LIVRE PREMIER
MAI 1758 — MAI 17SÜ
Prolégomèjics. — La famille de Uoljospicrre. — Enfance de Maximilien. — Son jçoût pour les oiseaux. — Histoire du pigeon. — L’ablmye de Saint-Waast. — Séjour au college de Louis- le-Grand. — Visite de Louis XVI. — Gratification accordée au jeune Robespierre par l'administration du collège. — Etudes de droit. — Visite à .lean-.Iacqucs Rousseau. — Robespierre est reçu avocat. — Son retour à Arras. — Sa vie privée. — Ses amis. — Lu société des Rosati. — Il en est reçu membre. — Premières relations avec Carnot. — Débuts au barreau. — Le testament du chanoine Beugny. — Procès contre un moine de l’abbaye de Saint-Sauveur. — L’organisation judiciaire do l’Artois. — Robespierre juge au tribunal de l’évêcpio. — Promesses d’éloquence. — Affaire du paratonnerre de M. de Visscry de Rois-Valé. — Une lettre de Robespierre à jiropos de serins. — Son influence morale. — Maflrig:al à Ophélie. — Essais littéraires. — Il est reçu membre de l’Académie d’Arras. — Discours de réception. — Analyse de son discours sur les peines infamantes, couronné par la Société royale des arts et des sciences de Met/.. — Robespierre et I.acretelle. — Eloge <le Gresset. — Poui*quoi l’Académie d’Amiens n’a pas décerné de prix. — Discours sur la législation qui régit l’état et les droits des bâtards. — Mademoiselle de Keralio et l’.\cadémie d’Arras. — l’éponse de Robespierre. — Il est nommé président de l’Académie. — Présages de la Révolution. — I.CS états généraiix convoqués. — Adresse à la nation artésienne sur la nécessité de l'éfonner les états d’Artois, par Maximilien Roljcspierre. — Ligue puis.sante contre lui. — Sa candidature aux états généraux. — Intrigues de ses ennemis Y>our la faire échouer. — Procès Dupond. — Véhémentes sorties contre les lettres de cachet et tous les abus de l’ancien régime. — Circulaire au.x citoyens de l’Artois. — Opérations électorales. — L’.Vsscmblée du tiers état à Arras. — Appréhensions du duc de Guincs. — Robespierre est nommé député .aux états généraux. — Projets de mariage. — Eloge du président Dupaty. — Conclusion de ce livre.
HISTOIRE DE ROBESIMERHE
Ce n’est pas sans une certaine émotion qu’aux chauds rayons du soleil de juillet, je trace aujourd’hui les premières lignes de celte histoire, destinée à réparer une des plus criantes injustices que l’imagination puisse concevoir.
Il y 'en effet soixante-huit ans qu’à pareil jour, aux applaudissements de tous les ennemis de la République française, tombaient sous le couteau de la guillotine cinq des plus glorieux membres de la Convention nationale, les plus purs, les plus dévoués, les plus ardents défenseurs delà Révolution, qui s’immolait en les tuant. Trois d’entre eux faisaient partie de ce comité de Salut public à l’énergie duquel la France, sortant tranofigurée d’un amas de ruines, venait de devoir son salut et son triomphe. A chaque anniversaire de ce sanglant Thermidor, je ne puis me défendre d’une indéfinissable tristesse. Que d’espérances détruites ! Que d’illusions perdues dans ce mois funeste ! Les meilleures promesses de 1789 s’évanouirent comme par enchantement à l’heure où cessèrent de battre les cœurs de ces jeunes gens dont l’aîné avait un peu plus de trente-six ans, et le plus jeune un peu moins de vingt-sept.
Avec eux, on peut le dire, succombait la République elle-même, au moment où, grâce à leurs vigoureux efforts, à leur héroïsme et à leur désintéressement, elle allait, fière et victorieuse, s’affermir à jamais peut-être, et entrer résolûment, pour le bonheur du monde, dans les voies promises de la liberté, ce rêve éternel des grandes âmes, et qui rayonnait dans toute sa mansuétude, dans tout son éblouissement, dans toute sa sincérité, à chacune des pages de leur constitution.
Ces hommes d’une probité à toute épreuve, de mœurs irréprochables, d’un caractère doux et tendre dans l’intérieur, s’étaient dévoués, corps et âme, à leur pays. Émus des scandales, des iniquités, des hontes de la monarchie, ils rêvaient une patrie heureuse, libre et pure. Au régime du bon plaisir ils prétendaient substituer le règne impassible des lois; ils voulaient que la France devînt la tète et l’avant-garde des nations, non par la force, mais par l’idée; hommes du tiers état, issus de ces classes moyennes, pépinières de grands hommes, d’où étaient sortis les plus beaux génies des derniers siècles, races antiques et sévères dans le sein desquelles circulaient encore à pleine sève toutes les vertus publiques et privées, ils travaillaient à l’alliance intime de la