‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 179 sur 188 · LIVRE X. — JOURNEES DES 31 MAI ET 2 JUIN T · texte numérisé non relu

LIVRE X. — JOURNEES DES 31 MAI ET 2 JUIN T

sortit, suivi d'une foule de ses collègues. Alors, comme on réclamait l'appel nominal pour connaître les noms des absents : « Citoyens, ne perdons pas ce jour en vaines clameurs et en mesures insignifiantes, » s'écria Robespierre, qui jusqu'alors avait gardé le silence. « Ce jour est peut-être le dernier où le patriotisme combattra la tyrannie. Que les fidèles représentants du peuple se réunissent pour assurer son bonheur. » — Vergniaud rentrait en ce moment : — « Je n'occuperai point l'Assemblée de la fuite ou du retour de ceux qui ont déserté les séances, » continua Robespierre. Passant ensuite à l'examen du projet de décret présenté au nom du comité de Salut public, il en approuvait les principaux articles, mais il repoussait formellement l'idée de laisser la Convention maîtresse de requérir à son gré la force armée du département, puisque cette force armée, composée de citoyens qui avaient dénoncé un certain nombre de membres de l'Assemblée, se trouverait ainsi à la disposition de ses ennemis.

En outre, il lui paraissait nécessaire qu'on adoptât quelques-unes des mesures proposées par la commune et par le département : « Il faut purger l'armée, il faut... — Concluez donc, » lui cria Vergniaud, impatienté. — « Oui, je vais conclure, » reprit Robespierre en se tournant vers l'interrupteur, « et contre vous ; contre vous qui, après la révolution du 10 août, avez voulu conduire à l'échafaud ceux qui l'ont faite ; contre vous qui n'avez cessé de provoquer la destruction de Paris ; contre vous qui avez voulu sauver le tyran ; contre vous qui avez conspiré avec Dumouriez ; contre vous qui avez poursuivi avec acharnement les mêmes patriotes dont Dumouriez demandait la tête; contre vous dont les vengeances criminelles ont provoqué ces mêmes cris d'indignation dont vous voulez faire un crime à ceux qui sont vos victimes. Eh bien ! ma conclusion, c'est le décret d'accusation contre tous les complices de Dumouriez et contre ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires. » A cette terrible apostrophe, que saluèrent les acclamations de tous les spectateurs et d'une partie de l'Assemblée (1), 'V^ergniaud ne répondit rien, il resta comme foudroyé. Toutefois, la Convention se borna, ce jour-là, à voter le projet de décret du comité de Salut public, lequel portait suppression de la commission des Douze et ordonnait la saisie de tous ses papiers. C'était déjà un grave échec pour la Gironde. Mais ce demi-succès ne suffisait pas aux républicains ardents, et, voyant profondément ébranlé ce centre de la Convention qu'on appelait le Marais, voyant cette masse incertaine et flottante qui jusque-là avait presque toujours donné la majorité aux

(1) Moniteur du 3 juin et Journal des débats et des décrets, numéro 257, p. 461.

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Girondins, se tourner complaisammant vers la Montagne, ils résolurent de poursuivre leur victoire et de débarrasser la République d'une faction qui. depuis huit mois, tenait la Révolution en échec et paralysait tous les efforts des patriotes.

Est-il vrai qu'au comité de Salut public, Garât ayant, au souvenir d'une proposition faite à Athènes par Aristide, émis l'idée généreuse que ceux des membres de l'Assemblée dont les haines mutuelles étaient les plus connues s'offrissent d'eux-mêmes à l'ostracisme, se missent en otages de la paix publique, Robespierre ait, au sein de la Convention, couvert cette proposition de mépris et de risée comme un piège tendu aux patriotes? C'est du moins ce que raconte dans ses Mémoires l'ancien ministre de l'intérieur. Mais quelle autorité invoque-t-il à l'appui de sa narration? Aucune. Il a su depuis .., écrit-il(l). L'histoire ne saurait donc accueillir des assertions bâties sur des on dit si vagues. Quoi qu'il en soit, à partir de cette séance du 31 mai jusqu'à la consommation du sacrifice, Robespierre s'efface, ne dit mot. Aux Jacobins, où toutes les autorités constituées s'étaient réunies pour former une commission révolutionnaire, il avait gardé le silence; il se tait également au club dans la soirée du 1°'' juin. Mais Marat, mais d'autres avaient agi. Mandé au comité de Salut public dans la journée, le maire y avait déclaré que toutes les sections s'étaient réunies, et que les citoyens de la capitale, fatigués d'éternelles déclamations ayant pour but de déchaîner les départements contre Paris, de diviser la République, avaient résolu de présenter une nouvelle pétition à la Convention nationale afin de lui demander justice. De leur côté, les Girondins, voyant la majorité de l'Assemblée leur échapper, songeaient à soulever contre Paris l'insurrection des départements, et à organiser la résistance, soit à Bordeaux, soit dans le Calvados, oi^ déjà, dociles à leur appel, une foule de citoyens arboraient l'étendard de la révolte (2).

Cependant, vers neuf heures et demie du soir, parut à la barre de la Convention une députation de la commune et du département. Elle avait pour orateur Hassenfratz, lequel, après s'être félicité de ce que la révolution du 31 mai ne verserait pas une goutte de sang parce que le peuple et les autorités constituées obéissaient aux mêmes sentiments, réciimina amèrement contre la faction qui, depuis huit mois, avait perverti l'esprit public dans les départements et tout bouleversé par ses intrigues. Au nom du peuple debout, il réclama la mise en état d'accusation des membres les plus compromis du parti de la

(1) Mémoires de Garât, p. 229, édlt. de 1862.

(2) Voyez les propres aveux de Louvet dans ses Slémoires, p. 91.

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