‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 114 sur 213 · LIVRE IV. MATELOTS ET OFFICIERS RE MARINE ;I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. MATELOTS ET OFFICIERS RE MARINE ;I

permis, » poursuivit-il, « aux représentants de la nation de parler de ce tribunal, ce n’est plus pour lui livrer les destinées de la nation, mais pour provoquer le compte qu’il doit lui-même rendre de sa conduite. » 11 proposa donc à l’Assemblée, en terminant, de s’occuper immédiatement de l’organisation d^un tribunal national dont la première occupation devrait être de juger sévèrement les actes du Châtelet (1).

L’abbé Maury eut beau protester avec sa violence accoutumée, la grande voix de Mirabeau, qui flétrit les insolences des membres du Châtelet, et celle de Barnave vinrent appuyer l’éloquente improvisation de Robespierre. L’Assemblée décida, son comité des recherches entendu, qu’il y avait lieu à accusation contre l’abbé Perrotin, dit Barmond, relativement à l’évasion et à la fuite de Bonne-Savardin. Les conséquences de ce décret ne furent pas terribles du reste ; l’abbé en fut quitte pour garder quelques mois les arrêts dans sa propre demeure.

Certains membres de l’Assemblée nationale, réputés liberaux, avaient une étrange façon de comprendre l’égalité. On en vit un exemple dans la discussion relative au code pénal maritime, laquelle eut lieu dans l’intervalle de la comparution de l’abbé de Barmond devant l’Assemblée au jour où fut rendu le décret d’accusation contre lui. Le projet présenté par le comité de marine se ressentait encore singulièrement des habitudes grossières et brutales d'autrefois et du peu de respect que l’ancien régime professait pour la dignité humaine. Il y avait surtout un contraste étonnant entre les peines infligées aux matelots et celles appliquées aux officiers. Tandis que, pour de simples délits, les premiers pouvaient être condamnés à traîner des fers attachés au pied par un anneau ou à être exposés au grand mât pendant trois jours, deux heures chaque jour, les seconds couraient simplement risque des arrêts ou de la suspension de leur grade pendant un mois au plus. Comme peines afflictives, on pi’odiguait sans ménagement aux matelots les coups de corde au cabestan, la cale, la bouline, les galères, la mort, tandis que, pour les mêmes fautes, on se contentait de casser les officiers.

(1) Voy. le Moniteur du 24 août 1790, et surtout le Point du jour (nuim-ro 107, p. 2()6 et suiv.), où le discours de Itobespierfe est bien plus complètement rendu.

Une telle inégalité ne manqua pas de choquer Robespierre : il critiqua vivement le projet présenté par M. de Champagny. a Est-ce,» dit-il, « d’après l’égalité des droits que, pour un môme genre de délit, on propose de donner la cale aux soldais, et simplement de casser les officiers. Si mes principes sont vrais^ et ce sont ceux de la justice et de la liberté, je demande que les mêmes fautes soient punies par les mêmes peines, et que si on les juge trop sévères pour les officiers, on les supprime pour les soldats. » Ce langage, qui le peut nier? était bien celui du bon sens et de l’équité. Mais l’Assemblée avait aussi ses casuistes ; et, de même que, par un syllogisme connu, le jésuite démontrait que, l’honneur étant plus cher que la vie, il était permis de tuer pour défendre son honneur, il se trouva des députés qui, à l’aide d’un procédé à peu près identique, essayèrent de prouver que, l’honneur étant ce qu’un Français a de plus clier, il n’y avait pas de disproportion entre les peines appliquées au soldat et celles appliquées à l’officier, puisque, perdant son grade, celui-ci perdait en même temps son honneur; comme si le pauvre matelot condamné, pour un délit souvent bien mince, à recevoir la cale ou à courir la bouline, c’est-à-dire à être poursuivi à coups de câble par une trentaine d’hommes, n’était pas aussi frappé dans son honneur. Certaines peines exposaient en outre le patient à de déplorables conséquences, la calle, par exemple, ou le supplice de l’immersion. D’après l’avis des médecins, cette peine avait une influence très-funeste sur la tête des condamnés, produisait souvent l’épilepsie, ce qu’eut soin de rappeler un journal de l’époque (1). Mais les gens du côté droit de l’Assemblée n’y regardaient pas de si près. La justice eut beau faire entendre sa voix par la bouche de Robespierre, la sottise et l’orgueil parlèrent plus haut. D’André trouva même que l’officier était le plus puni ; suivant lui, Robespierre avait mal compris les articles proposés; autrement, dit-il, « il aurait vu que l’égalité dont il parle si souvent, et avec tant do chaleur, n’est pas blessée. » Un autre député, M. de Murinais, avait réclamé en énergumène le rappel à l’ordre de « ce factieux, de ce tribun du peuple. » Ce fut ce même membre qui demanda qu’un amendement proposant la peine de trois ans de galères contre tout officier coupable d’avoir abandonné son poste pendant le combat ne fût pas mentionné au procès-verbal, afin qu’on ne sCitpas au dehors qu’il avait été « agité dans l’Assemblée nationale si un officier serait puni des galères (2). » De pareils exemples montrent bien à quels sentiments étroits, égoïstes et mesquins obéissait

(1) Point du jour, numéro 403, p. 19G.

(2) Moniteur du 20 août 1790.

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