LIVRE IX. BIUSSOT A TOUS LES REPUBLICAINS DE FRANCE
pas pris la parole davantage quand, avec une indignation dérisoire, les membres de la faction dominante, se fondant sur l'intérêt des contribuables, avaient fait casser un arrêté du conseil général en vertu duquel l'adresse des sections de la capitale devait être imprimée et envoyée à toutes les communes de la République aux frais de la municipalité pari^enne. C'était, en vérité, se préoccuper, pour une bien maigre somme, de l'intérêt de ces pauvres contribuables, quand on ne regardait pas à les grever de neuf à dix millions pour cette fameuse m.aison militaire dont on voulait gratifier la Convention nationale. « Où donc étoient, pendant ces misérables discussions, les amis du peuple? » s'écria le rédacteur d'un journal populaire, « Les Danton, les Robespierre se sont tus. Tu dors, Brutus (1)! »
Mais Brutus pouvait se réveiller. Brissot et ses amis résolurent de porter à Robespierre un coup décisif. Aussi bien le moment leur paraissait favorable. Une masse de fédérés venaient, à leur voix, d'accourir des départements. Ce n'étaient plus ces fédérés d'il y a quelques mois, partis au cri de la patrie en danger, et qui déjà refoulaient sur leur territoire les ennemis de la République. Les nouveaux venus n'étaient que les serviteurs d'une coterie qui masquait misérablement du prétexte de l'ordre public ses haines implacables. « Nous avons appris que nous n'avions plus d'autres ennemis que les agitateurs et les hommes avides de dictature et de tribunat, » disaient-ils à la Convention (2).
Le jour même où Robespierre jeune dénonçait, aux Jacobins, les manœuvres tyranniques dont Marat était l'objet de la part d'un certain nombre de membres de la Convention, Brissot lançait dans le public un factum intitulé : ^-i tous les républicains de France ; sorte de protestation hautaine contre sa radiation de la liste des Jacobins. Il lui avait paru beaucoup plus commode d'écrire un long pamphlet que d'aller s'expliquer verbalement au sein même de la société. C'était un pendant au mémoire publié par lui, l'année précédente, en réponse aux graves accusations formulées contre lui par André Chénier et autres écrivains royalistes. A celte époque il se prétendait calomnié, lui le grand
avec le plus grand soin, ne disent rien de semblable. Il y a mieux, depuis l'ouverture delà Convention nationale, Robespierre ne pai'aissait guère à sa section; et comme il n'avait pas officiellement donné sa démission de commissaire près la commune, il fat décidé dans la séance du 4 novembre qu'on lui écrirait afin qu'il eût à déclarer à la section s'il entendait ou n'entendait pas continuer ses fonctions de commissaire.
Voyez les registres des procès-verbaux de la section des Piques, aux Archives de la Préfecture de police.
(1) Révolutions de Paris, numéro 172, p. 199.
(2) Pétition des fédérés marseillais. Voyez le Moniteur du 22 octobre 1792.
artiste en calomnie : on l'avait accusé d'avoir présenté dans ses ouvrages la propriété. comme le produit du vol; usant à présent des mêmes armes dont ses ennemis s'étaient servis contre lui l'an passé, et mettant largement à contribution le vocabulaire des éternels défenseurs des vieux abus, il traitait denivehurs, de désorganisateiirs, les patriotes séparés de sa ligne. Robespierre avait été complètement étranger à la mesure d'exclusion qui l'avait frappé aux Jacobins; ce fut, malgré cela, sur lui que Brissot distilla goutte à goutte tout le fiel dont son cœur était plein. Avec quel cynisme et quelle impudence il mentait quand, renouvelant une de ses vieilles calomnies, il le montrait d'accord, pendant la dernière législature, avec le comité autrichien; quand, sur la foi de son ami Carra, il le représentait comme hésitant aux approches du 10 août, lui qu'au club de la Réunion il avait proposé de faire décréter d'accusation, pour avoir déclaré l'Assemblée législative incapable de sauver l'État et provoqué la convocation d'une Convention nationale ; quand enfin il le dépeignait comme dictant les arrêts du comité de surveillance 1 II était bien heureux d'avoir à rappeler que, dans la nuit du 2 septembre, Robespierre l'avait accusé de conspirer en faveur du duc de Brunswick. Car c'était là le seul grief sérieux qu'il eût à invoquer contre lui. Mais alors Robespierre était depuis longtemps déjà l'objet de ses diatribes quotidiennes, et cette accusation que Maximilien n'avait fait que répéter après d'autres, elle avait son fondement dans une proposition formelle de Carra, dont la feuille, nous l'avons dit, était complètement inféodée à Brissot (1). Inutile de
(1) On lit dans les Mémoires de Barère : «... Dans le courant du mois de décembre 1792, je fus abordé à la Convention par un ancien député de l'Assemblée législative réélu à la Convention. Il me parla de la peine qu'il éprouvait en voyant s'établir une lutte terrible dans ses conséquences entre les Gii-oudius et les Montagnards... J'étais, me dit-il, membre de la commission des Onze à l'Assemblée législative ; im jour, sortant avec Brissot de la salle de la commission, je l'entendis parler avec les Girondins de sa correspondance en Angleterre, et ses 2>ropos m'étounèrent singulièrement quand il s'exprima en faveur du duc d'York avec beaucoup d'intérêt et de chaleur.
« C'est là un fait important, dis-je à mon coUègtie, et j'aurais bien de la peine à y croire, si vous, qui avez été avec Brissot à l'Assemblée législative, ne me l'assuriez. — "Je ferai plus, je vous l'écrirai de ma main. » — Et il alla a\i bureau des secrétaires, où il écrivit la note ci-jointe qu'il m'apporta.
Copie testueUe de la note en question.
« Brissot, Pétion de Villeneuve, Guadetet Jansonet et Rabot de Saint-Ktienue. " Le 17 juillet, dans l'escalier de la commission des Onze à l'Assemblée législative, Brissot a dit à ses associés ilayis ce moment :
" Je vous ferai voir ce soir, dans ma correspondance avec le cabinet de Saint-
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demander si Brissot rappelait bien hautement que dès 1791 il avait jeté en l'air ce mot de république. Or, on sait de reste maintenant h quoi s'en tenir à cet égard ; ce n'en était pas moins là son grand cheval de bataille. Il se gardait bien de dire qu'à l'époque du 17 juillet de cette année 1791, tandis qu'isolé aux Jacobins, Robespierre tenait tête à l'orage, essayait de rallier les patriotes dispersés par la terreur, s'exposait à toutes les fureurs de la réaction, tandis que les démocrates ardents étaient forcés de se dérober par la fuite aux décrets de prise de corps lancés contre eux, lui Brissot, par un miracle au moins étrange, se promenait tranquillement dans les rues de Paris, se fiant sans doute à la protection de La Fayette, dont il était encore le servile courtisan. Il se gardait bien surtout d'ajouter qu'au mois de juillet précédent, — il n'y avait pas si longtemps, — alors qu'il espérait ressaisir le pouvoir à l'ombre de la monarchie, il avait en pleine Assemblée législative appelé le glaive de la loi sur les républicains, et d'avouer que par ce mot c'était Robespierre qu'il désignait plus particulièrement. Nous insistons sur ce point parce que cela est essentiel, parce que trop d'historiens, sur quelques paroles en l'air, ont mis sur le compte des Girondins la fondation d'un gouvernement qu'ils n'ont accepté que contraints et forcés.
Par un excès d'hypocrisie à peine croyable, Brissot attribuait sa radiation à son refus de se prosterner « devant la dictature de Robespierre (1). » Comment s'étonner après cela que Robespierre, qui par son attitude semblait inviter ses adversaires à déposer les armes, à laisser de côté ces querelles particulières si funestes à la patrie, ait aussi senti tressaillir en lui le démon de la haine, et que de noires visions aient fini par pénétrer dans son esprit?
James, qu'il dépend de nous d'amalgamer notre con.îtitation avec celle de l'Angleterre, en mettant le duc d'York roi constitutionnel à la place de Louis XYI. »
et A'oyez le discours de Brissot à la tribune de l'Assemblée législative du 19 de ce mois de juillet. » — Singulier rapprochement, en effet : à quelques jours de là, Brissot invoquait le glaive des lois contre les républicains. —
a Cette note m'étonna beaucoup, ■' ajoute Barère, " mais pour l'appuyer par des faits, mon collègue me dit de lire avec attention, dans les journaux, le discours de Brissot, dont il était question. " Mémoires de Barère, publiés par MM. Camot et David d'Angers, t. II, p. 43, 44 et 45.
Nous sommes loin de citer Barère comme une autorité ; mais ce curieux passage de ses Mémoires est une preuve de plus que l'existence d'un parti Brunswick n'était pas seulement dans l'imagination do Piobespierre, et que lorsque après une foule d'autres ce dernier le dénonça à son tour, sa dénonciation s'appuyait sur des présomptions très-graves.
(1) Voyez ce long factum de Brissot reproduit tout entier dans VHistoire parlementaire, t. XX, p. 122 à 158.
Comme pour répondre a ce manifeste de la calomnie, Robespierre prononça, aux Jacobins, dans la séance du dimanche 28 octobre 1792, un long discours traitant de l'influence de la calomnie sur la Révolution. Beaucoup plus restreinte sous le despotisme, à une époque où elle s'exerçait principalement d'homme à homme, de famille à famille, la puissance de la calomnie s'était singulièrement accrue depuis que l'opinion gouvernait le pays. C'était elle depuis lors qu'avaient tour à tour invoquée les factions pour combattre la liberté. Par elle, les maximes de la philosophie appliquées à l'organisation des sociétés politiques étaient devenues des théories désorganisatrices de l'ordre public ; par elle, le mouvement de la Révolution n'était plus que troubles, désordres et factions ; c'était elle qui traitait de flagorneries séditieuses la défense énergique des droits du peuple, et de réclamations extravagantes ou ambitieuses la réclamation des droits les plus sacrés des citoyens. Flétrir enfin par des mots odieux les choses honnêtes et louables, déguiser sous des dénominations honorables les systèmes de l'intrigue et de l'aristocratie, tel était, selon Robespierre, ce grand art de la calomnie incessamment mis en usage par les ennemis de la Révolution et par tous les ambitieux.
Il esquissait ensuite à grands traits tous les maux dont elle était la cause; montrait comment, avec son aide, on était parvenu à épouvanter les esprits faibles, les riches, les égoïstes , à les détacher de la cause populaire; comment de mauvais citoyens, trop lâches pour endosser ouvertement la livrée de l'aristocratie, avaient pu, grâce à elle, combattre la liberté sans paraître déserter ses drapeaux. Tous ces fantômes de brigandage dont sous la Constituante on effrayait les mandataires du peuple, ils étaient suscités par la calomnie; et la loi martiale était son ouvrage, cette loi dont le nom seul, disait Maximilien, déshonorait les législateurs français, et qui tant de fois, depuis l'origine delà Révolution, avait fait couler le sang du peuple. N'était-ce point par des pamphlets et des folliculaires qu'on avait constamment essayé d'égarer l'opinion publique? La calomnie, c'était la mère du Feuillantisme, et quand régnait cette faction, on ne pouvait attaquer ses détestables doctrines sans être accusé de vouloir désorganiser l'État, détruire la discipline militaire, prêcher l'anarchie, ou favoriser Coblentz et l'Autriche.
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Arrivant à l'époque présente, Robespierre voyait le même esprit sous des noms différents. Les mêmes moyens et les mêmes cabales se reproduisaient, et, le mol de république ôlé, rien n'était changé à ses yeux. Dédidé à démasquer les intrigants du jour, ceux qui, depuis cinq semaines, s'acharnaient à calomnier les députés de Paris et la capitale tout entière, il les montrait copiant servilement aujourd'hui les Feuillants, comme eux criant sans cesse à l'anarchie, et jetant aussi aux patriotes étrangers à leur coterie les noms de démagogues ei de désorganisateurs ; il les montrait usant de tous les moyens d'influence que leur donnaient leurs journaux et le pouvoir dont ils étaient revêtus, pour pervertir l'opinion dans les départements, pour outrager toutes les sections de la capitale et accuser Paris du projet msensé de vouloir subjuguer la liberté du peuple français, Paris qui avait donné à la France le signal de la Révolution, et qui venait d'envoyer quarante mille de ses enfants combattre aux frontières ! Et c'était le moment choisi par les ambitieux pour déverser sur la capitale et sur ses représentants la calomnie à pleins bords ! Comment s'étonner si la Convention n'avait rien fait ju>qu'ici qui répondît à la hauteur de sa mission, à l'attente du peuple français ? Le moyen de s'occuper de la constitution nouvelle « et de la liberté du monde, » au milieu des orages soulevés chaque jour par des hommes qui ne songeaient qu'a persécuter les patriotes parisiens?
Tout leur était bon pour calomnier les sections de la capitale et la commune. On grossissait à dessein les moindres alarmes. A chaque instant les intrigants semblaient prendre à tâche de jeter l'épouvante au sein de la Convention. Tantôt on annonçait l'insurrection de quatre mille ouvriers sur la place Vendôme, tantôt une révolte formidable au Palais -Royal ; et il se trouvait que la place Vendôme et le Palais-Royal étaient calmes et déserts. « Que seroit-ce donc, » poursuivait Robespierre, « s'il arrivoit en effet quelque mouvement partiel qu'il teroit impossible de prévoir ou d'empêcher ? C'est alors qu'il seroit prouvé, aux yeux de tous les départemens, que rien n'est exagéré dans le portrait hideux qu'ils ont tracé des horreurs dont Paris est le théâtre, et que les représentans de la République doivent le fuir en secouant la poussière de leurs pieds. Voilà l'événement que les intrigants de la République attendent avec impatience. Heureusement jusqu'ici les citoyens semblent avoir deviné leur intention. Ce peuple si féroce a lutté contre la misère; il a imposé silence à l'indignation que pouvoient exciter toutes ces lâches persécutions, et ce n'est pas le moindre prodige de la Révolution que ce calme profond qui règne dans une ville immense, malgré tous les moyens qu'ils emploient chaque jour pour exciter euxmêmes quelque mouvement favorable à leurs vues perfides. » Les aris -
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tocrates de l'Assemblée constituante, continuait-il, rendaient plus de justice à la capitale, tout en insultant la Révolution, et à ce sujet il rappelait que l'abbé Maury lui-même avait hautement reconnu le service dont il s'était trouvé redevable au peuple de Paris lorsqu'il avait été soustrait un jour à !a juste indignation qu'il avait provoquée en mtnaçaiii la foule de ses pistolets. La Fayette et ses amis s'étaient-ils jamais avisés de demander pour eux la création d'une maison militaire? Avaient- ils songé à appeler les départements pour les défendre contre Pans? Mais If s petits tyrans de la République étaient moins débonnaires que les Constitutionnels. On les verrait, plutôt que d'abandonner le pouvoir, quitter Paris, diviser les départements. Déjà autour d'eux s'étaient ralliés les plus gros personnages, les fonctionnaires publics, tous les serviteurs de la contre-révolution : « Enfin, » disait Robespierre, « ils sont les honnêtes gens, les gens comme il faut de la République; nous sommes les sans-culottes et la canaille. » Et dérision singulière! ces gens-là qui détenaient toute la puissance executive, qui avaient pour eux les armées, le trésor, toutes les places, qui dominaient la Convention, qui exerçaient en un mot l'autorité suprême, accusaient leurs adversaires d'aspirer à la dictature. On était un mauvais citoyen, un agitateur, un factieux, du moment où l'on était soupçonné de vouloir contredire leurs vues. Quel mal ils avaient causé à la République en élevant, en quelque sorte, i. ne barrière entre Paris et les départements, en soulevant contre la capitale toutes lesopinions envieuses ! Avec qiiel art ils versaient dans les cœurs les poisons de la haine et de la défiance! Comme ils .soufflaient le feu de la guerre civile! Et certes, ce n'était point leur faute si déjà des rixes funestes ne s'étaient pas engagées. « Ah ! François, » s"écriait Robespierre, « qui que vous soyez, embrassez-vous co.mme des frères, et que cette sainte union soit le supplice de ceux qui cherchent à vous diviser. » Plus que jamais il recommandait aux amis de la liberté la concorde, la sagesse et la patience. Les ambitieux finiraient par se démasquer, par se perdre euxmêmes par leurs propres excès. « Éclairez-vous, » disait-il en terminant, « éclairez vos concitoyens autant qu'il est en votre pouvoir; dissipez l'illusion sur laquelle se fonde l'empire de l'intrigue, et i' ne sera plus. »
« Passer la vérité en contrebande à travers tous les obstacles que ses ennemis lui opposent; multiplier, répandre par tous les moyens possibles les instructions qui peuvent la faire triompher; balancer par le zèle et par l'activité du civisme l'influence des trésors et des ma* hinations prodigués pour propager l'imposture : voilà, à mon avis, la plus utile occupation et le devoir le plus sacré du patriotisme épuré. Des
I.IVIIF, I\. DISCOIIUS suit I. INFLL'KNCE IlK LA r.ALOMMP: 4S3
armes contre les tyrans, des livres contre les intrigants; la force pour repousser les brigands étrangers, la lumière pour reconnaître les filous domestiques : voilà le secret de triompher à la fois de tous vos ennemis. »
Cet important discours qui peignait si bien la situation, et dont nous n'avons pu tracer qu'une esquisse rapide et incolore, fut accueilli par les plus vifs transports. La société en ordonna sur-le-champ l'impression et l'envoi aux sociétés afiiliées [t'. Danton qui présidait, Danton que les Girondins venaient de froisser cruellement en le sommant, comme s'ils eussent douté de son intégrité, de justifier de l'emploi des fonds dont il avait eu le dépôt comme ministre, proposa à la société d envoyer le discours de Robespierre à toutes les parties intéressées. Un autre msmbre, Brival, député de la Corrèze, demanda, aux éclats de rire de la société, qu'on invitai le miriisire de l'intérieur Ro'and, qui employait à l'impression de tant de choses les cent mille francs de fonds secrets qu'on lui avait confiés, à imprimer également à ses frais cet excellent discours. Cette proposition ayant été adoptée, son auteur, Saint-Just et Lullier, furent chargés d'aller la soumettre au ministre de l'intérieur (2). Nous donnerons tout à l'heure d'assez curiei;x détails sur la manière dont Vhonnèle Roland employait les fonds de la République; nous en avons dit un mot déjà, mais il nous faudra y revenir. Quant au discours de Robespierre, si modéré à côté du violent factnm de Bri-sot, il porta au comble l'irritation dps Girondins; et, sans plus attendre, ils résolurent d'abattre, coûte que coûte, celui dont la grande influence morale leur paraissait le seul obstacle à leurs projets ambitieux, bien que, depuis l'ouverture de la Convention, Maximilien ne les eût guère gênés dans l'exercice du pouvoir.
(1} Discours dp Maximilien Hobespierre sur l'injluence de la calomnie sur la Bécùlulion, prononcé à la Société, dans la séance du 23 octobre 1792, l'an l" de la Répuidique. Il est suhi de cette note : " La Société, dans sa séance du 28 octobre 1792, l'an 1-f de la République françoise, a arrêté l'impression et l'envoi de ce discours aux sociétés qui lui sont affiliées, aux assemblées électorales, aux quarante-huit sections, la distribution aux tribunes et aux membres de la Convention nationale — Danton, président; La Faye, vice-président; Lepeletier, Bextabole, députés; Le Fokt, MoENNE, SuioN, secrétaires.
Robespierre inséra son discours dans le numéro 3 des Lettres de M. Hobespierre à ses rommettans, p. 97 à 132. Il a été reproduit dans VHistoire parlnnentnire, t. XX, j). 9 a 27 ; et dans les Œuvres de Robespierre, recueillies par Laponneraye, t. II. p. 153.
(2) Journal des débats et de la rorresponiince de la Société des Jacobins, numéro 292. Ce journal résume en vingt-huit lignes le discours de Robespierre.
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Un véritable plan de bataille fut dressé contre Robespierre, les rôles furent distribués aux ardents du parti, et chacun se tint prêt à donner à la première occasion.
Les intrigants, avait dit Robespierre, ont pris la place de la faction des Feuillants. Rien ne prouve mieux cette vérité, suivant nous, que le rapport présenté par Buzot à la Convention dans la séance du 27 octobre 1792 contre ceux que la faction appelait « les provocateurs au meurtre,» rapport suivi d'un projet de loi sur les écrits qualifiés de séditieux. J'aime beaucoup mieux, pour ma part, les gouvernements qui s'opposent bien nettement et bien franchement à la liberté de la presse, comme incompatible avec leur existence, que ces gouvernements hypocrites qui, tout en protestant de leur amour pour cette liberté, l'étranglent tout simplement, sous prétexte de réprimer les écrits incendiaires. Qa'est-ce qu'un discours ou un écrit qui provoque à dessein l'assassinat? demandait avec raison un journal de l'époque (1). Nous savons en effet, hélas ! de quelles déplorables interprétations sont susceptibles toutes les lois contre la presse!
Chefs du pouvoir exécutif, les républicains de la Gironde se conduisaient exactement comme Ips Constitutionnels, quand, devenus maîtres de l'autorité après la fuite de Va rennes, ceux-ci confectionnaient des lois contre les écrits gênants. Douze ans de fers contre l'écrivain ou l'orateur reconnu coupable, et la mort même, si l'on jugeait que l'écrit ou le discours avait été suivi d'un meurtre : telles étaient les principales dispositions de la loi d'Amour, qu'au début de la République les Girondins venaient ofl'rir à la France. — Ainsi, quand l'aimable auteur de Faublas provoquait ouvertement les gens, non par une simple figure de rhétorique, h l'assassinat de Robespierre, il s'exposait, en vertu de la loi Hazote, h douze années de fers. — Buzot était autrefois dun avis ditférent lorsqu'à côté de Robespierre, il combattait les Le Chapelier, les Duport, les Lameth. « Mais alors il étoit patriote, » écrivait avec tristesse le rédacteur des Réio/iit!0)iS! de Paris (2\ 0;iant à Robespierre, à qui l'on n'aura pas à reprocher de pareilles
(1) liéiohiliotis de Paris, numéro 173, p. 23C. {2) Ibid.