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leur assurer un caractère durable. Mon Histoire de la grande Réaction catholique en Angleterre^ sous Marie Tudor, a été une balle, un repos, pour ainsi dire, au milieu de mes études sur la Révolulion; repos laborieux et bien rempli du reste, car je l’employai à rassembler, à compulser, à revoir miuulieusement les innombrables documents sur lesquels je me proposais d’écrire la vie de Robespierre.
En lisant tous les journaux de l’époque, en étudiant une à une toutes les pièces enfouies au fond des archives, j’ai vu combien Vhistoire rra/c était en opposition avec la plupart de ces mémoires particuliers dont j’ai parlé, qui ont servi à la confection de tant d’histoires de la Révolution ; et quand le hasard m’a eu fait mettre la main sur les preuves matérielles des faux commis par les Thermidoriens, je me suis convaincu de la vérité de ces paroles, que jamais, depuis dix-huit cents ans, plus grand calomnié n’avait passé sur la terre. Il m’a paru alors d’une absolue nécessité de ne pas laisser plus longtemps sous le poids d’une réprobation, non point générale, tant s’en faut, mais trop répandue encore, le plus illustre apôtre de la démocratie, de peur qu’en présence de cette siiprOme iniquité et d’une telle ingratitude, les hommes de sa trempe, qui pourraient assurer le triomphe de la liberté, ne dédaignassent désormais de servir l’humanité, et ne fussent tentés, suivant l’expression d’un grand poète, de laisser aller le monde à son courant de boue.
On a beaucoup écrit sur Robespierre; on a épuisé à son égard toutes les formes du blâme et de l’éloge ; sa mémoire a des détracteurs acharnés et des adorateurs fervents; mais personne, jusqu’ici, ne l’a suivi jour par jour, heure par heure, pas à pas, dans le cours (le son orageuse existence; personne ne s’est livré à cette autopsie historique; et cela seul cependant pouvait mettre tout lecteur impartial en état de se prononcer en toute connaissance de cause, et de se former une opinion définitive sur cet homme extraordinaire ijui a été si bien l’incarnation vivante de la Révolution, qu’elle a sombré avec lui, et qui, malgré cela, attendait encore son historien. Ce travail de dissection, pour lequel il fallait toute la patience de l’anatomiste, je l’ai tenté; j’ai mis à préparer et à écrire cette histoire émouvante tout ce que la nature m’a départi de force et d’intelligence; j’y ai mis toute ma conscience et tout mon cœur. J’aurais pu généraliser, négliger les points de détail, montrer l’homme dans son ensemble ; c’eût été plus
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facile, l’œuvre eût été plus brillante peut-être, mais cela n’eût pas rempli mon but, je ne l’ai pas voulu. J’ai tenu à ce que le lecteur pénétrât avec moi dans les coulisses de l’histoire, toucliàhdu doigt les ressorts cachés qui font mouvoir les acteurs, et qu’on lui dérobe trop souvent; j’ai tout dit, je n’ai rien omis, rien atténué, rien dissimulé, môme des choses que peut-être j’aurais mieux aimé laisser dans l’ombre.
Celte manie de refaire l’histoire n’est pas, je le sais, du goût de tout le monde; tant de gens trouvent leur compte à ce qu’on ne vienne pas dérouter des traditions qu’ils appellent complaisamment des traditions populaires. Il est si commode de se décharger sur une seule tête d’une responsabilité qui incombe à toute une assemblée, à une nation tout entière! Comment! tant d’hommes habiles se sont donné une peine infinie pour habiller l’histoire à leur façon, n’ont pas reculé devant des manœuvres dignes de la policç correctionnelle et de la cour d’assises, et aujourd’hui, les preuves de leurs supercheries et de leurs fraudes à la main, on s’imagine. de déjouer leurs odieux calculs, de restituer crûment à l’histoire l’imposante et réelle physionomie de ce Robespierre, dont, suivant l’heureuse expression de Napoléon, ils avaient fait le bouc émissaire de la Révolution! Sans doute cela est abominable; et que l’ombre de Merlin (de Thion ville), qui a si bien travaillé pour sa part à l’entreprise tortueuse des Thermidoriens, frémisse par delà le tombeau de voir, après un si long temps, la vérité sortir des profondeurs où ses complices et lui croyaient l’avoir à jamais enfermée, et apparaître rayonnante et terrible, je le comprends à merveille; mais le droit, la justice ont leur jour inévitable, et il n’y a point de prescription contre la vérité éternelle.
On m’a encore adressé, à l’occasion de mon histoire de Saint-Just, un reproche dont je m’honore en quelque sorte, celui d’avoir écrit une plaidoirie. C’est Montaigne, je crois, qui reprochait à l’œuvre de Tacite d’être un réquisitoire. Toutes proportions gardées, je maintiens que l’histoire doit être à la fois un plaidoyer et un réquisitoire, parce I que l’un et l’autre exigent des preuves probantes, dont se passent, et * pour cause, les simples narrateurs. Et si jamais l’analyse la plus minutieuse, la discussion la plus serrée ont été nécessaires en histoire, n’est-ce point lorsqu’il s’agit d’événements dont nous ressentons encore