‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 25 sur 188 · I.IVIU^ M. UOBESPIEHRK ET SES ADMIRATEURS · texte numérisé non relu

I.IVIU^ M. UOBESPIEHRK ET SES ADMIRATEURS

seignements sur l'esprit public, sur les manœuvres des ennemis du dedans et du dehors, etc. Nous avons déjà analysé plusieurs de ces lettres, en suivant l'ordre chronologique adopté par nous, comme le plus favorable à l'intelligence des faits et à la clarté de la narration. Souvent une de ces lettres, jointe à sa merveilleuse perspicacité, lui suffisait pour découvrir le nœud d'une intrigue, expliquer toute une situation. Ainsi, par exemple, dans le cours de la discussion sur la guerre, il dut peut-être à une lettre du futur conventionnel Simond, vicaire de l'évéque du Bas-Rhin, de pressentir aussi nettement les intentions cachées de la cour et des ministres, intentions révélées depuis, comme nous avons eu soin de le dire, par Narbonne lui-même. Sans le connaître, et uniquement parce qu'il le savait préoccupé sans cesse des dangers dont la liberté et la prospérité publiques étaient menacées, Simond lui écrivait de Strasbourg, vers la fin du mois de décembre 1791, pour lui annoncer avec quelle joie les officiers de l'armée avaient accueilli le veto concernant le décret rendu contre les émigrés, et que ces émigrés avaient eu communication de la résolution du roi avant même qu'elle eût été signifiée à l'Assemblée nationale. Comme Robespierre, il ne croyait nullement que la cour eût l'intention de faire sérieusement la guerre ; mais une petite guerre anodine était, selon lui, un excellent prétexte au roi d'aller préparer sur nos frontières, au milieu de ses troupes, la restauration d'un despotisme voilé qui couvrirait d'arrêts de mort et de proscriptions les Droits de l'homme et la France. « Je croirai à l'exagération de mes idées, » lui disait-il en terminant, « si elles ne sont pas conformes aux vôtres; mais, en attendant, je pense qu'il est de la plus haute importance de revêtir par des moyens extraordinaires l'Assemblée nationale de toute la confiance possible, et ce doit être la tâche des sociétés patriotes (1). » Par ce qui se passait aux frontières on peut juger des justes craintes qu'inspirait à Robespierre la perspective d'une guerre dirigée par des officiers hostiles à la Révolution.

Parmi les demandes qu'on lui adressait, au milieu des témoignages de la plus vive admiration, il y en avait de toute nature et des plus singulières, comme celle de tenir un enfant sur les fonts de baptême. Le dernier jour du mois de janvier 1792, un riche marchand mercier de la rue Béthisy, nommé Deschamps, devenu plus tard aide de camp du général Hanriot, le sollicita d'être le parrain de son enfant. Il

(1) Voyez cette letti-e dans le t. III des Papiers inédits, etc., publiés par MM. Barri èi-e et BerviUe, p. 96. Philibert Simond, envoyé à la Convention par le département du Bas-Eliin, périt en germinal an ii, victime du décret terrible qui frappait de mort tout accusé convaincu d'avoir donné asile à un émigré.

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voulait, disait-il, élever cet enfant pour l'État, « sous les auspices d'un parein qui a donné tant de preuves de sa capacité, de son patriotisme et de toutes les vertus qu'on peut attendre du zèle et de la probité d'un législateur incorruptible, et dont le nona est et sera en vénération dans tous les siècles présens et futurs (1). » Nous n'avons pu savoir si Robespierre accorda « cette grâce » que l'honnête marchand attendait « du restaurateur de la liberté française. » Mais ce que nous savons, c'est que le pauvre Deschamps paya de sa tète, en Thermidor, le crime d'avoir professé trop hautement son admiration pour Robespierre.

D'autres fois, c'étaient des offres d'argent. A diverses reprises, du temps de l'Assemblée constituante, il avait eu déjà l'occasion d'en refuser, au grand étonnement de ce Villiers avec lequel il habita quelque temps, et pour qui un tel désintéressement paraissait être une chose toute nouvelle. Vaincu un jour par les obsessions d'une Anglaise nommée miss Shephen, laquelle jouissait d'une grande fortune, et le conjurait d'accepter un riche présent, il promit de recevoir son offrande à la condition d'en employer le produit au bien de la chose pubhque. Mais c'était une pure défaite. Ayant appris, au bout de quelque temps , par les comptes de son banquier, que Robespierre n'avait rien touché, cette dame lui écrivit, dans le courant du mois de janvier, une lettre de reproches, très-pressante, dans laquelle elle se plaignait de la dissimulation dont il avait usé à son égard, et d'avoir été réveillée péniblement d'une douce et agréable illusion. Rien n'est doux en effet comme de donner. Robespierre avait, selon elle, contracté l'obligation d'accepter. « Neméprisezpas les Anglais, «lui écrivait-elle, « ne traitez pas avec cette humiliante dépréciation la bégayante aspiration d'une Anglaise envers la cause commune de tous les peuples. Les Français étaient autrefois célèbres par leur complaisance pour le sexe le plus faible et le plus sensible par là même aux injures. Malheur à nous si la Révolution nous ôte ce précieux privilège ! Mais je réclame un plus juste droit; ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit (2). » Robespierre se rendit-il eniin aux reproches si affectueux de son aimable correspondante, et se décida-t-il à recevoir son offrande à titre d'intermédiaire? Cela est fort peu probable. Quant à

(1) Cette lettre figure à la suite du rapport de Courtois (p. 111). L'original est aux Archives de l'Empire (F 7. 4,435). La rue Béthisy, où demeurait Descliamps à cette époque de la Révolution, a été absorbée il y a une dizaine d'années par le parcours de la rue de Rivoli.

(2) Cette lettre, en date du 12 janvier 1792, se trouve dans le t. II des Papiers inédits, etc. (p. 163). Elle porte en suscriptiou : «. A v\onsieur Robespierre, ancien député de l'Assemblée constituante, maison de M. Duplay, menuisier, rue Saiut-Ilouoré, vis-à-vis celle Saint-Florentiu, à Paris. »

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