‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 3 sur 213 · PREFACE XIII · texte numérisé non relu

PREFACE XIII

les secousses, de faits si souvent falsifiés par l’esprit de parti, les passions, les haines et les rancunes particulières; lorsque surtout il s’agit d’un homme dont les actes ont été dénaturés, les intentions travesties, la mémoire odieusementcalomniéc? Aujourd’hui, au point on la science historique est arrivée, je le répète, tout récit dénué de preuves rigoureuses doit être impitoyablement rejeté. Je me suis, quant à moi, attaché à mettre mes lecteurs en état de vérifier tout de suite, de contiôler sévèrement les moindres faits avancés par moi, et je serais heureux de les voir user souvent des moyens de contrôle que je mets entre leurs mains. Je n’ai point voulu, sous prétexte de raconter la : vie de Robespierre, refaire une histoire de la Révolution française;

’ tout le monde a eu sous les yeux les écrits des Michelet, des Thiers, des Louis Blanc, des Esquiros, des Tissot, des Villaumé et de tant ’ d’autres, composés à toutes sortes de points de vue ; je me suis donc borné à rappeler tout ce qui se rattachait de près ou de loin à l’homme dont chaque page de la vie d’ailleurs est en meme temps une page de l'iiistoire de la Révolution ; et j’ai pu entrer dans une multitude de détails qui, forcément négliges dans les histoires générales, n’eu sont pas moins indispensables pour faire connaître complètement Robesjiierre. Cela même, on le conçoit, m’a mis dans l’obligation de suivre de très-près, de réfuter rigoureusement ceux de mes devanciers qui, dans leurs narrations et leurs appréciations, m’ont paru s’écarter des voies de la vérité. Je me suis attaqué de préférence aux écrivains les plus consciencieux et les plus estimés, à qui la notoriété du nom, le talent et l’indépendance du caractère permettent d’exercer sur les lecteurs une influence considérable; réfuter ceux-là, n’était-ce pas en meme temps réfuter tous les autres?

J’ai divisé cette histoire en trois parties bien distinctes. La première, intitulée la Constiluanle , comprend la période la moins connue, et non la moins curieiKse de la vie de Robespierre; ou verra que la Révolution, avant même qu’elle éclatât, était tout entière dans la tête du puissant réformateur. La seconde traite de sa grande querelle avec les Girondins, et montrera, par des preuves sans répliijue, par (les révélations inattendues, de quel côté, dans celte lutte à jamais regrettable, et qu’il ne tint pas à hii d’étouffer, furent la modération, le bon droit et la justice. La troisième partie enfin peint la grande période révolutionnaire, l’époque où la France eut à traverser les plus

PREFACE

dures épreuves que jamais nation ait eu h subir, et accomplit glorieusement son colossal effort; époque terrible où, la patrie sauvée, et la France dotée d’une constitution démocratique, libérale et perfectible, dans laquelle se trouvaient plus nettement accentués les principes immortels de la Révolution, Robespierre, en succombant sous le poids des factions, eut la gloire et le malheur d’entraîner dans sa chute les destinées de la République. Chacune de ces parties n’a pas exigé moins d’un volume tout entier; mais j’ai dû sacrifier le désir d’étre bref à la nécessité d’étre complet. Je saisis ici l’occasion, de remercier bien cordialement toutes les personnes dont le concours m’a été si utile dans mes longues recherches, et qui, à quelque parti qu’elles appartinssent, ont libéralement mis à ma disposition ces documents privés et ces lettres particulières si )|»ropres à jeter un éclat lumineux sur certains points jadis obscurs. Elles ont bien compris que l’bistoire ne doit pas être une affaire d’opinion.

Personne, après avoir lu ce livre, ne s’étonnera de ma sympathie profonde pour un illustre malheureux ; elle s’est accrue de tout le dégoût que m’ont inspiré les calomnies sans nom dont il a été victime, et qui ne tiennent pas devant un examen sérieux. Fffus d’un lecteur prévenu finira, j’en ai la conviction, par partager cette sympathie et cette admiration dont n’avait pu se défendre un homme tant de fois célébré pour son héroïsme, et (|u’on ne saurait, par conséquent, suspecter d’une basse et gratuite adulation, l’illustre Boissy-d’Anglas, qui, à la veille même du 9 Thermidor, comparait Robespierre à Orphée enseignant aux hommes les premiers principes de la civilisation et de la morale (1). Cette sympathie, vous la partagerez, vous tous, et votre nombre est grand, hélas! qui, en ce siècle, avez souffert de la calomnie, et savez avec (pielle science infernale elle incrimine les plus pures et les meilleures intentions; vous la partagerez, vous, hommes de bonne foi, qui ne pensez pas qu’une divergence d’opinion vous dispense de l’obligation d’étre justes; vous la partagerez enfin, vous, jeunes gens, qui, plus éloignés des' événements, et moins agités des passions de nos pères, demandez à l’iiistoire un enseignement impartial et fécond, non la satisfaction des haines et des rancunes d’un autre âge.

tl) Essai sur les Fêles nat 'ouates, adressé à la Convention par Boissy-crAn;rla.s ; an II, in-8° de 192 pages.

PllKFACE

Pour moi, je le dis l)ien hautement, je me suis, en écrivant, senti dégagé de tout esprit de parti; j’ai repoussé dédaigneusement tous les outrages calomnieux qu’on n’a pas épargnés non plus aux adversaires de la Révolution. Si je n’ai pu ménager toutes les susceptibilités, je me suis efforcé, du moins, de ne blesser personne; car je professe le plus entier respect pour toutes les opinions consciencieuses, et volontiers je m’écrierai, avec le grand citoyen dont j’ai écrit l’iiistoire : « Je sens que partout où l’on rencontre un homme de bien, en quelque endroit qu’il soit assis, il faut lui tendre la main et le serrer contre son cœur. »

Suint-IIubert, juillet 1864.

DE

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