‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 123 sur 188 · I.IVIŒ l\. ADMinABLt: lŒl'ONSE A LOLVKl · texte numérisé non relu

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liation, Robespierre jeune répondait : Il n'y a point d'entente possible entre des hommes voulant la Révolution pour leur profit et des palrioies divisés d'opiniims et quelquefois de principes. Au milieu do ces partis divers, l'inncjcence succomberait peut-être, « mais, » répétait-il méliincoliquement, « citoyens de Paris, soyez calmes, laissez sacrifier Maximilien Robespierre, la perte d'un homme n'entraînera pas la perte de la liberté. » Des voix nombreuses se* récrièrent, assuiant qu'on ne laisserait pas sacrifier un tel homme. Robespierre sera justifié, s'écria Leg'endre, et il compara à une goutle d'huile nageant sur une masse d'eau sans la troubler, la promenade furieuse des dragons et des fédérés au milieu des rues de la capitale (I). Ce qui voulait dire que les citoyens de Paris ne ^e laisseraient pas mtimidtr'r. Piochain en effet était le triomphe de R ibcspierre, car on se trouvait au soir du dimanche k novembre, et le lendemain élaii le jour fixé par la Convention pour entendre sa réponse à Louvet.

Cette réponse était attendue comme un événement; amis et ennemis éprouvaient une égale impatience, les uns inquiets du résultat d'une cause si juste pourtant, les autres croyant déjà peut-être tenir la victoire, et n'ayant rien négligé pendant les huit jours qui venaient de s'écouler pour a^surer la perte de leur adversaire. La veille même, une députation de iédérés était venue dire à la Convention qu'un certain nombre de ses membres étaient désignés aux poignards « des proscriptions tribunitiennes (2;, « et l'on avait volé l'impression de l'adresse des fédérés.

Une multitude de citoyens avaient passé la nuit aux portes de la salle pour entrer les premiers (3;, et une fouie immense encombrait les abords de la Convention dans la matinée du 5. De fortes patrouilles sillonnaient la terrasse des Feuillants, comme si l'on se fût métié du peuple, comme si l'on eût redouté quelque entreprise de nature à peser sur la décision de l'Assemblée [k]- La séance était présidée par Hérault-

(\) Journal des d-bats et de la correspondance, numéro 296.

(21 Journal des débats et des décrets de la Convention, numéro 47.

(3) Révolutions de France et de Brabant, et des royaumes qui arborant la cocarde nationale mériteront une place dans les fastes de la liberté, par Camille Desmoulins et Merlin

*('de Thionville), numéro 25.

(4) Révolutions de Paris, numéro l~4,p. 295.

Séclielles. C'était déjà une garantie que l'orateur ne serait point systématiquement interrompu dans sa justification. Quand le président annonça que l'ordre du jour appelait la discussion sur la dénonciation de Louvet contre Robespierre, une sorte de frisson involontaire parcourut toute la salle; les citoyens garnissant les tribunes ne purent retenir leurs applaudissements, et le président dut les rappeler à l'ordre et au respect (1).

« Citoyens délégués du peuple, » dit Robespierre en commençant, <i une accusation sinon très- redoutable, au moins très-grave et trèssolennelle a été intentée contre moi devant la Convention nationale; j'y répondrai parce que je ne dois pas consulter ce qui me convient le mieux à moi-même, mais ce que tout mandataire du peuple doit à l'intérêt public. J'y répondrai parce qu'il faut qu'en un moment disparoisse le monstrueux ouvrage de la calomnie si laborieusement élevé pendant plusieurs années peut-être, parce qu'il faut bannir du sanctuaire des lois la haine et la vengeance pour y rappeler les principes et la concorde. Citoyens, vous avez entendu Timmense plaidoyer de mon adversaire ; vous l'avez même rendu public par la voie de l'impression; vous trouverez sans doute équitable d'accorder h la défense la même attention que vous avez donnée à l'accusation. «

Puis, répondant tout de suite au reproche d'aspirer au pouvoir suprême, dictature, triumvirat ou tribunat, car l'opinion de ses adversaires ne lui avait pas paru bien fixée sur ce point, il rappelait que le premier dans ses discours et dans ses écrits il avait réclamé une Convention nationale comme le seul remède aux maux de la patrie, et que cette proposition avait été dénoncée comme incendiaire par ceux qui aujourd'hui se proclamaient les fondateurs de la République. Et par quelle voie se serait- il frajé un chemin vers la dictature? Où étaient ses armées, ses trésors, les grandes places dont il était pourvu pour maîtriser Paris et les départements? Toute la puissance executive ne résidait-elle pas au contraire dans les mains de ses adversaires? Il aurait donc fallu démontrer qu'il était complètement fou; mais alors comment des gens sensés se seraient-ils donné la peine de composer tant de discours et d'écrits, auraient-ils déployé tant de moyens pour le présenter à la Convention et à toute la France comme le plus redoutable des conspirateurs?

Prenant ensuite un à un tous les faits articulés contre lui par Louvet, i4 répondit de la façon la plus précise, comme pour mieux contraster avec l'attaque, où tout était à dessein si nuageux et si entortillé. On

(1) Moutteur du fl novembre 1792.

Livur. IN. — ai).mii;ai;i.k iuiconsi: a i.olvim ou.')

avait essayé de l'écraser du nom de Marat, en le rendant responsable de l'élection de l'Ami du peuple; nous avons dit déjà de quelle façon victorieuse il répondit à ce chef d'accusation au moins étrange (1 :. II se montra certainement supérieur à Danton, en ne sacrifiant pas lâchement Marat aux ressentiments de la Gironde. Comme on l'a vu, il s'expliqua sur son compte, sans en dire ni plus de bien ni plus de mal qu'il n'en pensait; car, put-il ajouter sans crainte d'être démenti, «je ne sais point trahir ma pensée pour caresser l'opinion générale. » Louvet lui avait fait un crime d'avoir mal parlé de Priestley qu'avait rendu cher aux patriotes français la persécution dont le célèbre docteur avait été l'objet en Angleterre; il opposa à cette assertion un démenti formel, et pourtant il eut eu quelque droit d'en vouloir à ce savant étranger. En effet, circonvenu par la Gironde, Priestley avait, dans des lettres soigneusement répandues par Roland, rabâché contre lui les déclamations calomnieuses des orateurs girondins. Pour en finir avec Marat, dont on essayait de le rendre solidaire, il demandait si son amour et ses combats pour la liberté depuis le commencement de la Révolution ne lui avaient pas suscité assez d'ennemis sans qu'il fût besoin de lui im; uter encore des excès qu'il avait évités et des opinions qu'il avait lui-même condamnées le premier.

Quant au singulier reproche d'avoir exercé aux Jacobins un despotisme d'opinion, c'était certainement la plus bizarre accusation qu'un ami de la liberté put élever contre un citoyen; car enfin cet empire appartenait à tout homme qui énonçait de grandes vérités, à la raison éternelle et à tous ceux qui voulaient écouter sa voix. Pour lui d'ailleurs, depuis la journée du 10 août, il n'avait pas assisté plus de six fois aux séances de la société; et si le reproche portait sur l'époque antérieure, c'était donc le procès qu'on faisait à la révolution même du 10 août, puisqu'elle avait été provoquée el avancée par les discussions journalières dont cette société avait été le théâtre. Mais dès le mois de janvier précédent la lutte avait déjà éclaté entre lui et ses dénonciateurs. Elle était née à l'occasion des débats sur la guerre, et l'on n'a pas oublié peut-être combien modérée avait été la conduite de Robespierre à côté de celle de ses contradicteurs irrités de la supériorité de leur adversaire. De quel droit, disait Maximilien, venaient-ils demander à la Convention de venger les disgrâces de leur amourpropre? Cette haine monstrueuse des Girondins contre Robespierre avait uniquement sa source, — nous le prouverons tout à l'heure par leurs propres aveux, — dans les échecs successifs qu'ils avaient subis

(1) Voyez le livre précédeut.

au club des Jacobins. « Soyez au moins aussi généreux qu'un roi, •» leur di.-ait-il ironiquement, ;< imitez Louis XVI, et que le législateur oublie les injures de M. Louvet. »

Un des chapitres les plus travaillés du discours diffamatoire de Louvet était celui qui concernait la conduite de Robespierre au sein du conseil général. 11 lui avait reproché jusqu'à la manière dont il s'était présenté dans la salle du conseil, et il avait vu une preuve de ses projets de dictature dans son affectation à diriger ses pas vers le bureau; car telle était la puérilité de la plupart des arguments de l'auteur de Faublas. 11 fallut que Robespierre apprît à la Convention que si, en effet, en arrivant dans la salle du conseil il avait dirigé ses pas vers le bureau, c'était afin de faire vérifier ses pouvoirs (1). Ayant à défendre les actes de la commune, calomniés et défigurés par Louvet, il s'effaça noblement, et, ne voulant pas prétendre à une gloire à laquelle il n'avait pas droit, il se réjouit de ce qu'un grand nombre de citoyens avaient mieux que lui servi la chose publique. 11 se consolait du reste en pensant que les intrigues disparaîtraient avec les passions qui les avaient enfantées, tandis que les grandes actions et les grands caractères surnageraient seuls dans l'avenir. Impossible de mieux f;eindre, d'expliquer plus nettement les suites de la révolution du 10 août. Après avoir déclaré bien hautement, et sans que personne élevât la voix pour le contredire, que jamais au sein du conseil général il n'avait appartenu à aucune espèce de commission, qu'il ne s'était mêlé en aucune manière à aucune opération particulière, qu'il n'avait pas un seul instant présidé la -commune, et que jamais il n'avait eu la moindre relation avec le comité de surveillance tant calomnié i^2), il

(1) Louvet, clans sa réplique intitulée : A Maximilien Robespierre et ù ses royalistes^ réplique non prononcée mais répandue à profusion, se rabattit sur ce que Robespierre était resté nu bureau, et il trouva des airs de dictateur dans la façon même dont ses yeux mobiles parcoui'aient l'étendue de la salle (p. 13). On croirait à peine à de pareilles inepties, si on ne les avait pas jous les yeux, reproduites par rimpression.

(2) JM. Miclielet ne voit dans ce uiaguifiqûe plaidoyer de liobespierre, si ferme, si net, si complet et si modéré, que « une humble et habile apologie. » Mais ce qui est plus grave, sa déplorable partialité l\;nti"aîne aux conjectures les plus hasardées, pour ne pas dire plus. Avec ce ton trancli:.nt qui n'apjmrtient qu'à lui, il prétend que Robespierre '( mentit hardiment sur deu^ points » (t. IV, p. 481) : en premier lieu, pai'ce qu'il avait déclaré n'avoir jamais eu la moindre relation avec le comité de surveillance de la commune. Or, cette déclaration que personne n'osa contredire, pas même Louvet, dans le plus effronté libelle qui se puisse imaginer (.1 Mai imilien liobespierre et à ses royalistes, voyez, p. 41, le passage où il parle de l'introduction de ^larat par Panis au comité de surveillance) , cette déclaration, dis-je, M. JMiclielet a eu le triste coui'age de la révoquer en doute. Et sur quoi se fonde-t-il pour cela ? Sur ce qne Panis « ne bougeait de chez Robespierre » Et qui le lui a dit : « (^ent témoins le voyaient chaque matin venir prendre le mot d'ordre à la maison Duplay. » Il est vraiment fâcheux que sur cent témoins M. Michelet ne prenne pas la peine de nous

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