‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 24 sur 188 · I.IVUE VI. CUITIULI:: lIISiOlilULE · texte numérisé non relu

I.IVUE VI. CUITIULI:: lIISiOlilULE

ber de suppositions en supposilions dans les affirmations les plus contraires à la vérité. D'ailleurs, à l'époque où nous sommes, Robespierre n'avait aucune raison d'en vouloir outre mesure à Brissot. Sans doute celui-ci avait eu le tort, dans les débats sur la guerre, de faire dégénérer, comme le lui avait reproché Billaud-Varenne, une question de principe en question personnelle; il avait eu le tort de se montrer aigre et amer envers un contradicteur qui, au contraire, avait au début usé de beaucoup de modération ; mais Robespierre lui avait répondu à la tribune des Jacobins, et nous venons de voir la querelle se terminer par une embrassade fraternelle.

Un peu plus tard, il est vrai, lirissot et ses amis, se lançant à plaisir dans une voie déplorable, procéderont contre Robespierre comme ils ont agi à l'égard de Cainille, avec moins de motifs encore ; et poui* n'avoir point su dompter un esprit de dénigrement systématique, ils s'exposeront à de terribles représailles. Alors, oh ! alors, mis dans la nécessité de se défendre, Robespierre se défendra rudement, et il aura bien raison. Mais e^t-il permis à l'historien, à l'écrivain digne de ce nom, d'antidater les haines, les colères, les événements, suivant sa fantaisie, ses préventions et ses préférences? Non, mille fois non, car il n'y a pas de vérités indifférentes en histoire ; et tel fait, vrai en luimême, peut être faux selon la date qu'on lui assigne. Ce qui en février 1792 n'a pas de raison d'être, est incompréhensible, devient tout naturel en mai. Nous assisterons bientôt à un triste et étrange spectacle.

lui commandait de dire, c'est qu'au momeut où Robespierre publia son journal, précisément pour se défendre contre les calomnies sanglantes dont il commençait d'être la victime de la part des Girondins, il venait d'être odieusement diftamé par Brissot; c'est que ce dernier, dans le Patriote françois du 18 avril (numéro 992), ne craignait pas d'insinuer que Robespierre pouvait bien être mis es œuvke pak la liste Civile. Nous le demandons à tout homme de cœur, était-il possible de jeter plus insolemment l'outrage à nu nom respecté, et de diffamer avec plus de noirceur J'homme le plus désintéressé qui ait existé '? Nous reviendrons sur ce sujet. En général nous ne nous occupons guère des 'diati'ibes sans nom et sans nombre publiées contre Robespierre, après sa mort, et qui paraissent avoir servi de docnmeiUs historiques à trop d'historiens ; mais le lecteur comprend que c'est un devoir pour nous, devoir pénible, mais auquel notre conscience nous défend de nous soustraire, de l'éfuter avec un soin tout particulier les erreurs multipliées de M. Michelet à l'égard de Robespierre; d'abord parce que, VHistoire de la Révolution par M. jNIichelet ayant la prétention d'être la seule républicaine, il était indispensable de défendre contre elle l'homme dont la doctrine politique constitue, dès l'Assemblée nationale, le plus pur républicanisme qu'on puisse imaginer; ensuite paixe que le nom de M. Michelet possède une notoriété telle qu'il était urgent de prouver, de la façon la joins précise, la fausseté d'assertions qui, grâce à un nom justement estimé, ont été trop souvent admises comme vraies.

Nous devons dire qu'avant nous la plupart des erreurs de M. Michelet ont été très-nettement réfutées par M. Louis Blanc dans son Histoire de In Bécolulion française.

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On verra, non sans épouvante, quels trésors d'envie, de fiel et de haine contenait le cœur des principaux chefs de la Gironde, avec quel acharnement inouï ils poursuivront Robespierre, et de quels ineffaçables outrages ils l'auront accablé quand, le cœur ulcéré, l'immortel tribun leur rendra haine pour haine et coup pour coup.

Si quelque chose était bien de nature à l'encourager à suivre, dans la Révolution, le chemin que sa conscience lui avait tracé, sans considérer s'il n'était pas abandonné en route par ses premiers compagnons d'armes, c'était l'immense appui qu'il trouvait dans l'opinion; aussi verrons-nous bientôt ses adversaires mettre tout en œuvre pour le discréditer et le perdre de réputation. De tous les points de la France il recevait, en quantité innombrable, des lettres dont la publication eût été certainement un des plus curieux monuments de l'histoire de notre période révolutionnaire et eût à coup sûr éclairci bien des points restés douteux (1). Mais la plus grande partie de cette correspondance, toute celle qui était compromettante pour les vainqueurs de Thermidor, ou qui émanait d'hommes. dont il était utile de ménager les susceptibilités, a été détruite complètement, il faut le craindre, ou, s'il en subsiste quelques fragments, ils ont été jusqu'ici précieusement dérobés à la lumière par leurs détenteurs. Cependant nous avons entre les mains, documents inestimables! un certain nombre de lettres inédites, écrites par des hommes publics qui après Tiiermidor ont grossi la tourbe des calomniateurs de Robespierre. On verra quelle était leur opinion vraie sur ce grand homme et quel intérêt ils ont eu à flatter ses ennemis.

Nous dirons plus tard de quelles manœuvres ignobles, odieuses, réprouvées par les honnêtes gens de tous les partis, ont usé les misérables commissaires de la Convention nommés pour l'examen des papiers trouvés chez Robespierre, Saint-Just et Couthon ; et, dans le nombre même des pièces triées, publiées par eux, nous trouverons 'éclatante justification de leur victime. Ces lettres étaient tantôt des lettres de félicitations enthousiastes, tantôt des plaintes sur les abus de quelques agents du gouvernement révolutionnaire: on s'adressait à lui comme à l'homme le plus capable de les faire cesser ; tantôt des ren-

(1) Le r.'ippon do Courtois dit : Un itombre presque infini (p. 103).

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