‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 118 sur 188 · LIVRE IX. l'KTION REELU MAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. l'KTION REELU MAIRE

tout^à rheure, violent et déloyal, on peut le dire. Pétion d'ailleurs, quoique tout dévoué de cœur aux Girondins, ne s'était pas encore franchement déclaré. Quelque temps après cette réélection, Robespierre, dont il avait reçu déjà tant de marques d'intérêt et d'affection , parlait encore de lui avec éloge dans son journal, ne se doutant guère qu'à quelques jours de là, il serait odieusement et lâchement trahi par lui.

Mais Pétion , paraît-il, avait espéré être élu le premier à la Convention par l'assemblée électorale du département de Paris, et son amourpropre avait cruellement souffert de la nomination de Robespierre. Comme ce Jules-César qui aimait mieux être le premier dans une petite bourgade que le second à Rome, il préféra, ayant vu ses espérances s'évanouir à Paris, être le représentant de Chartres, où cependant il ne fut élu que le troisième. En laissant les suffrages des électeurs se porter sur lui pour la place de maire, Pélion ne voulait sans doute qu'un adoucissement aux blessures de son orgueil ; une fois réélu, il donna de nouveau sa démission, afin de rester au poste où l'avaient appelé ses compatriotes d'Eure-el-Loir (1 . Ce sera sur le choix de son successeur que se porteront tous les efforts des Girondins, et nous verrons une fois de plus, à ce propos, comment ces gens-là entendaient la liberté électorale.

Depuis l'ouverture de la Convention, Robespierre n'avait guère pris part à des débats étrangers à l'intérêt public. Attaqué, il s'était contenté de se défendre , et l'on sait maintenant par quels moyens odieux ses adversaires avaient essayé de le troubler dans sa justification. Un peu étourdis de leur échec, ils attendaient avec impatience le moment de recommencer l'attaque et, de longue main, ils préparaient leurs batteries.

Impossible de se montrer plus hypocrites. Ces prétendus modérés, qui reprochaient à Marat ses exagérations, le dépassaient en fureurs, et, s'il ne fut pas assassiné un peu plus tôt , ce ne fut certes pas leur faute. Le 2û octobre, Robespierre jeune, indigné, s'éleva énergiquement

(1) Voyez la lettre de démission de Pétion dans VHistoire parlementaire, t. XX, p. 59.

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aux Jacobins contre leur affreux système, et montra comment les menées employées contre « l'intrépide Marat » tendaient tout simplement à le désigner aux poignards des meurtriers. Trop longtemps, dit-il, aux applaudissements de la société, on a temporisé avec ces factieux; « il est temps de déployer contre eux une grande énergie, si l'on veut sauver le patriotisme (1). » Jusqu'ici, en effet, le côté que dans l'Assemblée on appelait la Montagne restait interdit pour ainsi dire devant les violences de la Gironde. Beaucoup démembres venus des départements, où leur bonne foi avait été surprise par les mensonges des feuilles girondines, étaient comme en suspens, inclinant plutôt du côté de la Gironde, qui avait pour elle le prestige du pouvoir. Il faudra, pour les arracher de ce parti des intrigants, toute la puissance de la justice et de la vérité.

Mais si chaque jour les Girondins déclamaient, en vociférant, contre Marat, c'était Robespierre surtout qu'ils eussent voulu abattre ; car, — ils le sentaient bien, — c'était lui le principal obstacle à leur ambition. Ce grand nom si respecté, cette popularité qui, à Paris, résistait à toutes leurs attaques, cette réputation intacte enfin, il fallait lui porter un coup mortel, l'ensevelir sous un déluge de calomnies, sinon se résigner à voir un jour ou l'autre tomber de leurs mains ce pouvoir dont ils étaient si jaloux. Robespierre cependant, comme déjà nous l'avons dit, se tenait alors tout à fait à l'écart. Exerçant le droit le plus naturel et le plus légitime, il avait bien, aux Jacobins et dans son journal, pulvérisé le projet de Buzot sur la force départementale, mais il était resté muet à la Convention; et quand, dans la séance du 19 octobre, les députés des sections de Paris étaient venus Ure une protestation liautaine contre le décret proposé, on ne l'avait pas vu, comme peut-être on s'y attendait, s'élancer à la tribune pour soutenir les pétitionnaires (2). 11 n'avait

(1) Journal des débats et de la correspondance... numéro 289. Combien n'est-il pas triste de lire, dans l'iiistoire de M. Michelet, des lignes comme celles-ci : « On eût voulu obtenir de lui (Robespierre) l'éloge de IMarat; il le fit, mais demanière à pouvoir le désavouer; il le fit par son frère, Robespierre jeune, aux Jacobins. » T. IV, p. 467;

Si ce n'est toi, c'est donc ton frère;

C'était bien la peine, en vérité, d'avoir, avec tant de vivacité et de raison, combattu les doctrines jésuitiques ! Quoi! voilà Robespierre responsable de la défense toute naturelle, d'ailleurs, de l\Iarat par Robespierre jeune aux Jacobins! Yoilà comment ce grand citoyen, qui ne déguisait guère sa pensée, fit, suivant M. Micbelet, l'éloge de ^lai'at de manière à pouvoir le désavouer ? Triste l triste, vraiment!

(2) M. Micbelet dit qu'en revancbe, à la section des Piques, Robespierre leur accorda ce mot : « Qu'on eût dû envoyer, non pas im exemplaire à cbaque municipalité, mais vingt-quatre » (t. IV, p. 467). Nous dirons où i\I. 31icbelet a pris cela; mais les procès-verbaux de la section des Piques (place Vendôme), que nous avons consultés

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