de remplaeëmeint qu'occupe encore aujourd'hui Tan^ cien hôtel Piniemit)' P643onstnfiit au XVI^ siècle , aux abords de la porte Mordelaise, il existait au XIV^ siècle un noble manoir, que l'usage avait déjà désigné' sous le nom d'ojtel, et^-qui était Kabité par un niémbre de la famille Du Guesclin. C'était un oncle du jeune -Bertrand.
Icllz ondes avolt la sole antes espoiuée, Cdo «Boult riche dame.....
dit le chroniqueur Cuuelier j trouvère du XIV*' siècle, et contemporain du héros , dont il rima la biographie.
Echappé de la maison paternelle où il était prisonnier depuis quatre mois, Du Guésclîn à peine âgé de treize ans, vint un jour demander un asile à ses deux parents de Rennes Yonnourée.
QaaDt 800 note le vit, ai fa moult tonnentée. Dame , dlst ses maiiz, vous estes rassotée, 11 eaatmtti et e>«et drols , |eatwaoe Mit paHtfe.
Le fugitif fut donc bien accueilli par l'oncle indulgent qui le réconcilia avec son père, et le garda ime année pour
(I) Os bésolgnérent, combattirent.
('S) Vautres le font nattre e la plus généfalemeot adoptée.
(!l) D'antres le font nattre en 181 1, 1314 et même 18M. Nons) avons pris la dnte
440 mvroimB db jusincBS.
diriger dans une meilleure Toie cette ardeur martiale, qui lui avait attiré la colère paterndle ; mab , selon la léfleadon poétique du trouvère, jeunesse n'était pas encore passée. Il ne tarda pas à eu donner une nouvelle preuve, et pour^ tant il avait quelques années de plus.
Une lutte populaire eut lieu dans la ville; Bertrand y remporta le prix « un beau chappel d'or et d'argent ouvrez», et revint blessé recevoir les soins et les reprodies de sa belle tante , qui lui recommanda de ne plus se compromettre avec les chétifis. Pour le mettre à même de se comportei* en fils de chevalier, on lui fit présent d'une armure et « d'un roussin trottant qui pas trop bon n'éloît • . D ne manqua plus à ses devoirs de gentilbomme et même à de plus sacrés. Plus d'une ibis , dit le poète, « sa' robe » devestoit et puis aux poures gens doulcemeoi la don^ » noit. » En 4358, Bennes célébra par des fêtes le mariage de Jeanne de Penthièvre avec Charles de Blois, Ber* trand ne pouvait y jnaaquer. Il s'y distingua d'une manière brillante, inconnu, sous une armure d'emprunt, et ne refusa la joute que devant son père, qui en reconnaissant bientôt le nom de son courtois adversaire, lui rendit non seulement son affection , mais le combla de présents d'armes et de chevaux.
Après cette digression indispensable, qu'on excusera sans doute, comme une trêve aux guerres incessantes qui déchirèrent la Bretagne, nous reprendrons notre récit de si^es et de dévastations , dont cette époque est pleine.
Mais d'abord cherchons le nom de Vévêque de Rennes qui, dit Froissart, travailla si vaillamment pour sauver la ville avec les preux chevaliers auxquels Charles de Blois en avait confié la garde. C'était, selon nous, Yves de Rosmadec, déjà cité plus haut, et de la grande maison de ce nom, dont l'origine toute bretonne révélée par le cartulaire de Landevennec remonte au Yl^ siècle. Il avait dû succéder vers 4544 à Guillaume Ouvroing.
HOVoiBB ne mniiBS. 4ii
Les Anglais repousses arec perte n'en restèrent pas moms devant Rennes , et se vengèrent de leur échec en étendant le cercle de leurs dévastations dans les» alentours.
Cependant l'approche de Tarmée française délivra, pour qudque temps du moins, notre ville de la présence de ses ennemis. EUe attendit avec anxiété le résultat des événements dont un autre lieu allait devenir le théâtre.
Avant d'èlre menacée d*un nouveau siège, elle changea deux £ems d'évéqne^ Ajptaud, AttcandÊU^ selon lappellation latine, succéda à Yves* de Rosmadec en 4548 ou 4549 ; et Charles dé Hois fit commencer la reeonstniction . de la eathédrale qui menaçait mine depuis longtemps, et ne fut terminée que dix ans après.
Dans cet intervalle, de graves et nombreux événements se pressèrent pour notre, ville. Le nouvel évèque, Pierre de Laval, qui en 45S4 j prit possession du siège épiscopal^ devait succomber pendant la crise qui, dans la grande lutte , menaçait notre cité.
L*abbaye de Saint-Georges, qui avait .vu se succéder sous sa mitre abbatiale, les demoiselles des pins nobles maisons de Bretagne, possédait pour abbesse^ à l'époque où nous sommes, AHx deMatefelon, bénite par Tévéque Arcandus , et qui afieagea un emplacement situé devant son monastère. Elle n'était pas la première à se créée ainsi des vassaux; c'était un quatrième pouvoir né à Rennes depuis le conmiencement du XI« siècle^ et qui , avec le duc, l'évéque et l'abbaje de Sainl>*Mdainè, partageait les redevances féodales dues par les manants et bourgeois de la cité. L'abbaye de Saint^Geoi^ges , fondée par Alain Rubriz et si bien dotée par lui , possédait même depuis Co» nan-le-Gros im droit d'octroi sur le blé et le sel transportés de Nantes à Rennes. Trois deniers par boisseau avaient été concédés à son abbesse, Adèle de Bretagne, par le duc son neveu. Des droits de bouteillage lui avaient aussi été accordés sur Quimper-Gorentin. Chaque élection d'ab-
442 HIftTOnUB DE RSimBS.
bease, et on en comptait dqà vingt^t-uiie, était devenue l'oocasioa d'une donation pieuse à Tabbaje, dont les intérêts se trouvèrent ainsi mêlés à ceux de presque toutes h» localités de la Bretagne. Nous en retrouverons plus d'une fois la preuve.
Et ici déjà nous avons à dt^ un £dt devenu fameux , qui rappelle près du nom de Du Guesclin celui de la première abbesse de Saint-<jeorges. Cette dernière pomit , <iitK>n , à un sien vassal que quelques historiens appellent Donoaldy de bâtir, vers 4056, un château qui prit le nom de Montmuran , dans la paroisse des Iffs , évêché de Saint- Malo, sous la condition d'hommage lige et devoirs de chambelnage envers elle et ses successeurs.
Ce château de Montmuran (4), à l'époque où nous sommes parvenus , fut témoin du combat qui mérita à Du Guesclin le titre de chevalier* Mais revenons à notre ville. . Le duc de Lancastre , après la victoire du prince de Galles à Poitiers, entra en Bretagne avec les forces qu'il commandait, et vint mettre le siège devant la bonne cité de Bennes, le 3 octobre 4356. Nous avons déjà signalé dans cette armée la présence du jeune comte de Montfort, « qui jà s'armoit et chevauchoit », dit Froissart. La com» tesse de Montfort, toujours à Hennebond, envoya près de son fils un grand nombre de gens d'armes et aussi plus d'un seigneur breton.
Le « tort-boiteux de Pennehort, » comme l'appelle le trouvère Ctwelier^ le sire de Penhouet, comme nous le nommerons, était capitaine-gouverneur de la ville, et avait . près de lui « bonne chevalerie, » dans laquelle on comp» tait le vicomte de Rohan, le sire de Laval, Charles de Dinan et Olivier de Mauny. Bertrand Du Guesclin n'avait pu en grossir le nombre. L'armée ennemie avait fermé toutes les issues quand il se présenta. Réduit à l'inquiéter,
(1) M. BWen da Leurt, proprfétalM aetad da ehâteau, conaerve avec un wlo difne 4*élos«t, la dëdrls de oe monument nattonal.
HBVOIAB DB BXNiniS. 415
il n'y manqua guère , et s aequit bientôt un terrible renom dans le camp et près du chef anglais.
Ce dernier, qui ayaii dû donner plusieurs assauts inutiles à la place pendant l'hiver, résolut de la prendre par sur* prise y en faisant creuser une mine qui lui procurerait une entrée secrète dans ces murs , qu'il ne pouvait emporter de vive force , et l'acquitterait ainsi du serment qu'il avait £aât de planter son pennon sur ces remparts inexpugnables. La ville fortifiée était encore à cette époque enfermée dans l'étroite enceinte que nous avons décrite au IX^ siècle, et dont le plus grand diamètre s'étendait de la porte Mordelaise à la porte Aivière sur la Vilaine. En dehors de cet ovale on trouvait, il est vrai, conune une espèce de seconde enceinte inoffensive^ les abbayes de Saint-Melaine , Saint-Georges et Saint-Cyr, les églises de Saint-Germain, Saint-Etienne et Toussaints, le prieuré de Saint-Pierre de Marcheil et le faubourg dit l'Evéque. La population éparse dans cette zone extérieure s'était réfugiée dans la ville à l'approche des Anglais. Les abbayes avaient fermé leurs portes et attendaient paisiblement, et presque toujours respectées conune les églises, la fin du siège, qui semblait s'être converti en blocus.
Cependant l'abbé de Saint-Melaine, Jean Lebart, n'avait pas jugé à propos d'attendre l'ennemi dans les faibles murs de son abbaye. Il avait acheté dans la rue du Foui^ du-Chapitre, prés d'une chapelle élevée et dédiée par eux à Saint Melaine, que le peuple surnomma le petit, quelques maisons où il vint se loger avec ses moines. Par convention avec les chanoines sur le terrain desquels ils se trouvaient, ils devaient vendre leur propriété et retourner à leur abbaye dès que la paix serait faite.
Les travaux de la mine se poursuivaient cependant en silence. L'armée, inactive eu apparence, ne semblait occupée que de protéger ses convois contre les attaques in-
4 44 HI8TOIRB BB RBMMas.
cessantes de Du Guesclin, qui toujours, dit le poétne^ ^ étoit sur la costière. »
Pendant cette espèce de suspension d'armes , dont s'étonnaient les assièges, « il ayint un jour, dit Froissart, » qui nous fournit ici un nouveau trait de mœurs, que » un chevalier anglois qui s'appelait Monseigneur Jean » Bolleton, appert homme d'armes durement, avait été » déduire aux champs tout son épervier, et pris six per- » drix. Si monta tantôt à cheval, armé de toutes pièces, » ses perdrix en sa main, et vmt devant les barrières de » la cité, et commen^ à écrier à ceux de la ville que il » vouloit parler à Monseigneur Bertran Du Guesdin. » Olivier de Mauny se trouvait en cet instant sur les murs à observer les mouvements de l'armée anglaise. Il demanda au chasseur armé de pied et cap « s'il vouloit » vendre ou donner ses perdrix aux dames qui là dedans » étoient encloses. »
La famine, qui commençait à se faire sentir danf la ville, donnait l'air d'une bravade à l'action du chevalier anglais. Il ne tarda pas à confirmer cette conjecture du breton Olivier de Maunj : « Par ma foi, répondit-îl^ si » vous osiez marchander de plus près et venir jusqu'à moi » pour combattre, vous avez trouvé marchand. » — Et » à Dieu le veut, répondit Olivier : « Attendez-moi et je » vous paierai tout sec. » Sur ce, le chevalier breton se fit descendre des murs dans le fossé, les traversa tout armé, « fors du hamois de jambes et des gantelets, et » vint à son marchand qui l'attendait d'autre part. » Un combat à outrance eut lieu aussitôt, en présence du duc de Lanoastre et des dames de la ville accourues sur les murs pour le voir. Olivier de Mauny fut vainqueur, et emmena prisonnier son marchand de perdrix. 11 le présenta avec son gibier aux dames , qui le reçurent « moull » liement et l'honorèrent fort grandement. » Mais la vie*» toire avait coûté cher au chevalier breton. Il était blessé
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grièremeiit, et la viUe ne pouvait lui foarnir les herbes qui deraient le guérir. Il appela son prisonnier et lui promit la liberté sans rançon , s*il voulait lui obtenir un saufecmdnit signe et scellé par le duc de Lancastre, pour sortir de la ville ^ lui quatrième, pendant un mois, jusqu'à parfaite guérison. Monseigneur Jean de Bolleton accepta et s'obligea de revenir prendre ses fers , s'il ne réusnssait pas. On le fit sortir, et il alla présenter sa requête an duc de Lancaitre, qui FaccueilKt favorablement, et « assez le rigola des perdrix* » Muni du sauf-conduit demandé, Monseigneur Jean retourne incontinent se présenter à son mattre, qui tint sa pafcde de chevalier, et le mit aussitôt en liberté. Ils partirent ensemble de la bonne cité de Rennes , et allèrent trouver le duc de Lancastre , qui leur fit « grand'chère ». Il retint même Olivier de Mauny, et le logea richement, mettant de plus à sa disposition ses dnrurgiens et médecins, « qui le visitoient tous les » jours, et aussi le duc Talloit voir et conforter moult • souvent. » Qiiiand il fut guéri et qu'il se mit en devoir de prendre congé de tous ceux qui fayaient si bien traité, le duc de Lancastre « lui donna moult belle vaisselle et » lui dit : Bftauny, je vous prie, que vous me recom- « mandez aux dames et damoiselles, et leur dites que » nou5 leur avons souhaité souvent perdrix. » Olivier de Mauny revint à Rennes, où il fut n^ joyeusement de tous, grands et petits, « et des dames, auxquelles il conta » moult de ses nouvelles. »
Charles de Blois cependant ne venait point secourir la ville, qui se dévouait pour lui. La mine avançait, et les vaillants défenseurs de la cité allaient être surpris par une camîsade^ ainsi qu'on appelait ces attaques nocturnes, dans lesquelles les soldats, pour se reconnaître, revêtaient des chemises par dessus leurs armures. Heureusement, pendant que Charles de Blois sollicitait l'appui de la France, trop occupée de ses propres désastres. Du Gués-
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clin épiait toutes les occasions d'être utile aux assiégés. Non moins tourmenté qu'eux de Tobiveté de l'armée anglaise, il cherchait à s'en procurer des nouvelles et à connaitre ses projets 9 lorsqu'un jour il rencontre un «cheyaucheur» , qui lui apprend que les travaux de* la mine avancent.
A cette nouvelle y Du Guesclin fait attacher le valet à un arbre 9 et court attaquer le camp ennemi. Il y met un tel désordre, qu'ils crurent avoir sur les bras l'ost de France, et qu'il emmena quatre chevaliers prisonniers.
Pourtant son but n'était pas atteint, il n'avait pu se frayer un passage pour entrer dans la ville. Il se retira de nouveau dans la forêt voisine, en attendant une meilleure occasion. Il crut l'avoir trouvée un jour qu'ayant surpris un chevalier, le baron Poole, il le renvoya au duc de Lancastre sous la condition de lui obtenir l'entrée de la ville assiégée, mais le duc refusa; le baron revint, suivant l'usage, se constituer prisonnier, et les soldats, plaisantant sur la prononciation de son nom, répétèrent que l'aigle bretonne avait plumé la poule anglaise.
Le duc de Lancastre qui, selon quelques historiens, avait dit qu'il aimerait mieux voir entrer cinq cents archers dans Rennes que Du Guesclin tout seul, fit poursuivre les travaux de la mine avec plus d'activité encore.
Il devenait urgent d'en informer le capitaine de Penhouét. Du Guesclin y réussit. Aussitôt, dit le trouvère Cu* velier,
LA flst li Tora-Bolsteux commaDder à haut too, Que chascuD pendist un bacin en sa maison, CiU qui prez des créneailx avolent manMoD , Bt par yoenlz bacins entendirent le son.
D'autres hbtoriens ajoutent qu'on plaça des balles de plomb dans les bassins, et que l'agitation de ces balles fit découvrir l'endroit où l'on minait.
Mais il y a plus; un miracle, si Ton en croit quelques documents postérieurs, s'opéra dans l'église prieurale dédiée à Saint-Sauveur, et fit connaître que la mine était arrivée
HISTOIRE DE ESVNB8. 417
près du puits situé alors dans cette église. Les cierges s'allumèrent, les cloches sonnèrent d'elles-mêmes la nuit, et la statue de la Sainte Vierge inclina la main du côté de la mine. Uauteur ecclésiastique (4) qui a raconté ce miracle, dont Alain Bouchart seul avait parlé ayant lui, ▼ivait, il est Trai, dans le XYII^ siècle; mais il a basé son lécit sur une tradition qui existait depuis^lus de trois cents ans, sur des pièces tirées des archives de Saint-Sauveur, aujourd'hui détruites, enfin sur une inscription trouvée (2) en 4658 sous la base de la statue miraculeuse, honorée, depuis le XI V^ siècle, d'un luminaire perpétuel entretenu sur la rue et de dévotions particulières, à l'époque desquelles les trésoriers étaient tenus de fournir de la paille dans réglise aux pèlerins. Malheureusement, excepté une bulle de 4670, les preuves sur lesquelles eut pu se fonder l'écrivain moderne n'existent plus aujourd'hui , et Tune d'dles, l'inscription, nous prouve qu'il fendrait rapporter le miracle en question à une autre époque que celle qui nous occupe , et fixer l'opération de la mine à une date où Rennes n'était point assiégée, et où la guerre, qui venait de recommencer, était transportée par Charles de Blois et Montfort du côté deQuimper.
Dans l'absence des preuves primitives, dans le silence de l'inscription, qui n'indique pas l'objet du miracle, il est permis peut-être, non pas de le nier, mais de penser que la mine anglaise n'en a pas été l'occasion. En effet, les efforts mêmes que l'écrivain moderne a faits, sinon pour établir, au moins pour confirmer cette opinion, prouvent que la tradition sur laquelle elle s'appuyait avant lui n'était admise que comme une opinion pieuse.
(t) Le B. P. Fanfenl, «ml da père Albert de Moriaix, et mort en 1687. (2) Dame de miracle et vertus
Par toy avons paix et concorde,
Impètre envers ton flla Jésus ^
Qutl nous fssse miséricorde.
L'an rail Irom cent quarante-cinq ce miracle advint.
448 HISTOIBS JOB AJBNinft.
Quelle que «oit celle quadopte le lecteur ^ la mine n*eD fut pas iDoias ëvent^, à la grande joie des habitants. Bertrand de Saint-Pem, auquel le sire de Penhouét ayaii confié la surveillance des bassins^ fit contreminer l'endroit où reteqtissaient les coups souterrains. A dix ou douze pieds de profondeur on trouva Tennemi qui, s*apercevaot qu'il était découvert, se retirait à la bâte en comblant la mine , comme le blaireau que la tranchée chasse dans son terrier* Mais, malgré ses efforts pour tromper ceux qui le poursuivaient y il ne put échapper à leur activité, et bientôt l'eau I l'huile bouillante, la poix fondue le menacèrent de toutes parts, et en firent périr un grand nombre. Le reste fut atteint, quelques instants après , par Bertrand dt Saint Peru, Geffroy de Saint-Sarthélemi, Du Pont, connétable de la ville, et quelques braves soldats qui les suivirent. Après avoir tué tout ce qu'ils rencontrèrent, ils incendièrent la charpente qui soutenait les terres, et la mine se combla d'elle-même.
Cet échec humilia le duc de Lancastrp. he siège durait depuis plus de quatre mois; une année nouyelle avait commencé, 0t une seule place arrêtait toutes les forces de l'Angleterre.
MaÎB la famine n'eut pas le pouvoir de faire sortir les habitants de leurs murs, comme l'espérait le duc de Lancastre. Ils songèrent encore moins à capituler. Le duc^ croyant leur tendre un piège,
rist taten quatre mfl pan vtnlr et i
Ea prez près des foasez le fltt trcstoos aler.
C'était dans le pré Raoul, à l'ouest de la ville, vers l'endroit où se trouvait l'ancien champ de foire, et non loin du Ueu nommé depuis Mail-Coquelin.
La tentation dut être vive d'aller enlever cas porcs qui semblaient les nai^er. Les bons bourgeois allaient j céder, mais leur bon capitaine Les en empêcha. Il fit chercher non sans peine, et amener une truie qu'il suspendit par
SiSTOlBB OE ftBimss. 449
une corde au-dessus de la poterne qui s'ouvrait entre la rivière et la tour du Furgoo , à Tendroit même où Ton a de nos jours creuse wi bassin près de Saint-Yves.
Les cris de la truie suspendue par les pieds et que Von tiraillait à dessein , produisirent TefTet qu'on en attendait.
ODqoes ifi et poioei ne s*en'Teolst corant, A U porte tout droit, tdle ▼!« rneBoot Con ni olit tonner le Père tout-pofssant.
Le pont^levis était abaissé , la poterne ouverte, on lâcha la truie en l'entraînant dans la ville, et tous les porcs la suivirent.
Les Anglais cependant, avertis par le bruit, accouraient de leur côté « à force chevauchant; » mais quand ils arrivèrent, la poterne était fermée et sa herse abattue.
Les assiégeants , dit la tradition , qui a aussi sa mesure de probabilité historique^ naiguèrent à leur tour les An- ^aîs, en criant du haut des murs : au lard! au lard! à vendre! Le souvenir de l'événement se coaserva fidèlement dans la mémoire du peuple, dont les en£ints criaient encore dans les rues, il y a quelques années, sur ceux qu'ils avaient pu attraper : au lard ! au lard ! au lard !
Cependant, ce faible secours épuisé, la disette n'en parut que plus horrible. Il fallait à tout prix prévenir Charles de Blois de la détresse de sa bonne cité de Rennes. Le sire de Penhouét réunit, un jour qui était « merquedis » , tous les bourgeois dans la cathédrale, et leur exposa son projet d'envoyer quelqu'un vers le duc à Nantes pour le supplier de venir à leur secours. Tous applaudirent à la proposition du gouverneur, mais personne ne s'offrait à l'exécuter, lorsqu'un bourgeob
Gongeia et hardlz,
Qui en lu Ttlle avolt trots filles et trois fllz,
mais qui manquait de pain et pour eux et pour lui, se leva au milieu de l'assemblée silencieuse et demanda la parole :
420 HISTOIRE DE RENITES.
' Seiirnear, dit 11 bouifoli, droit en Vùê/L m'en iniU Au fort dac de Lendolstre de vous me platnderai. Si da roi des François Je lor recorderal . Qa'll nous Yleot aeooorir, bien dire lor uni ; Le chemin et le lieu trestout lor montrerai. SI Je puis eschaper, à Nantes m*en Iray Et à Charles de Bloit vo message ferai. Pensées de mes enfins, et Je m'aventuray Dieux TOlt morir pour moi, et Je pour lui morrai !
D'unanimes félicitations accueillirent cette ofire généreuse de dévoûment. Le sire de Penhouët prit la parole pour remercier y au nom de l'assemblée et de toute la Tille, celui qui se dévouait pour le salut de tous, et dont l'histoire est coupable d'avoir oublié le nom glorieux. Il ajouta, après avoir expliqué par quel moyen il ferait sortir de la ville le généreux messager :
Si prie celui Dieu qui flst la rose en may, Qtt^U vous lait retourner, et en couvant vous ai Que Tostre enflmt aroot de telz biens corn J*araf.
Le digne bourgeois fut reconduit en triomphe dans son humble demeure. Les cloches manifestèrent la joie générale, et l'on attendit le lendemain avec anxiété.
Le jour attendu avec tant d'impatience d'une part et de résignation de l'autre, vint enfin éclairer de ses premiers rayons les murs de la bonne cité de Rennes. L'une des portes de la ville s'ouvrit; le sire de Penhouét exécuta une sortie simulée, afin de faire tomber le boui^eois, comme transfuge, dans les mains des Anglais. Tout arriva comme il l'avait prévu. Pendant que le gouverneur rentrait dans la ville, le bourgeois fut conduit devant le duQ de Lancastre, qui V interrogea sur la situation des assiégés. Celui-ci lui avoua qu'ils étaient en proie à la plus horrible famine ; mais qu'ils comptaient pour le lendemain sur un convoi que leur amenait une puissante escorte, et par un chemin qu'il a soin d'indiquer. Le duc de Lancastre fit aussitôt partir dans cette direction la meilleure partie de ses troupes. Les assiégés, témoins de ce premier succès de leur nise, augmentèrent encore par leur joie, du haut
HISTOIRE DE ESNlfES. 424
des murs, l'^rrear où étaient les Anglais. Le bourgeois profita flu mouvement pour s'ëvader; il courut sur la route de Nantes; mais surpris par la nuit, il s'abrita dans une masure, qu'il ne quitta qu'aux premières lueurs du jour pour reprendre son chemin. Il ne tarda pas à rencontrer Du Guesclin, qui d'abord le prit pour un espion, et se mit en devoir de le faire pendre au premier arbre voisin. Instruit cependant par le pauvre bourgeois de ce qui se passait dans le camp ennemi. Du Gnesclin suspendit Texécution , jusqu'à ce qu'il se ftit assuré de la vérité. Puis bientôt convaincu de la bonne foi du messager, il le laissa continuer sa route vers Nantes, disent les uns-, il l'emmena avec lui, disent les autres, en envoyant quet qu'un à sa place vers Charles de Blois, puis il s'élança, suivi des siens, vers Rennes, avec la ferme résolution d'y entrer cette fois.
Le jour naissait à peine, lorsqu'il se précipita sur le camp anglais avec une telle impétuosité, que l'ennemi crut avoir affaire à une armée entière. Surpris dans le sommeil, il se leva en désordre. Les tentes lurent culbutées, l'incendie s'alluma de toutes parts, avant qu'il pilLt se réunir et organiser la résistance. La mort et la désolation s'étendirent partout. Du Guesclin cependant ne se laissa pas entraîner au-delà du but qu'il s'était proposé. n enlève un convoi de vivres de deux cents chariots destiné au camp, et se présente à la porte de la ville. Elle lui est ouverte aussitôt. Les habitants, attirés sur les murs, avaient été témoins de sa victoire. Ils l'accueillent avec l'enthousiasme de gens que l'on rend à la vie, et Fescortenten triomphe jusqu'à ce vieil «ostel» de son oncle, ou il avait passé une partie de sa jeunesse.
Du Guesclin, après quelques instants de repos, manda les charretiers qu'il avait forcés de le suivre avec* les vivres qu'ils conduisaient aux Anglais; il les fit payer généreusement, leur rendit leurs équipages et les congédia en les
492 msToimB de asma».
in-vitant à saluer de sa part le duc de Lancastre, et à oe plus, lui fournir de vivres , s ils tenaient à conserver leur -vie. Les charretiers, ajoutent quelques historiens, obéirent ponctuellement à Du Guesclin, et, dépassant un peu sfi recommandation, ils dirent au duo de Lancastre, qui ne les en punit pas : « Sire, Bertrand se reoonunande à vous, » et dit que par Dieu il vous varra le plus tost qu'il » pourra, et a asses de vivres lui et ses gens, et quand » il vous plaira des vins de la cité, il vous en envoyera j » et du boschet aussi pour adoucir votre cosur. »
n n*j avait, en ^et, rien d*insultattt dans cette démarche ni dans ces paroles, pour le temps dont nous parlons. C'était, de la part de Du Guesclin, une galanterie chevaleresque, dont le duc de Lancastre lui sut bon gré, et dont il lui témoigna sa reconnaissance en lui envoyant un héraut d'armes chargé de lui offrir un sauf^ conduit pour venir au camp, où tous déairaieqt le voir. Bertrand traita magnifiquement le hérauk; il lui fit don d'un riche habit et d'une bourse de cent florins. Puis^ accompagné de trois gentilshommes y il le suivit au camp, mais dans un modeste ^uipage, que relevaient seules la beauté de son coursier et la fierté de son nuûntien. Les Anglais, rangés sur son passage, le considéraient avec curiosité, et ce ne fut qui travers leurs flots pressés, mais respectueux, qu'il parvint à la tente où l'attendait le duc de Lancastre. Celui<-ci avait envoyé quatre seigneurs à la rencontre de son hôte; Jean Chandos, surnommé le Du Guesclin de l'Angleterre, le reçut à Tentiée de la tente, où était réunie toute la cour du prince anglais. Bertrand, suivant l'usage de la dievalerie, mit un genou en terre en abordant le duc. Celui-ci, avec non moins de politesse, lui tendit la main pour le relever, et lui témoigna, par l'accueil le plus honorable, toute l'estime qu'il faisait de sa valeur; mais il chercha vainement à l'enlever au parti qu'il suivait. On se déshonorait alors à changer de ban-
mae^ adoa la» ôrcoostanoes. Le dluc en éprouva plus d'admiratioQ pour le beau caractère du héros breton. Il &at reiiian{uer que parmi les ndsons qu'il allégua pour ébranliBr sa fidélké, Û ne «déroba peinft cdle que de «os jours on eût pu déduire de l'amour du pays. C'est qu'elles n'existaient pas, et ^e Du Guesdin croyait, tout aussi bîm que les partisans de Montfort, combattre dans Tin* térèt de sou pays. L'indépendance de la Bretagne existait pour lui sous la haute vassalité de la France, pbitftt que sous la protection de T Angleterre, qui, depuis l'exlioction des Plantagenet et l'avènement de Pierre de Dreux, avait perdu tous aes droits à la suzeraineté du duché breton. Ce n'est pas que Du GuescUn se fît aucun raisonnement de œtte espèce; l'instinct et l'habitude de la dominadoa française , peut-être aussi des traditions de famitte , l'avaient porté de j^référenoe vers Charles de Blois , le protégé de la France* U fiiisait mieux encore; il travaillait à son insu à souder un des anneaux de la grande chaîne de l'unité française, qui tardait à se former sur les débris de la féodalité, déjà ébranlée de toutes parts, et que la main de Louis !SI allait bientôt (aire crouler tout**à^it.
La légitimité de Charles de Blois ne reposait pas pour Du Guesdin sur oelle de ses droits, dont il ne s'inqui^ tait guère. En effet, le duc de Lancastre ayant affirmé qu'ils étaient douteux , Du Guesdîn dememi silencieux et indifEo'ent à cette asserti^m; mais quand le duc ajouta que cent mille hommes seraient sacrifiés avant que Charles de BIms s'emparât de la couronne, < tant naieux! s'écria > Bertrand, ceux qui demeureront en seront plus ridies! » lâ naïveté de son argument fit sourire le duc, qui n'in<» sista pas.
Pour se placer au point de vue des personnages des siècles passés , le plus sûr est souvent de s'en tenir à leurs paroles, ou à celles que leur prêtent leurs contanporains.
Pendant l'entretien dont nous venons de parler, un
424 HUTOIRE DE RBMNES.
chevalier anglais j nommé Guillaume Bremborougfa , frère de celui qui commandait au château de Foilgerai^ et y avait été tué par Du Guesclin y s'avança brusquement vers ce dernier et lui dit : Vous êtes gentilhomme ; vous avez tué mon frère ; je viens le venger; vous ne me refuserez pas le combat à trois fers de glaive, trois fers de hache et trois coups de dague.
Bertrand lui tendit la main avec fierté et lui offrit six fers au lieu de trois , s*il le désirait ^ et ajouta qu'il pouvait compter sur lui y quand il voudrait.
Le combat fut fixé au lendemain matin. Bertrand prit congé du duc de Lancastre y qui le fit reconduire avec les mêmes honneurs qu'à son arrivée, et lui donna son plus beau coursier, dont il promit de se servir le lendemain pour la joute.
Quand le sire de Penhouêt et les autres seigneurs qui l'attendaient à la porte de la ville apprirent qu'il avait engagé sa parole de chevalier pour un duel, honorable sans doute selon les idées du temps, mais qui pouvait priver la ville d'un de ses meilleurs défenseurs, et qui n'était peut-*écre qu'un piège tendu à sa bonne foi par l'astuce anglaise, dans laquelle il y a toujours de l'esprit normand des compagnons de GuiUaume*le-(]onquérant , tous se récrièrent contre la généreuse imprudence qu'il allait conunettre, et tentèrent de le faire renoncer à sou engagement. Sa tante, sa bonne tante surtout, joignit ses prières à celles de ses autres parents; rien ne put l'ébranler. Un serment pour Du Guesclin était chose sacrée.
Le lendemain, malgré le conseil du sire de Penhouêt, il ne s'arma que d'une cotte de mailles, d'un bouclier et d'une lance. Il entendit la messe et communia, puis mangea un morceau de pain trempé dans du vin, et se disposa à monter à cheval; mais sa tante lui ménageait un nouvel assaut de tendresse, qu'il repoussa par une franche et railleuse brusquerie : « Ma tante, répondit-il, à la
mSTOULE OB BBUlfBS. 425
» prière qu'elle lui faisait d'ôter son casque pour lem-
> brasser, allez à Thostel baiser Totre mari y et songez à
> Cure préparer le diner, cm je s^rai de retour avaot » qu'il soit prêt. »
Le sire de Penhouët lui fit alors ounir Time des portes de la TÎlle, et Du Guescliny eu sortant, m>UTa les trompettes envoyées par le duc de Laocastre pour le conduire sur la lice où devait avoir lieu le combat. Défense avait été Élite d'approcher des deux champions de plus de vingt lances. L'année anglaise d'un côté, de Tautre les assiégés sur leurs murs, assistèrent de loin, avec une curieuse anxiété, à cette lutte, où était engagé l'honneur des deux partis.
En courant la première lance, Bertrand perça Técu du dievalier et creva son haubert et son hoqueton , mais sans fiure couler le sang de son adversaire. Le chevalier à son tour frappa si rudement le bacinet de Du Guesclin , que « petit s'en failli que tout oultre n'ala. » Mais Bertrand demeura ferme comme un roc sur ses arçons. La seconde et la troisième lance, furent également inofiènsives. La joute allait se terminer ainsi, lorsque Du Guesclin demanda au chevalier une quatrième lance : elle lui fut accordée. Plus habile ou moins courtois cette fois , il frappa le chevalier «sous le blazon», le transperça de son glaive, et retendit «tout navré» sur le sable. Il s'empara de son dieval, selon les lois de ces sortes de combats, et le donna au héraut que lui envoya le duc de Lancastre pour le féliciter et lui garantir la sécurité de son retour.
En rentrant à Rennes, Bertrand fut accueilli par des acclamations d'autant plus vives, qu'on avait craint pour sa liberté et pour ses jours. Sa bonne tante, qui n'avait pu retenir ses larmes à son départ, ne fut pas la moins joyeuse de le revoir sain et sauf. Le bon dîner, qu'il avait si bien gagné, loi fut offert au milieu de ses nobles compagnons d'armes, tous heureux de sa victoire.
426 HUTOIBB D£ BSHMBS.
Que devint cependant le bourgeois àêpvLtè trers Charles de Blois? Selon les uns, il rentra à Rennes avec Du 6ue»clin; selon les autres, il s^rendit à Nantes, où il trouva le duc, qui assembla dix mille hommes, arec lesquels il B*osa attaquer les Anglais, eux que Du Guesdin faisait trembler avec ses soixante compagnons. Le trourère contemporain Cttfelier se tut sur ces diverses drconstanoes, et ne s'occupe* même plus du généreux boui^eois depuis sa rencontre avec Du Goesclin. C'est évidemment une lacune que chacun peut remf^r à son gré avec les récits des autres chroniques, moins sûres sans doute, mais trèsvraisemblables et indispensables dans l'absence d'autres documents.
Le duc de Lancastre, craignant de nouvelles attaques qui le forceraient à lever le si^e, résolut de le presser. Il avait fait, dans ce but, construire une de ces hautes tours mobiles en bois, que l'on approchait des murs, au niveau desquelles s'abattait un pont-levis , qui livrait passage aux assiégeants. Cette machine, fort en usage alors dans les si^es, où elle offrait un secours moins périlleux que l'escalade ou la sape, et plus prompt et plus sûr que la mine, causa un grand effiroi aux assiégés. Mais Ber^ trand Du Guesclin et le sire de Penkouët les délivrèrent de ce nouveau danger. Après avoir repoussé l'assaut qui fut donné an moyen de cette tour ou de cette « truie » , comme on disait alors, ils résolurent de l'incendier au milieu même de ceux qui la gaidaient. Ils sortirent de la ville avec cinq cents archers, au jour naissant, repoussèrent les AngUtis commis à la garde de la tour, et y firent attacher le feu grégeois, qui la dévora malgré les peaux de bœufs et les lames de fer dont elle était couverte extérieurement. Le duc de Lancastre accourut, mais inutilement, pour la prot^r. Le comte de Pembrock, qu'il avait envoyé pour cerner les Bretons, fîit pris entre ceux de Du Guesclin et la nouvelle troupe qui sortit de
k y/Me , ainsi qu*il aTtiit été r«glé. U fut àihit et eiittaîna le duc de Lancaatre dans sa fuite. Du GuescHn et ]e sire de Penhouèc rentrèrent victorieux dans la ville.
Ce succès pourtant ne devait contribuer qu*à prolonger le àége. Le duc de Lancastre tenait à remplir son serment; la famine y un moment éloignée, revenait avec tontes ses horreurs; Gharles de Blois abandonnait sa bonne esté de Rennes et s'était letiré du côté de Jugon. H ne restait plus guère aux malheureux habitants qu'à négocier une capitulation la plus honorable possible. Les Anglais, souffirant eux*nièmes de la disette, ne demaodaient pas mieux que de parlementer. On en cherohn de part et d'autre l'occasion.
L'évéqoe de Rennes la fit naître. C'était alors Guillaume; car son prédécesseur, t^ierre de Laval, qui avait vu commencer le siège, était mort au mois de janvier de l'année 1357, et l'on approchait du mois de juillet.
Un meurtre avait été commis dans l'une de ces q[lises que nous avons désignées en dehors des miurs. L'évéque Guillaume demanda, dit Dom Morice, au duc de Lancastre un sauf-conduit pour procéder avec sécurité à la cérémonie de la réconciliatien du temple souillé. Le duc y consentit, et la cérémonie achevée l'évéque alla le re«* mercier dans sa tente. Le prélat y fut accueilli avec politesse et invité à dîner avec les chevaliers qui l'accompagnaient. Le siège devint naturellement le sujet de la conversation. L'amour-propre de part et d'autre rendit les premières paroles peu condliaoïtes. Le duc ayant prétendu que la ville se rendrait à discrétion, l'évéqne répondit fort sensément qu'une trêve avait été signée à Bordeaux le 25 mars 4357 entre la France et l'Angleterre, que la Bre» tatgœ y avut été cooftprise , et qu'on avait lieu de s'étonner que l'ordre de lever le si^[e ne fut pas encore parvenu au duc de Lancastre.
Cet ordre avait en effet été signé et expédié par Edouard
428 HISTOIBB DE BZNlfSS.
le 28 avril 4S57 , ainsi que le prouve la date de ses lettres^ encore existantes , et conservées dans la collection de Rymer (4). En avait-on réellement différé le départ, malgré leur date? Avaient-elles été retenues en route? Le duc les avait-il gardées? Toutes ces suppositions sont vraisemblables, et la dernière ne l'est pas moins que les autres, si l'on pense que le duc a pu les dérober pour gagner du temps, et trouver ainsi l'occasion d'accomplir son serment.
Quel que soit le motif de cette conduite du chef anglais, la réponse ferme et vraie de l'évéque le rendit plus traitable. Sans répondre directement à Guillaume, il consentit à entrer en négociation avec lui et les chevaliers qui l'entouraient, sauf l'approbation du gouverneur et des boui^eois de la ville. On convint donc provisoirement que les habitants paieraient cent mille écus au duc, qui, pour éviter le pillage, ne prendrait possession de la ville que par procureur; que le sire de Beaumanoir en serait nommé capitaine jusqu'à la fin de la trêve, et qu'elle serait ouverte aux Anglais toutes les fois qu'ils en auraient besoin pour le service de leur roi.
Ces conditions arrêtées, l'évéque et les chevaliers rentrèrent de suite dans les murs de Rennes. La délibération s'ouvrit à l'hôteUde-ville , où siégea Bertrand.
Pendant ce temps le duc de Lancastre, sur les instances du légat du pape, reçut l'ordre d'obéir aux lettres dont nous avons parlé, et qui arrivèrent enfin le 50 juin. Cependant il chercha encore un expédient pour se délier de son serment au . moins en apparence. Du Guesclin lui fournit le subterfuge au moyen duquel il espérait tromper le del et sa conscience. U lui offrit d'entrer lui dixième dans la ville, pour s'acquitter de son voeu, en plantant son étendard sur les murs.
(I)T(»m. VI, p. 18 et 36.
HISTOIME SE lUBHlfBS. 429
Avant d'accepter cette proposition j qui ne lui déplaisait pas y les choses avaient bien changé. Le duc envoya, disent quelques historiens, six chevaliers en députation dans la ville, chargés en apparence de traiter en son nom, mais avec la mission secrète d'observer l'état de la place et dct lui en rendre compte, afin d'arrêter sa résolution en conséquence.
Quoiqu'il en soit, une trêve de trois jours fut convenue, pendant laquelle le duc de Lancastre entra dans la ville avec dix chevaliers, comme on le lui avait proposé, sous le prétexte, dit le trouvère contemporain, de voir hes édifices , mais sans apporter le pennon aux léopards qu'on lui avait permis de planter un instant sur la porte. Il est évident qu'il voulait observer par lui-même avant de se décider. ,
n fut reçu avec tous les honneurs d'usage. Si l'on en croit certains historiens, on le traita même comme un vainqueur; le sire de Penhouët lui aurait présenté les clefs de la ville qu'il n'avait pas conquise ; les ordres religieux et les communautés de Saint-Georges, Saint-Melaine, Saint-Gyr, l'auraient complimenté et lui auraient offert les présents du vaincu. Gela est difficile à croire; Du Guesclin et Penhouët ne se seraient point soumis à des politesses qui dépassaient les exigences de la chevalerie. Sans doute ils ne manquèrent à aucune de ses lois dans l'accueil qu'ils firent au duc de Lancastre; mais on peut croire qu'ils en restèrent là. Le trouvère contemporain ne dit rien qui nous autorise à penser le contraire.
La nouvelle ruse que conseilla Du Guesclin en cette circonstance nous semble une nouvelle preuve de la dignité que l'on mit dans les rapports publics avec le duc anglais. En effet, une ordonnance prescrivit aux habitants, avant son entrée, d'exposer chez les marchands et dans les hôtels tout ce qu'ils possédaient encore de vivres, et il s'en trouva, dit le chroniqueur contemporain, beau*
450 HISTOIRE DE RKNIIBS.
coup plus qu*oii n eAt pensé; car depuis long-temps on ne mangeait qu'en cachette; « cite qui a voit à vivre le « gardoit fermement. »
Le duc de Lancastre, en voyant cette abondance à laquelle il ne s'attendait guère, se dit : « J'envoierai qucrre » le mien pennon. » Il jugea que c'était ce qu'il avait de mieux à faire. Pendant que Du Guesclin lui of&ait le vin de la bienvenue au milieu des chevaliers réunis , il envoya en effet chercher son pennon;
Et quand U ducs le tint sur la porte monta , ^ Aux créneaux par devant la banlère posa.
Puis on le reconduisit avec honneur vers la porte par laquelle il était entré, suivi de ses dix chevaliers; Bertrand, toujours railleur, lui apprit en ce moment que Charles de Blois était à Jugon, qu'il était temps que le siège fût levé ; pub il lui demanda où serait maintenant la guerre. « Soyez sûr, répondit le duc, que je vous le ferai » savoir, intrépide Bertrand. »
Après ces mots, dont le ton proteste contre l'humiliante et feinte capitulation supposée plus haut, le duc et son escorte franchissent le pont-levis, et dans ce moment,
Lf pennons qui estolt sur la porte posez Lt fti encontre terre droit ft ses plez Jetex , En huant tellement qui ta tous ahontez.
Et parmi les cris injurieux qui furent alors proférés, quel» ques historiens citent celui-ci : Il a bien été dit qu'elle y serait mise, mais non pas quelle y resterait.
Ce mouvement d'indignation populaire, qu'on ne fit rien pour prévenir ou pour punir, prouve mieux encore que l'on n'avait pas besoin de s'humilier même par une vaine fiction devant les Anglais. Le duc de Lancastre dévora silencieusement l'insulte faite à sa bannière, et, forcé par les ordres de son roi, leva le siège quelques jours après, le 5 juillet 4357.
Il n'est guère probable, après cela, que les cent mille
HISTOIRE DE RKHNES. 45 i
éciis des conventions préliminaires aient été payés au duc de Laocastre, ainsi que TafErment quelques documents. Cela n'étaft pas nécessaire; la trêve forçait Vennemi à se retirer. Aussi le poète contemporain ne dit rien de cette cootribution tont-à-fait gratuite qu'auraient payée les habitants de Rennes. La paix était déjà une marchandise assex chère; mais ici il n'était pas besoin de l'acheter ^ et nos aïeux sans donte n'auraient pas eu l'insigne bonhomie de payer ce qu'on était obligé de leur donner.
Le duc de Lancastre , avec son armée diminuée de moitié, se retira vers Auray.
Charles de Blois, qui n'avait pas eu le courage de secourir la ville que Du Guesclin avait protégée avec soixante hommes, vint au moins, après la levée du siège, remercier les habitants de leur dévoùment à sa cause, et témoigner sa reconnaissance à l'héroïque Bertrand. Il lui donna la châtellenie de la Roche-Derrien , et l'honora de Faccolade chevaleresque, signe évident de la plus haute estime. Du Guesclin, fidèle à son humeur batailleuse, jura de ne point laisser de repos à son épée qu'il n'eût conquis tout le duché pour Charles de Blois.
La guerre sérieuse allait bientôt recommencer et achever d'épuiser la Bretagne, que frappaient de toutes parts de nouveaux impôts. Les villes réparaient leurs murailles avec le produit de l'impôt nommé devoir de clouaison , levé par les habitants et employé par le gouverneur; bourgeois et artisans livraient leurs dernières ressources pour ce travail utile à tous; les châteaux se fortifiaient et s'approvisionnaient ; le peuple des serfs et des vassaux fournissait l'aide fiéodale. Enfin Charles de Blois glanait partout pour payer sa rançon.
Le duc de Lancastre était retourné eu Angleterre; mais la Bretagne n'en était guère plus heureuse; le partisan anglais, Robert Knolle, la ravageait avec sa bande. C'était le plus redouté; mais non pas le seul qui violât la trêve.
Ce fut vers Tan 4558^ pendant que la guerre de la Jacquerie désolait la France , qu*un vénérable prêtre du diocèse de Tréguier, nommé Eudon^ d'autres disent Jean Le Bouteiller, vint fonder à Rennes , sous Vapprobation de l'évêque Guillaume , un hôpital qu*il plaça sous la protection de Saint Yves, dans Tintérieur de la ville, eutre la porte de Vilaine et la herse qui fermait la rivière au point où se trouvait le pont des Murs. Rennes possédait déjà, en dehors de son enceinte, un autre hôpital, sous le nom de Sainte Anne, situé à l'angle nord-ouest de la place qui porte encore cette dénomination, et près de l'endroit où s'éleva depuis l'église dédiée à Saint Aubin ; mais son peu d'étendue et sa situation firent sentir le besoin d'en avoir un plus vaste et plus à l'abri des ravages de la guerre» La fondation du pieux compatriote de Saint Yves fut donc accueillie comme un bienfait» Les cons* tructions qui formèrent cet établissement ne furent pas d'abord toutes celles que nous avons vues depuis, avant que les quais en eussent emporté une partie. La chapelle primitive ne fut qu'un petit édifice situé dans l'enclos de l'hôpital, et dont les restes ont été épargnés par les travaux des quais. Celle plus vaste, qui lui succéda et qui existe encore, ne fut élevée que vers la fin du XV* siècle, dans le prolongement de la rue qui prit le nom de l'hôpital. La communauté de ville, dans les siècles suivants, augmenta beaucoup les édifices de la première fondation , comme nous le noterons à sa date. Daos le principe, conformément à la volonté du fondateur, les prêtres, gardiens de l'hôpital , car les religieuses hospitalières n'y furent admises que long-temps après, étaient nommés par l'aumônier de Saint^Melaine et la communauté de ville, lorsqu'elle naquit à la fin du XV® siècle. Avant elle, les notables bourgeois appelés par le capitaine-gouverneur à prendre part à l'administration de la ville, exercèrent sans doute ce droit, qui leur avait été délégué par le pieux
fondateur. Ces gardiens , élus par les bourgeois, étaient obligés de représenter à ces derniers en leur hôtel , le premier jour de chaque année , les clefs et les comptes de Thôpitaly dont l'administra tion leur était confiée. Nous verroos de siècle en siècle se modifier les formes de cette administration y mais longtemps persister la cérémonie de la présentation des clefs , comme signe de dépendance.
Le petit hôpital Sainte* Anne subsista encore deux siècles après la fondation de celui de Saint-Yves; mais il s'amoindrit de plus en plus, et n'était plus guère qu'un simple prieuré ou chapellenie, lorsqu'il liit définitivement réuni à son successeur y toujours grandissant.
A peine l'évéque Guillaume eut-il ratifié l'utile fondation de Saint-Yves, qu'il liit remplacé sur le siège épiscopal de Rennes par Pierre de Guémené. La cathédrale, dont la reconstruction avait été commencée en 4480 par l'évéque Philippe, était enfin achevée, grâce aux dons pieux de Charles de Blois. Le nouvel évêque, Pierre de Guéméné, la consacra et y fit son entrée solennelle le 5 novembre 4559. C'était la seconde cathédrale depuis celle dont l'histoire atteste l'existence avant l'an 4007. Elle ne devait pas être la dernière; deux autres sœurs devaient lui succéder à la même place jusqu'à nos jours; mais aucune ne devait la surpasser en beauté, si l'on en croit les contemporains. <« Sa nef étoit vaste et magnifique; la nais- > sauce et la vie du Sauveur étoient représentées en or sur » le retable du maître-autel. On y admiroit quatre grandes « colonnes en cuivre, et la chapelle Saint-Claude, fondée - par Pierre L'Allegoc. • Ses stalles, ses balustrades, ses suitues en bois offraient dans leur travail toutes les délicatesses de la sculpture du temps, qui nous a laissé tant de chefs-d'œuvre en ce genre.
Pendant que Rennes augmentait , ou restaurait ses édifices religieux , quels événements se passaient autour d'elle et se préparaient à Tentrainer dans leur cours?
La Bretagoe vit bientôt revenir les troupes anglaises, commandées par le duc de Lancastre, malgré les efforts de Charles de Blois pour se tenir en dehors des querelles des deux rois de France et d'Angleterre. Rennes cette fois eut encore pu voir commencer un nouveau siège; oe fut Dinan qui attira les focces de Tennemi.
Notre ville fut témoin, vers cette époque (4562), d'une pieuse cérémonie, qui contribua peut-être à augmenter son zèle pour les intérêts du prince, dont elle avait embrassé la cause.
Charles de Blois ^ chez qui l'ambition n'étouffait pas la piété, alla chercher à Lamballe des reliques de Saint Yves, canonisé depuis 4347, et qui lui avaient été données par révêque de Tréguier. D les porta pieds nus dans les trois églises de Rennes, auxquelles il les avait destinées, la cathédrale Saint-Pierre et les deux églises abbatiales de Saint-Georges et de Saint-Melaine. C'était une faveur pour notre ville que de posséder quelques-uns des restes mortels du saint qui l'avait habitée il n'y avait guère plus d'un demi-siècle; et cette faveur elle aimait à la devoir à celui qu'elle avait adopté pour son suzerain. Du reste, ce ne fut pas la seule dont celui-ci la gratifia en cette circonstance; il fit élever et fonda sous l'un des collatéraux de la cathédrale une chapelle en l'honneur des rois bretons Saint Salomon et Saint Judicaël, des martyrs nantais Donatien et Rogatien, et du bienheureux Saint Yves, dont les reliques allaient en faire l'ornement le plus précieux. Ce ne fut pas tout : il fit ouvrir dans le transsept gauche de la même église deux grandes' fenêtres, qu'il décora de vitraux coloriés à ses frais. Il donna des statues, des tableaux, des chapes de velours aux armes de Bretagne, semées d'oiseaux d'argent brodés, des draps d'or, des Upisseries de Flandres, les Gobelins de l'époque, et une foule d'autres riches ornements, qui lui méritaient les bénédictions humaines , en attendant celles
HISTOOIE D£ ABNHES. 45S
auxquelles il aspirait dans sou cœur. Il eut volontiers renoocé aux grandeurs de la terre et rendu la paix à la Bretagne, s'il n avait eu à lutter contre l'ambition de sa femme, Jeanne de Penthièvre, et contre les intérêts plus puissants et plus tenaces encore du roi de France, son protecteur, dont il subissait l'influence inévitable.
« Mieux auroit valu pour moi, disoit^l à l'un de ses - « amis, son biographe, que j'eusse été fait mineur que » d'être nommé duc, car la Bretagne ne peut être en paix
• avec moi. — Que ne suis-je chartreux, disait^il à un > autre! »
Malgré ses louables désirs, il lui fallut recommencer cette guerre antipathique à sa sainte vocation, et qui devait lui être funeste. Ses partisans l'entourèrent bientôt avec leurs gens d'armes. Le roi de France lui envoya Du Guesclin avec les Bretons qu'il commandait en Nonnan*. die. Les deux héroïnes, l'intrépide comtesse de Montfort et Jeanne de Penthièvre, étaient désormais disparues du diamp de bataille, et l'avaient cédé, l'une à son fils, l'autre à son époux. Elles suivaient de loin, avec une ardente inquiétude, les chances de cette lutte dont elles avaient elles-mêmes soutenu le fardeau avec tant d'honneur.
45d4. Charles de Blois réunissait son armée à Nantes. Sa femme, l'ambitieuse Jeanne de Penthièvre, au moment de le quitter, lui adressa les paroles suivantes, dit Froissart, « présent Monseigneur Bertran Du Guesclin et au- « cuns barons de Bretagne : — Monseigneur, vous en » allez défendre et garder mon héritage et le vôtre, car
• ce qui est mien est vôtre, lequel Monseigneur Jean de
• Montfort nous empêche et a empêché un grand temps » à tort et sans cause; ce sçait Dieu et aussi les barons
• dé Bretagne qui ci sont, comment j'en suis droite hé- > ritière. Si vous prie chèrement que nulle ordonnance
• ni composition de traité ni d'accord ne veuiUiez faire,
436 HISTOIAE DB RENNES.
» ni descendre que le corps de la duché ne nous demeure. » Muni de ces instructions et de ce mandat impératif , Charles de Blois^ « qui étoit moult doux et moult cour* » tois, et qui par aventure se fut volontiers condescendu » à paix y et eut été content d'une partie de Bretagne à » peu de plaity » se dirigea avec son armée vers la ville de Rennes, où il séjourna quelque temps , pour se reposer et aviser à ce que Ton ferait. Son plan de campagne n'avait pas été dressé par l'impérieuse comtesse , qui faisait frapper des médailles à l'effigie de son époux, avec cette légende : Jut Cœsar^ aut nihiL II fallut en venir aux mains le dimanche 29 septembre 4304; la bataille se livra dans une plaine à quelque distance d'Auray, vers l'endroit où sont aujourd'hui la chapelle des martyrs et la Chartreuse. Charles de Blois y perdit la vie; Du Guesclin, dont on n'avait pas suivi les conseils stratégiques, y fut fait prisonnier « après des prodiges de valeur; Cli»- » son Olivier du coup d'une hache fut féru en travers, » qui lui abattit la visière de son bassinet, et lui entra ta » pointe de la hache en l'œil , et l'eut depuis crevé ; mais » pour ce ne demeura mie qu'il ne fut encore très-bon » chevalier. »
La mort de Charles de Blois et la captivité de Du Guesclin donnèrent la victoire à Jean de Montfort, qui ne combattit pas moins vaillamment que ses chevaliers. Quelque temps après, messire Jean de Craon et le maréchal Boucicaut, à l'abri de la trêve qui Ait convenue, « vin- » rent séjourner en la cité de Rennes. »
Comme les autres cités de Bretagne, elle attendait avec une anxiété pleine d'espérance la fin de cette guerre de vingt ans passés , dont elle avait eu sa bonne part. Tous ses vœux étaient pour la paix, et puisqu'il n'y avait plus qu'un des prétendants, elle pensait sagement, comme le roi de France, qu'il, valait mieux le reconnaître et se soumettre en cela aux décrets de la Providence, que de
HISTOniB DE REimss. 157
courir les chances de nouveaux désastres, et de passer peuC->étre sous la domination de l'Angleterre. On n'atten dait pour se rendre qu'une occasion honorable, celle où le nouveau doc ferait hommage au roi de France , et Tiendrait recevoir dans les murs de Rennes, selon l'usage antique, cette couronne ducale qu'il avait si bien gagnée. Du reste, aucun événement important n'avait eu lieu dans notre cité depuis le siège de 4357, si ce n'est l'arrivée des reliques de Saint Yves, dont nous avons parlé, et la préconisation du nouvel évéque , Raoul de Tréal , qui avait succédé à Pierre ^e Guémené en A 564 . Chanoine de Rennes , d'une famille riche et noble, il partagea entre les pauvres et son église l'abondance dans laquelle le ciel l'avait fait naître. Il ne craignit pas l'inimitié des puissants et la malveillance des petits y en faisant observer rigoureusement les lois de l'église.
Jean de Montfort avait fait vœu, pendant la bataille d'Auray , de fonder à Rennes une église et un monastère sous l'invocation de la Sainte Vierge, et sous le nom de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle , en souvenir de celle que lui apporta le héraut qui lui annonça la mort de Charles de Blois. Il confirma ce vœu dans les états, qui, selon (^ée, se réunirent à Rennes en ^1566; ils commencèrent alors à se tenir tous les ans, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre. Il fut arrêté que le nouveau monastère serait de l'ordre de Saint Dominique, et aussitôt, sur l'avis du provincial de France, le couvent de Dinan envoya à Rennes des frères Jacobins, qui s'établirent dans la chapelle ducale de Saint Vincent, près le cimetière de l'hôpital Sainte- Anne, hors ville. L'église paroissiale de Saint-Aubin, dont nous rencontrons le nom pour la première fois, bien qu'elle existât depuis quelques années, sans que nous puissions préciser la date de sa fondation , l'église dédiée à Saint Aubin fut concédée vers le même temps aux Jacobins venus de Dinan pour fonder le nou-
-138 HISTOUUB D£ RBNNES.
veau monastère. Le recteur de cette égli&e s* opposa bieutôt à cette concession, qui n'était que le premier pas d'un voisinage trop dangereux pour lui, et voulut éloigner le nouvel établissement. L'évêque, Monseigneur Raoul de Tréal, intervint et concilia tous les intérêts. La petite chapelle Saint-Vincent, trop étroite pour enfermer le monas* tère promis aux Jacobins, vit s'élargir successivement les limites de son terrain, par des concessions de maisons voisines, et l'on se disposa sérieusement à tracer le pbin de l'édifice que devait inaugurer le duc Jean lY.
Ce dernier se rendait alors à Paris pour rendre son hommage au roi de France : il le fit « tel que ses prédéoes- » seurs l'avaient fait aux rois précédents, » formule qui sauvait le danger des explications, et qui, par cette raison , fut accepté de part et d'autre , après quelques efforts inutiles pour décider si par ces mots on entendait que l'hommage était lige ou non. Il fallut laisser aux événements le soin de trancher la difficulté. Les faits sont les meilleurs logiciens en pareil cas.
Jean IV vint l'année suivante à« Rennes poser la première pierre du monastère de Bonne-Nouvelle. C'était le 2 février; une procession solennelle de tout le clergé, dans laquelle figurèrent l'abbesse de Saint-Georges, marquise de Rieux, et l'abbé de Saint-Melaine avec le duc et sa cour, se dirigea de la cathédrale vers la porte Mordelaise, sortit de la ville au milieu d'une grande affluence de peuple, et se rendit aux environs de l'hôpital Sainte- Anne, où l'on avait tracé les fondations du nouveau monastère. Quand l'évéque eut terminé les cérémonies religieuses de la bénédiction, le duc revêtit un tablier de peau liséré d'hermines, prit une truelle et un marteau d'argent, doré, puis frappa sur la première pierre en se déclarant fondateur. Il déposa ensuite cent florins à l'offrande, et son généreux exemple fut si bien suivi par les seigneurs et le peuple entier, que les frais de l'édifice furent en partie couverts par cette collecte.
HISTOIRE DE EBlIMBa. 439
4572. Jean IV ayant appelé les Anglais en Bretagne ,
Du Guesclin reçut l'ordre d'y entrer à la tête de quatre
mille hommes d*armes, avec lesquels il guerroyait dans le
Poitou. Il se mit aussitôt en marche , non sans quelque
secret plaisir peut-être, dans l'espoir de se venger de TAn»
glais qui possédait son château de la Roche-Derrien; il
passa sous les murs de Rennes sans s'y arrêter. Cette ville
n'avait pas été des d^nières à se tourner vers la France et
à faire son guet et bonne garde , comme ditFxoissarty pour
ne pas tomber dans les mains des Anglais. Du Guesclin
n'avait donc rien à craindre d'elle; aussi ne vonlut-il point
la grever même du logement de ses troupes. Il poursuivit
sa marche et ne s'arrêta que vers Gaél, où il rencontra
enfin le duc à la têle de sept cents lances. Celui-ci s' étant
bientôt exilé en Angleterre (4575) , Du Guesclin , accom-
pagné de quatre mille armures de fer , prit « le chemin de
» la bonne cité de Rennes et de la Bretagne bretonnante,
• pour tant qu'ils étoient et ont tondis été plus favorables
• au duc de Bretagne, que les François appeloient le > comte de Montfort, que la douce Bretagne. »
Les habitants de Rennes , où commandait le comte de Laval, déliés de leur serment à Jean IV, furent sommés d'en prêter un nouveau à Charles Y; ils n'eurent garde de fermer leurs portes au nouveau connétable de France, qui « prit les fois et les sermens qu'ils se tiendroient es- » tables,... et puis passa outre et s'en vint jusqu'à la » bonne ville de Dinan »
Quelque temps après, le 20 août (4575), il revint à Rennes et y réunit quelques-uns des principaux seigneurs bretons, et leur proposa d'ordonner, pour le paiement des troupes, la levée d'un fouage de vingt sols par feu dans les cinq évêchés de Rennes , Saint-Maio , Dol , Saint- Brieuc et Vannes. L'impôt fut en effet éta1)li extraordinaireœent et en l'absence des états; c'est la première fois^ qu'une pareille irrégularité se rencontre dans notre his»
140 HISTOIRE DE RBNMES.
toire, et rien ne fait présumer qu'il y ait eu des réclamations contre un pareil acte de pouvoir ^ ni de la part de la France, ni de celle de Jean lY; on ne sait même si Tordonnanoe qui intervint fîit approuvée par rassemblée des états dans un temps plus calme.
Rennes avait vu au mois de janvier de cette même année le second mariage de Du Guesclin avec Jeanne de Laval, dame de Tinténiac* Sa première femme, Tiphaine Raguenel, était morte en 4374 sans lui laisser d'enfants. Les fêtes qui célébrèrent cette nouvelle union du grand connétable furent, dit-on, magnifiques, et occupèrent la ville pendant plusieurs jours : une entrée ducale n'y eut pas causé plus de mouvement. Le cœur des Rennais était tout à ce Du Guesclin, dont ils avaient vu poindre la grande renonmiée.
Charles Y crut les circonstances opportunes pour mettre son projet sur la Bretagne à exécution : il fit citer le duc itigitif au parlement à Paris le à septembre 4578. Rennes fut Tune des trois villes où l'ajoumement fut signifié indûment, puisque le duc n'y avait ni représentant ni domicile. Quoi qu'il en soit, le roi, entouré des paii-s, tint un lit de justice le 9 décembre suivant, et le duc y fut déclaré déchu de la dignité de pair, puis soumis à la confiscation de son duché pour avoir défié son suzerain et porté les armes contre lui.
Une clameur universelle s'éleva de tous les points de la Bretagne contre ces ambitieuses prétentions du roi de France. Les esprits n'étaient pas mûrs pour cette assimilation que les siècles seuls devaient amener inévitablement, mais qu'il fallait savoir attendre en la préparant. On se récria de toutes parts contre la politique cauteleuse de Charles V; on ne se borna pas à crier. Le roi eut beau obtenir Tassentiraent de son connétable, du vicomte (le Rohan, d'Olivier de Clisson et du sire de Laval, le pays entier se prononça énergiquement contre lui : des
HISTOnUS DE BSHNSS. 441
associations se formèrent pour résister par la force aux projets de Charles V contre riodëpendanœ bretonne. On Toulait bien reconnaître sa haute suzeraineté y mais sous de «certaines conditions réglées par le droit féodal. C'était ià en effet la base qu'il fallait ruiner ayant d'édifier l'ordre monarchique y qui n^ pouvait s'y asseoir convenablemmit. Sans doute la féodalité s'écoulait peu à peu, mais il en restait encore plus dans les esprits que dans les dioses, et assez du moins pour faire long-temps obstacle au nou^ ▼el ordre politique qui commeriçait à poindre.
La ville de Rennes fut l'une ^e celles qui donna le pre« mier exemple de ces « alliances • entre les n(d>les et les bourgeois pour la défense du droit ducal. Le 26 avril 1579 9 quinze chevaliers, cent vingt-sept écuyers et dixsept bourgeois, se réunirent au château sous l'influence de Raoul, sire de Montfort et de Lohéac, et jurèrent, dit l'acte qui en fut dressé, « les ungs es aultres à eux » entre aider à la garde et deffense du droit duchal de « Bretaigne contre toutes personnes qui voudront avoir la » saésine et possession dudit duché, excepté à qui elle y doit appartenir de droite ligne, et ont accordé et or-
* donné raessire Amaury de .Fontenoy, seigneur de la
* Motte-au-Vîcomte, leur capitaine et garde de la ville et » du^teau de Rennes, et aura vingt-deux compagnons à > la garde du dit chasteau. » Ces paroles précisent mieux que tout ce que nous eussions pu dire le but et l'étendue de cette association. Pour la présenter renfermée dans ses bornes légitimes et ne pas prêter à un siècle des idées qui appartiennent à un autre, nous continuerons de laisser parler eux-mêmes les associés, en faisant des extraits de l'acte que nous craindrions de transcrire ici tout entier.
Nous venons de voir le but et les forces de l'alliance. Quels étaient ses moyens financiers? Et en outre, dit l'acte « ont juré et accordé les dits messire Amaury , et '> les dessus nommés tous et chacun que les profits et.
4Â2 HUTOIBE IW RBNNSS.
» émoluments de la ville et pays de Rennes et envyron , » tant ordinaire que extraordinaire et du fôuage à présent » ordonné estre levé d'vm franc par feu sur le terrouer » du p^ys et baîHiaige de Rennes , duquel chaicun des » dessuT nommez soy est assentis, seront levez , et receuz » par le recepveur général qui sur éë a esté ordonné , et » distribuez par celuy missire Amaury, missire Régné de » Beloczacy mis. Guy de Sevigné, Jeh. Raguenel, etAl- » lain Duplesseix. »
L*impôt n'était pas assis sans doute très-régulièrement de cette manière, mais l'urgence le justifiait, et nous en avons déjà vu un exemple précédemment. Les formes ne peuvent être toujours suivies exactement en temps de guerre civile. Les membres de l'alliance comptaient d'ailleurs sur l'esprit national pour ratifier et approuver leurs décisioDSy émanées d'une assemblée où il mauquait, il est vrai 9 l'un des éléments des états. En effet l'ordre du clergé n'y était pas représenté , et rien ne fait connaître que l'évéque de Rennes , Monseigneur Raoul de Tréal , ait pris part à ce mouvement , peut4tre parce qu'il était purement militaire , et que le temps était passé où les évêques endossaient la cuirasse et ceignaient l'épée pour leurs querelles ou celles de leurs suzerains.
Si quelqu'un trahissait l'alliance , tous les autres devaient lui courir sus comme à leurs propres ennemis. La maire et plus grande et saine partie des chevaliers , écuyers et bourgeois de la ville était appelée à donner son avis dans le cas où il s'agirait de rendre la place. Les mots de ré^ bdlion et de pardon qui se trouvent dans l'acte , semblent prouver que les associés ne se croyaient pas bien si!ù-s de leur droit y ou qu'ils se ménageaient de loin la clémence du vainqueur en cas de dé&ite. Ils avaient juré cependant de mouricf la victoii:e ne leur semblait pas encore certaine à ce prix.
« Promectons et jurons tous et chaicun ^ disaient-ik ,
RIftTOIHE DE RBHNBS. 443
» que jamés la dicte riUe ei chastel ne seront mys en » aultves mains que celles où iiz sont à présent pour don » ne promesse qui nous seront faicte jucques à tant que > nous ayons pour nous, nos alliez et pour notre recep- » Teor quictanods, pardons , et remissions de la rébel- • lion. »
L.'acte une fois dressé et revêtu des sceaux des contractants fut déposé ^ntre les mains de missire Jehan de Champaigne, cheyaiier^ seigneur de la Montaigne ^ qui le trans* mît sain et entier à ses descendants ^ lesquels en laissèrent prendre une copie authentique le 44 août 4488, et c'est cette copie faite ponr la maison d*Acigné qui nous est parrenoe sans altération sous la date de 4546.
Indépendamment de ces associations particulières pour la déStn&e' dÊ»"ynlleB ^ las sires de M ont^ort , de Beaumont et de la Hunaudaie^ qui avaient pris la haute direction de la ligue sous le titre de maréchaux , organisèrent une armée pour combattre en r^ campagne et secourir les villes assiégées. Il n'y eut plus qu'un parti en Bretagne , celui qui voulait repousser l'étranger.
Le roi de France ému ^ et non moins surpris de cette agitation bretonne, réunit à Angers une armée qui prit le chemin de Nantes sous les ordres d'Olivier de Clisson. Mais dé|à lui et Du Guesclin se sentaient trop bretons pour faire la guerre à àéi Bretons. Seuls, ils chancelaient au fond du cœur dans leur fidélité absolue au roi de France quand ils n'avaient plus l'Anglais en face. En se présentant devant Nantes, Clisson invita secrètement les habitants à la résistance; ceux-ci refusèrent d'ouvrir leurs portes , et Clisson se retira en simulant une défaite , entraînant le duc de Bourbon surpris dans sa retraite sur Angers.
Le 5 août 4579, l'incorrigible Jean IV, après avoir signé un traité assez onéreux avec les Anglais , débarqua à Dinan, où vinrent le trouver aussitôt les chefs de la
444 aiSTOias jdb abihibs.
ligue et les seigneurs les plus puissants. La ocflitesse de Pentliièvre elle-même parut joyeuse de sou retour. Il eut bientôt trois cents lances autour de lui. Le connétable de Rennes lui en amena soixante.
Ce titre de connétable que nous rencontrons ici pour la première fois , dans l'organisation administrative de la cité 9 était donné au chef de la milice urbaine. Il faisait partie de ce corps que nous trouverons plus tard désigné sous le nom de communauté de ville , et qui peut-être existait déjà, sinon complètement , au moins dans une grande partie de ses éléments.
Rennes , comme toutes les villes de privilège seigneu* rial , et non d* origine communale ou municipale, n'avait connu d'abord que l'autorité suprême de ses capitainesgouverneurs qui y dans certains cas , appelaient à délibérer les notables bourgeois. Mais quand cette convocation facultative des principaux habitants fut peu à peu devenue uù droit concédé, il est vrai, mai» indestructible, le capitaine délégua une partie de son pouvoir à l'un de ces habitants', sous le nom de connétable ,. et l'établit en quelque sorte son lieutenant, car il siégeait immédiatement après lui, et présidait l'assemblée en son absence. H le délivrait aussi de tous les soins inférieurs relatifs a la sur* veillance des fortifications, à la. fermeture des portes et à la tenue de la milice. A l'époqu» dont nous parlons, cet emploi de connétable était d'aïutant pkis nécessaire que souvent la ville, privée de capitaine par suite des troubles, était seule chargée du soin de pourvoir à sa défense. La milice, recrutée parmi les habitants eux-mêmes, ne reçut que plus tard et progressivement l'organisation régulière que nous lui verrons dans le siècle suivant. L'histoire ne nous a pas transmis le nom de celui qui exerçait à Rennes les fonctions de connétable, et fut envoyé à Dinan avec soixante lances près de Jean IV. Ce dernier quitta Dinan pour se rendre à Rennes , où il entra, solennelle-
mSTOIRB DB HBRIIBS. 445
■ftent le 90 aoAt 4579, au milieu de» flots du cler^ et du peuple qui raccueillirent par de joyeuses aoclamation», tant les dioses étaient changées.
Ces entrées solennelles araient leurs règles. La prooe»» sîon du dergé se rendait avec l'éréque et son chapitre , l'abbcase de Saint-Georges et Tabbé de Saint->Melaine, à la porte de la ville par laquelle devait arnver le prînoe ou le haut personnage auquel on rendait les honneurs. Jm milice se mettait sous les armes et sortait à sa ren*^ cmatve; les notafaka bourgeois composant la communauté de Tille venaient remettre les clefs; une jeune fille adressait im compliment; d'autres sur des échaiauda dressés dans les rues tendues de tapisseries, représentaient d'ingémeuses allégories; les cloches sonnaient de jojeuaes volées; le canon tinat sur les' remparts; à son arrivée au diteeau le prince recevait un présent de confitures et de qodqae belle pièce d'orfèvrerie; le peuple à son tour, pendant que le prince dînait somptueusement avec les notables, trouvait dans les carrefours des barriques de vin ou d'hydromel effoneées dans lesquelles il puisait pour animer les danses qui exprimaient sa joie.
(4S80). La guerre commença Tannée suivante par le sî^e de Dinan dont s'empara Clisson. La flotte anglaise qui venait au secours de Jean IV Ait détruite par la tempête. Les barons assemblés consentirent à traiter avec le roi d'Angleterre, et huit d'entre eux lui furent députés avec des pleins pouvoirs. Pendant ce temps, les états se réunirent et envoyèrent au roi de France une supplique signée par Févèque de Rames, Raoul de Tréal, et par l'abbé de Saint-*Melaine, Jean Le Bart, pour les gens de r^ise. Cette supplique protestait du dévouement des ^lats k Charles V et demandait la conservation de la couronne ducale sur la tâte de Jean IV . Le roi accueillit bien Brîent de Lannion, qui fut chai^ de lui présenter la
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requête des états, et il consentit à accepter la œédiaûoa (lu comte de Flandres.
(4580). Quelques mois après ^ la nouTeUe de ta mort de Du Guesdin , devant le château de Ranilon , Tenait firapper de deuil la Bretagne et la France. Son corps, au lieu d*étre porté à Dinan selon le toeu e&primë dans son testament y était inhumé à Saint^Denss parmi les aïeux du roi qu'il avait si bien servi de son épée (45 juillet 4580).
Caaarks V sdivit bientôt son comiétafaile dans la tataà». L'arhifée anglaise débarquée à Calais parvint , après de lo»* gués marches , en Bretagne. Le duc, akm à Hennebond^ envoya le sire de MondMniicher vers le comte Bncàingham qui commandait ces dangereux alliés^ dont il aurait bien voulu se défaire maintenant. Il le fit plier de.s'oniéier aux environs de Rennes et de Vj attendre. Le Att anghoa se rendit à ses désirs , mais parvenu à Rennes, îlenlzowra les portes fermées. Les habitants consentirent cependant à recevoir dans leurs murs le comte de Budûngham ,.avnc une suite de sept à huit peraomies, parmi lesquelks se trouvaient Latimer et KnoUes. Quant à l'armée, eUbse logef dans les faubomgs déjà- étendus du Boni|[-rËvéque, le plus* ancien de tous; de Saint-HeUier, qui conunençaitànaitne; du Lamre, nommé depuis k Magdeleine, et enfin dans les nombreuses h^itationa qui s'étaient âervées aotour des ^tises extérieures et des abbayes de SaîntpHIdaine et de Saint-Geoi^es.
Les Anglais demeurèrent ainsi qninae jours à Rennes dans une position demi-hostile. Le dttC| malgré ses promesses, ne venait pas les y trouver^ sa .position n'était guère moins embarrassante; ses alliés et ses sujets le ti* futeiit en sens contraire; faire pencher la balance de Tnii ou de l'autie o&té pouvait lui devenir égalensent funeste. Cependant le cAmte de Buckinghasn étant sorti de Rennes pour aller vers lui, il se mit en marche et lui avoua
HWIOI&B UB BBinntA. 447
fea«ehaQ«At à )a première reneontre la dilSculté do sa poflitmi à regard de ses sujets. L'Anglais lui proposa de les tsaitei* en rebelles. On démda proTiseiffeoiient que l'aiw mée anghise tii retiraniit à liéàé^ tandis que le duc irait délibérer à Bseones^ avec les oonaeillers du comte de Buokingham, aiir ce qu'il y aTait de plus opportun à £nre. Le siège de Naaies fut rés<^ ; k comte de Buekingkam revint alors à Benaes- et y donna des fêtai aux barons et cfaeraUers bnefeens, au gtand seandate dès berna bourgeois , qui a'étaienft mie anglais.! On s engagea même par ser* ■aent; e*'ëiaifr> dè»-krs la imsource usitée ^ bâan que toi»* jôars . iaapmssaiilew
Jean IV crut devoir expliquer et justifier sa conduite par un acte psblio asses étrange 9 qui n'eut d'autre rénltat ^e ide hii aliéner encore ime fois l'esprit de ses sujet^, en montrant sa parbadifté pour les Anglais. II. manda en: être sénoiiis. ses conseillers, panni lesqueb était Raguenel, qui exerçait alors à Rennes les feoode magistrat civil et oriminc)^ sous le nom d'o&ué. Bennes devait avoir an XiV* sièele un sénéobal ou un hmS^ comdie juge supérieur, et un préW^t eonsme juge «B premier degt^é.
Elle avait ausn un autre magistrat sons le nom d'dE^ knu. C'étaift nn lieutenant de bailli ou sénéchal (ou plutôt peut-être une dénomination propre à tous les oiGciers de haute justice en Bretagne). Nous ne devons pas omettre de dite que Rennes possédait dès4or8 un auditoire, surnommé de la FêUlée, et situé près et vis-à->vis du chà* Seau ducal..
Le Toi;de Fianoe, Charles VI, consentît en 4584 à la paix que demandait le duc de Bretagne, et celui-ci en îora l'observation^ à Guérande, après avoir fait examiner le traité par dlcs eommissaires , au nombre desquels se trouvait l'évéque de Rennes ; puis il se rendit à Paris pour y prêter l'hommage accoutumé, après avoir pris toutefois
148 HISTOIRE DB RBNUBS.
l'avis des Etats réunis à Rennes dans le courent dt Bonne- Nouvelle , achevé depuis quelques- années. Ce fot dans cette assemblée que Jean IV institua l'ordre de THerniine, double chaîne d'or ou d'argent, dont l'hermine formait les anneaux et les extrémités , et qui portait la devise : jé ma yie (4). Les femmes étaient admises dans cet ordre comme les barons et chevaliers. La valeur de la décora»don se réglait sur l'importance du décoré.
Rennes venait de changer d'évèque« Gruâlaume de Bris avait succédé à Raoul de Tréal dès 4585, mais il ne fit son entrée solennelle qu'en 4586, et se dispensa du repas obligé et préalable à Saint-Melaine, moyennant 60 sol» d'or.
(4586). Deux ans après, les états étaient c'e nouveau convoqués à Rennes, le 44 nuii, pour accorder des subsides; l'assemblée fut nombreuse, et l'on y vit si^;er l'évâque de Rennes et l'abbé de Saint-Melaine , ainsi qu'un seigneur de la FeiUée , dont le nom donné |tu Ken où se réunissaient les juges de la ville fiedt penser que ce lieu était un ancien hôtel peut-être de cette famille. Cette année Rennes eut encore un nouvel évèque. Antoine Lovier rem*» plaça sur le siège épiscopal Guillaume de Bris, et c'est sans doute lui qui siégea aux états , bien qu'il n'ait fait sa soumission à la chambre apostolique que le 5 octobre de cette même année.
Charles VI voulut interdire au duc le droit de frapper la monnaie blanche. Ce droit avait cependant été reconnu par Charles Y comme inhérent à la couronne ducale. Aussi Jean IV résista et fixa le cours de sa monnaie. Il n'y avait alors que le franc d'or qui fkt frappé à son effigie. Il en fixa le taux à vingt sols.
Quelques faux monnayeurs furent condamnés par le parlement à être bouillis, puis pendus selon la coutume.
(1) Voir pour TexpUcatton de eette devise U lettre de H. Moet de U Forte-Mat- ■on , iiuërée dam U 6« lIvratooD , S" série de PAIbum Breton.
HBTOIBE OB BBinffBft. 449
Bennes possédait alors un hôtel et une cour des mon* nâîes. Cet h6tdi était situé sur le lieu qui porta d^uis le noiii de place de la Yieille-Monmiie , aux environs de I*h6telrde-Yiîle, entre la tour du ^ Chêne et celle du Furw gon, à l'ouest de l'enceinte fortifia. Les officiers et même les singles ouTiiers , leurs familles même et jusqu'à leurs domestiques, jouissaient de privil^^es que nous trouverons détaillés plus tard dans des lettres ducales et royales. Exempts de toutes les chax]ges et impôts qui pesaient sur le reste des haUtants , ils rderaient encore d'une «juridiction particulière; ils avaient leur prévôt, leurs grands maîtres, n formant la cour des monnaies, qui prononçait dans tous les cas, sauf meurtre, larcin ou rapt. Le crime de fausse monnaie tombait aussi sons sa compétence, mais concnrronment avec les baillis, sénéchaux et autres juges royaux du parlement. Elle marchait après la cour des aides, et ses membres, selon leur degré hiérarchique , portaient la robe de velours , de satin on de taffetas norr.
Anselme de Chantemerle occupait en 4800 le siège épiscopal de Rennes; il avait succédé en 1589 à Antoine Lovier. Honoré du pallium, il fit son entrée solennelle l'année suivante, en commençant, selon l'usage^ parla visite préliminaire à l'abbaye de SainfrMelaine.
(4594). Le nouvel évéque accompagna le duc à lours où l'avait mandé le roi de France, pour entamer de rechef des négociations toujours inutiles. Après un traité qui semblait devoir terminer tout différend, Jean IV revint en Bretagne , et y fit faire 4 Rennes une enquête sur les droits qui lui avaient été contestés. L'abbé de Saint-Me* laine, Jean Lebart , fut un des témoins de l'enquête par laquelle il fut constaté que les ducs de Bretagne avaient toujours reçu les serments de leurs vassaux avec 'cette formule : plus proche au duc qu'à md autre ; qu'ils avaient de tout temps fait battre des monnaies blanches, d'or et d' aident, et des monnaies noires, c'est^-dire, de cuivre;
450 HISTOIRE DE BEMIIU.
et que pour preuves de oeite assertion , un grand nombre de œs monnaies avaient été trouvées au château de Nantes dans le trésor ducal après la mort de Jean II ; qu'ils pos^ sédaient tous les «boits royaux dans leur duché, et que d^ttis Pierre Mauelerc seulement Tappel de la justice ducale au roi n'avait lieu que dans le cas de faux jugement ou déni de justice.
Jean Lebart , l'abbé de Saint-Mehdne, aflfirmait spécia^ lement que parmi les monnaies qui avaient été trouvées en 4686 , pendant la réparation d'un sien hâl>ergement nommé Fontaine-Renault, il y avait des monnaies blanches marquées du coin de plusieurs duos, et très-oacienneé.— Un autre témoin disait qu'il avait vu la monnaie dite de ouir au nombre des pièces du trésor de Jean II, ainsi que beaucoup d'autres d'or et d'argent remontant à des dates très-reculées.
Cette enquête fat faite devant le procureur de Rafines, Pierre Maschefer, et le sénéchal de ladite ville, Robert Bochereul. L'Alloué, dont le nom n'est pas cité, j siégeait près d'eux.
Il faut noter que le roi de France reconnut l'antiquité et la solidité de tous ces droits, qu'il confitma de nouveau ainsi que les privilèges de toute sorte dont jouissait k Bretagne.
Les états &rent convoqués à Rennes en 4B9S pour juger difFéNfntes caus^ pardculièra», comme pariement du mdis d'août , et « y entra Monsieur en son estât et habit » royal , «yant à sa dextre les évéques de Rennes , Dol , » Nantes, Quimper, Vannes, et les abbés de Saint-Me^ « laine, Saint<»Méen, Saint-JagUy Quimpetlé et Prières. »
Ces états approuvèrent aussi sans doute le nouvel impôt qui devait être le prix de la poix publiée par ordte du prince dans toute la Bretagne. Les hostilités n'en continuèrent pas moins sourdement et plus nuisibles peut-être.
Un parlement, sous le nom' d'évsts, fat encore réuni k
minoiBB DE mmnmê. ÀÎU
en ISM, du 9 au 17 septembre, en la maison des halks à la mode, ou cçkue de RewieSy que Tofi aurait prépaMe et di^oMeà cet effet. Cet édîfiiDe étak tlors situé, d'après Findication des aa^îens plans de ig nUe, sur une partie du tercain tra^œné par les mes d^ Toulouse et de la Hcmnaie.
(4999). Julienne Du GuescUn, la sceur du grand cou* oétable, etcpii était alors abbease de Saint-Georges, après mwmir été leligîeuse à Saint-Sulpiœ et pneure aux Sco^u, psâs fibntesy consentît, pour tvois ans, à la kvée duo limage de râsgt sols sur les habitations de se& vassaux des paroisses de Tia&éoiae ^ de Hédé, pour la secoastrucûon du château de cette dernière Tille. Le nouvel impôt de cràitifin décale faisait, on le voit, des progrès. Le clergé hsir-mâme s*y souMsttait , par exception et concession spéciale, il est Tiai , dans le hut unique de soulager le peuple, en prenant une partie du fiudeau; mais enfin c'était un premier pas. L'évéque de Saint-JUido seul , soutenu par le roi de France, refiauHÛt de se souroeture à tous ces subsides qui semblaient geraner comme une semence. Triste semence en effet déposée dans le sol par la guerre civile.
Jean IV mourut bientôt i Nantes, et y fut inhumé le 2 novembre dans Téglise cathédrale. Il laissait quatre fils. Piore Faîne, Artur, Gilles et Richard.
Quelques jours à peine s'étaient écoulés depuis sa mort, que le duc d'Orléans vint au nom de la France réclamer, les armes à la main , la tuAdUe du prince mineur , âgé de onze ans. Mais les barons de Bretagne repoussèrent ces imteotions, et résolurent de garder leur prince jusqu'à sa nujorité.
(4400). La paix semblait ainsi assurée dans un temps de minorité qui lui est si peu favorable. Quelques discussions de juridiction épiscopale vinrent seules la troubler pour un instant. Rennes vit Tarchevéque de Tours, pendant une visite pastorale dans le duché, sommer Tévéque
452 HMTOIRB DB HBinnBS.
et le chapitre de Dol, qui TaTaient insulté, de venir lui iaire amende honorable en notre ville. Ils nièrent son autorité; l'excommunication ne tarda pas, et cette querelle continua long-temps encore.
C'est à la date de 4400 qu'il faudrait, selon Ogée et le manuscrit de Languedoc, faire remonter TezisteDce dn plus vieux titre actuellement aux archives de la ville de Rennes. Le plus ancien relaté par l'inventaire est de 4449, et cet inventaire est dressé par le sieur Languedoc, comme greffier de la communauté de ville. Au reste, nous verrons plus tard comment et par quelles causes ont été détruites les pièces à jamais r^rettables, antérieures au XV* siècle. Cette pièce de 4400 devait être un compte d'après lequel on pouvait se faire une idée de la topographie de la ville, telle que nous l'avons déjà indiquée. Il fournissait aussi sans nul doute des détails statistiques qui mal-» heureusement ne nous ont pas été transmis textuellement, mais que nous retrouvons en partie dans un almanach de 4769, qui les donne comme extraits du même document. Quant à celui qui porte la date de 4449, c'est un man* dément du duc Jean IV.
Après avoir ainsi fixé le commencement de nos a^rchives municipales, du moins pour ce que les siècles nous en ont laissé, continuons notre récit chronolc^quef chacun des titres que nous possédons encore viendra s'y classer à sa place utile.
La chapelle de la Madeleine, située dans le faubourg du Lazare, et qui datait de 4440, avait vu s'élever près d'elle le second hôpital de Rennes, consacré aux ladres. Cet établissement, alors fort riche, commençait à substituer son nom à celui de Lazare, dans la dénomination du faubourg. Un commis quêtait en ville pour ces ladres, qui ne pouvaient s'y montrer.
(4404). Le jeune duc, qui changea son nom de Pierre en celui de Jean V, fit son entrée solennelle à Rennes le
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22 marsi et s'y fit couronoer par rérèque Anselme de duuatemerle, seloa les rites usités que nous avons déjà décrits. La duchesse^ sa mère et tutrice, y assista à la tète de toute la noblesse. Les députés des églises cathédrales et du tiers-état y figurèrent aussi pour la première fois. Oliyieff de disson arma dievalier dans cette cérémonie le prince, ainsi que ses deux firères Artur et GUles.
Après la cérémonie religieuse, le nouyeau duc, au lieu d'inviter publiquement, selon la coutume, à son dîner au château quiconque voudrait y assister, adbeptale festin que hii offimit la ville dans cet édifice des grandes halles, ou cohue j qui avait déjà vu siéger le parlement trois ans auparavant.
(4402). L'année qui suivit le couroimement de son fils , majeur selon la fiction de la coutume, mais encore mineur de fait, la duchesse abdiqua sa tutelle de mère en épousant le nouveau roi d'Angleterre, Henri lY. Elle replaçait ainsi son pays sous une double influence qu'il avait trop long-temps subie.
La France, craignant qu'on ne lui ravit la sienne, accourut la première sur les lieux enviés, et pour s'assurer un gage de souveraineté, elle se fit donner la tutelle du jeune duc et de ses firères. Le duc de Bourgogne, Philippele-Hardi, l'oncle de Charles YI, vint à Nantes réclamer, à titre de grand oncle, l'administration ducale pendant là minorité. Les riches présents qu'il répandit parmi les seigneurs donnèrent à ses dnnts une grande évidence. Il jura sur les évangiles qu'il respecterait les libertés de la Bretagne et rendrait aux Bretons leurs princes dès qu'il en serait requis. Les évéques de Rennes, Nantes, Vannes, Léon et Tréguier, lui donnèrent leur assentiment, de même que les sires de Laval, Ghàteaubriant, Mootfort, Quintin, de la Hunaudaie, Montauban et Coétquen. Les autres, et à leur tâte le sire de Clisson, le comte de Pen-
tbièvre et ie Ticomtd de Rohiiii, s'opposèrent à <oe que la garde de» princes passât en des maitts étrangèpes. Un simple ordre du roi de Fmnce aboctit cette opposition,- et les jeanes princes fîirent conduits à Ptaîs par le duc de Bourgogne, qui désormais disposa 4u pouiroir par lui-même ou par ses délégués, Àmaory de FonDenoy, capitaine-gou^^iv neur de Rennes, et Guilkume Desltn , sénéchal de la même ▼ille.
La soumission apparente de la Bretagne aux n^olontes de celui qui gouvernait la France pendent la Me du roi, n'en cachait pas moins de secrètes défumces, qui se manifestèrent par des associations sous la forme religieuse. Ainsi plusieurs gentilshommes du pays de Rennes se réunirent le 28 décembre 4402, et dressèrent un acte où Ton trouve ces mots : ^
« Considérant estre utile -chose es noble d'un pais esti« » unis et alliés ensemble, à s'entr'aimer, soutraiir et gar- » der leur fet et chenmce l'un de Vautre au pouvoir d'un 9 chacun, ordonnons une confrairie en l'honneur de la » bénoiste Viei^e Marie, en l'église d'Ai^entré, m jour » de l'Assomption, pour dîner ensemble, aux irais des » confrères, selon l'ordonnanœ du prév^, et pour sa- » voir les afFaires que les uns des frères auront à beson- » gner des autres, après les messes dites. »
Les fondateurs de cette confrérie, reste eflacé des traditions de la dievalerie, étaient Guillaume et Louis de Sévigné, Robert d'Epinay, Jean de la Frette, Guillaume Arthur^ seigneur de l'Artoraye, Jean de Domagné et Jean Brunel; le moyen-âge allait finir; ses institutions étaient peu à peu remplacées par d'autres; la (arme s'était modifiée avec les idées. L'exemple donné par les gentilshommes rennais devint fécond, et l'association prospéra tant que durèrent les circonstances pour lesquelles elle était née.
(4404). Le jeune duc, majeur à quinze ans, reprit le
pouTOÔr ducal d6s mains de Philif^p^le-Hardi , duc de BcKifgogne, et rendit Vhonunaige aocoutumë au roi de France. L'éréque de Rennes, AnsefasM de Ghantemerie, était alors l'un des membres du conseil privé attache à la personne du jeune doc»
Ce conseil n'était pas la seule précaution prise contre la jeunesse du nouveau duc« On lui organisa une maison, on établit des rcçlemepts parmi lesquels nous trouvons celui-ci : « Mondit sieur de Bretagne ne donnera joyaux » ni vaisselle, robes, chevaux, or, argent, ne autre chose » que monte plué haut de cent sols à la fois, sans le « conseil de trois ou quatre conseillers^ desquels il iaudm
• que le efaanoelier soit l'un. »
Ce chancelier n'était autre que l'évéque de Rennes ^ di* goité que plufld'unprélat breton avait occupée à la cour des ducs précédents. On lui avait assigné raille livzes de pulsion annuelle sur le revenu des sceaux, et en outre, ajoute le règlement, « cent sols pour chacun jour qu'il sera mandé
• par Monsieur pour aller hors de son hostel ou de la » ville de Rennes pour les affiaiEes et besoignes de Mon-
• sieur. » Les autres officiers étaient tous rétribués proportionnellement à leur gr^de.
L'un d'eux , le sénéchal de Rennes , Robert Brochereul , recevait deux cents livres par an.
Malgré cette nouvelle source ouverte , près de tant d'autres, à l'écoulenlent des deniers publics, les exemptions d'impôt se multipliaient d'une manière onéreuse.
C'est ainsi que l'abbaye de Saint*Georges à Rennes était exempte de toute laxe d'octroi, d'après l'acte même de set fondation.
Les évéques reconnaissaient par leur serment que leur temporel était au pouvoir du suzerain direct de la Eretiçne. Néanmoins ils exigeaient des lettres de non pré||u-' dice et même l'avis des états avant de permettre sur lairs dcmiaines la levée de ces impôts de nouvelle création, dite
456 KOTOIRB HB bbhnbs.
uovalités. Le principe d'isolement qui dominait toutes les institutions au moyen-âge , devait persister longtemps encore dans quelques*unes de ses conséquences,
(4405). Agé de seize ans, le jeune duc se dégagea de la curatelle du sire de Laval , et envoya des députés récla* mer sa femme , la fille de Charles YI , à la cour de France. Le jour où elle fit son entrée solennelle à Rennes y les bourgeois lui ofl&irent deux bassins, 25 plats et 44 écuelles d'argent à ses amnes, pesant 454 marcs.
Les Anglais menaçant encore la Bretagne d'une descente, le duc ordonna au sire de Ghàteaugiron d'assembler la noblesse en armes à Rennes , pour la porter de là sur le point menacé. Ce soin fut inutile, et l'Angleterre subit dle-méme la descente qu'elle méditait en Bretagne.
(4406). Ce siècle, qui n'était pas mûr pour l'unité d*où naît la force, faisait cependant des efforts isolés pour arriver un jour à ce but qu'il entrevoyait dans ses moments lucides. Ainsi un synode prescrit aux curés, sous l'inspection de l'évéque , la tenue de r^^istres des baptêmes. C'était un commencement d'état civil, un germe que l'avenir encore éloigné devait féconder , à Taide du parlement. Rennes ne fut pas plus heureuse sans doute que le reste du pays, et rien n'atteste que cette garantie sociale y fut mieux comprise qu'ailleurs. Aucun re|^tre de cette époque ne nous est parvenu.
(4409). Ce fut dans ces' circonstances que Rennes vit démolir son château qui tombait en ruines. Cette opération, peu opportune sans doute, nous est apprise par une lettre ducale du 4^ juillet 4409, qui déchargeait Amaury de Fontenoy de la capitainerie.
L'espace qu'il occupait près de la porte Châtelière , depuis Saint-Michel , à gauche de ladite porte dans Tinté-^ rieur de la ville, fut sans doute afféagé, et vit dans la suite s'élever ThAtel de la Rivière.
Le manoir épiscopal offrit souvent depuis l'hospitalité
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aux ducs pendant leurs ajoura daos leur bonne ville de Rennes.
(4440)* Plusieurs années vont maintenant s'écouler, sans que notre ville figure en rien dans les événements c|iii devaient cependant réagir si puissamment but elle et sur tontes les villes de Bhretagne. Elle semble demeurer témoin impassible des agitions qui fermentent ou éclatent autour, d'elle.
(4445). L'abbé de Saînt4delaioe| Pierre de la Morir; Baye, demanda et obtint la permission de porter les oi^ nemeats pootificaax.
(4446). Jean V contiaua vainement ses efTérts pour tirer la royauté feanfaise du péril où l'avait jetée k dis« corde; il quittait son duché plein d'espérance, et revenait toujours plus découragé. Ge fut dans un de ces voyages qu'en passant à Rennes, le 7 jufllet, il con&rma par une noaveUe ordonnance le droit des' bourgeois^da lever euxmêmes le devoir de chueuêon. Chacune de . ces ordonnances ne^recoanaissant le droit <pie pour un ten^ li-* mité, il hihàt les renouveler souvent. On finsait ainsi du droit une simple concession.
(4447). L'année suivante les états furent ' convoqués à Rennes, ie 5 juillet. Les Anglais ravageaient la Normandie et menaçaient la Bretagne ; il était urgent de pourvoir à la sûreté des places bretonnes. Heureiùemënt une trêve vint rendre inutiles tous >les préparatifs.
(4448). Toujours occupé de son rôle de médiateur, Jean V fîit secondé dans sa bienveillante mission par l'une des grandes célébrités du siècle, le dominicain Vincent Ferrier , qui remplit tout l'occident de ses prédications , et vint terminer en Bretagne ses courses apostoliques.
Le jour où il vint à Rennes apporter le fruit de sa parole évangélique , l'évèque, Anselme de Ghantemerle, suivi de toutJe clergé, de la noblesse, des magistrats et de la bourgeoisie, alla le recevoir hors ville avec la pompe
réservée aux prince^ , et lui offrir rhospitalité du manoir épiscopal. Vincent Ferrier refusa humblement et demanda un asile au ooorent de Boone-Nouvelle. Pendant les trois jours qu'il passa à Rennes j il prtcha sur la place Sainte- Anne, au milieu d'une foulé attentire que n aunit p«i oomenir aucune des églises de la ville* Tontes les maisona qui commençaient à peupler ce lieu, ouvrirent leurs fenêtres aux auditeurs impatients, et virent jusqu'à leurs toita se couvrir des phis impnidisnts. La parole du saint prédîoatanr arrivait smis effoii à toutes les oicflles, et descendait dans tous les cœurs. C'était na grand bienfait ^ et le séol possible alors, que cette voix pure et forte venant rappeler 'les principes de la oaarale éfeernelle , au Hùiieu de ces temps de désordres !.
Le roi d'Angleterre, débarqué en Normandie, voulut entendre lai-'iiiéme.cette voix .qui, dans un CûUe corps^ avait tant^de' puissance. Il envoya, un ambassadeur au do^ minicain. Vinéeat Fenrier nbiéiisUL pas à se rendre pDea du rcn^ danai l'espoir d# devenir l'inatrument de la paix, il ttouva-bene fois une oreille sourde, et nviot découragé à Rennes, d'où il partit immédiatement pour YanaeSi n y tpoumt le S avril 4419, et fut inhumé, dans la cathédrale, qui *vit' célébrer sa canonisation trente-sept ans après en juin 44S6»
Jean y faillit suivre son pieux tsonseillMr dons là tombe. Demeuré gravement malade à Rennes, il ne dut sa guéii* son, dit la chronique, qu'au vceu qu'il £orma d'accomplir une dévotion fort répandue alom. Le vaynge des sept saints de Bretagne fut exécuté par lui avec le sive de Por** hoèt, dis qu'il fut rétabli.
Cependant le dnc de Bourgogne avait élé assassiné, et la France troublée de nouveau après une espérance de paix. La Bretagne tavaît vu ses frontières ravagées par l'Anglais vers la Normandie; le roi d'Angleterre s'adju«* geait la couronne de France et se portait l'héritier pré^ somptif de Charles VL
Malgré les mmweaxek embamt àt ta gutive amec ktt Penlhièvre^ le diic ne Imam paa de s'oooupcr des difrerses parties de l'admÎBÎstiatkni de son dvcbéc II fit, sooa le oom de eoodlitailîoiiat Anoé.ti^mfBtaa pour la justice, dont les mis aTaient pwur but d'abeé^ ki fimne jiMb* cnàra et 4e poser des obstaoks à l'ardeur dm plaideurs comme à la rapacité dea sasgenta; les entres fixaient les ooaditioiis d'admission pour les juges an- diven degrés de. la lûerarchie : séoécÂiausi.^ aliénés,., faeâlia et lieata*aatita j daiHves enoan» ié|fulansaieul- diven mages en lea plaçaot. sofit la-sânctiQtt de k les.iet sous sa. régie un»forme. C'est par l'une de ces ordonnaaoes, en 4485, que Jean V tepia de uonveàu dr'inÉro^uÎDat l'aniié jdes poids et mesUiw <laM soa; dnché,. mi' statuant qu'il n'y aumit dai» ttout. le paya qm'ùii poids^ une aune potr les draps et kK(«lMMiles> eb tine meàura ponr.its picdsiiis d^avetnë.'
:AjH^ la jufllioe, le sdbcisooeupa d'une .partie< non moins esseBtielle iieiTadminialratM^^ oaHe des mannaies. C'ait alors, d$m uœ ordtmàauoas «ru ietère.ducaài 4<^dnée-au parlement à. Vainieft, le fiO- sqpteniiae 4420^ que forent confirmés, et rdéTéiop(>é3> les ^Tilsge^ y franchises, libeitéa dea officiera '«l iOutôok - «taia monnaie. de Rennes et' de Nantes, d4^à.acc9niB& parses>pfédéoe8aeurB.. Les exem|^ tiona.privilégiées de«tihfQ3iisa»ientii'éi»Ddaiem'auKtaiHe8^ tutdlêa, owtunseSiy péageisv iinp&u, fbuages,.sal»itdes, oau, cbflDig;es, jcfaeraiMiiées ^ .léparations de. -riUes , guet , gardes de portes^' etc« Cièpcndaiit ces; prifil^ies cessaient pour œux desrouvrievs monnayeurs qui, sans cause lêgHtime, ne ae pHésantaient pas au tnrmsl quand ils en étaient reqws« Le nombi^ éf oas onmers ésak'fiKé par le parler mettt , et ûiscnit ^ar un râle. mou fiar leum •ckffioiersi Cha» cuoe des peusûMiè* île leuT'iamîUe tm:de..lear deinesticsté qui avaift droit aiix niâmes .pgi^ilqies,^ devait: faire insefsve son Qom sm^ise.fàfe. L'abus .À: séduisant en paraicas devenaîl inqposstÇle au moyen de cette ^iîste officielle 'n\
460 BBTOIBB DB HBimBS.
laqurile figuraient deux gardes, deux prévAts, un^ayndic, un greffier, uu sergent, un essayeur, un tailleur, quarante^x maîtres ouvrieis, sq>t maîtresse» ouvrières, deux requiteresses , trent&quatre requiteurs , neuf maîtres mon*> noyers, seize ricochons ou apprentis, obligés de servir un an et jour sans salaire, « quoiqu'ils fassent d'estoc et de » ligne pour avoir droit en la monnoie. »
On créa à cette époque une monnaie nommée gros^ qui valait vingt deniers ; mais alors les deniers perdaient une partie de leur valeur, et c'est dans ce temps que les sols tombèrent de quinze à douze deniers, valeur qu'ils ont conservée depuis.
. ' Pendant le séjour qu'Artur de Bidiemont, frère de Jean Y, fit à Rennes en '4424 comme ambassadeur du' roi jd'Âogleterre, bien que son prisonnier dq>uis la ba«> taille d'Âzincourt, il conseilla au duc d'accroître l'ancienne enceinte fortifiiée , poiur enfenaer dans la viHe une partie de ses faubourgs , devenus plue giiands qu'elle. Le duc y consentit; mais il chargea son frère de l'exécution, he» bourgeois furent consultés et approuvèrent le projet du comte de Ridiemont, que l'avenir, à leur insu, leur réservait pour suzerain. Ge dernier traça donc la nouvelle enceinte, qui fut appelée la FiUe^New^, C'était la même que celle tracée par Alain Fergent, ou peut-être Geoffiroi le bâtard, et dont les fortifications étaient restées en projet, tandis que la population n'avait cessé d'y croître.
Une ligne de fossés et de palissades furent sa première défense. Les tours et les remparts ne s'élevèrent que peu à peu et plus tard autour de cette nouvelle ville, dont le périmètre embrassa le Ghamp-Jacqnet, la rue aux Foulons, la rue Neuve, celtes da Puits du lliesnil, des Francs- Bourgeois, de la Gharbonnerie, de la Fannerie, les quar* tiers Saint-François, Saint> Georges, Saint-Germain, les Baudrairies et la Haute-Paicheminerie. Trois nouvelles portes, dites aux Foulons, Saint^^eoiges et Saint-Ger-
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main, ouvrirent cette enceinte. La porte Aivière fut même remplacée par la porte Vilaine, plus voisine de la rivière, et s'ouvrant sur Fîlot de Joculé. A peine au bout de huit mois Tenoeinte palissadée était-elle finie, qu'un grand nombre de famiUes normandes vinrent demander un asile, diassées par la guerre anglaise et cherchant un point où continuer leur industrie. Le duc Jean V les accueillit, leur fit donner des lettres de naturalisation, et répartit dans les autres villes bretonnes ceux que ne put contenir sa bonne ville de Rennes, plus grande alors de moitié. La place qu'ils occupèrent a conservé le nom de leur industrie. Leur moulin à fouler était dans les fossés de la porte qui ouvrait leur quartier. (Le seigneur de Betton, Jean de Saint*Gilles, fut chargé de la direction des travaux, aux appointements de 200 livres, et spécialement de construire Tune des rues de la nouvelle ville, que l'on appela la rue Neuve.) Enfin les portes Jacquet et Baudrairie, devenues inutiles, furent supprimées, et cette destruction compléta les. changements survenus dans la topographie de la ville.
Isolé des grands événements qui bouleversaient la France, Jean V ne cessa de s'occimer activement de clore sa nouvelle ville de Rennes. Vers la fin de l'année 4424, il conamit et établit Jehan de Parthenay , connétable de Rennes , pour faire venir et contraindre les habitants des mettes y villes et villages, à travailler aux fortifications de Rennes*
Le seigneur de Betton fut confirmé par un nouveau noandement ducal dans la surveillance et direction des travaux. Jehan du Tiercent lui fut adjmnt le 49 septembre 4425, et son office de maître d'hôtel du prince ne l'empêcha pas d'accepter ces nouvelles fonctions qui lui preserivaient de hâter et de faire avancer l'ouvrage.
Artur de Richemont venait d'être fait connétable de France. Il leva en Bretagne de nouvelles troupes pour sou*
462 BUTOIRK I>B aSNHBS.
tenir la faible royauté de Charles VIL Le ride qu allait causer cette levée dans les garnisons bretonnes fit prendre le parti d'armer ce qu'on appelait alors les conmmnes ; c est>-à-dire que chaque paroisse fiit tenue de fournir, selon son importance, trois, quatre^ cinq ou six honunes armés^ choisis par des conunissaires qu'elle nommait elle^ même.
Les villes gardèrent sans doute leur milice complète pour la défense de leurs murs, et furent dispensées de la nouvelle levée.
Le duc fit enfin son hommage au roi de France à Saumur, et ne tarda pas à revenir en Bretagne, où les Anglais vinrent l'attaquer.
Rennes les vit étendre leurs ravages jusqu'à ses portes , sans pouvoir tenter même de les repousser, si ce n'est par une ambassade au duc de Bourgogne leur allié.
(4426). Cependant, peu confiant dans l'issue de la négociation , le duc convoqua le ban et rarrière4)an de ceux qui lui devaient le service de l'ost. Le connétable luimême, Artur de Richemont, se rendit à Rennes; il prit Pontorson , puis échoua devant Saint-James , ses troupes l'ayant abandonné faute de paiement. Peu aguer* ries et poursuivies par l'ennemi, elles s'enfuirent en entraînant leur chef jusqu'à Rennes, où elles portèrent la terreur. Les Anglais ne tardèrent pas en effet à revenir et à piller les alentours. Le connétable vint venger sa défaite et les repousser au-delà de Pontorson, que l'on fortifia.
(4427). Enfin une guerre ourerte fiit déclarée par l'Angleterre à la Bretagne pour la punir de son nouveau traité avec le roi de France. L'archidiacre de Rennes fut envoyé avec d'autres ambassadeurs vers le général anglais, comte de Warvich, qui les repoussa. Pontorson assiégé capitula.
Mais une capitulation bien moins honorable eneote menaçait la Bretagne. Des députés anglais arrivèrent et y
WMTOIBB DB RBIfllB». ^KB
fiirait reçus par le duc ooiiinié «les amis qife ■ Ton redontail et que Ton ardyaît.âdoiidr par dts présents. Les états lurent cmiToqués y et ptiriê cette fois de toute énergie BAlionale^ n'ewrcnt pas bonté d'apprcniver ce qu'on létir prc^XMoit, ravéneoient d'un roi anglais sur le trdtie de Fronce; Henri VI suttndn delà Buelagoe! ¥ar crainte au par avilÎMemènt, on grand wmhfe de seigneurs bre^ tons ratifièrent ce traité , que le courage d'une femme dék ▼ait décUrér.. Quelques diapitres , quelques commbniNilés de ville imitèrent le lâche exemple des barons et ^eva- Jiers. Nous ne trëuTons pas dans cette lotigiie.énnttéra^ don de courafes abattus Le nom des bourgeots^ de Rennes. Leur évéquCy Guillaume Briilet, qui defvait succéder cette année4à mérae à Anselitae de CSbÀntenMley apposa sa signature à cet acte comme évéque de Saint^Brieuc. On était au ê septembre 4427. Ansialole, Fami du connétable, arait été inhumé \c 4^ dans sa cathédrale , on il avait institue la fête de la Prasentation de la Vierge. Chaque paroisse de e<m diocèse avilit reçu par son testanMent un calice de là voleur de vingt firancs.
Une protestation s* éleva, bientôt conll« le honteux traité que les uns avaient ratifie jàr force, les autres par crainte , aucun d'un consentement libre. Le vicomte de Rc^n , qui n'était pas à l'assemblée des états, désavoua lo' signature de son fils, le comte de Porhoét , et celui-ci la retira en protestant contre l'usage qu'on en voulait iaire. Cet exemple fot malheuvensement le seul. La fisiblesse atttn^ doit, les événements»
La providence les préparait, pendant que le duc de Bretagne jouissait de sa honteuse paix, troublée cependant par les hostilités que les bandes anglaises ne cessaient de commettre sur les frontières bretonnes.
(4426). Il fallut un ordra du nouveau roi de France Henri VI pour les arrêter , et encore cette défense n'efttelle d'effet que pour un temps fort court. L'archidiacre
464 HUTOIRE DE BBHlIBft.
de Raines fut de nouveau à ce sujet enToyé en ambassade vers le régent de France Bedford^ qui daigna accorder à ses amis les Bretons une trêve de deux mois. Il fallut lever un fouage pour en obtenir à prix d*or la prolongation.
Pendant que Charles VII laissait prendre son royaume pièce à pièce 9 et tonaher sa couronne fleuron à fleuron; pendant que commençait le fameux siège d'Oiléans^ la nouvelle ville de Rennes continuait son enceinte fortifiée et remplaçait peu à peu, par des remparts crénelés garnis de tours y la iaible palissade derrière laqudle elle s'était mise à Tabri. Entre la porte aux Eoulons et la porte Saint-Georges se trouvait une pièce de terre, sur la ligne des fortifications y et dans laquelle il était utile de construire une tour. La pièce de terre, qui n'appartenait pas an meunier de Sans-Soud, mais à Guillaume Chapillon, n'en était pas moins difficile à conquérir, même pour cause d'utilité publique. C'était un fief qui relevait de l'abbaye de Saint-Melaine. Les religieux et l'abbé formèrent oppo» sitiou aux projets des architectes-connétables sur leur» propriété féodale. L'alloué, lieutenant du sénéchal , intervint, et par une sentence expropria l'abbaye « pource que le » bien de la chose publique est à préférer au bien partip culier. » L'indemnité à payer aux religieux ftit fixée à 59 1. , plus à une rente de 6 d. payable comme obéissance à l'abbé de Saint-Melaine, le jour de la foire accordée à l'abbaye. IjCS miseurs fiirent donc autorisés à faire les fonds pour construire la tour projetée dans la pièce de terre en litige , et œtte tour prit le nom de Le Bat , parce que le miseur plus spécialement chargé de sa construction se nommait ainsi.
Un receveur particulier fut institué quelques mens après par mandement ducal pour la perception des deniers destinés à la réparation et édification tant de la vieille que de la nouvelle clôture.
La me Neuve , confiée aux soîm de Jean de Saint^iUeSy fut terminée en oette même année (4428).
(4429). Jeanne d'Arc, rhéroîne francaifte, arrivait de> vftot (Méans à la tile de l'armée, ranimée par son exemple et sa foi dans un secours divin. Qudqnes jours après, les Anglais avinent levé le siège, et leurs conquêtes leur échappaient une à tme, sous les pas de Thércnque bergère de Yaucouleurs.
Le connétable Artur de Richemont vint joiodre sa bnimière à cdle de Jeanne d'Arc , et lui adressa en l'abOT^ dant ces paroles remarquables : « Jeanne, on m'a dit que
* vous me vouliez combattre. Je ne sais si vous êtes > de par Dieu ou non. Si vous êtes de par Dieu, je ne » vous crains rien; car Dieu sait mon bon vouloir. Si
• vous êtes de par le diable , je vous craîas encore moins. » La faiblesse de Charles VU avait tenté , par le conseil
de ses favoris, d'éloigner un de ses plus fermes appuis après Jeanne d'Arc. Cet appui lui revenait malgré lui quand l'autre allait bientêt lui manquer, et il l'éloigna encore. Artur n'en persista pas moins dans son dévouement au pays.
La Bretajgpue vivait tranquiUe près de cette tourmente qui agitait la France, déchirée à la fois par la guerre civile et la guerre étrangère. L'existence rennaise, non moins calme en face de tant de dangers, ne s'occupait guère que du progrès de ses forti^cations, de la fondation d'une <^pdlenie de Saint Came et Saint Damien dans la cathédrale par Olivier du Tertre, ou de la renommée d'un carme né dans ses murs , et qui ne devait pas être moins célèbre par ses prédications que par sa mort. Thomas Connecte, à son retour de la Flandre et de la Picardie, remplit les villes bretonnes du bruit de ses sermons. Comme Saint Vincent Ferrier, mais d'une éloquence bien différente, il prêchait sur les places publiques et y séparait, par une corde tendue, les hommes d'avec les fenunes.
4M HUTOIBB DB EftlOllM.
Doué d'une parole vëbénieniey il fit surtout la guerre au luxe féminÎD. Les dames et damoûelles noaèrent plus porter de hennin en aa praMoce.
' (4450). Charles VU avait été couroaoé à Rébus; inais' il n'avait pas reconquis son rojanm»^ et la gèeroe civile TaflUblissait dans, sa lutte' contre. la guerre étrangère. Jeanne d'Arc^ tombée, aux mains dtts Boui^ignonsi ft^ livrée par eux aux Anglais.
Le duc de Bretagne ne s'était ému de tous ces événements que pour envoyer son confesseur iëHdier Jeanne d'Arc de s<m entoée à:Reims. 11 êlaît vite rentré dans son calme égoïste , qu'il utiKsait du reste tui profit des petits intérêts de son pays. Ainsi il renouvela un traité de commerce avec l'Espagne.
Rennes avait aussi sa part de cette aetinté ducale à l'intérieur de ses états ; ses rues étaient pavées comme les grands chemins qc^i y aboutissaient. L'ordonnanee du 42 mai 4 4M est la première que nous trouvons sur ce sujet. Cependant' elle n'induit pas à cpeîre que les pavés n'existassent pas déjà y bien que fort imparfaits sans doute.. A cette époque y la charretée de sable ne coûtait pas un sol.
Un autre- progrès de notre ville nous est appris à la même date. Jusqu'alors il n'a pas été qutsticm de pièces de canon pour la défense des murs; en 4430 Pierre Le Taillandieiv q*û était garde des clefr des portes de la ville, est nommé gouverneur de XartUlerie. Il y avait près^ d'on siècle que les canons avaient paru pour la première fois au siège de Bécherd (1575).
(4454). Il y a plus; l'égalité d'impôt était déjà une tendance de ce siècle qui faisait efibrt sur tous les points pour rompre le réseau de la féodalité. Nous voyons dans le compte d'un miseut de notre ville une dépense autorisée dans le but d'obtenir des lettres ducales , qui obli* ge^sseot tous les habitants à la contribution, généralement et sans exception aucune.
jLe duc Jean V ne pouvait à coup sûr acccmier aux bourgeois de Rennes un tel privilège. L'égalité des diarges ne pouvait 4tfe un finiit du XV^ siàde. Si quelques»uns ea entrevîpent la possibilité, d'autres devaient recueillir et payer cher une tdUe nioiss<Mi.
La paix fut d& moins l'objet des démarches incessantes du prince breton. C'est à la diplomatie qu'il confiait ton* jours le soin de l'obtenir; l'ardiidiacre de Rennes, Herw Uguet, fit partie d'une nouvelle députatioo, qu'il envoya enoore inutilement au roi d'Angleterre et aux dues de Bourgogne et de Savoie.
(4455). L'évéque de Rennes^ Guillaume Brillet, originaire de Vitré, fut autorisé par le concile de Bàle à lever un impôt sur le clergé breton . On accorda à l'égUsê ce qu'on refusait au duc. Mathieu Bertrand, Tabbé de Saint-Melaine , Ait un des délégués du clergé de Bretagne à oette assemblée, qui, comme toutes les réunions bu*maines, vit naître une dispute de préséance entre les députés bretons et ceux de Bourgogne.
(4440). Bonnes achevait enfin son enceinte fortifiée, et commençait à reconstruire l'auditoire de la Prévôté ou de la Fmllée, vis^-vis remfdaoement qu'occupait l'ancieD château à l'est de la porte Saint*Michel. C'était son palais de justice, l'auditoire commun de toutes les juridio<tions qui s'exerçaient dans la ville. Trop étroit jusqu'à*lors, on avait senti le besoin de l'agrandir.
Pendant ce temps , le duc s'occupait de ses négociations pacifiques et de nouveaux traités de coinmerce avec l'An* gleterre et les Pays-Bas; mais la meilleure base, la paix, manquait toujours à ces projets commerciaux. ■
Le connétable, de son côté, sauvait la France d'une nouvelle guerre civile, en étouffant la praguerie. Charles VU jetait le premier germe des armées régulières et permanentes dans son ordonnance sur la discipline militaire. Gilles de Laval , maréchal de Relz, était brûlé à Nantes
468 HinOIBB DB ABNinM.
pour des crimes plus réels que ceux de sorcellerie , dont on l'accusait.
(4444). Si Fenceinte fortifiée de Rennes étak à peu près terminée , il paraît que la dépense n'en était pas soldée , ou qu'il exbtait déjà de nouveaux projets d'agrandissement qui furent exécutés plus tard, car une levée de mille réaux d'or fut ordonnée sur la ville de Rennes pour l'augmentation et fortification de cette ville.
(4442). Nous penchons à croire qu'il s'agit ici à la fois de l'ancien et du nouvel et futur accroissement. Nous retrouverons des traces de cet impôt à une époque où étaient déjà en activité les travaux de cette troisième enceinte. De nouvelles lettres ducales en prescrivirent la levée.
Henri de Villeblandie était alors capitaine de la ville , et c'est à lui que fut confiée l'exécution de cette nouvelle enceinte j dont le périmètre embrassa toute cette partie nommée la basse ville, située sur la rive gauche de la Vilaine. Elle partait de la buanderie de Saint-Georges , vis^-vis la rue des Voisins , se dirigeait vers le sud à la porte Villeblanche , ainsi appelée du nom du capitaine; puis se repliant vers l'ouest, enveloppait l'église Toussaints, près de laquelle s'ouvrait une seconde porte , et enfin rejoignait la vieille tour du Furgon , après avoir couvert le Ghamp*Dolent , qui avait déjà la destination qu'il conserva depuis, et eut dès-lors sa porte particulière. Celles de Saint-Germain et de Vilaine devinrent à leur tour inutiles et furent supprimées , non pas détruites , mais afFéagées à divers particuliers.
Comme le premier accroissement , le second dont nous parlons ici fut d'abord simplement défendu par des palissades et des fossés.
La taxe de mille réaux ou royaux ne fut pas la seule créée pour l'accomplissement de ces travaux. Les habitants supportèrent et payèrent à cette occasion une quantité de
BUftomE SB BxmiBft. 469
devoirs sur toute espèce demafchandtsesy et, oeia ne sut fisont pas eucore, ils demandèrent et obtinrent le devoir â*appéiissemenS sur les brevages.
Le duc Jean V ne devait point voir achever de si grands travuuxy ni la paix, pour laquelle il avait fait tant de vœux, consolider enfin la royauté de Charles VIL U mourut le 28 août 4442 au château de la Toudie, près Nantes, et fut inhumé à Tréguier, selon son vœu.
Françob de Bretagne, son fils aîné, lui succéda, et vint se fiEÛre couronner à Rennes, après avoir épousé à Auray Isabelle d'Ecosse. Ce fut le 7 décembre, au milieu de l'affluence de toute la noblesse bretonne , qu'eut lieu dans nos murs cette cérémonie qui consacrait les droits de nos ducs. Françob I^ vint de Ploërmel descendre , suivant l'usage, à l'abbaye de Saint-Melaine, et le lendemain, après une courte prière à Saint-Etienne , la plus vieille paroisse de la ville, il se. présenta à cheval à la porte Ifordelaise , qui ne s'ouvrit que par ordre de l'évâque , pour demander au prince ce qu'il voulait. — Recevoir de vos mains, dit celui-ci, les insignes du pouvoir ducal. — n prêta alors son premier serment, puis il se retira pour quitter le costume noir et prendre la robe de drap d'or, sous laquelle il fit son entrée s<rfennelle.
Sans revenir sur les détails déjà donnés, nous dirons que le duc fit sa veille d'armes dans une chambre voisine de la cathédrale; que le sire de Blossac, grand écuyer de Bretagne , porta l'épée ducale dans un fourreau enrichi de (»erreries, pendant la procession qui eut lieu, après le couronnement, à Notre-Dame de la Cité, et ou les quatre premiers bacheliers de, Bretagne p<Htèrent le dais sous lequel marcha le duc; qu'enfin ce dernier fut iait chevaher par son oncle , le connétable de Richement, à Tofiertoire de la messe qui suivit la procession.
(4445). Les fêtes durèrent huit jours, et toutes les classes de la population en eurent leur part. Le nouveau
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duc s'y montra, dit-on , oMigiiifiqtte plus qu'aucun de ses prédécesseurs. Ce devoir accompli , le duc, rendu aux inquiétudes de la vie polt^que, vésolut de coatiauer le rôle de médiateur suivi par son père. Il députa son (rère Gilles de Bretagne en Angleterre. Les hostilités n'en fuient pas moins reprises avec andeur en France. Les Anglais ne craignirent même pas de venir assiéger La Guerche, à quelques lieues de Bisnnes.
Guillaume Du Guesclin, et quelques autres gentikhommes qui y commandaient, capitulèrent après une délibération orageuse, et le duc fut obligé de racheter la pkce Tannée suivante.
Effrayée de ces - continuelles inaultes à sa neutralité , Rennes poussait avec activité les travaux de sa triple enceinte* Ce fut cette année que la tour Le Bat fut oouv«rte d'un pavillon, ainsi que Tattéste le marché passé avec l'ouvrier le 9 mai 4443.
(4444). Un grand portier, avec le titre de cafutaine des portes de la ville, fîit aussi nommé à cette époque, et des soufr-portiers complétèrent cet office, dont jusqu'alors les attributions n'avaient pas été bien définies.
Le duc , afin de hâter la clôture de Toussaints et de son faubourg , et d'ofl&kr un abri sur aux habitants des alentours en cas de nouvelle invasion , ordonna , par ses lettres du 26 janvier 4444,. d'appeler à la corvée toutes les paroisses voisines à qui devait profiter ce travail. Ainsi Toussaints, Saint-Hellier , Saint-Georges, Saint-Laurent s'y rendirent en masse, et à tour de rôle. Les fossés se creusèrent, et les remparts s'élevèrent avec rapidité sur la ligne encore existante aujourd'hui. La taxe de mille réaux, dont nous avons déjà parlé, fut de nouveau ordonnée. L'intendant des petits officiers de François I^' , Guyon de Carné , reçut même à cette occasion six saints d'or, dont il donna quittance aux bourgeois qui lui avaient offert cette somme en reconnaissance de ses démarches
KinOIAS DB mBMNBS. 474
pour leur faire obtenir cette taxe. C'était payer le droit de s'imposer.
Le capitaine de la Tille, Henri de Vilieblanche, reçut la même gratification des généreux bourgeois. Le duc à saa tour crut devoir exciter ou récompenser son zèle par un doD spécial. Sous prétexte de l'aider k édifier son por-^ tail de Bagar^ il loi <lonna les perrières de la rue Hue, et quelques terrains voisins du presbytère de Saint-Aubin ; il y ajouta même les bois et ardoises des vieux portaux de la ville, quand ils seraient réédifiés. On voit que le diambellan, le grand maître d'hôtel, 1^ capitaine savait cumuler des bénéfices de plus d'une sorte. Le Uen comme le mal a sa source dans le passé.
(4445-*-4447). Trois années de guerres et de pillages s'écoulèrent ensuite, pendant lesquelles "«otre ville ne compta guère d'autres événements reiiiarquables qu'un cliaDgement d'évèque et le passage de qpdques ambassadeurs anglais et esjpagnols, auxquels il fallut offrir, selon l'usage, des présents de vins et d'épices.
GuillaiBne Brillet se démit de ses fonctions épiscopales en fiiveur de son neveu Robert de la Rivière, chanoine et chantre de Sbiiit»-Pietre, txï 4447.
(4448). Rennes vit fonder à cette (époque dans ses murs une neuTelle communauté, celle dtô Garmêls. Jean, sire de Mdestroit, maréchal de Bretagne, leur donna pomr commencer leur établissement l'hôtel du Vicomte, sitaé entre la rue des Dames et celle du Chapitre , se ré-^ servant deax lits sra couvent lorsqu'il viendrait à Rennes. Le frère Olivier Jacques, des Carmes de Nantes, Ait nommé par le duc même procureur du nouveau monas* tère.
D'autres soins plus graves préoccupaient alors notre ville. Les Anglais, toujours à ses portes, la menaçaient de nouveau du côté de la Normandie. On craignait une surprise; on n'avait pas de courrier qui pftt épier leurs
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démarches; on donna quarante sols à un homme pour aller au ^lont Saint-BIichel savoir des nouvelles des Anglais^ de leurs intentions et entreprises.
(4449). Us ne vinrent pas; la diplomatie leur fit encore diversion; mais ils n*étaient pas loin; il fallait se mettre en défense. Les fortifications n'étaient pas près d'être finies. On s'occupait alors de deux portaux dans l'enceinte qui devait envelopper Téglise Toussaints et la chapelle Saint-Thomas. Les premiers varlets de chambre des anciens duc6, <|ui avaient autrefois possédé l'emploi de grand portier ou de capitaine des portes^ n'en furent plus ex** dusivement revêtus; mais la nomination en appartint toujours au duc.
La surprise de Fougères par les Anglais prouva bientôt Futilité et l'u^nce des précautions prises. De malheureux réfugiés, chassés de la plaoe escaladée et pillée par l'ennemi y vinrent implorer un asile. On les logea dans une maison particulière , dont le propriétaire reçut de la ville dix livres par quartier pour sa location d'urgence.
Une dispute de préséance vint^ au milien des craintes plus sérieuses de l'invasion, distraire les bourgeois de Rennes. L'abbé de Saint-Melaine avait à lutter dans chaque cérémonie publique pour obtenir la place qui. lui était due et que lui contestaient l'abbesse de Saint-Georges et l'archidiacre de Rennes. I^e pape, consulté par l'abbé, qui se rendit lui même à Rome, remit l'afiaive à l'arbitrage de l'évéquede Rennes, du sénédial de la même ville, et de trois autres personnes, qui prononcèrent 'en faveur de l'abbé, et lui reconnurent des droits à la première place après Tévêque.
Ce dernier avait été envoyé par le duc François en ambassade à la cour de France, après la prise de Fougères, pour demander des secours; on n'obtint qu'une négociation; mais il fallut plus tard avoir recours aux armes; on reprit Fougères. Le duc alors revint à Rennes
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et y congédia son armée; moins prud^it en cela et moins habile que son suzerain Charles VII , qui avait réussi à organiser des compagnies permanentes, plus utiles, parce qu'elles devenaient plus aguerries.
Le diocèse de Rennes fut sur le point d'être morcelé pour fermer le nouvel érâché de Redon, créé par Nicolas V, à la solUdtation de François I^; mais la bulle qui coDfiait à Févéque de Saint-Brieuc l'exécution des ordres du souverain pontife fut bientôt révoquée, sur la réclamation des prélats aux dépens desquels devait s'arrondir le dixième évéché breton.
(44SO). Les Anglais perdaient chaque année une partie de leurs conquêtes en France : la Normandie allait leur échapper. Leurs démarches en iaveur du prince Gilles avaient tourné contre lui. Ce fiit à Rennes et dans les vignes des Jacobins que la mort de ce malheureux prince fut décidée dans un entretien secret entre son véritable ennemi Artur de Montauban et Olivier de Méel, son géàlier au ch&teau de la Hardouinaye. L'ordre du crime fut donné au nom d'un frère, et exécuté par des bourreaux subalternes le 25 avril. On sait les derniers moments si touchants de cette vie à laquelle n'avait manqué aucune des souflrances qu'il soit possible de supporter icibas. La iaim, le poison et la violence furent employés par les assassins pour terminer une existence que n'avaient pu user les cachots dans lesquels on la traîna pendant quatre ans de Dinan à la Hardouinaye. Si l'on en croit quelques écrivains. Rennes aurait vu aussi pendant plusieurs jours la grande infortune de Gilles de Bretagne passant de Dinan à Châteaubriant. Mais il ne nous semble pas suffisamment prouvé que les cachots de la tour Le Bat, à peine achevée, aient été choisis pour le prince à son passage, de préférence aux tours de l'enceinte primitive, dont l'une, la tour du Furgon, près de l'hôtel du gouverneur , av^t plus d'une fois été consacrée à de pa-
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reik usages. Les boui^geois de Rennes , occapés alors de la constniclion des tours et portes du Champ-Dolent, ainsi que de la porte Tousaaints, dont le duc François avait ordonna l'édification par ses lettres du 8 avrils fbrent indignés, comme toute la Bretagne, de la mort de ce prince, que le connétable Artur de Richemont avait en vain défendu de tout son pouvoir, et que les états convoqués à Redon n'avaient osé condamner. François 1^'j tourmenté par ses remords et peut-être aussi l'esprit firappé de cet appel à la justice divine fait au nom de la victime, sur les grèves de Saint-Michel, par le religieux qui avait reçu ses dernières paroles, François I^^ vint mourir au mois de juillet près de Vannes, à ce château de plaisance qui avait vu finir déjà tant de puissances humaines, peu tranquilles sur les mérites de leur vie terrestre*
Son corps fut transporté à Redon, où il avait choisi sa sépulture. Il laissait la couronne à son frère, Pierre II , qui vint se faire sacrer à Rennes au mois de septembre avec les formalités accoutumées , et y recevoir l'hommage de ses barons et chevaliers. Françoise d'Amboise, sa femme, l'accompagna dans cette cérémonie et s'y fit reconnaître duchesse.
Tous deux firent de riches présents à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. La prison de la sénéchaussée fut alors construite derrière l'auditoire de la FeilUe^ à la porte Saint>-Michel. Cet auditoire ou tribunal venait d'être achevé. Les juges des seigneurs siégèrent au rezrde-chaussée, et ceux de la juridiction ducale au premier étage. Henri de Villeblanche, qui venait d'ajouter un nouveau titre, celui de gouverneur, à tous ceux qu'il possédait déjà, fit élever dans l'apside de la cathédrale la chapelle de Saint-André pour lui et son épouse , Renée de Bargas. De pareilles fondations étaient très-communes à cette époque. Chaque famille puissante avait son enfeu dans son église paroissiale, et en devenait Tune des protectrices et bienfaitrices.
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Ce fut Jean de Goêti|uis qui cotiroiMia Vkne H. Robert de la Rivière était mort dès le oonnnencefnent de Tannée , ei le dergë de Reuoes avait désigné Jean de Coêtqnis pour SOQ successeur; mais le pape transféra Jacques d'Espioai , évèque de Saint-Halo , sur le siège épiscopal de Rennes , et nomma Jean de Goétquis à Saint^Malo. Le duc refusa de recevoir dans sa capitale Jacques d'Espinay, qu*il aocaaait de complicité dans la mort de Gilles de Bretagne. Le pape céda après avoir essayé de justifier le prélat suspect, qui se trouva dépourvu, le siège de Saint-Malo ajant èlé donné à un autre.
Pierre II montra ainsi en plus d'une occasion dans quel sens il fallait entendre le surnom de Pierre-le-Simple que le peuple lui avait donné dans son caustique bon sens. L*hommage qu'il rendit à Charles VU, dans le château de Montbason , ne Ait pas différent de celui de ses prédécesseurs , bien que le roi de France eut enfin reconquis son royaume parl'épée de son brave connétable, le breton Artur, qui avait achevé l'œuvre commencée par Jeanne d'Arc,
La paix désormais reconquise par l'expulsion des Anglais permit de s'occuper de l'administration intérieure avec plus de soin qu'on n'avait pu le faire jusqu'alors , malgré la bonne volonté de quelques ducs précédents. L'abus des asiles ou minihU , et la réforme ecclésiastique, devinrent l'objet d'une bulle sollicitée' du pape. Les états, d'abord convoqués à Vannes , vinrent terminer leur session a Rennes, l'année suivante. On y érigea trois nouvelles baronnies, Derval, Malestroit et Quintin. Après quelques disputes de préséance , les divers membres prirent place dans l'ordre suivant : le duc^ et à sa droite, au niveau des évêques , le comte de Richement, le comte de Laval ; les barons à la gauche, le président de Bretagne aux pieds du prince, et à sa gauche le sire de Guémené-Guingamp, tenant, selon le privilège de sa maison, le carreau où