‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 122 sur 188 · LIVRE IX. UOBESPIERRE A LA CLILLOTIXE LOI · texte numérisé non relu

LIVRE IX. UOBESPIERRE A LA CLILLOTIXE LOI

Roland et les Barbaroux. Sur les boulevards, devant les cafés, ils s'arrêtaient et chantaient des couplets de circonstance dont le refrain, qu'ils répétaient à tue-lèle, était :

La tête de Marat, Robespierre et Danton, Et de tous ceux qui les défendront, 0 e-ULi!

Du récit d'un journal du temps, assez peu favorable d'ailleurs à Robespirrre, il semble résulter que la plupart de ces soldats étaient avinés. Ils quittaient la table pour aller crier par les rues : « Vive Roland ! A LA GUILLOTINE ROBESPIERRE ! Point de procès au roi (1) ! » Qui les avait payés?

Dénoncés le soir aux Jacobins par Bentabole et par quelques autres membres, ces faits y excitèrent de légitimes colères; mais combien elles restaient au-dessous des fureurs de la Gironde! Qu'on lise le compte rendu des débats de celte séance dans un journal complètement hostile à Robespierre, payé et rédigé par ses adversaires, et l'on verra de quelle gravité demeura enveloppée l'indignation de cette société, si calomniée elle aussi (2) ! Et qui n'eût partagé cette indignation quand on sut que le ministre de l'intérieur, s'autorisant d'un décret qui lui permettait de répandre les bons ouvrages aux frais de l'État, venait de faire tirer à quinze mille exemplaires le discours de Louvet, et de l'envoyer dans tous les départements avec l'odieux pamphlet de Brissot (3) ? Or, la Convention avait bien décrété l'impression du discours de Louvet, mais non pas son envoi aux départements, voulant, pour rendre toutes choses égales, attendre au moins la justification de Robespierre. Aussi entendit-on Thuriot s'écrier que s'il était prouvé qu'au mépris du vœu formellement exprimé parla Convention, Roland eût fait distribuer le dis-

(1) Récolutions de Paris, numéro 174, p. 295.

(2) Journal des débats et de la correspoiidance de la Société des Jacobins, Huméro295.

(3) Voyez à ce sujet les réflexions des Révolutions de Paris, numéro 174, p. 295. Quant au libelle de Brissot, intitulé : .4 tous les Républicains de France, et autres écrits girondins, voici une faible partie de ce que Roland paya de son propre aveu : « Au citoyen Lepage, pour 600 exemplaires du numéro 1167 du Patriote françois ; pour 500 exemplaires du numéro 1196; pour 500 exemplaires du numéro 1212; pour 1600 exemplaires de l'adresse à tous les républicains, et pour 1000 exempla'res de la Réponse à Clootz, 1200 livres. » Ainsi tel était l'emploi que le vertueux Roland faisait des fonds de la République, et le trésor était aux abois. Voyez ce curieux compte rendu de Roland, aux éclaircissements historiques, dans les Mémoires de madame Roland (t. II, édit. Barrière et Berville, p. 357 et suivantes). Et il est bien évident que Roland n'a pas énoncé la dixième partie des fonds qu'il consacra à cet odieux colportage.

502 ilISlOIRE DE ROBESPIERRE

cours de Loiivet, il fallait poursuivre et punir Roland. Et sur-le-champ Merlin (de Tbionville) déclara tenir de l'imprimeur lui-même, de Baudoin, que, par l'ordre du ministre de l'intérieur, on avait tiré quinze mille exemplaires du discours de Louvet, et que le bon en avait éié remis aux comnii>saires de la salle ;1). Eh bien ! je le demande à tous les hommes impartiaux, si aujourd'liui même, à l'heure cij j'écris ces lignes, un ministre se permettait un acte analogue à celui du vertueux Roland, s'il employait les fonds de l'État à répandre à profusion dans nos communes un odieux libelle contre un membre du Corps législatif accusé par un de ses collègues, si par là enfin il le dé.^ignait ouvertement aul ressentiments des esprits trop crédules, et peut-être au poignard de quelque fanatique, n'y aurait-il pas contre lui un déchaînement universel? Et pourtant nous n'avons point la prétention de vivre sous un régime de liberté. Hélas! en quelles mains était tombée la République française ! En vérité, je le répèle, quand après cela je vois des gens s'étonner hautement de l'opposition faite au ministre Roland par les démocrates de 1792, je me dis que ces gens-là sont ou bien naïfs ou bien ignorants.

Robespierre jeune dénonça toutes ces manœuvres comme étant destinées à abattre le courage des amis de la liberté. A Paris on opposait des baïonnettes aux patriotes; dans les déparlements on les combattait par d'affreux libelles. Saint-Just parut aussi à la tribune, le cœur ulcéré des persécutions dirigées contre l'homme auquel l'attachait si étroitement une admiration sincère Car la vertu, comme le vice, a ses prosélytes. Et certes, Saint-Just n'était pas d'une trempe à se laisser subjuguer par un e^pril médiocre ou à servir des intentions liberticides, même chez son plus cher ami. Il ne savait quel coup se préparait; mais ces agitations de la capitale, ces troupes inconnues qui la sillonnaient en tous sens, tout cela lui semblait horriblement suspect. « On propose des accusations contre des représentans du peuple, » disait-il, « encore un moment et l'on proposera de juger le peuple, et Barbaroux donnera des conclusions contre le souverain. » Et il laissait échapper cette parole magnifique : « Quel gouvernement que celui qui plante l'arbre de la liberté sur l'échafaud et met la faux de la mort entre les mains de la loi ! » 11 ne se doutait guère alors combien fatal et contagieux serait l'exemple des Girondins; car, et ce sera leur tache éternelle, ce sont eux, les insensés! qui ont poussé la Convention à porter la main sur ses propres membresc

A qiielques citoyens qui mettaient en avant des moyens de conci-

(1) Journal des débals et de la cortcspoiulance...., immoro 396. Séance du 5 uovemtre.

Page 1