‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 5 sur 213 · UVRE I · texte numérisé non relu

UVRE I

PUOLEGOMÈ.NES

bourgeoisie et du prolétariat. La Révolution, selon eux, devait profiter à tous, et non à quelques-uns; et ils n’admettaient pas que, sur les ruines de la féodalité brisée , s’élevât une autre aristocratie moins généreuse, plus égoïste que la noblesse abattue par eux. Poussés par le destin dans la lutte désespérée entre l’ancien et le nouvel état de choses, lutte d’autant plus vive que la résistance des castes privilégiées et fie leurs partisans était plus acharnée, ils avaient dû porter de rudes coups à leurs adversaires, consentir à des sévérités passagères, nécessitées par de formidables circonstances ; mais, du moins, ils ne confondaient pas les indifférents avec les coupables, la faiblesse ou l’erreur avec le crime. Plus d’une fois en les entendit réclamer au nom de l’humanité et du bon sens ; et le jour où, après avoir essayé de rétablir un peu d’ordre dans l’inévitable chaos d’une résurrection, ils se disposaient à proposer à l’Assemblée souveraine de demander à quelques scélérats compte du sang inutilement répandu, et des persécutions indistinctement prodiguées, ils succombèrent sous l’alliance impie d’une poignée d’intrigants sanguinaires, de royalistes déguisés et de patriotes égarés ; et, suivant la propre expression de Barère, périrent sur l’échafaud pour avoir voulu arrêter le cours terrible de la Révolution (1).

Je dirai plus tard les conséquences désastreuses de leur chute, l’irréparable dommage qu’en a subi notre France ; le sang des patriotes versé à flots ; la Terreur devenue modération, et, sous ce masque emprunté, décimant hypocritement le pays; tous les cynismes enfin, toutes les lâchetés, toutes les turpitudes des héros de Thermidor, ou, pour me servir de l’expression de Charles'Nodier, de cette hideuse faction thermidorienne qui décapita la République, et anéantit presque complètement en un jour l’œuvre de cinq ans de luttes gigantesques qu’allait couronner la victoire. Mais -avant de remuer cette vase, avant de montrer à nu cette plaie profonde faite par une réaction effrénée, et dont le pays saignera longtemps, avant d’étaler dans toute leur effrayante horreur les véritables saturnales de la Révolution, il importe de connaître à fond les causes efficientes d’une telle catastrophe, et le rôle des citoyens qui en ont été victimes, de ces hommes assez grands pour qu’à leur destinée ait été attachée celle de la République elle-même.

Je parlerai donc présentement des vaincus de Thermidor, car écrire l’histoire du plus ilustre d’entre eux, c’est aussi raconter la vie de ses compagnons d’armes et de gloire.

(1) Discours de Barère daus la scance du 10 tbeiinidor. Voyez le Moniteur du 12 tlierniidor, an

lilSrOlllE [>E UOUKSIMERIIE

O martyrs! je vous plains, non pour la mort cruelle que vous avez trouvée dans un odieux guet-apens; qu’importerait cette fin tragique, si la postérité eût fait de voire c^an une couronne, et de votre supplice un titre de plus à la reconnaissance de vos compatriotes? mais je vous plains d’une pitié bien forte pour cet opprobre immérité dont votre mémoire est encore couverte aux yeux d’une partie du monde aveuglé. Les malheureux m’attirent, et je ne sache pires infortunés que ces généreux citoyens qui, en récompense d’une vie toute d’abnégation, do vertu et de dévouement, recueillent les malédictions de ceux dont ils eussent voulu assurer le bonheur, et, par delà le tombeau, sont encore poursuivis par de stupides anathèmes ! Grandes ombres dont mon àme comprend la douleur, je me sens entraîné vers vous par ma haine contre tout ce qui est injuste, par ma sympathie pour tout ce qui souffre 1

Et de ces glorieux martyrs aucun n’a, au même degré que Maximilien Robespierre, subi les dures étreintes de la calomnie; non, jamais, depuis dix-huit cents ans, homme n’a été plus cyniquement calomnié. L’histoire nous apprend que la Grèce pleura longtemps le supplice de Socrate et la proscription d’Aristide ; mais la France n’est pas la Grèce. Insulter Robespierre est devenu une affaire de convention. Hier encore, n’entendions- nous pas des écrivains soi-disant démocrates s’acharner sur sa mémoire, sans prendre la peine de vérifier leurs assertions, et leurs paroles ne semblaient-elles pas, comme un écho prolongé, des - diatribes de Courtois et de Montjoie, deux des plus cyniques barbouilleurs de papier qui, depuis Gutenberg, aient fait gémir la presse? O vérité, quand donc dessilleras-tu tous les yeux !

Les réacteurs de Thermidor ont poussé jusqu’au chef-d’œuvre l’cxé- ^ crable science d’Anitus, et devant le formidable amas de mensonges et de faux (je dis faux matériels, altérations d’écritures, etc.) entremêlés par eux avec un art diabolique, rien d’étonnantà ce qu’un grand nombre de lecteurs de bonne foi, mais superficiels, se soient laissé prendre au piège. Parmi les contemporains, beaucoup, sans s’immiscer directement dans ces mensonges et dans ces faux, s’en sont rendus les complices par leur silence, les uns parce qu’ils se sentaient perdus s'ils élevaient la voix en faveur des victimes, les autres parce que, au moment où soufflait, avec une violence à tout renverser, l’âpre vent de la contre-révolution, ils n’étaient pas fâchés de laisser peser sur des

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innocents, dont la bouche à jamais fermée ne pouvait protester, la responsabilité des mesures sévères qu’ils avaient eux-mêmes provoquées. Napoléon l’a dit il y a longtemps : « Robespierre a été le bouc émissaire de la Révolution (1). » Ajoutez à cela les clameurs incessantes des partis intéressés à flétrir cette Révolution dans son plus intègre, son plus dévoué, son plus infatigable représentant, et vous aurez le secret des préventions dont la trace profonde sera longue à effacer.

Toutefois, malgré les efforts des détracteurs, il ne bdlait pas beaucoup d’intelligence à un lecteur attentif pour découvrir la vérité et percer les nuages épais enveloppant l’histoire indignement travestie. Quant à moi, lorsque je me plongeai, bien jeune encore, avec une passion toute filiale, dans l’étude de notre Révolution, je fus tout de suite stupéfait des étonnantes contradictions existant entre les discours, les , actes de Robespierre et la réprobation dont son nom m’apparaissait frappé; je ne pouvais concevoir surtout cette incalculable différence de l’opinion de la veille à celle du lendemain.

Un seul jour ne fait pas d’un mortel vertueux Un perfide assassin

Quoi 1 me disais-je, cet homme vers lequel montaient toutes les bénédictions du peuple, cette pierre angulaire de la République, ce père de la patrie, cette ancre de salut des patriotes opprimés, ce suprême espoir des prisonniers dans leurs cachots, a pu être transformé subitement, sans transition, en bourreau de son pays, en tigre altéré de sang, que sais-je encore? Et pourtant l’ensemble de ses œuvres constituerait, je l’ai écrit quelque part déjà, un admirable cours de morale (2). Qu'il s’y rencontre des pages sombres, inflexibles même, cela est hors de doute ; mais il faudrait n’avoir pas la moindre idée de la situation des esprits à cet époque, et de l’acharnement des ennemis de la Révolution pour s’en étonner ; mais les plus beaux livres n’ont-ils point leurs taches, et la Bible elle-même n’est-elle point largement, çà et là, maculée de sang. « Qui peut dire, » a écrit avec raison un illustre écrivain,

« qu’il serait resté inébranlable et calme, sTl n’a traversé une Terreur (3) ? » Ce qu’il y a de certain, c*est qu’à la veille de la catastrophe dont il fut victime, Robespierre jouissait d’une réputation sans tache ; c’est que, malgré les menées ténébreuses et les diffamations réitérées

(1) Voyez le Mémorial de Sninte-Hélétu.

(2) Voyez notre Ilietoire de Saint-Just, Kd. Mclline et Caiis. lîrnxellcs, 1859,

(3) Causeries du Lundi, par !M. Sainte-Reuve. Conslitutionnel du lundi 15 janvier 1862.

des quelques scélérats couverts de crimes qui, avant de l’assassiner, appelaient la calomnie à l’aide du poignard, il était encore l’objet du respect, et, je dirai plus, de l’attachement universel. J’en trouve la preuve irrécusable dans un libelle publié dès le lendemain de sa chute, et que n’ont fait que copier, en renchérissant, tous les pamphlétaires aux gages de la réaction. Voici en quels termes s’exprimait l’auteur : « Il fallait un Tallien pour rendre la vue à la France aveuglée, car la majorité de la France était persuadée des vertus de Robespierre, tant il est difficile à l’honnête homme de croire que le vice existe dans le cœur de celui qui parle le langage de la vertu la plus pure. » Plus loin il dit de lui : « Ce monstre qui feignait de vouloir faire épargner le sang (1). » Ce qu’il y a de certain encore, c’est qu’à la nouvelle de sa chute, il y eut en France, dans toutes les âmes vraiment républicaines, une consternation profonde, et qu’au premier moment les milliers de suspects enfermés dans les prisons, loin d’espérer un adoucissement à leur sort, craignirent au contraire un redoublement de persécution. « Hélas! se disait-on à mi-voix, .qu’allons-nous devenir? Nos malheurs ne sont pas finis, puisqu’il nous reste encore des amis et des parents, et que MM. Robespierre sont morts (2). » Comment est-on parvenu a tout défigurer? comment a-t-on pu si profondément pervertir les idées de tout un siècle? on le comprendra de reste après la lecture de celte histoire; mais, avouons-le, il est souverainement triste de contempler le triomphe de la calomnie depuis tant d’années, caria sinistre puissance des méchants en reçoit une consécration éclatante.

L’empereur, qui avait été couvert de la protection d’Augustin Robespierre dont le regard pénétrant avait deviné le génie du jeune officier d’artillerie, avait sur le compte des deux frères des idées autrement équitables, et probablement il en pensait plus de bien qu’il n’en disait, s’avouant peut-être intérieurement que la chute seule de tels hommes avait rendu son élévation possible. Un jour, au faîte de sa grandeur, jetant sur le passé un regard mélancolique, et reportant son souvenir vers ces grandes victimes de l’injustice humaine, il demandait à Cambacérès ce qu’il pensait du 9 Thermidor. « Sire, » répondit l’ancien conventionnel devenu duc et archichancelier, « c’est un procès jugé, . mais non plaidé (3). » Cambacérès avait de fortes raisons pour s’exprimer ainsi, car il savait le fond des choses, et s’il avait laissé faire, il n’en avait pas moins connu le secret des infamies de cette journée fatale.

(1) 17e secrète, politique et curieuse de J.-}faj:imilien Robespierre, par L. Duperron; an II, in-32 de 36 pages, p. 12 et 21 .

(2) Souvenirs de la Révolution, par Ch. Xodicr, t. I, p. 305. Ed. Charpentier.

(3) Mémorial de Snints-Ilélênc.

UVKE I. — PROLÉGOMÈNES

C’est un procès jugé» soit; mais en premier- ressort, et de l’inique sentence rendue par des juges prévaricateurs nous venons, pièces en mains, former appel devant le tribunal de la postérité, dont la mission sainte est de réparer les erreurs, de juger chacun suivant ses œuvres et suivant ses mérites.

Béranger, qui disait un jour à M. de Lamartine, à l’époque où celuici commençait à rédiger son Histoire des Girondins : « Robespierre est le plus remarquable personnage de la Révolution ; » écrivait, il y a quelques années, à l’un des panégyristes du glorieux tribun, à propos de ce procès encore pendant devant l’histoire : « Vous avez examiné cette question, mais l’avez résolue autrement que moi, et j’en suis fâché en voyant combien de maladroites et ridicules imitations sont venues raviver ce grand procès qui ne sera jamais jugé définitivement, parce que, selon moi, l'humanité n'a pas d'intérêt à ce qu'il le soit{\).» Vcilà certes une abominable doctrine contre laquelle on ne saurait trop énergiquement protester, et que doivent réprouver toutes les âmes honnêtes. Quelle est donc la prétendue raison d’État en vertu de laquelle Jésus demeurerait encore flétri du jugement de Pilate? N’estce point là cette fatalité antique avec laquelle a rompu sans retour la tradition chrétienne? Sans doute il est commode, pour ne pas déranger certaines combinaisons, et pour éviter de dresser contre des morts oubliés un acte d’accusation terrible, de laisser, contre toute équité, quelques tètes chargées du poids de la réprobation universelle, et de dire : C’est le destin. Mais de ce lâche expédient une nation ne saurait être complice. S’il est une idée consolante pour les victimes, c’est de croire^ en mourant, h l’inévitable justice, à la justice éternelle. Qu’elle arrive plus OU moins lentement, peu importe, elle viendra ; tôt ou tard la vérité se fait jour à travers les ténèbres. Alors les échafauds sc transforment en autels, et les cendres des martyrs, jetées au vent, deviennent autant d’étincelles qui embrasent et éclairent le monde.

Ce n’est pas la première fois qu’une voix s’élève afin d’imposer silence au mensonge et de présenter, sous leur jour véritable, les désastreux événements de Thermidor ; plusieurs écrivains, guidés par le seul amour du vrai, ont éloquemment protesté contre les erreurs involontaires de certains historiens et les diatribes d’ignobles pamphlétaires (2); mais aucun n’a entrepris, dans les vastes proportions néces-

(1) Lettre <le Béranger à M. .Jules Loflien, en date du 26 mars 1850. Voyez Correspondance de Béranger, recueülie par M. Paul Boileau, t. IV, p. 73.

(2) Qui n’a lu VHisloire de la Révolution fraïu^aise, par M. L. Blanc, véccminent achevée, et qui restera comme tm des i)lus beaux monuments élevés à la gloire de cette mémorable époque? Il serait également injuste d’oublier l’éclatante justice ren-

HISTOmE DE KOBESIMEUUH

sitées par le sujet, la biographie de Maximilien Robespierre. Je fais aujourd’hui, pour ce géant de la Révolution, ce que j’ai tenté, non sans succès il y a quelques années, pour le jeune Saint-Just, son ami, l’héroïque associé de sa gloire et de son martyre. En concentrant les recherches sur un seul point, en prenant pour type le personnage qui a été l’incarnation même de notre Révolution, il était plus facile de saisir corps à corps la calomnie, de dégager le vrai du faux; la lumière f;roduite au centre se répand plus aisément et avec plus d’éclat aux extrémités. Personne avant naoi, d’ailleurs, n’a eu sous les yeux les documents précieux , inconnus complètement, qu’une bonne fortune inespérée a mis entre mes mains, et dont la révélation sera comme un éblouissement dans l’histoire, et le renversement des idées admises jusqu’à ce jour. Un hasard providentiel, nous pouvons le dire, nous est venu en aide dans notre laborieuse entreprise.

Cvci n’est point une œuvre de parti, c’est une œuvre de justice, morale et sainte par conséquent, s’il en fut jamais. De chers amis m’ont crié : Vous ne changerez pas le monde; pourquoi rompre eh visière à des préjugés invétérés, et vous exposer inutilement à des récriminations haineuses, à de déloyales insinuations, à des attaques perfides? Ces considérations ne m’ont point arrêté. J’eusse envisagé comme un acte d’une lâche prudence, ayant la main pleine de vérités, de ne pas l’ouvrir, quand ces vérités importent à la rançon d’un juste sacrifié. Drapé dans mon honnêteté native, je me suis forgé de ma conscience un bouclier imnénétrable à la calomnie; toutes les clameurs de la terre sc briseraient comme un vain bruit à mon seuil sans me faire dévier de la route où je crois être engagé par un devoir sacré.

Plein de respect pour toutes les opinions consciencieuses et désintéressées, j’ai gardé moi-même la pureté de ma foi, et n’ai rien abandonné de mes convictions politiques puisées dans l’étude d’abord, puis dans mon amour profond pour le droit, la justice et l’humanité; mais elles n’ont pas été le mobile de ce livre ; encore une fois je ne stipule pas au nom d’un parti. Réfugié dans les régions sereines de l’histoire, à des hauteurs inaccessibles aux passions qui nous agitent, je ne vis que dans le passé, je suis un citoyen du dernier siècle, et j’écris sous la sauvegarde de Dieu, notre juge suprême, dont les bénédictions finissent toujours par s’étendre sur les œuvres de vérité.

<lue à Robespierre par M. de Lamartine en maints endroits de son Histoire des Giron dins, et par M. Esqiiiros dans son éloquente Histoire des Hoiitagnards,

LIVIŒ 1. LA FAMILLE DE HOBESPIERUE

A quelques pas de la place de la Comédie, à Arras, dans la rue des Rapporteurs, qui débouche presque en face du théâtre, et au coin de la petite rue des Rapporteurs, on voit encore, gardant fidèlement son ancienne empreinte, une maison bourgeoise, de sévère et coquette apparence. Élevée d’un étage carré et d'un second étage en mansarde, elle prend jour par six fenêtres sur la rue, sombre et étroite comme presque toutes les rues de ces vieilles villes du moyen âge, dont la physionomie semble être restée immobile au milieu de tant de secousses et de changements.

Vers le milieu du dix-huitième siècle demeurait dans celte maison un avocat distingué au Conseil provincial d’Artois, nommé Maximilien- Barihélemy-François Derobespierre, dont le père, également avocat au même Conseil, s’était établi à Arras vers 1720.

La famille Derobespierre avait eu pour berceau en France le bourg de Carvin, petite ville située -à une vingtaine de kilomètres d’Arras, sur la route de Lille, et où survivent encore aujourd’hui quelques-uns de ses membres. S’il faut en croire une tradition fort répandue, elle serait d’origine irlandaise, et serait venue se retirer en Artois dans lecourant du seizième siècle, lors des persécutions subies par les catholiques, probablement sous le règne de Henri Vlll ou sous celui d’Édouard VI, car, au commencement du siècle suivant, ses branches étaient déjà très-nombreuses en Artois. H nous a été impossible de découvrir la moindre pièce de nature à étayer cette tradition ; quelques personnes donnent même au nom de Robespierre une étymologie tout anglaise (1). Ce qui probablement a contribué à accréditer la tradition dont nous venons de parler, c’est qu’en 1757 un prince de race royale, proscrit aussi pour cause de religion, Charles-Édouard Stuart, ayant fondé à Arras un chapitre d’Écosse jacobite, sorte de loge maçonnique existant encore aujourd’hui sous le nom de loge de la Constance, en donna la présidence à l’un des membres de la famille Derobespierre, au propre oncle du futur conventionnel (2).

Quoi qu’il en soit, dans la dernière année du seizième siècle, un des

(!) Le nom de Robespierre viendrait, suivant ces personnes, de ranjrlais Robert's Peter (pierre fils de Robert) d’où do Robert-Pierre, et par comiptiou de Robespierre.

(2) Bioijraphie de Robespierrej par M. J. Lodieu. Arras, de Piinprimerie de madame veuve Degeorge, 1850, Voyez aussi Ragon, Cours interprétatif des fmfialions oncieiines et modernes.

HISTOIRE DE KOBëSPIERRK

ancêtres de celui-ci était notaire au bourg royal de Carvin, Pendant plus de cent ans, de père en fils, les Robespierre ou Derobespierre exercèrent le notariat, qu’ils cumulèrent quelquefois avec les fonctions de lieutenant de la principauté d’Épinoy. Nous avons sous les yeux un acte du 22 mai 1688, par lequel Robert de Robespierre, notaire à Carvin, et lieutenant de la principauté d’Épinoy, marie son fils Martin de Robespierre à demoiselle Antoinette Martin, fille de Claude Martin, maître de poste (1). De cette union sortit Maximilien de Robespierre, avocat au Conseil d’Artois, aïeul et parrain du député aux Etats généraux, et qui le premier fixa sa résidence à Arras.

Quelques biographes ont assigné à cette famille une origine noble ; c’est une erreur. Robespierre ne fut point, comme Mirabeau, un transfuge de la noblesse. Ni d’àpres désirs de vengence, ni d’immenses ambitions déçues ne le poussèrent comme tant d’autres à épouser la cause populaire ; nous verrons à quels plus dignes instincts il obéissait. Bras, tète, cœur, nom, tout était peuple en lui. Son nom, nous l’avons vu écrit dans les nombreux actes de famille que nous avons pu consulter, tantôt en deux mots, tantôt en un seul. La particule même séparée n’implique d’ailleurs, en aucune façon, l’idée de noblesse; mais ce que nous pouvons affirmer, c’est que son grand-père et son père signaient l’un et l’autre Derobespierre, comme on le peut voir par son acte de naissance. La seconde partie de son nom se grava seule dans la tête et dans le cœur du peuple; aussi lui-même abandonna-t-il tout à fait la particule, comme fit plus tard l’illustre chansonnier Béranger.

Sa famille, riche en vertus, vivait honorablement, sans fortune, mais entourée de l’estime et de la considération de tous. Son père, homme d’une grande droiUire, s’éprit à l’âge de vingt-six ans d’une jeune personne aimable et charm.anle, nommée Jacqueline Marguerite Carrault, fille d’un marchand brasseur du faubourg de Rouville, et il en fut également aimé. Cette union paraît avoir été contrariée d’abord par les parents du jeune homme; mais ils durent céder à la fin, et consentir, bon gré malgré, au mariage. Quelques mois après naissait, le 6 mai 1758, Maximilien-Marie-lsidore de Robespierre.

(1) Oénénloirie <lc la fainillo lîobespierre, comimniiquée par M. Alexandre Tiodin, arcliivistc en chef dn Pas-de-Calais, que mnis ne smirions tn>p remercier de son extrême obligeance. On j)eut voir la généalogie de Kobespierre, depuis le commencement du dix-lmitiême siècle, dans la préface du t. I de V Armorial (jènéral de France, par M. Borel d’IIauterive, p. xxxiij. Paris, 1856. Un arrière-grand-oncle de lîobespierre, Yves de lîobcspicrre, receveur de la principauté d’Kpinoy, avait fait en 1696 enregistrer ses armoiries, lcs«iuelles étaient d’or à une bande de sable, chargée d’un deiny-vol d’argent. Il ne paraît pas (pie les autres membres de la famille se siéent parés de cet insigne féodal. Voy. VArmorial fjt nêral, 1. 1, ju

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