DES DISTRICTS DE PARIS
giiment sérieux, et il est peut-être fâcheux que l’Assemblée constituante n’en ait pas, compris toute l’importance. Les assises, on le sait, ne furent admises qu’en matière criminelle.
Robespierre ne resta pas étranger non plus à la discussion du nouveau plan de municipalité pour la ville de Paris, présenté dans le
même temps par Desmeuniers au nom du comité de constitution.
D’après ce plan, les anciens districts, au nombre de soixante, qui avaient joué un rôle si important dans les premiers mois de la Révolution, se trouvaient supprimés, et la capitale était divisée en quarante-huit sections, parties d’un tout qui était la commune, et formant autant d’assemblées primaires d’où devaient sortir les électeurs chargés de concourir à la nomination des membres de l’administration départementale, à celle des députés à l’Assemblée nationale- et à celle des magistrats. Un maire assisté de seize administrateurs, d’un conseil de trente-deux membres et de quatre-vingt-seize notables, dont la réunion constituait le conseil général de la commune, tel était en résumé le nouveau plan de municipalité.
Depuis la Révolution, les assemblées de district avaient pre.sque toujours été en permanence, et leur active surveillance n’avait pas peu contribué à déjouer les complots contre-révolutionnaires. Mais dans la permanence des sections le rapporteur voyait une perpétuelle occasion de troubles pour la capitale. Il redoutait que des délibérations populaires trop multipliées ne fournissent aux ennemis du bien public de faciles moyens de susciter des désordres, et proposait en conséquence de soumettre au droit commun les sections parisiennes, c’fest-à-dire de n’autoriser leurs réunions qu’aux époques fixées par la loi.
Ce plan de nouvelle organisation municipale eut des destinées singulières : il fut combattu à la fois par les membres les plus exaltés du côté droit et le plus ardent député de la gauche, à des points de vue différents, comme on le pense bien. L’abbé Maury prit le premier la parole, et en présenta une critique générale. Robespierre, après lui, blâma le projet du comité, mais en l’envisageant.sous un aspect tout particulier. Rappelant de quel secours avait été pour les opérations de l’Assemble nationale l’assidue surveillance des districts, il se demanda s’il était prudent de rien innover à leur égard, au moment où, après avoir beaucoup fait, on avait encore tant à faire. Pour lui, en entendant le rapporteur parler d’une exception en faveur de la ville de Paris, il avait cru qu’il s’agissait de la conservation des assemblées de district, tandis qu’au contraire c’était uniquement sous le rapport de leur suppression qu’on replaçait la capitale sous l’empire du droit commun.
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Il conjura donc l’Assemblée de ne pas préjuger, en votant le premier article du nouveau plan, une des plus importantes questions soumises à sa délibération, la permanence ou non-permanence des districts de la capitale; car, disait-il, Paris est le séjour des principes et des factions opposées, et nous sommes obligés de recourir momentanément à des moyens extraordinaires, si nous tenons à la conservation de notre œuvre. « J’ose le dire, vous devez être aussi inquiets que si vous n’aviez pas commencé votre ouvrage... Ne nous laissons pas séduire par un calme peut-être trompeur ; il ne faut pas que la paix soit le sommeil de l’insouciance. » Il était nécessaire, suivant lui, avant qu’on décrétât aucun article du nouveau plan de municipalité, de décider si, jusqu’à l’entier achèvement de la constitution, les districts seraient autorisés à s’assembler d’une façon permanente et si, une fois la constitution affermie, il leur serait permis de se réunir au moins une fois par mois afin d’entretenir l’opinion publique.
On ne fut pas peu surpris d’entendre les membres de la droite applaudir l’orateur; c’était un succès auquel il n’étail^uère accoutumé, et peut-être excita-t-il en lui de singulières .méfiances. Car, si les royalistes désiraient le maintien des districts, ce n’était pas, à coup sûr, par tendresse pour les idées nouvelles, c’était plutôt dans l’espérance de se faufiler dans les assemblées de districts et d’y exciter des troubles funestes à la Révolution. Que de contre-révolutionnaires déguisés nous verrons plus tard se glisser dans les assemblées sectionnaires et tenter de précipiter la Révolution dans l’abîme par l’exaltation et l’exagération des principes! Au reste, Robespierre ne s’y trompera pas, et nous verrons aussi avec quelle sagacité il s’efforcera de les démasquer.
Ces applaudissements partis du côté droit parurent à Mirabeau une perfidie. Robespierre, prétendait-il, avait apporté à la tribune un zèle plus patriotique que réfléchi. 11 combattit donc son idée des sections permanentes parce qu’elles pourraient devenir un foyer perpétuel d’action et de réaction contraires au jeu régulier de la constitution. Après lui, son frère, le vicomte, appuya en quelques paroles facétieuses et incohérentes l’opinion opposée. Il n’en fallait pas davantage pour la faire repousser; séance tenante (3 mai au soir), l’Assemblée adopta le premier article du projet de réorganisation de la municipalité parisienne (1). Mais dans ce nouveau plan du comité, soutenu par Mirabeau, les districts devinèrent bien l’intention de comprimer l’essor populaire. 11 y eut dans Paris un mécontentement général ; les jour-
(1) Moniteur àw 5 mai 1790,