‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 101 sur 213 · ABOLITION DE LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

ABOLITION DE LA NOBLESSE

avait admis aux premières places. Ils n’en devinrent pas moins implacables. Aussi, quand la Révolution outrée, trahie, attaquée de toutesparts, deviendra implacable ^ son tour, il faudra moins s’en étonner, il faudra se rappeler combien elle avait été facile et indulgente à son aurore.

Robespierre ne dit mot pendant toute cette séance (1). Sans doute ce décret d’abolition des titres de noblesse dut lui causer une secrète joie, quoique au fond il attachât peu d’importance à ces distinctions. On peut même dire qu’il y contribua et y prépara l’Assemblée à force de demander que tous les citoyens jouissent des mêmes droits, sans autre distinction que celle des vertus et des talents. Dans ce grand holocauste de litres il sacrifia la particule dont son nom avait toujours été précédé. La particule n’équivalait pas à un titre, et n’impliquait pas la noblesse, à laquelle Robespierre n’eut jamais la moindre prétention; mais, en ce temps comme à notre époque, elle avait aux yeux d’une foule de gens un certain parfum aristocratique dont il jugea convenable de se débarrasser. Depuis longtemps déjà il était, pour le peuple, Robespierre tout court; à partir de ce moment il signera désormais Maximilien Robespierre (2).

Par une singulière coïncidence, et comme si l’Assemblée eût voulu qu’il inaugurât la phase nouvelle dans laquelle entrait la Révolution, lui, l’apôtre de la liberté et de cette égalité à laquelle une éclatante consécration venait d’être donnée, elle le nomma secrétaire dans celte même séance, en compagnie de Dedelay d’Agier et de Populus, et le lendemain il signait le procès-verbal de la séance du 20 juin, où était relatée l’abolition des titres de noblesse (3).

(1) S’il faut en croire Pierre Villiers, qui bâtit là-dessus une ancedocte (Souremr« d'un déporté^ p. 3), Robespierre n’était pas présent. Mais ce Pierre Villiers, fn'and faiseur d’anecdotes, nous parait ici dans l’erreur, puisque dans cette même séance Robespierre fut nommé secrétaire. 11 était d’ailleurs extrêmement assidu aux séances de l’Assemblée; Villiers en fait l’aveu lui-même quelques lignes plus loin, au point que, se rendant un jour en voiture à l’Assemblée et se trouvant arrêté au coin des nies Saint-Denis et Greneta par une députation qui allait offrir à l’Assemblée nationale un modèle de la Bastille, il descendit précipitamment, pria sou compagnon, qui n’était autre que Villiers, de payer, et partit en s’écriant : « Toutes les Bastilles du monde ne peuvent pas m’empêcher d’aller à mon poste. » (Souvenirs d'un déporté, p. 5.)

(2) 11 n’y a pas de doute possible sur la date précise de cette modiücation de son nom. motion, de sa main, citée plus liaut est signée M. Robespierre, tandis que la lettre qu’il écrivait quelques jours auparavant, et que nous avons donnée dans notre texte, était signée de Robespierre.

(3) Minutes des motions, discours pour la rédaction des procès-verbaux de l’Assemblée nationale. Archives. C. g I, 348, carton 26. Les procès-verbaux des séances des 25 et 30 juin. 5, 8 et 15 juillet sont de la main de Robespierre.

HISTOIUE DE ROBESPIERRE

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Si, la plupart du temps, sentinelle avancée de la Révolution, Robespierre soutenait des thèses et des principes agréables au peuple, et qui soulevaient contre lui les ardentes colères du parti monarchique, il n’hésitait pas non plus à prendre en main la cause de ses adversaires, quand elle lui paraissait conforme à la justice.

Un des membres du côté droit de l’Assemblée, M. de Toulouse-Lau- . trec, avait été arrêté chez un de ses amis, au château de Blagnac, en vertu d’un décret de prise de corps rendu par la municipalité de Toulouse, sur la déposition de deux soldats qui l’accusaient de leur avoir confié un projet de contre-révolution, et d’avoir tenté de les corrompre en leur offrant de l’argent. La municipalité de Toulouse, en apprenant la qualité du prévenu, avait suspendu l’instruction de l’affaire, et toutefois maintenu l’arrestation jusqu’à la décision de l’Assemblée nationale, au sein de laquelle la nouvelle de cet événement avait causé une très-vive émotion. Voidel, au nom du comité des recherches, après avoir exposé l’affaire, concluait à la non-inviolabilité de Toulouse-Lautrec, et proposait que le président de l’Assemblée fût chargé de se rendre auprès du roi afin de le supplier d’ordonner la continuation de l’information jusqu’à jugement définitif, pour le tout être ensuite déféré au Châtelet. Des amis de Lautrec s’efforcèrent de disculper sa conduite, se refusant à croire qu’un vieux militaire eût pris pour confidents deux soldats inconnus, et leur eût offert de l’argent afin de les enrôler dans des bandes contre-révolutionnaires. (Séance du 25 juin.)

Robespierre, « prenant un vol plus élevé, » suivant l’expression du journal de Mirabeau (1), envisagea la question au point de vue des principes du droit national. Sans s’occuper des faits reprochés à l’inculpé, il se demanda si ce ne serait pas renverser les règles d’une bonne constitution que de permettre à un tribunal quelconque de décréter de prise de corps et de juger un député sans l’avis préalable des représentants du peuple, car il est de règle absolu, disait-il, qu’aucun corps particulier ne puisse s’élever au-dessus de celui qui représente la nation tout entière. Sans doute, si un député s’est rendu coupable de quelque délit, il doit être puni; mais ce n’est pas aux tribunaux à pré-

(1) Courrier de Provence, muiiéro 159, t. IX, p. 95.

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