CONSEILS AUX JACOBINS
mandons une autre législation, » dit-il, « mais obéissons à la loi (!)..♦. J’y obéirai pour ma part, mais je vous dois la vérité... terrible. » Alors, et se désignant d’avance et sans peur aux coups de la réaction, il traça un sombre tableau de ces comités au sein desquels s’étaient coalisés tous les ci-devants privilégiés de l’Assemblée nationale. Il montra leurs desseins perfides, leurs projets contre-révolutionnaires se décelant dans tous leurs actes. C’ét .it aux citoyens à déjouer ces trames en ne permettant pas que la division se mît entre eux, en s’unissant ; ux gardes nationales qu’on voulait égarer. Qi^^nt à lui, on le trouverait toujours ferme, inébranlable sur les principes, indifférent aux attentats préparés contre sa personne. On croyait, dit le journal de l’abbc Fauchet, auquel nous empruntons ces détails, « on croyoit entendre l’infortuné Rawleigh dire h ses bourreaux : Frappez : quand le cœur est droit, qu’importe ou va la tète?» Il s’agit ici de la liberté de toute la nation, ajoutait Robespierre ; c’est la cause de l'humanité tout entière, c’est le triomphe de la vérité persécutée depuis des milliersde siècles... Encore un peu de courage, et tout sera consommé. Les députés des communes se rappelleront la sainteté de leur mission!... Les peuples rentreront dans leurs droits imprescriptibles, les tyrans seront confondus ; leurs infâmes calomnies n’auront que des succès passagers. Nous avons la vérité et la justice, nous sommes invincibles.
Telle fut, résumée en quelques lignes, l’éloquente improvisation de Robespierre à la tribune des Jacobins, la veille d'une des plus néfastes journées de la Révolution française (2).
Le lendemain, — c’était un dimanche, — une foule de citoyens ayant persisté, en dehors des Jacobins, dans le dessein de présenter à l’Assemblée nationale une pétition pour demander la déchéance de Louis XVT, retournèrent au Champ de Mars afin de s’occuper de cet objet. Tout le monde sait sous quels sombres auspices s’ouvrit ce jour fatal. Deux hommes, attirés par une curiosité obscène, avaient imaginé de se cacher sous les planches des gradins de l’autel de la patrie. Découverts
(1) Cétait aussi le mot de Brissot à propos du décret : « Il est rendu, il faut ol)éir.» Le l^nlriole français, nujnéro 706.
(2) Le compte rendu dt? la séance du 16 .juillet aux Jacobins ne se trouve que dans le journal la Hanche de fer, numéros 96 et 99. Ce dernier numéro, qui est du 21 juillet, contient pour épigraphe cette citation :
Vous allumez uu fi u qui ne pourra s'élciudre,
Il vous faudra tout craindre,
Toujours trembler d»us vos projets,
Et pour vos ennemis compter tous les Français.
Vid, Raciiob.
L’article dans lequel il est rendu compte du discours de Robespierre est vraisemblablement de Bonneville. Il est intitulé : Voila un honnête homme.
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par l’effet du hasard, arrêtés et conduits au poste du Gros* Caillou, ils venaient d’être mis en liberté après leurs explications. Mais le bruit s’était répandu qu’ils étaient les agents d’un noir complot, et qu’ils avaient été apostés sous l’autel de la patrie pour le miner et faire sauter les signataires de la nouvelle pétition. On n’ignore pas avec quelle déplorable facilité se propagent et sont acceptées les nouvelles les plus absurdes. A peine libres, ils avaient été saisis et impitoyablement massacrés. Personne ne flétrit plus vivement et plus sincèrement que Robespierre « cette violence criminelle » d’autant plus odieuse, dit-il, que des circonstances extraordinaires faisaient naître dans l’esprit des fidèles amis de la liberté de sinistres soupçons sur la nature des causes qui avaient dirigé le bras des meurtriers (1). 11 n’y avait, dans tous les cas, aucune espèce de rapport entre ce fait et la pétition e" les pétitionnaires, Cependant les meneurs de la réaction dans l’Assemblée tirèrent un merveilleux parti de ce douloureux incident. Un membre annonça, avec une rare impudence, que deux honnêtes citoyens venaient d’être victimes de leur zèle au moment où, au Champ de la Fédération, ils exhortaient le peuple assemblé è se conformer à la loi. En vain le curé Dillon affirma que le fait ne s’était pas passé ainsi, Régnault (de Saint-Jean d’Angély), un des coryphées de ce parti de la réaction, eut l’effronterie d’insister et. demanda, aux applaudissements d’une partie de l’Assemblée, l’application de la loi martiale pour le cas où le désordre continuerait, de cette loi si vivement combattue, on s’en souvient, par Robespierre. 11 demanda en outre que toute personne qui, par écrits, soit individuels, soit collectifs, exciterait le peuple à résister aux autorités constituées fussent poursuivies comme criminelles de lèse-nation. C’était bien encore d’un modéré (2). L’attente de Régnault ne fut que trop bien remplie.
Nous n’avons pas à raconter dans tous leurs détails les déplorables événements qui signalèrent la fin de la journée du 17 juillet. Débarrassés des voiles dont les intéressés et les écrivains de la réaction avaient essaye de les couvrir, ils sont aujourd’hui parfaitement connus. On sait comment, tandis qu’au Champ de Mars une multitude de citoyens, sans armes, exerçaient un droit sacré, dans toutes les conditions prescrites par la loi, en apposant leur signature au bas de la pétition incontestablement légale déposée sur l’autel de la patrie, la loi rhartiale était proclamée et le drapeau rouge arboré aux fenêtres de
(1) Adresse de Maximilien Bobespierre aux Français, p. 28.
(2) Moniteur du 18 juillet 1791. Voy. aussi 1<!S Révolutions de Paris, numéro 106. Suivant ce dernier journal, Régnault aurait dit que les deux victimes étaient deux gardes nationaux, cela pour exaspérer la garde nationale contre le peuple.