‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 163 sur 188 · LIVRE X. J. AMI DU l'EUPU- MIS EN ACCUSATION · texte numérisé non relu

LIVRE X. J. AMI DU l'EUPU- MIS EN ACCUSATION

de Robespierre, dont la demande fut repoussée. Aussitôt on procéda au vote par appel nominal, et un certain nombre de députés tinrent à honneur de motiver leurs suffrages. Robespierre motiva longuement le sien : « Comme la République ne peut être fondée que sur la vertu, et que la vertu ne peut admettre l'oubli des premiers principes de l'équité ; comme le caractère de représentant du peuple doit è:re respecté par ceux que le peuple a choisis pour défendre sa cause;... comme tous ces principes ont été violés, et par la fureur avec laquelle un décret d'accusation a été provoqué, et par le refus d'entendre l'accusé et tous ceux qui vouloient discuter l'accusation;... comme l'adresse des Jacobins qui a été le prétexte de cette affaire scandaleuse, malgré l'énergie des expressions provoquées par le danger extrême de la patrie et par les trahisons éclatantes des agents militaires et civils de la République, ne contient que des faits notoires;... comme ce ne sont point les anathèmes d'un écrivain contre les accapareurs, mais les émissaires de l'aristocratie et des cours étrangères qui ont excité un attroupement chez les épiciers;... attendu que je ne vois dans cette délibération que la continuation du système de calomnie entretenue aux dépens du trésor public par une faction qui depuis longtemps dispose de nos finances et de la puissance du gouvernement, et qui cherche à identifier avec Marat, auquel on reproche des exagérations, tous les amis de la République qui lui sont étrangers; . . . comme je n'aperçois dans cette affaire qu'une vile intrigue ourdie pour déshonorer le patriotisme dans les départements infestés depuis longtemps des écrits de liberticides, de royalistes, je repousse avec mépris le décret d'accusation proposé (1). » A peine l'Assemblée comptait-elle la moitié de ses membres; la plupart des députés de la gauche étaient en mission, comme nous l'avons dit. Deux cent vingt voix contre quatre-vingt-douze donnèrent à la Gironde la satisfaction qu'elle cherchait depuis six mois. Mais, — cruelle victoire! et que plus d'une fois durent maudire dans leurs cœurs ceux qui l'obtinrent, — la Convention nationale était entamée ! 11 était sept heures du matin quand fut rendu le décret qui renvoyait devant le tribunal révolutionnaire Jean-Paul Marat, l'Ami du peuple, frappé aujourd'hui par les Brissot, les Guadet, les Vergniaud, les Gensonné, comme il l'avait été jadis par les Maury, les Cazalès, les de Virieu, les Montlosier et autres (2).

(1) Les journaux du temps n'ont pas donné les votes motivés. Ils ont paru, à l'époque, dans une brocliure de 78 p., imprimée i<ar ordre de la Convention. Les auteurs de VUistoire parlementaire en out extrait le sulï'rage de îlobespierre. (t. XXVII, p. sij.)

(2) .Von(7eur du 17 avril 1793.

Le lendemain 15 avril, au moment oia Robespierre venait adjurer la Convention de poser dès à présent les bases de la nouvelle Déclaration des droits et de maintenir le décret qui mettait à l'ordre du jour la discussion sur cette Déclaration, parut à la barre une députation des sections parisiennes, ayant Paclie à sa tête. Elle était chargée de présenter une adresse rédigée par les commissaires des quarante-huit sections, et à laquelle trente-cinq assemblées sectionnaires avaient adhéré. Cette adresse, dont un jeune et ardent ami de Danton, Alexandre Rousselin, donna lecture, concluait à l'expulsion de vingt-deux membres de l'Assemblée dans le cas où les départements consultés jugeraient, comme les sections parisiennes, ces membres coupables d'avoir jeté le trouble dans la Convention et violé le mandat de leurs commettants. Les Girondins étaient en force, et ils n'eurent pas de peine à faire déclarer calomnieuse, dans la séance du lendemain, l'adresse lue par le jeune Rousselin. Mais ce n'en était pas moins là un avertissement sinistre de l'imprudence qu'ils avaient commise en traduisant un des membres de l'Assemblée au tribunal révolutionnaire. Pressentirent-ils dès-lors qu'un jour ou l'autre la loi du talion pourrait bien leur être appliquée !

Une fois entré dans les voies de l'arbitraire, on en sort difficilement: pour atteindre leur but, pour frapper leurs ennemis, les Girondins n'allaient pas reculer devant la violation des principes les plus élémentaires de la liberté, eux qui se prétendaient les purs disciples de cette liberté. Dans la séance du 18 avril, des envoyés extraordinaires du département de la Gironde, parmi lesquels se trouvait le frère de Grangeneuve, déposèrent sur le bureau de la Convention un certain nombre de pièces saisies illégalement sur un courrier de la société des Jacobins. C'étaient des imprimés, des adresses patriotiques et quelques lettres particulières. L'une de ces lettres était d'un commerçant de Bordeaux, nommé Blanchard, lequel, écrivant à sa femme ai-i sujet de ses affaires, lui disait qu'il regardait les députés de la Gironde comme les principaux auteurs des maux dont souffrait la République. C'étaient des lettres confidentielles, intimes, privées : eh bien ! orï s'en était emparé, on en avait brisé les cachets, on les vivait lues ai» mépris du respect dû au secret des lettres, et Grangeneuve n'eut pas

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