LIVRE II. SO.N DISCOURS CONTRE LA LOI MARTIALE
tique ou un coup de despotisme vigoureux. » L’auteur de cette lettre ne manquait pas de faire remarquer que, depuis le vote de la loi martiale, l’abondance était revenue comme par enchantement, jusqu’au jour où l’on croirait nécessaire de provoquer une nouvelle disette. « Si je m’égare, détrompez-moi, » disait-il en terminant. Mais, loin de le détromper, le rédacteur des Révolutions de JPam trouvait les dispositions effroyablement vagues de la loi beaucoup trop favorables au despotisme ministériel et à l’aristocratie municipale, et il émettait le vœu qu’elle fût revisée dans un moment plus calme, où les esprits ne seraient plus troublés par le spectacle sanglant d’un innocent massacré (1).
<t II ne faut pas laisser le procureur du roi du Châtelet faire les fonctions de procureur général de la nation, » s’était écrié Robespierre dans la séance du 21 octobre, en demandant la création d’un tribunal national. Tout en chargeant son comité de constitution de lui présenter très-prochainement un projet de tribunal appelé à statuer sur les crimes de lèse-nation, l’Assemblée n’en avait pas moins décidé que jusqu’à nouvel ordre le Cliàtdet connaîtrait de ces sortes d’attentats. Confier le soin de réprimer les-ennemis de la Révolution à des juges qui avaient été si longtemps les exécuteurs dociles des rigueurs de l’ancien régime, c’était le comble de l’imprudence. La manière dont ce tribunal s’acquitta des redoutables fonctions dont il venait d’être investi ne justifia que trop les craintes manifestées par Robespierre, et sa profondeur de vue lui valut de nouveaux éloges de la part du journal le plus accrédité de la capitale (2).
Mais ce qui le grandissait dans l’opinion publique acharnait contre lui les défenseurs de l’ancien ordre de choses et les principaux chefs de la haute bourgeoisie, laquelle ne demandait en définitive qu’à asseoir irrévocablement sa puissance sur les ruines de la féodalité. On pouvait déjà prévoir l’heure où La Fayette, Bailly, Barnave, Mirabeau inclineraient vers la cour et tenteraient d’enrayer la Révoluiion. .Mais Robespierre, lui, immuable dans ses principes, la voulait complète, logique et profitable au pays tout entier. Il ne faut donc pas s’étonner s’il devient dès lors le point de mire des attaques les plus passionnées, des diatribes les plus ipeptes, des calomnies les plus saugrenues (3). Sa
(1) Voy. le remarquable article de Loustalot, dans le numéro 16 des hévoluliotis de Paris.
(2) Les Pévolutions de Paris étaient tirées à un nombre presque fabuleux d’exemplaires. Voy. le numéro 17, p. 24.
(3) M. de Montlatjsier raconte sérieusement qu’étant un jour à dîner clie:£ le ministre directeur général des linances, dans les premiers temps de l’Assemblée nationale, il vit
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résistance aux tendances réactionnaires d’une partie de l’Assemblée est taxée d’exagération, d’amour-propre; sa perspicacité, hélas! si clairvoyante à prévoir les trames des ennemis de la Révolution, n’est qu’une irascibilité sombre et soupçonneuse. Sa haine de la tyrannie, son amour pour l’égalité, se transforment en basse jalousie, en envie contre les nobles et contre les riches. C’est ainsi qu’on parvient à dénaturer les plus généreux sentiments. Mais, ô puissance de la vérité ! les écrivains royalistes qui lui sont le plus hostiles, tout en accumulant contre lui les accusations les plus mensongères, se trouvent comme forcés de rendre hommage à l’austérité de ses mœurs, à son désintéressement, à sa foi absolue. L’un d’eux écrit, après avoir dépeint son attitude dans la discussion relative à la loi martiale : « Tandis que les députés nobles, ecclésiastiques et riches des communes se vendaient à la cour ou se ralliaient au peuple, gagnaient et perdaient la faveur populaire, Robespierre se maintint sur cette mer orageuse, et demeura inviolablement attaché aux principes qu’il avait adoptés (1). » On lui reprochait de flatter le peuple, d’être un ambitieux. C’est la tactique ordinaire des partis de jeter ce reproche d’ambition et de flatterie à la tête de tous les hommes dévoués'aux intérêts démocratiques? Cette histoire prouvera par d’irréfragables preuves que jamais personne ne fut moins ambitieux que Robespierre (j’entends ambitieux d’honneurs, d’emplois ou de richesses) et ne flatta le peuple moins que lui. Car, le servir au nom des principes de l’éternelle justice, ce n’était point le flatter. Jamais on ne vit Robespierre faire à sa popularité le sacrifice de sa dignité personnelle ou d’une de ses idées. Ah ! certes, il aurait été moins calomnié si, confondu parmi les adulateurs ordinaires de la multitude, il avait mis toutes ses facultés au service des caprices et des passions du peuple. On ne l’a tant attaqué que parce qu’il est véritablement la pierre angulaire de la Révolution.
V aurait-il encore dans la France nouvelle des parias politiques, c’est-à-dire des hommU déclarés incapables à priori de prendre la
un homme à figure chafouine, qu’on lui dit être un membre du tiers, député d’Arras, nommé 11 obespierre, s’approcher de madame Necker et solliciter une place d’économe dans un des hôpitaux qu’elle dirigeait. Est-ce assez bête! (Voy. les Mémoires de M. de Montlausier, t. I, p. 187.)
(1) .Vf»Mo/res de Ferrières, t. I, p.352.