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répondait celte fois comme ce consul de Rome accusé par Clodius d'avoir violé les lois en étouffant la conjuration de Catilina : « Je jure que nous avons sauvé la patrie. » On s'était plaint de quelques arrestations illégales, comme si en temps de révolution il était possible d'apprécier, le co le criminel à la main, les précautions exigées par le salut public. Pourquoi ne pas recueillir aussi les plaintes de tous les écrivains royalistes dont les plumes s'étaient trouvées brisées? « Que ne nous reprochez-vous, » continuait-il, « d'avoir consigné tous les conspirateurs aux portes de cette grande cité'.' Que ne nous reprochez-vous d'avoir désarmé les citoyens suspects? d'avoir écarté de nos a>semblées les ennemis reconnus de la Révolution? O^ie ne faites-vous le procès à la fois et à la municipalité, et à ra.>semblée électorale, et aux assemb'ées primaires mêmes des cantons, et à tous ceux qui nous ont imités? Car toutes ces choses-là étoient illégales, aussi illégales que la Révolution, que la chute du trône et de la BastilU', aussi illégales que la liberté elle-même. »
Il faudrait tout citer dans cette admirable réponse, mais la place nous manque. Cependant, comment ne pas mettre sous les yeux du lecteur ces réflexions si vraies : « Quelle idée s'e^t-on donc formée de la dtmière révolution? La chute du trône paraissoit-elle donc si facile avant le succès? Ne s'agis.- oit-il que de faire un coup de main aux Tuileries? Xe falloit-il pas anéantir dans tonte la France le parti des tyrans, et par conséquent communiquer à lous les départemens la commotion salutaire qui venait d'électriser Paris? Et comment ce soin pouvoit-il ne pas regarder ces mêmes n.agistrals qui avoient appelé le peuple à l'insurrection? 11 s'agissoit du salut public, il y alloil de leurs tèies, et on leur a fait un crime d'avoir envoyé des commissaires aux autres coma;unes pour les engager à avouer, à consolider leur ouvrage ! Que dis-jeï la calomnie a poursuivi ces commissaires eux-mêmes. A peine les circonstances qui avoient enchaîné les ennemis du peiiple ont- elles cessé, les mêmes corps administratifs, tous les hommes qui conspiroient contre lui sont venus les calomnier devant la Convention nationale elle-même. Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolu-
en citer lin seul. Le témoignage de Sévirent, fort vacriiement et fort légèrement mvoqné ailleurs pour prouver une espèce d'intimité existant entre Panis et Robespierre, ne saurait être d'aucun poids. Xous avons dit, et nous avons prouvé dans notre pi'écédent livre que Panis était surtout Fami intime de Danton. II eut également, jusqu'à la mort de ce dernier, des rapports d'aniitié avec Robespierre, mais sur un pied beaucoup moins large. Ce sont là des eiTeurs infiniment graves de M. Miclielet et qu'il importe de signaler à tous les lecteurs sérieux.
Nous relèverons tout à l'heure le second démenti que, sans plus de fondement, il donne à Robespierre.
nos lUSiOlUK DE HODKSPIEUIU-;
lion? Quel est cet esprit de persécution qui est venu reviser pour ainsi dire celle qui a brisé nos fers? Mais comment peut-on soumettre à un jugement certain les effets que peuvent entraîner ces grandes commotions? Qui peut, après coup, marquer le point précis où dévoient se briser les flots de l'insurrection populaire? A ce prix quel peuple pourroit jamais secouer le joug du despotisme? Car, s'il est vrai qu'une grande nation ne peut se lever par un mouvement simultané, et que la tyrannie ne peut être frappée que par la portion des citoyens qui est plus près d'elle, comment ceux-ci oseront-ils l'attaquer, si, après la victoire, les délégués venant des parties éloignées de l'État, peuvent les rendre responsables de la durée ou de la violence de la tourmente politique qui a sauvé la patrie? Ils doivent être regardés comme fondés de procuration tacite pour la société tout entière. Les François amis de la liberté, réunis à Paris au mois d'août dernier, ont agi à ce titre au nom de tous les départemens; il faut les approuver ou les désavouer tout à fait. Leur faire un crime de quelques désordres apparents ou réels, inséparables d'une grande secousse, ce seroit les punir de leur dévouement. Ils auroient le droit de dire à leurs juges : Si vous désavouez les moyens que nous avons employés pour vaincre, laisseznous les fruits de la victoire. Reprenez votre constitution et toutes vos lois anciennes, mais restituez-nous le prix de nos sacrifices et de nos combats. Rendez-nous nos concitoyens, nos frères, nos enfants qui sont morts pour la cause cpmmune. Citoyens, le peuple qui vous a envoyés a tout ratifié. Votre présence ici en est la preuve; il ne vous a pas chargés de porter l'œil sévère de l'inquisition sur les faits qui tiennent à l'insurrection, mais de cimenter par des lois justes la liberté qu'elle lui a rendue. L'univers, la postérité ne verra dans ces événements que leur cause sacrée et leurs sublimes résultats; vous devez les voir comme eux. Vous devez les juger, non en juges de paix, mais en hommes d'État et en législateurs du monde. Et ne pensez pas que j'aie invoqué les principes éternels, parce que nous avons besoin de couvrir d'un voile quelques actions répréhensibles. Non, nous n'avons point faibli, j'en jure par le trône renversé, et par la République qui s'élève. »
Celte fermeté de langage jointe à tant de modération, la vérité des tableaux mis par l'orateur sous les yeux de l'Assemblée, — car il avait su dépeindre admirablement les derniers événements, — impressionnaient vivement la Convention; elle se sentait sous le charme, et d'instant en instant éclataient de chaleureux applaudissements (1).
(1) Voyez à cet égard le Moniteur du 6 novembre 1792; le Joitrnal de» drhiits et def
LIVUK IX. AUMIUABLK KKPONSE A LOLVKT r,03
Louvet, en faisant allusion dans son discours aux massacres de Septembre, avait généralisé de la façon la plus vague. C'était, comme nous l'avons dit déjà, la tactique des Girondins d'essayer de rejeter sur leurs adversaires la responsabilité du sang versé dans ces journées. Si vaguement formulée qu'ait été ici la calomnie de Louvet, un journal, qui flottait entre l'un et l'autre parti, ne put s'empêcher de manifester son étonnement qu'on eût insidieusement rappelé ces journées dans une accusation dirigée contre Robespierre. « Le peuple n'a pas été peu surpris d'entendre inculper l'Incorruptible dans l'affaire du 2 septembre (1)! » Bien différent des Girondins dont les uns s'étaient extasiés, dont les autres avaient complaisamment jeté un voile sur ces massacres, et qui aujourd'hui s'en faisaient assez déloyalement une arme de parti, Robespierre se contenta d'expliquer historiquement les causes de ces sombres et fatales journées, et son explication , en dépit de toutes les narrations mensongères des historiens-libellistes, restera la vérité dans l'histoire. Nous nous sommes suffisamment expliqué sur ce sujet dans notre précédent livre, nous n'avons pas à y revenir (2;. Remettons seulement sous les yeux du lecteur ces fières paroles que ni Louvet, ni persoime, ne releva : « Ceux qui ont dit que j'avois eu la moindre part aux événements dont je parle, sont des hommes ou excessivement crédules ou excessivement pervers. Quant à l'homme qui, comptant sur le succès de la diffamation, a cru pouvoir imprimer impunément qi^p je les avois dirigés, je me contenterois de l'abandonner au remords si le remords ne supposoit une àme! » Mais Louvet, qui maintenant accusait avec tant d'acrimonie le conseil général de la commune, où ses amis ni lui n'avaient pu dominer, et l'assemblée électorale qui ne l'avait point élu, ne s'était pas toujours montré animé à leur égard d'aussi mauvais sentiments; Robespierre le lui rappela assez cruellement. « Honneur au conseil général de la comnîune, il a fait sonner le tocsin, il a sauvé la patrie ! » tel avait été à peu près le début emphatique d'une des affiches de la Sentinelle, ce journal rédige par Louvet aux frais du ministre de l'intérieur, c'est-à-dire de l'État. « C'était alors le temps des élections, » ajoutait Robespierre.
Louvail sentait bien où le bat le blessait. Il avait déclaré assez présomptueusement, dans sa harangue, que ses adversaires crieraient quand il mettrait le doigt sur la plaie; il fut, paraît-il, singulièrement
di'-crels de la Convention, numéro 48, et les Annales }iatriotiques, — feuille girondine, — où l'on peut lire : « Ce discoui-s est souvent interrompu par des applaudissemens. ^ (Numéro 315, 6 novembre 1792.)
(1) Révolutions de Paris, numéro 173, p. 246.
(2J Voyez le livre précédent.
r,10 HISTOIRE liV. l'.OBESl'IEKfSE
louché lui-même à l'endroit sensible, car il cria de douleur, et cria très-fort. « Je m'engage à répondre à tout (1 ). » — « C'étoit, » continua R jbespierre, « dans les premier» jours de septembre. On assure qu'un innocent a péri... C'est beauccp, sans doute; citoyens, pleurez cette méprise cruelle; nous l'avons pleurée dès longtemps; c'étoit un bon citoyen ; c'étoit donc l'un de nos amis. Pleurez même les viciimes coupables, réservées à la vengeance des lois, qui sont tombées sous le glaive de la justic» popul.iire; mais que notre douleur ait un terme comme toutes les choses humaines.
a Gardons quelques larmes pour des calamités plus touchantes. Pleurez cent mille patriotes immolés par la tyrannie; pleurez nos citoyens expirant sous leurs toits embiasés, et les fils des citoyens massaciés au berceau ou dans les bras de leurs mères. N'avez- vous pas aussi des frères, des enfans, des épouses à venger? La famille des législateurs françois, c'est la patrie ; c'est le genre humain tout entier, moins les tyrans et leurs complices. Pleurez donc, pleurez l'humanité abattue sous leur joug odieux. Mais consolez -vous, si, imposant silence à toutes les viles passions, vous voulez assurer le bonheur de votre pays et préparer celui du moîide. Consolez-vous, si vous vouh z rappeler sur la terre l'égalité et la justice exilées, et tarir par des lois justes la source des crimes et des malheurs de vos semblables. La sensibilité qui gémit presque exclusivement pour les ennemis de la liberté m'est suspecte. Cessez d'agiter sous mes yeux la robe sanglaote du tyran, ou je croirai que vous voulez remettre Rome dans les fers. y>
(1) Rien n'est carieiix comme la manière épileptique dont Louvet, jjour parer le coup, se démène dans sa hrficbure A M<tj.imUun Kohetpierre et à tes ruynlittes. 11 est «l'abord au paroxysme de la rage. « Kobcspierre, tu mens, tu mens à dessein, tu mens à ta conscience. » Examinons donc comment, en effet, Robt-Sftierre ntent à dn^tin, et ment à sa conscience. Le numéro .57 de la Sentinelle ne contient pas, parait-il, textuel- Itnnent l'-s paroles rappelées par Boljespierre ; ce journal est introuvable auiourd'bui ; nous n'avons donc jni vérifier par nous-mêrne, mais nous voulons bien nous en raj^ jKirter à I>mivet. Au lieu de : Honneur au ronteil <yen*'ra/, il a fait sonner le tocxin, il a fauté In patrie '. il y aurait dans le journal : f Honneur au conseil général de la commune ; il rient de prouver qu'en effet il rouloit saucer la patrie, et mériter la reconnaissance des départemens de l'empire... il vient d'arrêter que le tocsin alloit sotmer, que le canon d'alarme seroit tiré. » (Voyez p. 32 et 37. Louvet veut prouver par là que le tocsin n'avait jjas sonné, et que le canon d'alarme u't'tait pas tiré encore au moment ou il écrivait ces lignes. Qu'est-ce que cela signifie, en vérité? Le numéro 57 de la Sentinelle a-t-il paru le 3 septembre, c'est-à-dire le lendemain du jour où avaient <*ommencé les ojjérations électorales V IJi-dessus il n'y a pas l'ombre d'un d^ute, et Louvet ne peut nier. Qu'a deux mois df- distance Robespierre, citant de mémoire, ait \arié sur les inots, qu'importe s'il n'a pas modifié le sens? Or, je le demande, n'est-il pas absolument indifTérent qne Louvet ait écrit : « I.e conseil général a fait sonner le tocsin, ^ ou, « il vient d'arrêter que le tocsin alloit sonner? y> Ce qui e^t certain, '•'est qu'il en a fait honneur an conseil général de la cimmnne, et cla nu moment d?s élections.