‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 127 sur 188 · LIVRE 1\. — A M.WI.MILIEN ROBESPIERRE ET A SES ROYALISTES · texte numérisé non relu

LIVRE 1\. — A M.WI.MILIEN ROBESPIERRE ET A SES ROYALISTES

« On m'attaque dans mes discours, tant je suis innocent dans mes actions. » Il le félicitait surtout d'avoir toujours montré la plus gnende austérité dans les principes, et de n'avoir jamais voulu rien être lorsque tant de gens étaient si pressés d'être quelque chose. Ce trait perçait de part en part les Girondins (1).

Louvet, dont la Convention nationale avait, de dégoût, «omme nous l'avons dit, refusé d'entendre la réplique, ne voulut cependant pas perdre le morceau qu'il avait médité, et sous ce litre : Ji Maximilien Robespierre et à ses royaHstes, il lança dans le public un libelle volumineux beaucoup plus atroce que le premier. Nous en avons déjà dit un mol. 11 fant lire cela d'un bout à l'autre pour se former une idée de ce que la liaine peut enfanter d'absurde. Ce n'est d'ailleurs qu'une édition accrue et considérablement embellie de l'accusation primitive; mais ici les dernières limites du mensonge sont dépassées. L'auteur est pris de rage, on le sent, et ses colères n'excitent plus que le rire '2). La publication de cet indigne pamphlet lui attira quelques désagréments. Prétendant, contrnirement à la déclaration si nette de Robespierre corroborée par celle de Marat, que l'un et l'autre avaient eu des entrevues fréquentes, il n'avait pas craint d'assurer, dans le texte de son libelle, sans aucune espèce de preuves d'ailleurs, que Robespierre et Marat se réunissaient quehjuefois en 1791, chez CoUot-d'Herbois, quelquefois chez Danton, plus souvent chez Robert. Madame Robert elle-même, affirmait-il, avait confié le fait à une de ses amies, laquelle l'avait répété à Corsas, de qui il le tenait lui-même. Louvet, comme^on voit, tirait ses renseignements de longueur; mais cela était faux, tout simplement. Madame Robert (Louise de Kéralio) écrivit au député du Loiret une lettre qui est une véritable flagellation, et dont Louvet n'eut pas à s'applaudir. On y lisait : « Je ne dirai rien de M. Corsas ; il paroît y avoir un tiers entre lui et le nommé Louvet; il n'est donc qu'un étourdi d'avoir cru sur parole ; s'il avoit inventé à dessein de nuire, il seroit un scélérat. Il est faux que j'aie dit à personne que Marat et Robespierre se réunissoient chez moi. Marat n'y est jamais venu, il n'y viendra jamais; Robespierre n'y est jamais venu, il y viendra quand il voudra (3). »

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, nninéro 296. Voyez aiissi le Moniteur du 14 novembre 1792. C'est la première fois qu'il rend compte d'une séance des Jacobins, aux débats desquels nous le verrons bientôt ouvrir ses colonnes. Celte fois, du reste, il se contente de reproduire la version du journal des Jacobins.

(2) L'ami Gorsas s'empressa d'annoncer sur le verso du titre du livre III de son jo\iriial, pour le second semestre de 1792, ce pamphlet dont il promit des extraits, qii'il ne donna pas.

(3) I.ouite Robert à M. Louvet, in-8" de 4 pages, de l'imprimerie de Baudoin. — En

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Mais Robespierre, comme on le verra, n'allait presque jamais nulle part, surtout depuis son séjour au milieu de la famille Duplay, au sein de laquelle il vivait complètement retiré.

Imagination déréglée, tout à fait appropriée aux exigences des boudoirs, et qui aurait dû s'en tenir aux peintures des scènes d'alcôve et des amours frivoles, Louvet apportait dans ses écrits politiques les mêmes écarts de cœur et d'esprit que dans ses romans. Ce n'était point par une simple figure de rhétorique qu'il désignait Robespierre aux poignards de ses concitoyens; il nous l'apprend lui-même dans ses Mémoires. Il se désole de ce qu'on lui ait laissé « l'impunité physique ; » et « cette énorme faute » de ce qu'il appelle le parti républicain lui navre le cœur (1). Il ne peut pardonner à ses amis de n'avoir pas assez énergiqiiement combattu le fatal ordre du jour. Le ministre de l'intérieur, Roland, sentit bien aussi le tort que cet ordre du jour allait causer à la coterie, et, pour parer le coup, il distribua à profusion, toujours aux frais du trésor, bien entendu, ce fameux libelle : A Maximilicn Robespierre et à ses royalistes^ que l'auteur fit imprimer, n'ayant pu le réciter devant la Convention. C'est encore Louvet qui nous apprend, — aveu précieux pour l'histoire ! — que le vertueux Roland en envoya un grand nombre d'exemplaires dans les départements (2;. Ainsi voilà entre quelles mains se trouvaient, à la fin de cette année 1792, les destinées de la République. La calomnie était au pouvoir. Était-ce donc là ce règne de la liberté et de l'égalité pour l'avènement duquel de si généreux esprits combattaient avec tant de vaillance depuis plus de trois ans !

l'an III, Louvet, rentré dans la Convention, réédita son pamphlet contre Robespierre. Il le vendait lui-même au Palais-Royal, où il avait pris une boutique de libraire. îMais, Robert ayant donné la main aux Theniiidoriens, il importait de le méiiager, et Louvet effaça prudemment de la nouvelle édition ce qui concernait le député Robert et sa femme. Voyez p. 40 de l'édition de l'an III (in-S" de 55 pages). Comparez avec l'édition primitive citée presque entièrement dans V Histoire parlementaire (t. xxi, p. 116 à 138). Cela seul peint Louvet.

(1) Mémoires de Louvet, p. 54. (Ed. Barrière et Berville.)

(2) Mémoires de Louret, p. 58. « Je pris le parti d'écrire et d'imprimer ma répouse ainsi intitulée : A Mai imitien Robespierre et à ses royalistes... Le niinistre de l'intérieur lîoland, qui sentoit l'irrépai-able faxite de cet ordre du jour, voulut autant que possible l'amender, en faisaiit connoitre à la nation tous les crimes des dictateurs de Septembre. Il fit passer lui grand nombre d'exemplaires de ma brochure dans les départemens, etc. »

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