‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 97 sur 188 · LIVRE VllI. OPERATIONS DE L ASSEMBLEE ELECTORALE · texte numérisé non relu

LIVRE VllI. OPERATIONS DE L ASSEMBLEE ELECTORALE

sur Robespierre qu'il appelle cependant « l'infâme » à tout bout de champ (1).

On est donc douloureusement étonné de voir certains écrivains, par le plus outrageux mépris de la vérité, prendre à tâche de rejeter sur lui une part de responsabilité de massacres auxquels il fut si manifestement étranger. Aujourd'hui, du fond de la tombe, comme autrefois du haut de la tribune de la Convention, Robespierre peut répondre : « Ceux qui ont dit que j'avais eu la moindre part à ces événements sont des hommes ou excessivement crédules ou excessivement pervers. Quant à l'homme qui, comptant sur le succès de la diffamation dont il avait d'avance arrangé tout le plan, a cru pouvoir écrire impunément que je les avais dirigés, je me contenterais de l'abandonner au remords, si le remords ne supposait pas une âme (2). »

Dans la matinée même du jour oxi commencèrent dans Paris les terribles exécutions populaires, le dimanche 2 septembre 1792, s'ouvrirent, dans la salle de l'Évêché, les opérations de l'assemblée électorale chargée de nommer les députés de Paris à la Convention, assemblée à laquelle, comme on l'a vu plus haut, Robespierre avait été député par la section de la place Vendôme, et dont les travaux le tinrent assidûment occupé jusqu'au 19 septembre.

On procéda à la vérification des pouvoirs des députés électeurs, sous la présidence du doyen d'âge, Pierre Desplanches, électeur du canton de Charenton. La salle de l'Évêché se trouvant trop étroite pour que le public pût être admis aux séances du corps électoral, un électeur proposa à ses collègues d'envoyer une députation aux Jacobins afm de leur demander la cession de leur emplacement pendant la durée des opérations électorales, lesquelles, devant avoir lieu chaque jour depuis dix heures du matin jusqu'à cinq heures du soir au plus tard, n'étaient pas un obstacle à la tenue des séances du club. Cette proposition fut aussitôt adoptée ; on décida même que tous les électeurs se rendraient ensemble aux Jacobins. L'assemblée chargea Robespierre et Collot-

(1) Histoire des hommes de proie, ou les crimes du comité de surveillatice, par Roch Marcandier. Voy. VHistoire parlementaire, t. XVIII p. 181 à 215.

(2) Réponse à Louvet. Lettres de M. Robespierre à ses commettans (numéro 4).

d'Herbois de porter la parole en son nom, et rendez-vous fat pris pour cinq heures précises dans le jardin de l'ancien couvent.

Le lendemain, 3 septembre, Robespierre rendit compte de l'accueil fraternel des Jacobins, et de leur empressement à mettre leur local à la disposition du corps électoral. L'assemblée vota des remercîments aux Jacobins, et continua la vérification des pouvoirs des électeurs. Elle entendit ensuite un long discours de Collot- d'Herbois sur les qualités nécessaires aux futurs députés à la Convention nationale. L'assemblée électorale était composée d'éléments fort divers, mais les partisans de la dernière révolution, celle du 10 août, s'y trouvaient en grande majorité. Conformément à un vœu formellement exprimé par les assemblées primaires, et appuyé par Robespierre, elle exclut de son sein ceux de ses membres qui auraient été affiliés à quelque club contre-révolutionnaire. On réclama la même mesure contre les signataires de la protestation relative au 20 juin. Comme une foule de signatures avaient été surprises, pour ainsi dire, à la bonne foi des citoyens inexpérimentés, Robespierre demanda une exception en faveur de ceux qui, ayant signé la pétition, ne l'auraient point colportée. Mais sa proposition, énergiquement combattue par quelques membres, fut repoussée après de vifs débats.

Il fat lui-même l'objet d'une inculpation, venue, prétendit un électeur, d'un valet de chambre du ci-devant roi. Diverses motions furent faites aussitôt touchant la nécessité de prendre des précautions afin d'éclairer le peuple sur les pièges qu'on lui tendait en environnant de soupçons les meilleurs citoyens. C'était la veille, on s'en souvient, que le journal de Brissot avait accusé Robespierre de faire tous ses efforts pour paralyser le courage des citoyens. Maximilien monta à la tribune : il déclara qu'il braverait tranquillement le fer des ennemis du bien public, et qu'il emporterait au tombeau, avec la satisfaction d'avoir bien servi la patrie, l'assurance que la France conserverait sa liberté. L'assemblée se sépara après l'avoir entendu, et s'ajourna au lendemain matin; il était alors deux heures et demie (1).

Le Zi, les électeurs se réunirent h dix heures du matin dans le local des Jacobins, et tout d'abord procédèrent à l'organisation définitive de leur bureau. Par acclamation et à l'unanimité, ils choisirent Collotd'Herbois pour président, et Robespierre pour vice-président. Ce dernier n'occupa, du reste, qu'une seule fois le fauteuil, à la séance du 6, 011 fut élu Collot-d'Herbois, qui sans doute jugea convenable de ne pas

(1) Procès-verbaux de rassemblée électorale (septembre 1792). Archives de la Ville. V. 69. Cartou 21.

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