‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 73 sur 188 · I.IVIŒ Vlll. CHAIMES DES l'ATKlOTES · texte numérisé non relu

I.IVIŒ Vlll. CHAIMES DES l'ATKlOTES

exécutif; on put croire alors l'Assemblée toute disposée à se montrer sévère à l'égard des fonctionnaires traîtres à la Révolution; mais, profondément agitée par des courants contraires, elle semblait prendre à tâche' de se déjuger du jour au lendemain, et il suffira de quelques-uns de ses actes entachés de l'esprit de réaction pour pousser le peuple à sauver, malgré elle et sans elle, la Révolution menacée.

Dans ces derniers temps Robespierre, considérant encore l'Assemblée comme l'ancre de salut de la chose publique, n'avait cessé de recommander au pays de se fier à elle; aussi se monlra-t-il fort contrarie de ce qu'elle eût tant tardé à rendre le décret réparateur qui levait la suspension du maire, et surtout de ce qu'en dévoilant publiquement l'injustice des admiuistrateui's du département, elle ne les élit pas châtiés en même temps et n'eût pas vengé le peuple injurié dans la personne de son premier magistrat. Laisser impunis le directoire de Paris et La Fayette, c'était, dit-il au club, leur fournir les moyens de machiner de nouvelles conspirations; peut-être, pensait-il, en éclaterait-il dès le lendemain (1). Anthoine, son ancien collègue à l'Assemblée constituante et son ami, vint ensuite parler d'un complot formé contre les fédérés, et dont l'exécution, confiée à un régiment suisse, devait avoir lieu dans la nuit. Ainsi se propageaient les bruits les plus alarmants: La Fayette, prétendait-on, était revenu à Paris; Narbonne et Beaumetz y avaient été vus; la présence de ces hommes au sein de la capitale, en ce moment critique, paraissait singulièrement suspecte à Robespierre. Voulait-on profiter de la fête de la fédération pour fomenter quelque tumulte, et, sous prétexte de rétablir l'ordre, proclamer la loi martiale, massacrer les citoyens, comme l'année dernière on s'était servi du meurtre de deux individus, immolés au Gros-Caillou, pour excuser la tuerie dont le Champ-de-Mars avait été le théâtre? 11 le craignait, croyant La Fayette et ses amis parfaitement capables de méditer quelque crime qu'ils pussent ensuite imputer aux amis de la liberté. Assurément il allait beaucoup trop loin quand il accusait en quelque sorte le général d'avoir commandé l'assassinat du boulanger François afin d'arracher à l'Assemblée constituante le vote de la loi martiale, et autorisé le meurtre des deux victimes du Gros-Caillou pour avoir un motif de réprimer violemment les pétitionnaires du Champ-de-Mars; c'est le propre des passions politiques de tomber toujours dans quelque exagération. Mais de leur côté, ne l'oublions pas, les partisans de la cour, La Fayette et tous ses amis, n'avaient rien négligé, pour donner

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitutiou numiro 231.

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à croire aux esprits faibles que les personnes coupables du meurtre des deux individus trouvés sous les marches de l'autel de la patrie étaient les mêmes que celles accourues, paisiblement et sans armes, pour signer la pétition déposée sur ce même autel, et qui, le soir, avaient été impitoyablement fusillées. C'était aux fédérés, disait Robespierre en terminant, à assurer la punition d'un traître qui menaçait la tranquillité de la France, et à sauver la liberté. Se levant après lui, Danton proposa à la société d'inviter les fédérés à ne pas se séparer avant que la nation eût statué sur le sort du pouvoir exécutif 11). Comme déjà l'on sent chanceler sur sa base le trône huit fois séculaire des Capétiens !

Elle eut lieu au milieu des plus vives anxiétés, cette troisième fête de la fédération; cependant, et contre l'espérance des royalistes peutêtre, elle ne fut l'occasion d'aucun trouble. La présence de toutes les autorités constituées, l'énorme affluence des spectateurs venus de tous les points de la France, le calme majestueux du peuple, auraient pi faire croire à une trêve, h un apaisement général; mais la sérénité du ciel qui favorisa l'imposante cérémonie n'était point dans les cœurs : depuis trois ans la situation était bien changée. Tandis que les fédérés de 1790 s'étaient réunis au sein de la paix pour jurer le maintien de la constitution ébauchée, ceux de 1792 se rassemblaient pour soutenir la constitution chancelante, écrivait Robespierre, et défendre la liberté menacée. En 1790, un général, à présent convaincu de parjure et de perfidie envers la Révolution, avait été l'objet d'une extravagante adulation ; les fédérés d'aujourd'hui étaient des hommes libres, appelés par le danger de la patrie, à laquelle seule désormais s'adressaient leurs serments et leurs hommages. La fédération de 1790 avait été le triomphe de la bourgeoisie; celle de 1792 annonça l'avènement de la démocratie, dont l'enfantement, hélas! devait être si pénible et si douloureux. Les piques mêlées aux fusils, les uniformes confondus avec les vêtements grossiers des artisans et des laboureurs indiquaient suffisamment que le génie de l'Égalité présidait à cette fête. Ce qui fut pour l'aristocratie un sujet d'abattement et de crainte remplit d'allégresse l'àme des pa-

(1) Journal des débals et de la correspondance de la Société des Amis de la Cùnstilution, numéro 232.

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iriotes, et dans la réunion de tant de citoyens courageux, Robespierre se plut à voir le suprême espoir de la patrie au milieu des périls imminents dont elle était environnée.

En rendant compte de cette fête nationale, il engagea les fédérés à se conduire avec autant de prudence que d'énergie, jugeant la cour capable de mettre tout en œuvre pour provoquer leur impatience et les porter à des partis extrêmes et précipités. Aii;si, il les invitait tout pai ticulièi'emenl à ménager l'opinion des personnes faibles ou égarées ; et, par la suite, nous le verrons toujours maintenir une distinction profofide entre ces gens là et les coupables, indulgent aux premiers, inflexible envers les seconds. Pour sauver la liberté, il fallait d'abord, selon lui, s'armer la constitution même, procéder par des mesures sages, progressives, afin de rallier les esprits timides et ignorants et d'imposer silence à la calomnie. 11 ne désespérait pas encore de l'Assemblée nationale, à laquelle la constitution offrait tous les moyens légaux de punir une cour conspiratrice, des généraux perfides et de destituer des directoires contrerévolutionnaires. (( Citoyens fédérés, » disait-il, « ne combattez nos ennemis communs qu'avec le glaive des lois. Présentez légalement à l'Assemblée législative le vœu du peuple de vos départemens et les alarmes de la patrie en péril. Développez avec énergie toutes les atteintes portées jusqu'ici à la constitution , tous les crimes commis contre la liberté par ses ennemis hypocrites et par ses ennemis déclarés. Dénoncez à vos concitoyens les trahisons et les traîtres; développez à leurs yeux le fatal tissu de ces abominables intrigues qui, depuis si longtemps, livrent la nation à ses anciens oppresseurs et à des tyrans nouveaux; de ces intrigues dont Paris est le centre, et que l'on soupçonne à peine dans nos départemens. Constatez d'abord que ceux à qui les rênes du gouvernement ont été confiées ne veulent point absolument sauver l'État, ni maintenir la constitution, afin que la nation éclairée sur l'étendue et sur les véritables causes de ses dangers, puisse pourvoir elle-même à son propre salut, et que la première invasion des ennemis extérieurs soit le signal qui l'avertisse de se lever tout entière. -» La seule présence de ces fédérés, leur union avec les patriotes de la capitale suffiraient sans doute, il le pensait, a rendre impuissants les satellites du despotisme, à ranimer l'esprit public, à abaisser l'audace de l'aristocratie. Des mesures plus promptes, plus vigoureuses en apparence, légitimées par les droits du peuple, conseillées par l'indignation et l'impatience, étaient réprouvées par la saine politique. « Sans doute, » poursuivait-il , « un peuple lâchement trahi peut avoir des droits bien étendus, mais ce n'est pas la vengeance qu'il faut chercher, c'est le salut public. »

Sachant bien qu'un des artifices familiers au despotisme était de chercher à exciter des mouvements inutiles et mal combinés qui dégénérassent en crise mortelle pour la liberté, il engageait le peuple à se méfier surtout de ces émissaires aux gages des ennemis de la Révolution, qu'on voyait se mêler aux meilleurs citoyens dans le but d'emporter hors des règles de la sagesse le patriotisme ardent et inexpérimenté. C'était un art bien connu des tyrans, disait-il, en rappelant une juste observation de Jean-Jacques Rousseau, d'envoyer dans les assemblées populaires des agents ayant mission de proférer des discours insensés et de commettre des actes criminels, qu'on imputait ensuite à l'assemblée entière, pour flétrir les démarches les plus honorables en elles-mêmes et présenter le peuple comme un ramas de brigands séditieux. Combien vraies ces réflexions ! et que de fois encore, dans le cours de la Révolution, nous entendrons Robespierre réagir contre des exagérations dues autant à la perfidie et à la trahison qu'aux égarements du patriotisme. Il faut lire d'un bout à l'autre ces observations oiî la prudence et la sagacité s'alliaient à la plus rare énergie, pour être convaincu que la Révolution serait arrivée sans encombre au port si toujours eile avait été dirigée par d'aussi sages conseils. M précipitation téméraire, ni zèle indiscret, telle était sa conclusion. On devait, disait-il, laisser quelque temps encore les contre-révolutionnaires s'enlacer dans leurs propres intrigues, et attendre, pour agir, leurs attentats prochains contre la liberté. Le calme et la réflexion, joints à la fermeté et au courage, assuraient alors le salut de la patrie et le bonheur des hommes (1).

Le dénoùmeiit allait être plus rapide que peut-être ne le pensait Robespierre. A moins d'un mois de là, en effet, le trône s'écroulait avec fracas. Cette fédération de 1792 fut la dernière fête de la monarchie ; et le maire de Paris, Feiion, rendu à ses administres par un décret de la veille, en fut le héros. Louis XVI y assista comme à l'agonie de la royauté. Pas un cri u amour ne salua sa présence ; au morne silence du peuple, avant-coureur d'une chute prochaine, il comprit la gravité de la situation, comme on put le voir à la tristesse répandue sur ses traits. En vain ses partisans comptaient, pour défendre sa couroni'.e, sur la garde imposante rangée autour de lui devant l'École militaire, et dont l'aspect menaçant ne contribua pas peu à irriter la population, les t<^njps étaic-nt bien changés : le salut des trônes reposait désormais, non plus sur la puissance des baïonnettes, mais sur l'opinion publiquf^.

(1) Voyez cet article intitulé : Sur la fédération de 1792, dans le uumt-ro 10 div Di'fi>n.'<fiir de ht Constitution, p. 480 h 491.

LIVHE VIII. — l'KTITION DKS FEDEHKS A L ASSEMBLEE NATIONALE 331

La fîère attitude des fédérés, la clialeur de leur patriotisme, la sincérité de leur entliousic^sme révolutionnaire, les désignaient par avance comme d'intrépides soldats tout prêts à verser leur sang pour la cause de la liberté. On regrettait donc généralement qu'un décret de l'Assemblée nationale les obligeât de se rendre au camp de Chàlons après qu'ils auraient assisté à la fête commémorative de la prise de la Bastille. Le surlendemain de la Fédération, Robespierre monta à la tribune des Jacobins pour développer les motifs qui rendaient indispensable , selon lui, nécessaire même au salut de l'Etat et de la liberté française, le séjour des fédérés dans la capitale jusqu'à ce que la patrie eût cessé d'être en danger. Au moment où la cour, disposée à en finir avec la Révolution, faisait appel au dévouement de tous ses partisans, il était bien naturel que, de son côté, la Révolution recrutât des défenseurs. Seulement, afin de conserver les fédérés, il fallait leur rendre possible le séjour de Paris. C'était aux bons citoyens,, continuait Robespierre, à les traiter en frères, en amis, en libérateurs, à partager avec eux leur logement et leur table. Quant aux fédérés, il les er.gageait à écrire à leurs concitoyens, à leur peindre les dangers réels de la patrie, à les inviter à se joindre à eux (1). Lui-même, nous le verrons, leur servira tout à l'heure de secrétaire. Ainsi donc, si quelqu'un était constamment sur la brèche, prêtant le flanc aux coups de la réaction, c'était lui, toujours lui, et il eût été la première et la plus grande victime de la contre-révolution victorieuse. Les écrivains qui ont suspecté son courage ont tout simplement commis une puérilité.

L'année précédente, à la suite des événements du Champ-de-Mars, on avait agité la question de le poursuivre devant les tribunaux; cette année encore, on essaya de s'en débarrasser par un procès ; le ministre de la justice le dénonça à l'accusateur public pour son adresse aux fédérés. Son successeur dans ces hautes fonctions recula sans doute, il faut le croire, devant une mesure qui eût achevé d'exaspérer le peuple; la plainte resta sans effet. La société des Amis de la constitution apprit cette nouvelle dans sa séance du 16 juillet: ce soir-là elle choisit Robespierre pour vice-président, comme pour protester contre la dénonciation ministérielle (2).

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Am delà ConstitufioHy numéro 233.

(2) Ibid.

Le lendemain 17 juillet, douloureux anniversaire pour les patriotes, les fédérés se présentèrent à la barre de l'Assemblée nationale, porteurs d'une pétition rédigée par Maximilien. C'était un résumé énergique des griefs dont chaque jour la tribune et la presse retentissaient contre le pouvoir exécutif et ses agents. En déclarant la patrie en danger, l'Assemblée avait sans doute appelé tous les citoyens à concourir au salut du pays par leur courage et leurs lumières ; lors donc que des hommes d'un patriotisme éprouvé venaient lui proposer des moyens de conjurer le péril, us accomplissaient un devoir et exerçaient un droit formellement reconnu par la constitution. Ils avaient raison quand ils disaient : « Sans la trahison de nos ennemis intérieurs, les autres ne seraient point à craindre. » Ils avaient raison encore lorsqu'ils ajoutaient : « Si la nation ne peut être sauvée par ses représentants, il faut qu'elle le soit par elle-même. » Ils concluaient, en résumé, à la mi^e en accusation de La Fayette et de ses comphces, au licenciement de l'état-major de l'armée, à la destitution et à la punition des directoires coalisés avec la cour contre la liberté. Quant à la personne du roi, sans s'expliquer bien nettement à son égard, ils priaient l'Assemblée de faire du pouvoir exécutif ce qu'exigeaient le salut de l'Etat et la constitution, dans le cas où la nation viendrait à être trahie par lui (I). Applaudie par les uns, improuvée par les autres, cette pétition n'amena aucun résultat parlementaire : après quelques débats insignifiants, l'Assemblée passa à l'ordre du jour. Le 19, ayant à s'occuper de la demande de mise en état d'accusation du général La Fayette, formée par quelques-uns de ses membres, elle ajourna la question au joursuivanl(2).C'étaitjeterune sorte de défi à l'opinion publique, et cela au moment où, des frontières, arrivaient coup sur coup les nouvelles les plus inquiétantes; cù la présence du vieux Luckner à Paris, en laissant La Fayette maître de la direction des deux armées, irritait les défiances; où enfin deux cent mille Autrichiens et Prussiens, renforcés de plus (le vingt mille émigrés, s'avançaient, n'ayant à combattre, pour percer nos frontières, que quatre-vingt mille soldats, pleins d'enthousiasme et de courage, il est vrai, mais mal armés et commandés par des officiers dont la plupart étaient hostiles h la Révolution.

(1) Voyez cette pétition des fédérés dans le numéro 10 du Défenseur delà Constilution. Elle se trouve avec quelques variantes dans le Moniteur du 19 juillet ; mais on doit préférer le texte donné par Robespierre, puisque la rédaction est de lui. Le Moniteur fait dire aux fédérés : « Pères de la patrie, suspendez provisoirement le pouvoir exécutif dans la personne du roi. » Or cette phrase ne se trouve pas dans la version du Défenseur. Si elle a été réellement prononcée, elle n'est sans doute pas de RobespieiTC, au texte duquel nous avons dii nous en rapporter.

(•2) Voyez lo Moniteur du 21 juillet 1792.

LivitE VIII. — i.Erna-: dk uouespiep.ue a coutiion a;33

Le 20 juillet, Robespierre écrivait à l'un de ses plus cliers amis cette lettre dont l'importance n'échappera à aucun de nos lecteurs :

« Mon ami, j'attends avec inquiétude des nouvelles de votre santé. Nous touchons ici aux plus grands événemens, L'^^ssemblée a hier absous La Fayette; le peuple indigné a poursuivi quelques députés au sortir de la séance. Aujourd'hui est le jour indiqué par un décret pour la discussion de la déchéance de Louis XVL On croit que cette affaire sera encore retardée par quelque incident. Cependant la fermentation est au comble, et tout semble présager pour cette nuit môme la plus grande commotion à Paris. Nous sommes arrivés au dénoûment du drame constitutionnel. La Révolution va reprendre un cours plus rapide, si elle ne s'abîme dans le despotisme militaire et dictatorial.

« Dans la situation où nous sommes, il est impossible aux amis de la liberté de prévoir et de diriger les événemens. La destinée de la France semble l'abandonner à l'intrigue et au hasard. Ce qui peut nous rassurer, c'est la force de l'esprit public à Paris et dans nombre de départemens, c'est la justice de notre cause. Les sections de Paris montrent une énergie et une sagesse dignes de servir de modèle au reste de l'État. Vous nous manquez. Puissiez-vous être bientôt rendu à votre patrie, et nous attendons avec une égale impatience votre retour et votre guérison. — Le 20 juillet 1792 (1). »

Cet ami, c'était Couthon. Nous aurons plus d'une fois à nous occuper de ce frère de cœur de Robespierre, de cet homme bon, doux et affable entre tous, qu'une réaction menteuse a poursuivi des m.émes calomnies dirigées contre la mémoire de l'ami illustre dont il partagea les travaux et la mort. Né à Orcet, en Auvergne, en 1756, Couthon exerçait la profession d'avocat à Clermont à l'époque oi^i éclata la Révolution. Partisan enthousiaste des nouveaux .principes, il avait été nommé par ses concitoyens président du tribunal de Clermont, lors de la réorganisation du pouvoir judiciaire. Élu député à l'Assemblée législative par le collège électoral du Puy-de-Dôme, il était venu à Paris vers la fm de la Constituante, avec sa femme et son jeune fils, et tout de suite s'était lié intimement avec Robespierre, vers lequel l'entraînait une étroite conformité de sentiments et d'opinions. Hôte assidu de la maison Duplay, fréquentée par les plus purs et les plus vertueux patriotes, il fut à l'Assemblée législative et à la Convention

(1) Nous avons entre les mains deux copies de cette lettre qui, l'une et l'autre, Ijortcnt la date du 20 juillet. La Fayette ne fut en réalité absous par l'Assemblée que le mercredi 8 août; mais la décision du 15 juillet put très-bien paraître à Robespierre Une absolution anticipée. La lettre que nous reproduisons est une de celles qu'eurent grand soin de ne pas publier les Thermidoriens et qui peu à peu reviennent au jour pour éclairer l'histoire d'une lumière nouvelle.

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un des plus ardents défenseurs des principes révolutionnaires. Doué d'une éloquence persuasive, il prit souvent la parole au sein de l'Assemblée nationale, et y soutint énergiquement les doctrines démocratiques dont Robespierre était au dehors l'infatigable propagateur. Mais d'une complexion délicate, perclus des deux jambes, il se trouva contraint de quitter Paris le lendemain de la fête de la Fédération, à laquelle il avait assisté en chaise à porteurs, et d'aller demander aux bains des Boues de Saint-Amand, dans le Nord, le rétablissement d'une santé sérieusement compromise par les fatigues de luttes quotidiennes. Les Boues étaient dans le voisinage du camp de Maulde, où commandait Diimouriez. Couthon se lia avec ce général, dont le patriotisme alors ne paraissait nullement suspect, et plusieurs fois il conféra avec lui sur les meilleurs moyens de défendre la patrie envahie (1). Il était aux Boues de Saint-Amand quand lui parvint la lettre de son ami. Cette lettre produisit sur son esprit une impression profonde ; et bientôt, suppléant par l'énergie de son àme à la faiblesse de sa constitution physique, il accourra offrir à sa patrie un cœur et un cerveau intacts. Le décret évasif de l'Assemblée nationale au sujet de La Fayette fut une nouvelle cause d'irritation. On avait prétexté la nécessité de recherclîcr, avant de rien décider, s'il était vrai, comme dix personnes en avalent témoigné, que Luckner eût reçu de Bureaux de Puzy, de la part du général, le conseil de marcher sur Paris. Mais pendant ce temps La Fayette restait à la tête de l'armée, maître de tramer impunément la proscription des patriotes et la ruine de la liberté. Robespierre aurait préféré entendre l'Assemblée prononcer une absolution formelle, vers laquelle, du reste, la décision actuelle lui paraissait un acheminement. Ainsi donc les représentants d'un grand peuple, les successeurs de ceux qui avaient prêté le serment du Jeu de Paume, les gardiens de la Déclaration des droits de l'homme, semblaient approuver la conduite d'un citoyen qui, désertant son poste, était venu parler en dictateur à l'Assemblée, lui tracer sa ligne de conduite. Et ils ne s'étaient pas levés indignés quand un des panégyristes de La Fayette, le député Dumolard , renchérissant sur lés outrages prodigués aux patriotes par le général, avait traité de lèpre honteuse du corps social tous ceux qui incriminaient la conduite de ce chef d'armée! De telles exagérations autorisaient bien Robespierre à écrire de son côté : « Tous les suppôts

(1) Mémoires de Dumouriez^ t. II, p. 371. Comme tous les Mémoires publiés sous la Kestàuration, par les éditeurs Barrière et Berville, ces Mémoires de Dumouriez sont accompagnés de notes qui sont un éclio de toutes les calomnies eu cours à cette époque contre les victimes de Thermidor, et dont la naïveté fiiit sourire aujourd'hui quiconque a la moindre notion des choses de la Eévolution française.

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