HVBE XI. — ACCEPTATION DE LA CONSTITUTION 2S
Reçue et fêtée avec acclamation par les sections de Paris, lue, méditée, discutée avec calme dans la presque-totalité des assemblées primaires, acceptée par l’immense majorité des citoyens, puis su.spendue jusqu'il la paix pour ne pas être déchirée ou altérée par les factions, la constitution de 1793, on le sait, ne fut jamais exécutée. Elle était destinée k périr avec ses principaux auteurs, pour faire place à la constitution girondine de l’an II!, laquelle devait consacrer en quelque sorte l’avénement de la féodalité bourgeoise et rétablir cette inique division du pays en citoyens actifs et citoyens passifs, contre laquelle, depuis l’origine de la Révolution, Robespierre s’était élevé avec tant d’énergie et de persévérance.
Si profondément empreinte qu’elle fût de l’esprit démocratique, la nouvelle constitution rencontra une très-vive opposition, non-seulement de la part des Girondins, qui affectèrent de ne trouver de bon en elle que ce qui avait été emprunté au projet de Condorcet (I), mais encore de la part d’une certaine classe de révolutionnaires, dont les instincts de désordre ne pouvaient supporter aucune règle ni aucun frein. Ce sont ces hommes qui de tout temps ont rendu impossible rétablissement définitif de la démocratie ; ce sont les royalistes plus royalisies que le roi. Heureux encore quand, sous leur patriotisme d’apparût et leur zèle exagéré, il y a une conviction sincère et une foi profonde. C’était en songeant à ces gens-l;\ que Robespierre di.sait : « Le faux révolutionnaire s'oppose aux mesures énergiques et les exagère quand il ii’a pu les empêcher... Plein de feu pour les grandes résolutions qui ne signilient rien, très-attaché, comme les dévotes dont il se déclare l’ennemi, aux pratiques extérieures, il aimerait mieux user cent bonuets rouges que de faire une bonne action (2). Parmi ces hommes qu'on appela les t'nrafftii, et que Hobespierre considérait comme aussi funestes à la Révolution que les royalistes eux-mêmes, parce que, suivant lui, les deux extrêmes aboutissaient au même point et qu'on manquait également le but eu étant
(1) Daus la séance du 8 juillet 1793, Condorcet fut décrété d'arrestation, sur la dénonciation de Chabot, pour avoir lancé un pamphlet Tirulenl contre la conslituiiou. On eonnattsa fin malheureuse.
(S) Rapport sur les principes de morale politique qui doivent guider la Conveniioii dans l'administraiion intérieure de la République.
niSTOlKE nt ROBESPIERRE
PU deçà üu au dclîi, sc trouvait un ani’ion (U'Atri' noniraA Jacques Roux.
Le 23 juin, la Convention venait d'entendre plusieurs adres.ses de félicitations, au sujet de rachèvenient de la constitution, de la part des corps administratif et judiciaire de la ville de Paris, et de décréter l'almlition de la loi martiale, cette loi dont .s'était si souvent indigné Roliespierre au temps de la Constituante, quand Jacques Roux, qui avait été admis à la barre, prit la parole au nom de la section des Gravilliers. .\iix premiers mots .sortis de la bouche de l’orateur, Robespierre devina une menace dans la pétition dont on allait entretenir l’A.ssemblée. Or, était-il d'un patriotisme bien entendu de jeter au milieu de la Convention (pielque nouveau brandon de discorde é l'heure où son fpuvre il peine achevée était saluée avec enthousiasme par l'intelligente, population de la capitaleV Robespierre vit là un péril qu'il jugea urgent de conjurer. S'élançant précipitamment à la tribune ; « Je demande », s'écria-t-il, a à être entendu avant ce citoyen. Il faut (|iietons les esprits restent aujourd’hui fixés sur les idées touchantes et sublimes présentées par les autorités constituées au nom des citoyens de Paris. Livrons-nous au sentiment consolateur qu'elles inspirent; occupons-nous de rachèvenient de la constitution; que ce grand ouvrage ne soit interrompu par aucun intérêt particulier. Ce jour est une fête nationale. Tandis que le peuple jure la fraternité universelle, travaillons ici à son bonheur; je demande donc que la pétition soit remise à un autre jour. Les motifs (pii m’inspirent sont dignes du peuple. » Cette proposition, vivement ajiplaudie, fut sur-le-champ décrétée H).
Mais le surlendemain soir Jacques Roux revint à la tète de quelipies citoyens du club des Cordeliers et d'une députation des sections Ronne-Nouvelle ef des Gravilliers, et il donna lecture de la fameuse pétition écartée l'avant-veille sur la motion de Robi'spieiTe. C’était un morceau d’une extrême violence, où l’on reprochait à r.\s.semblée de n'avoir point proscrit l’agiotage dans la constitution même, et de n’y avoir point prononcé de peines contre les accapareurs et les monopoleurs. On sommait la Convention, en termes impérieux, de prendre des mesures pour éviter la hausse du prix des denrées; le mot de trahison avait été prononcé. « Députés de la Montagne », disait l’orateur en achevant, « ne terminez pas votre carrière avec ignominie. » Cette sorte do manifeste, qu’un citoyen de la section des Gravilliers s’empressa de désavouer au nom de sa section, causa dans l’Assemblée une émotion extraordinaire. Plusieurs membres
(1 ) Jouj^ia^ des débats et des derrets de la Convention , numéro 279, p. 375L