‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 40 sur 188 · I.IVr.r, VII. I.A OLCMION l'.KLKiliaSK ALX JACOBINS 1 ô · texte numérisé non relu

I.IVr.r, VII. I.A OLCMION l'.KLKiliaSK ALX JACOBINS 1 ô

pouvait être scrutée par chacun, chercher à le frapper traîtreusement et à le perdre dans le sein de toutes les sociétés affiliées des départements.

Divisés sur la question de la guerre , dans un débat qu'avaient aggravé des personnalités soulevées par Brissot, les Girondins et Robespierre allaient se diviser de nouveau sur la question de Dieu, et cette fois encore, personne ne le peut nier, si la querelle s'envenima, ce fut par la faute des premiers.

Imbu des idées religieuses de tous les grands philosophes spirilualistes, plein du déisme de Rousseau , joignant aux théories de la sensation et de la raison celle du sentiment, Robespierre ne pouvait comprendre l'univers, l'humanité, l'ordre admirable qui préside à toutes choses en ce monde, sans l'intervention d'une puissance supérieure, d'un être unique, intelligent et conscient, créateur, ordonnateur suprême, et qu'il appelait Dieu. Quand plus tard, réagissant contre le matérialisme grossier dans lequel la Révolution avait paru un moment plongée, il obtiendra de la Convention nationale une solennelle déclaration de reconnaissance de l'Être suprême, il sera tout simplement fidèle à la croyance de sa jeunesse, de toute sa vie, laquelle avait été celle de Voltaire et de Rousseau, ces deux grands génies dont le souffle puissant animait la Révolution française. Y avait-il rien là qui, de près ou de loin, ressemblât à ce dieu stupide, fait à l'image des tyrans de la terre et dont tous les despotes invoquent sans cesse le nom pour légitimer leurs abus de pouvoir ? Y avait-il surtout dans cette religion si pure du déisme quelque chose d'analogue à cette intolérance de toutes les vieilles sectes, et dont l'athéisme lui-même n'est pas exempt? Pas plus que les libres penseurs de la Gironde, Robespierre ne croyait au dieu des prêtres, à ce dieu vindicatif et jaloux; pas plus qu'eux il n'entendait permettre à des ministres d'une religion implacable de torturer les consciences sous prétexte de sauver les âmes ; en matière religieuse, sa devise était : tolérance absolue; ce qui impliquait nécessairement la liberté de tous les cultes. Chrétiens, catholiques et protestants, juifs, musulmans, déistes et athées, adorateurs de Brahma et de Vishnou, avaient, à son avis, un droit égal au respect de leurs croyances. Quant à lui, se refusant à penser que tout était périssable dans l'homme , et que l'esprit s'engloutissait tout entier avec la matière dans les profondeurs du tombeau, il était plein de foi dans rimmortalité de l'àme, et se plaisait à voir dans l'avènement de la Révolution française, dans le triomphe de la justice et du droit sur la force, un signe manifeste de la protection de la Providence. Et voilà pourtant ce que les Girondins, ou du moins les principaux d'entre

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eux, ne craignirent pas de taxer de superstition, ce dont ils lui firent un véritable crime.

Ce dut certainement être une solennelle et dramatique séance que cette séance du 26 mars 1792 aux Jacobins, où se produisit ce choc terrible entre les matérialistes et les spiritualistes de la société des Amis de la Constitution, et où Robespierre se vit contraint de défendre à la fois et ses convictions religieuses et la liberté de conscience attaquée dans sa personne. La grandeur de la discussion peut se juger même d'après le compte rendu des débats donné par le journal de la société, si grossièrement rédigé qu'il soit. La querelle naquit à l'occasion d'une adresse relative à la situation de la chose publique, présentée par Robespierre, et destinée aux sociétés affiliées. Xous allons analyser avec soin cette adresse, et insister sur les trois points qui donnèrent lieu aux vives récriminations du girondin Guadet, afin de permettre à nos lecteurs de décider en toute connaissance de cause de quel côté furent le bon droit et la modération, de quel côté l'injustice et l'intolérance (1).

Après avoir, en quelques mots, dépeint la conspiration permanente organisée contre la liberté et la constitution; après avoir montré la guerre civile et la guerre étrangère prêtes à fondre sur nous, les prêtres agitant les torches du fanatisme et de la discorde, des directoires perfides complices des ennemis de la Révolution, la guerre

(1) On est véritablement na^Té qnand on lit, dans YHistoire de la Révolution fran- <^nise par ~SI. ]\Iiclielet (t. III, ck. vi), les pages où l'éminent écrivain rend compte de cette séance à jamais fameuse. Impossible de dénaturer, de travestir plus cavalièrement les faits ; partout, à la place de la vérité grave et simple, la fantaisie de l'auteur. Son intolérance n'a pas de bornes. Il commence par calomnier très-gi-atuitement Robespierre en l'accusant « d'exploiter ce grand nom de la Providence, » et d'être disposé à passer « au besoin à l'hypocrisie religieuse. » Certes, si en matière de religion quelqu'un se montra peu hypocrite, ce fut Robespierre ; mais il avait la tolérajice que les Girondins n'avaient guère, comme le prouva Guadet. » Si « ce miel de religion » était insupportable à la Gironde, c'est que ses membres, nous apprend M. Michelet, étaient « nourris de la philosophie du siècle, plus que jamais en lutte avec les prêtres. » Xous le savons bien; mais qu'avaient à faire les prêtres avec cette idée de la Providence, si noblement invoquée par RobespieiTC? Est-ce que celui-ci n'était pas nouiti aussi de la philosophie de Rousseau? Pourquoi donc, par exemple, M. Michelet omet-il de citer les premières lignes de cette circulaire oii Robespierre montre les prêtres secouant les torches du fanatisme et de la discorde, et le passage de sa réponse à Guadet où il déclare qu'il ne confond pas l'Éternel qui a créé la matière et l'humanité avec ces imbéciles dont le despotisme s'est armé? Ah! c'est que M. Michelet, à la remoi-que de Condorcet, et suivi lui-même de quelques disciples, ticut absolument à nous présenter Rol)espierre comme Tin prêtre. i( Il était né prêtre, etc. » Ajoutons que dans tout ce chapitre, comme du reste dans beaucoup d'autres endroits du livre de ^I. Michelet, règne imo effroyable confusion, au milieu de laquelle le lecteur peu versé dans les choses de la Révolution a toutes les peines du monde à se reconnaître.

LlVllK VII. ADRESSE RÉDK^KE PAR UORESI'IERIIE

encouragée par la cour quand aucune mesure n'avait été prise par elle, soit pour la prévenir, soit pour la faire avec succès ; quand les soldats patriotes avaient été chassés, persécutés même par le ministre Narbonne ; quand les gardes nationales se trouvaient sans armes ; après avoir montré enfin, d'un côté, la faiblesse et l'ignorance, de l'autre, le despotisme, l'hypocrisie et la haine présidant aux destinées de la France, Robespierre ajoutait : a Sans le courage inébranlable des citoyens, sans la patience invincible et le sublime caractère du peuple, il était permis à l'homme le plus ferme de désespérer du salut public, lorsque la Providence qui veille toujours sur nous beaucoup mieux que notre propre sagesse, en frappant Léopold, parut déconcerter pendant quelque temps les projets de nos ennemis. » Tenant dans leurs mains la paix ou la guerre, les Français, poursuivait-il, étaient maîtres de leur sort, à la condition de ne pas s'endormir dans leur léthargie ordinaire, d'écouter la voix de la prudence et de la raison, de forcer les choses à prendre une tournure franche et plus sincère que la politique des tyrans, sous peine de lasser la bonté céleste qui, jusqu'ici, s'était obstinée à les sauver malgré eux.

Il se proposait donc de développer avec exactitude aux yeux de la nation toutes les manœuvres employées par le pouvoir exécutif pour détourner la Révolution de son but, et d'exposer en même temps à ses concitoyens la ligne de conduite prescrite par les circonstances actuelles. Quant aux vues perfides du gouvernement, était-il permis de les révoquer en doute, lorsqu'elles s'étaient si clairement manifestées dans la correspondance dont le dernier ministre des affaires étrangères, le prédécesseur de Dumouriez, avait été obligé de donner lecture à l'Assemblée nationale; lorsque ces aveux de complicité de la cour de France avec les ennemis extérieurs, on les avait recueillis de la bouche même de Léopold; lorsque cette cour reprochait précisément aux sociétés patriotiques ce que leur reprochait l'empereur d'Autriche, de troubler le gouvernement en se livrant à toute espèce de dissertations -et voulait, comme lui, les détruire en les accusant, sous la dénonciation vague de républicanisme, d'entretenir des factions au sein de l'État? C'étaient là, disait-il, des complots divulgués par des pièces diplomatiques, et qu'il était indispensable d'afficher partout comme un monument éternel des principes astucieux et des artifices employés par les tyrans pour entretenir les agitations du dedans et susciter la guerre au dehors. On verra plus tard combien la cour était plus criminelle encore que ne le soupçonnait alors Robespierre. Les perfides ! poursuivait-il en parlant des partisans de la cour, des Feuillants, ils ont réussi à abuser une foule de bons citoyens ! « Sous le nom de modérés, ils ont

eu l'impudence de se déclarer les protecteurs de la constitution et de représenter ses vrais amis comme aussi opposés au bien général que cette espèce d'hommes qu'on appelle aristocrates ; pour mieux dissimuler leur dessein, ils ont fait former des sociétés, et ils ont arboré une devise qui affectait le plus grand rigorisme en fait de constitution ! » Un des instigateurs de ces intrigues si bien entrevues par Robespierre, de ces prétendues sociétés populaires où figuraient des ouvriers aux gages de la cour, Bertrand de Moleville , le propre ministre de Louis XVI, se chargera de nous éclairer là-dessus afin que nul n'en ignore (1). Passant ensuite aux nouveaux ministres, Robespierre se montra, comme nous l'avons dit plus haut, plein de convenance à leur égard , et leur rendit toute la justice possible, en témoignant l'espérance de voir bientôt leurs actions les mettre au-dessus de tout éloge (2).

Quand Robespierre eut cessé de parler, l'impression et l'envoi de son adresse furent demandés à grands cris ; mais quelques membres s'y opposèrent avec non moins de vivacité. 11 se produisit, pendant un moment, un tumulte tel, que le président [^c'était l'évêque de Paris) crut devoir se couvrir. Le calme étant revenu peu à peu, un des membres les plus remuants du parti de la Gironde, Guadet, monta à la tribune, et se faisant l'interprète des opposants, il demanda pour trois motifs le renvoi de l'adresse à des commissaires. Dire, comme l'avait fait Robespierre, qu'on demandait la guerre sans but et sans y être préparé, lui semblait une critique amère de toutes les sociétés patriotiques et en particulier de. celle des Jacobins, lesquelles, selon l'orateur, avaient été l'avis de la guerre, et la preuve il la voyait dans ces six cent mille citoyens inscrits sur les registres des départements pour marcher à l'ennemi. Prétendre ensuite, ajoutait Guadet, que la nation était maîtresse de la paix ou de la guerre, et lui montrer la paix comme le seul moyen de salut, c'était donner tort d'avance à un ministère patriote et semer le découragement parmi les sociétés populaires. A cet égard il s'en fallait de beaucoup que Robespierre eût été aussi affirmatif qu'on aurait pu l'inférer des observations de Guadet; mais oi!i la critique de l'orateur girondin se montra dans toute son amertume, ce fut au sujet de ce passage de l'adresse où Robespierre avait, en

(1) Voyez les Mémoires de Bertrand de Moleville, ubi suprà. C'est mie chose assez curieuse que presque toutes les pertidies et les intrigues de la cour aient été dévoilées par ses propres agents.

(2) Voyez toute la première partie de cette adresse dans le Journal des débats et de la correspondance de la Société. Ce journal avait promis la suite pour le numéro suivant; il ne l'a jamais donnée, mais la partie qu'il a i-eproduite est précisément celle qui attira Guadet à la tribune.

LIVr.K Vl(. ATTAUIK DK GUADET IGi

quelque sorte, placé la Révolution française sous la protection divine. Or, en admettant même que cette intervention de la Providence eùf paru inutile à un disciple du baron d'Holbach, était-il juste, était-il opportun d'en faire l'objet d'un reproche violent contre un liomme dont on savait la conscience si pure, et dont,, en tous cas, il eut été de la plus simple convenance de respecter le sentiment religieux? Mais ici laissons parler Guadet lui-même: « J'ai entendu souvent dans cette adresse répéter le mot de Providence; je crois même qu'il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous; j'avoue que ne voyant aucun sens à cette idée, je n'aurais jamais cru qu'un homme qui a travaillé avec tant de courage pendant trois ans pour tirer le peuple de l'esclavage du despotisme pût concourir à le remettre ensuite sous l'esclavage de la superstition. » Un certain nombre de membres du club pensaient sans doute comme les Girondins à cet égard, car les paroles de Guadet furent accueillies par des applaudissements, mêlés, il est vrai, de murmures improbateurs (1).

(1) A'oyez le discours de Guadet dans le Journal des débats et de la correspondance d? la Société, numéro 167.

Il a paru, en 1861, une Histoire des Girondins (2 vol. in-8°), par M. J. Guadet. neveu du représentant. Le seul nom de l'auteur indique dans quel esprit cette oeuvre u dû être conçue. Nous compi-enons très-bien le sentiment pieux auquel a obéi M. Guadet, en écrivant son Histoire des Girondins ; mais nous comprenons moins qu'il ait fait, à l'égard des adversaires des hommes dont il a entrepris le panégyrique, précisément ce qu'il reproche aux pi-écédents historiens qui se sont montrés sévères pour la Gironde; nous comprenons moins que lui aussi ait repris contre Robespierre « toutes les vieilles thèses des libelles de 1793. » M. Louis Blanc, dont il semble suspecter l'impartialité, s'est montré mille fois plus juste envers les Girondins qu'il ne Test, lui, envers les hommes de la Montagne. Il se garderait bien, dit-il (t. I, p. 122 de la 2"^ édition), de citer ]\Iontgaillard sur une question sérieuse, mais il n'hésite pas (p. 68), quand il s'agit de présenter Robespierre comme envieux et méchant, à s'appuyer sur l'autorité de madame de Staëll!! Il est vrai qu'il la renforce du témoignage de madame Roland ; mais il se garde bien de dire que madame Roland a eu ellemême l'idolâtrie de Robespierre, et que l'illustre femme est devenue hostile à l'immortel tribun, juste au moment oii l'homme qii'elle aimait d'un amour éperdu sacrifiait sa vieille amitié pour Robespierre à ses sympathies plus récentes pour la Gii"onde, toute-piiissante alors.

Inutile d'ajouter que IM. Guadet omet complètement d'avouer que, dans cette regrettable lutte entre Robespiei-re et les Girondins, ceux-ci furent les agresseurs violents et passionnés, et poussèrent jusqu'au chef-d'œuvre l'art de la calomnie. A oulez-vous, par exemple, savoir comment cet historien raconte la séance du 26 marsV <■. Robespierre vint lire au club un projet d'adresse aux sociétés affiliées, projet étalant vingt allusions insidieuses contre le nouveau ministère ; il demandait si ce ministère était le triomphe de l'intrigue ou celui de la liberté? Guadet assistait à la séance, il repoussa les attaques de Robespierre, Robespierre répliqua, et cette discussion passionna singulièi-ement l'auditoire. ..»(P. 211.) On voit comme tout cela est travesti, contraire à la vérité. Et de cet étrange reproche de Guadet à Robespierre d'avoir invoqiié le nom de la Providence, pas un mot. Sans doute c'était erabari-assant à dire pour M. Guadet neveu ; mais, en dissimulant ainsi les choses les plus essentielles, il est assurément Ibrt commode de donner tort à ses adversaires. M. J. Guadet se garde bien également

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0 étrange modération des Girondins, ô tolérance tant vantée! Il n'était même pas permis d'invoquer ce grand nom de la Providence, sous peine d'être accusé par eux de vouloir ramener le peuple sous l'esclavage de la superstition ! A cette attaque inattendue, que répondit Robespierre? Se montra-t-il irrité, comme Guadet sans doute n'eût pas manqué de l'être a sa place? Se répandit-il en récriminations amères? On va en juger. « Je ne viens pas, dit-il, combattre un législateur distingué. » — Il n'y en a pas, il n'y en a pas! s'écrièrent aussitôt plusieurs voix. — <c Je veux dire un législateur distingué par ses talents. » Guadet, pensait-il, l'avait sans doute mal compris, car leurs principes étaient les mêmes, il le croyait. Puis, après avoir attesté le patriotisme et la. gloire de son contradicteur, et établi en quelques mots comment son honneur se trouvait engagé à soutenir des principes reconnus par tous les peuples du monde, il continua en ces termes : a La première objection porte sur ce que j'aurais commis la faute d'induire les citoyens dans la superstition après avoir combattu le despotisme. La superstition, il est vrai, est un des appuis du despotisme; mais ce n'est point induire les citoyens dans la superstition que de prononcer le nom de la Divinité; j'abhorre autant que personne toutes ces sectes impies qui se sont répandues dans l'univers pour favoriser l'ambition, le fanatisme et toutes les passions, en se couvrant du pouvoir secret de l'Éternel qui a créé la nature et l'humanité, mais je suis bien loin de le confondre avec ces imbéciles dont le despotisme s'est armé. Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s'étayèf la faiblesse humaine pour -s"élancer à la vertu. Ce n'est point un vain langage dans ma bouche pas plus que dans celle de tous les hommes illustres qui n'en avaient pas m.oins'de morale pour croire à l'existence de Dieu. » Arrêté un moment par les brouhaha et les cris : « A l'ordre du jour! » « Non, Messieurs, » reprit-il avec fermeté, « vous n'étoufferez point ma voix, il n'y a point d'ordre du jour qui puisse

de nous raconter qne, dans sa réponse si belle et si modérée, Robespierre commenta par déclarer, en s' adressant à Guadet, qu'il ne venait pas combattre un législateur dislinguê. Ou eût trop vu combien peu il y avait d'animosité dans cette réplique. Puis, arrivant au grand déchirement d'avril, il parle bien des attaques de Robespien'e confc"e Guadet, mais il évite soigneusement de nous faire savoir que ces attaques étaient une réponse à d'odieuses calomnies imaginées par Guadet, dont le principal grief contre Robespierre consistait, comme on le verra plus tard, en ce que ce dernier était « l'idole du peuple. » Permis à M. Gualet de s'étonner (p. 69), comme son oncle, « qu'un tel homme soit devenu une espèce d'idole populaire; » nous avons dû, quant à nous, prémunir une fois pour toutes le lecteur contre cette prétendue Histoire des Girondins faite, en ce qui concerne la vie publique des hommes de la Gironde, avec quelques bribes du Momteur et des Mémoires qui ne sont, pour la plupart du t«nips^ qu'une accumulation de mensonges et de calomnies. (Meillan, Louvet, etc.)

LIVRK VII. — An>III!ABLK lŒPONSE DK ROBESPIERRE lii3

■étouffer cette vérité. Je vais continuer de développer un des principes puisés dans mon cœur, et avoués par tous les défenseurs de la liberté; je ne crois pas qu'il puisse jamais déplaire à aucun membre de l'Assemblée nationale d'entendre ces principes; et ceux qui ont défendu la liberté à l'Assemblée constituante ne doivent pas trouver des opposi-, lions au sein des Amis de la Constitution. Loin de moi l'idée d'embras-,. ser ici aucune discussion religieuse qui pourrait jeter de la désunion jj parmi ceux qui aiment le bien public, mais je dois justifier tout ce qui' est attaché sous ce rapport à l'adresse présentée à la société. '

a Oui, invoquer le nom de la Providence et émettre une idée de -. l'Être éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, C-.c__ __av qui me paraît à moi veiller d'une manière toute particulière sur la Révolution française, n'est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qiii m'est nécessaire. Et comment ne me serait-il pas nécessaire à moi qui, livré dans l'Assemblée constituante à toutes les passions, à toutes les viles intrigues, et environné de tant d'ennemis nombreux, me suis soutenu, seul, avec mon âme? Comment aurais-je pu soutenir des travaux qui sont au-dessus de la force humaine, si je n'avais point élevé mon âme à Dieu? Sans trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m'a bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir *^^'^ ■ "le peuple.

« Qu'y a-t-il dans cette adresse? une réflexion noble et touchante... Je nomme Providence ce que d'autres aimeront peut-être mieux appeler hasard; mais ce mot Providence convient mieux à mes sentiments. On a dit encore que j'avais fait une injure aux sociétés populaires. Ah! certes, Messieurs, je vous en atteste tous, s'il est un reproche auquel je sois inaccessible, c'est celui qui me prête des injures au peuple, et cette injure consiste en ce que j'ai cité aux sociétés la Providence et la Divinité. Certes, je l'avoue, le peuple français est bien pour quelque / chose dans la Révolution; sans lui nous serions encore sous le joug du ! despotisme. J'avoue que tous ceux qui étaient au-dessus du peuple auraient volontiers renoncé pour cet avantage à toute idée de la Divinité; mais est-ce faire injure au peuple et aux sociétés affiliées que de leur donner l'idée d'une Divinité qui, suivant mon sentiment, nous sert si heureusement? Oui, j'en demande pardon à tous ceux qui sont plus éclairés que moi, quand j'ai vu tant d'ennemis soulevés contre le peuple français, tant d'hommes perfides employés pour renverser l'ouvrage du peuple, quand j'ai vu que le peuple lui-même ne pouvait agir, et qu'il était obligé de s'abandonner à ces hommes perfides ; alors plus que jamais j'ai cru à la Providence ; et je n'ai jamais pu in-

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isulter ni le peuple, ni les sociétés populaires, en parlant comme je l'ai fait des mesures qu'il faut prendre pour la guerre ou pour la paix, ni dans le retour que j'ai fait sur ce qui s'est passé. »

Ces accents exempts d'amertume, touchants et mélancoliques parfois, comme lorsqu'il parlait de l'époque oili, seul au milieu d'une assemblée hostile, il s'était senti soutenu par le sentiment religieux, semblaient un écho de la Profession de foi du Vicaire savoyard. L'orateur se défendit, avec non moins d'éloquence, d'avoir outragé personne en soutenant son opinion contre la guerre, et en présentant Narbonne et La Fayette comme peu dignes de la confiance de la nation. Il parla encore de son estime pour les législateurs patriotes avec lesquels il se trouvait en désaccord sur quelques points (^ceci regardait parliculièrementBrissot et Guadet), et rappela que, pour sa part, il n'avait jamais trouvé mauvais, lorsqu'il était investi du caractère sacré de représentant du peuple, que des citoyens courageux présentassent à l'Assemblée constituante des observations sur les fautes dans lesquelles elle pouvait tomber, préférant de beaucoup aux plates flagorneries les pétitions où se manifestait le véritable vœu du peuple. Quant aux nouveaux ministies, comment était-il possible de l'accuser d'avoir excité a leur égard les défiances du peuple ? Il n'avait pas fait d'avance leur éloge, cela était vrai, quoique plusieurs d'entre eux lui inspirassent beaucoup d'estime; mais, avant d'en parler, il tenait à les voir à l'œuvre ; c'est pourquoi il n'en avait dit ni bien ni mal, tout en trouvant que le ministère régénéré s'annonçait dans des circonstances heureuses, et en cela il avait obéi à la seule inspiration de sa conscience. 11 n'avait donc rien avancé qui pût décourager le peuple, Içquel, ayant jusqu'ici triomphé des plus grands dangers, saurait bien surmonter encore les plus graves obstacles. Le patriotisme, d'où dépendait le succès des révolutions, n'était point, à ses yeux, une affaire de convenance, un sentiment se modifiant selon les intérêts divers, mais un sentiment aussi pur que la nature, aussi inaltérable que la vérité. Si donc il avait développé ce sentiment à son point de vue, dans l'adresse dont il avait donné lecture, c'était dans l'espoir d'introduire la morale dans la politique; et, en terminant, il demanda à la société de décider si les principes dont il s'était fait l'interprète étaient aussi les siens (1).

(1) Journal des dcbats et de la co/tw;!., etc., luuuéro 1(57. l.a réponse de l'obespicrrc a été reproduite dans ses OEuvres, ])ubliéos par J.a])onnera3'e, t. I, p. 304; et dans l'Histoire pmlemnUairr par JMM. Bucliez et Uoux (t. XIII, p. 445). Yoilà pourtant ce que M. Jlicliclet, dans sa déplorable partialité, prétend être un habile appel à l'envie (t. III, p. 406). Cet admirable cri de la conscience outragée ne trouve même pas uràce devant lui, et n'est à ses yeux qu'un do ces morceaux, « parfois excellents, liabilement travaillés, qui tenaient longtemps la lampe allumée passé minuit aux

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