LIVRE V. LES JACOBINS DE STRASBOURG
au moins les soldats? Ceux de la garnison d’Arras avaient manqué de respect à leurs chefs? Mais quels ordres leur avait-on donnés? l’ordre de renoncer h se parer des couleurs nationales. Du reste, il n’y avait pas eu sédition de leur part, puisque eux-mèmes avaient dénoncé les ennemis de la constitution qui, profitant de leur mécontentement, s’étaient efforcés d’en faire les instruments de leur projet. Ce n’était donc pas, disait Robespierre en terminant, le cas de présenter une loi peu propre à concilier les choses; et il demanda, mais en vain, la question préalable sur le projet de décret de Chabroud, que l’Assemblée adopta après une courte discussion, et sans prendre la précaution de bien éclaircir les faits (1).
Retournons pour un instant aux Jacobins, où là du moins Robespierre ■ était écouté avec une religieuse attention. Deux fois, dans le cours de ce mois d’août, il avait été appelé à présider la société, en l’absence de Pétion, président en titre. 11 occupait le fauteuil quand, le vendredi .12 août, les délégués de la société des Amis de la Constitution de Strasbourg vinrent jurer de rester éternellement attachés « à leur mère, à cette société qui renfermait dans son sein les Robespierre, les Pétion, les Buzot, les Grégoire. » Placés à la porte du pays, les^ habitants de Strasbourg étaient mieux que d’autres à même de juger les , intrigues auxquelles se livraientles émigrés et les royalistes restés à l’intérieur, et leur adresse aux Jacobins témoignait, de leur part, des craintes et des inquiétudes sérieuses. Pressentant déjà les jours sombres, . Robespierre, en complimentant, h titre de président, les délégués sur le patriotisme de leurs concitoyens, les encouragea dans leur dessein de déjouer les conjplots de tous les ennemis de la liberté, leur promettant de préférer, comme eux, la mort au retour de la servitude et d’essayer au moins de sauver la patrie en mourant (2).
Quelques jours plus tard, le 21 août, honteux en quelque sorte des avances faites par les Jacobins à la société dissidente, aux Feuillants, il s’opposait vivement à ce qu’on leur envoyât une nouvelle lettre d'invitation à rentrer dan le sein de la société mère (3). 11 ne fallait, di-
(1) Voyez le Afoniteur du 29 noût 1791, et le Courrier de Prorejjce, miméro 334.
(2) Jnurnai des dêb^its de ht soriélé des Amis de la Constilution, imiTK^ro 42.
(3) Ibid., munéro 46,
HISTOIKE ÜË KOBËSPIEURË
sait-il, ni avoir l’air de tenir à eux ni les presser; tous finiraient par revenir, comme beaucoup déjhélaientrevenus. Tous, c’était peu probable, et Robespierre ne comptait guère que les Lametli, les Duport, les Barnave, rentreraient dans une société où leur influence était à jamais effacée par la sienne. Entre eux et lui, il savait bien la scission irrévocable; trop cuisantes étaient les blessures de leur amour-propre, ün certain nombre de membres de la gauche, subissant leur ascendant, persistaient à demeurer avec eux aux Feuillants; une r.ouvelle démarche ayant été tentée auprès des dissidents, malgré l’avis de .Maximilien, ils s’obstinèrent dans leur refus. Mais l’insuccès de leurs avances près des sociétés affiliées put leur donner la mesure de leur peu d’influence dans le pays, les édifier sur leur impuissance ; et l’heure n’était pas éloignée où, en pleine Assemblée nationale, Robespierre allait, de quelques mots, assommer le Feuillantisme.
Le 31 août fut le dernier jour où l’on s’occupa de la rédaction de l’acte constitutionnel. On y prononça un nom destiné à acquérir une terrible et prodigieuse notoriété, celui de Convention nationale. Ce fut sur la proposition de P’rochol (}u’on agita la question de savoir st, lorsque la nation témoignerait le désir de voir la constitution remaniée dans quelques-unes de ses parties, on convoquerait une convention nationale. Divers amendements se produisirent, modifiant plus ou moins le projet de l’ami de Mirabeau. Nous n’avons pas à nous en occuper. Robespierre était également d’avis de laisser au peuple le moyen de changer sa constitution, sans recourir à l’insurrection; mais une convention n’était pas seulement, à ses yeux, destinée à réformer la constitution, elle devait avoir aussi pour mission d’examiner si le Corps législatif, à célé duquel elle exercerait son mandat, n’avait pas outrepassé ses pouvoirs, car ce tyran ne voulait pas plus du despotisme des assemblées que du despotisme de l’I^tat. Aussi aurait-il désiré que la convocation des assemblées nationales ne fût pas subordonnée au bon vouloir du Corps législatif (1). Au reste, tout en adoptant le principe de la révision, l’Assemblée nationale décida que la législature ferait elle-même l’office de Convention, dont le nom ne fut même pas inscrit dans la constitution, et que la nation, à cet égard, suspendrait pendant trente ans l’exercice de son droit. O fragilité des décisions humaines!
Cej)endant l’acte constitutionnel était terminé. Dans la séance du 1®"^ septembre, Beaumetz, au nom des comités, proposa à l’Assemblée
(1) Voyez le <lu 2 septembre 1791, le Point du jour, numéro 784, et le
Patriote françois, numéro 753.