‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 57 sur 213 · LIVRE II. IL COMBAT LA RHBONSE DU ROI · texte numérisé non relu

LIVRE II. IL COMBAT LA RHBONSE DU ROI

nier, anéantir le pouvoir constituant de l’Assemblée, et violer, dès le début, le serment du Jeu de Paume. Ce fut ce que soutinrent avec une grande énergie de langage Mirabeau, Le Chapelier et Robespierre. L’Assemblée, dit impétueusement ce dernier, a simplement attaché au mot sanction, dans cette circonstance, l’idée de l’authenticité donnée par le souverain aux décrets émanés d’elle. Si elle eût prévu l’interprétation prêtée à ce mot par quelques-uns de ses membres et par le pouvoir exécutif, elle n’eût pas permis qu’il pût y avoir d’équivoques sur ses déclarations. « La nation, » s’écria-t-il, en terminant, « a-t-elle donc besoin, pour la Constitution, d’une autre volonté que la sienne (l)?» Malgré une longue réfutation de Lally-Tolendal, l’Assemblée décréta que son président se rendrait au château pour supplier le roi de promulguer immédiatement ses arrêtés du A août, en l’assurant qu’il serait scrupuleusement tenu compte de ses observations quand on s’occuperait des lois de détail. Le lendemain, Louis XVI répondit qu’il allait s’empresser d’ordonner la promulgation des arrêtés, et, le même jour, en reconnaissance, l’Assemblée vota pour deux législatures le veto suspensif.

Sur les grandes questions intéressant la liberté ou le principe de la souveraineté du peuple, Robespierre ne gardait jamais le silence. Dans d’autres occasions, quand la discussion lui semblait d’un moindre intérêt, il se tenait assez volontiers à l’écart. On ne l’entendit pas répondre au vicomte de Mirabeau lorsque celui-ci, à propos d’une motion de Volney, demanda insidieusement qu’aucun membre de l’Assemblée ne pût être réélu à la prochaine législature. Plus tard, au moment où son influence aura acquis un immense accroissement, nous le verrons reprendre, au nom des intérêts populaires alors, cette proposition du frère de Mirabeau, et la faire adopter par ses collègues, malgré la vive opposition des royalistes constitutionnels. Il ne se mêla non plus en rien, que nous sachions, aux importantes discussions auxquelles donna lieu la demande d’emprunt soumise à l’Assemblée par le premier ministre en personne, discussions à jamais célèbres, où le génie de Mirabeau s’éleva à de si prodigieuses hauteurs. Seulement le 2 octobre,

(1) Point du jour, numéro 80, p. 31 et 39.

après avoir accepté le projet de décret sur la taxe patriotique, il insista fortement pour qu’on exigeât, avant de le convertir en loi, la sanction royale de la déclaration des droits et des articles de la Constitution déjà votés.

Mais quand, trois jours plus tard, on vint lire la réponse ambiguë du roi, il éclata. Mal servi par ses conseillers, Louis XVI ne pouvait se résoudre à adopter une détermination; or, dans les circonstances graves, on se perd par les hésitations. Deux partis se présentaient à lui : déclarer résolûment la guerre à la Révolution, et tenter de l’emporter de haute lutte ; ou bien se mettre lui-même franchement à la tête de cette Révolution, l’incarner en quelque sorte en sa personne, aller spontanément au-devant de ses légitimes exigences. Dans le premier cas il eût été brisé sans nul doute, mais il serait tombé noblement, sur un champ de bataille, pour la défense d’intérêts que son origine et son éducation pouvaient rendre sacrés à ses yeux; dans le second, il se fût acquis des titres immortels à la reconnaissance des- peuples ; et la gloire d’être à la tête d’une grande nation libre eût largement compensé celle de commander à des esclaves. Mais à une politique ferme, nettement accentuée, il préféra une politique de faux-fuyants et de petits moyens, s’égara jusqu’à placer dans l’étranger l’espoir du salut de sa couronne, et se laissa fatalement entraîner dans une voie au bout de laquelle il devait trébucher sur l’échafaud.

Au lieu d’accorder franchement sa sanction à la» déclaration des droits et aux articles de la constitution déjà votés, il parla simplement d’accession, trouvant dans la déclaration des principes susceptibles d’explication, et remettant pour l’accepter ou la répudier définitivement au jour où l’Assemblée se serait prononcée sur l’ensemble de la Constitution. a La réponse du roi, » dit Robespierre, « est destructive, nonseulement de toute constitution, mais encore du droit national à avoir une constitution. On n’adopte les articles constitutionnels qu’à une condition positive ! Celui qui peut imposer une condition à une constitution a le droit d’empêcher cette constitution ; il met sa volonté audessus du droit de la nation... Est-ce au pouvoir exécutif à critiquer le pouvoir constituant de qui il émane? Il n’appartient à aucune puissance de la terre d’expliquer des principes, de s’élever au-dessus d’une nation et de censurer ses volontés. Je considère donc la réponse du roi comme contraire aux principes, aux droits de la nation et comme opposée à la constitution. » Puis, examinant la conduite des ministres, il les montrait essayant de rivaliser d’autorité avec l’Assemblée et faisant précéder les arrêtés et décrets déjà sanctionnés de l’ancienne formulé du despotisme : car tel est notre bon plaisir. Il fallait donc au

UVAE il. JOURNÉES DES n ET G OCTOIiKE

plus vile briser les obstacles, déchirer le voile religieux dont on vou- . lait couvrir les premiers droits de la nation, et prendre des mesures énergiques pour qu’aucun empêchement ne pût désormais entraver la constitution (1). Il déposa ensuite sur le bureau du président une motion ainsi conçue : « Je demande : 1® que' l’Assemblée nationale décide que la constitution ne peut être soumise au refus du pouvoir exécutif, que tous les actes émanés de toute Convention sont également • indépendants de la volonté du pouvoir exécutif, et que le veto suspensif ne peut être accordé qu’aux décrets des législatures ordinaires; 2’ que l’Assemblée nationale détermine d’une manière précise la forme dans laquelle la constitution doit être promulguée, et ceHe de la sanction (2). » Il proposa enfin à l’Assemblée de charger son président de porter au roi sa motion formulée en décret, et de lui demander une réponse conforme. Plusieurs membres, parmi lesquels Duport, l’abbé Grégoire, Mirabeau, parlèrent dans le même sens, et l’Assemblée décida que son président, à la tête d’une députation, se rendrait chez le roi pour le prier d’accorder son acceptation pure et simple de la déclaration des droits et des articles de la constitution déjà votés. Louis XVI finit par se rendre; le jour même, il acquiesça au vœu si formellement exprimé des représentants de la nation.

Une pression, formidable, il est vrai, avait à point nommé contrebalancé la mauvaise volonté des conseillers royaux, et en particulier celle de la reine, contre laquelle Mirabeau avait fait entendre une menace indirecte lorsqu’à propos de cris séditieux prononcés dans un repas donné peu de jours auparavant aux régiments de la garde et aux dragons, cris dénoncés à la tribune par Pétion, il s’était déclaré prêt à désigner lui-même les coupables, si l’Assemblée voulait préalablement , décréter que la personne du roi était seule inviolable. Tout le monde connaît les détails des orageuses journées d’octobre. La rareté et la cherté des subsistances, les menées contre-révolutionnaires, les bruits alarmants incessamment répandus, et surtout le récit de la fameuse

(1) Voy. le Moniteur du 5 au 6 octobre 1789, et le Point du Jour, numéro 99.

(2) Minute de la main de lîobespicrre. (Originaux des motions, arrêtés et discours relatifs aux procès-verbaux de rAssembléc nationale. — Archives C, g 1, 2GO,

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orgie où la cocarde tricolore avait été foulée aux pieds, avaient porté au plus haut degré l’effervescence de la population parisienne.

Poussées par la crainte de la famine, huit à dix mille femmes, accompagnées des vainqueurs de la Bastille, et bientôt suivies d’une partie de la garde nationale, inondèrent tout à coup Versailles dans la journée du 5, résolues à ramener le roi avec elles, dans la pensée que, une fois Louis XVI à Paris, leurs malheurs seraient finis et le pain • assuré. Vers trois heures, au moment où l’on venait de voter l’envoi d’une députation chargée d’obtenir la sanction royale, un certain nombre d’entre elles, ayant à leur tête Stanislas Maillard, pénétrèrent dans la salle et se présentèrent à la barre de l’Assemblée. Organe de la bande. Maillard exposa la triste situation de la capitale, dénonça les accapareurs comme les principaux auteurs des calamités publiques, et sur la foi de plusieurs personnes qu’il avait rencontrées en chemin, dans une voiture de la cour, déclara qu’un ecclésiastique attaché à l’Assemblée avait promis deux cents livres par semaine à un meunier pour l’empêcher de moudre. Aussitôt quelques députés demandèrent le nom de cet ecclésiastique. Maillard hésitait, ne voulant, disait-il, compromettre personne. L’Assemblée persistant de son côté à vouloir connaître le membre dénoncé, Robespierre prit la parole, rappela que dans la matinée Grégoire avait exactement articulé le môme fait à la tribune, et ajouta qu’en conséquence ce député pourrait fournir tous les éclaircissements désirés. Son discours, plein de patriotisme, calma comme par enchantement l’effervescence des femmes, et fit cesser leurs murmures (1). Maillard se plaignit vivement ensuite de l’outrage dont la cocarde nationale avait été l’objet. Une cocarde tricolore apportée au même instant de la part des gardes du corps produisit un excellent effet sur les femmes. Enfin la décision prise par l’Assemblée d’envoyer au roi une nouvelle députation pour lui présenter le tableau de la position malheureuse de la capitale, et lui demander l’exécution immédiate du décret rendu sur la libre circulation des grains, acheva d’apaiser leur colère, et cinq d’entre elles accompagnèrent au château le président Mounier et les autres membres de la députation.

Nous n’avons point à retracer les diverses scènes dont le palais de Versailles fut le théâtre dans la soirée du 5 et dans la nuit du 5au

(1) IViposition de Stanislas Maillard, dans la première partie delà procédure criminelle instruite au Chiltclet sur les événements du 6 octobre. \'oy. aussi les .)fémoires de Ferrières, t. I, p. 312, et les Éclaircissan?iUs à la suite des Mémoires de Bailly, t. III, p. 419,

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