‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 11 sur 354 · UVRK XI. — JACQUES ROUX ET LES ENRAGÉS · texte numérisé non relu

UVRK XI. — JACQUES ROUX ET LES ENRAGÉS

réclamèrent l’arrestation immédiate de Jacques Roux. Billaud-Varenne l’accusa de s’ètre transporté dans diverses .sections et au club des Cordeliers pour y décrier l’acte constiUitiounel. Il y avait h’i, ajouta Robespierre, une véritable jierfidie, car jeter sur les patriotes de la Convention une fausse teinte de modérantisme, n’était-ce pas vouloir leur enlever la contiance du peuple (1)? Sur la projio.sition de Legendre, l’A.ssemhlée chassa le malencontreux orateur, qui alla se plaindre aux Cordeliers, où, de concert avec Leclerc, il se répandit en récriminations amères contre Legendre, Léonard Bourdon, Collot d’Herbois et Danton. De Robespierre, pas un mot. Maximilien , il est vrai, n’appartenait pas au club des Cordeliers; il n’en était pas moins compris dans la réprobation dont Jac([ues Roux avait frappé la Montagne, trop modérée ù ses yeux.

Par une coïncidence fAcheuse, Paris fut dans la journée du 37 le théâtre de regrettables désordres; les déclamations de Jacques Roux contre l'agiotage s’étaient traduites en actes dans quelques endroits de la ville. Certes, personne plus que Robespierre n’avait de mépris pour les agioteurs et les accapareurs;, et plus d’une fois on l’avait entendu prononcer contre eux des paroles sévères; mais, dans les circonstances où l’on se trouvait, il ne put voir sans perplexité certains hommes sembler prendre à tâche de jeter le trouble dans les esprits au moment où l’on espérait encore, sans user de moyens violents, mener A bonne fin l’oeuvre constitutionnelle. Jacobins, commune et même Cordeliers témoignèrent en cette conjoncture une réprobation égale de la conduite des enragt's. « Paris», s’écria Robespierre aux Jacobins, dans la séance du 28 juin, « Paris, s’il conserve le caractère qu’il a montré jusqu’il ce jour, caractère qui en a imposé à tous les malveillants, Paris sera digne d’achever une Révolution qu’il a si glorieusement commencée. La constitution la plus populaire, qui ait jamais existé vient de vous être offerte.» Il .s’étonnait alors des calomnies dont un individu couvert du manteau du patriotisme avait |)oui'suivi les plus vieux athlètes de la liberté, et s’indignait à la pensée que Jacques Roux s’était présenté aux Cordeliers pour y répéter ses anathèmes contre la constitution; puis, apprenant que cet homme avait été ignominieusement chassé « de ce lieu sacré que les patriotes de fraîche date n’envisageaient qu’avec une vénération mêlée d’effroi », il ajoutait ; « S’il est vrai (]u’on lui ait rendu la justice qu’il mérite, alors mon attente est remplie; mais je ne puis que présumer mal de ceux qui, sous l’ombre de s’attacher plus fortement aux intérêts du peuple, voudraient donner de la suite

(I) Uonittur du Ï8 juin ITM.

aux vociférations délirantes de ce prêtre forcené. » Se félicitant ensuite d’avoir vu la Convention nationale devenir en quinze jours la plus populaire et la plus démocratique des assemblées, il engageait vivement .ses concitoyens à se délier de ces gens transformés tout à coup en révolutionnaires ardents, eux qu’on n’avait pas comptés au nombre des sincères défenseurs de la liberté qui depuis quatre ans luttaient contre la tyrannie. S’en tenir aux vrais principes, ne point adopter de fausses mesures, telles étaient, selon lui, les règles à suivre. On avait accusé le comité de Salut public de tendances contierévolutionnaires; c’était là, àsesyeux, une suprême injustice. Ce comité avait pu se tromper, commettre des fautes, mais on ne devait pas mettre en oubli ses services. Quant à lui, qui ne voyait pas toujours'en beau, il était plein de confiance, à cette heure, dans les ressources de la France, et il avait la conviction que jamais les ennemis de laRépublique n’avaienleu autant besoin de composeravec elle(l).

De telles paroles étaient certainement marquées au coin de la véritable sagesse ; elles indiquent bien le caractère de modération particulier à Robe.spierre, caractère auquel il demeurera toujours fidèle. Le surlendemain , la .société des Jacobins le chargea d’aller, en compagnie de Thirion, deLafaye, de Collotd’Herbois et de quelques autres membres, éclairer les Cordeliers sur le mal causé par la pétition de Jacques Roux. Traité comme un scélérat et un fanatique par Collol d’Herbois, par Legendre et même par Hébert, Roux fut conspué et rayé de la liste des Cordeliers. Le Lyonnais Leclerc eut un sort pareil. Varlct faillit être traité de même; on ajourna à statuer sur son compte jusqu’à ce qu’il eût été soumis au scrutin épuratoire; mais en attendant on lui interdit l’entrée du club (3). Ainsi se dessine bien nettement la politique révolutionnaire de Robespierre : éloignement égal pour l’hypocrisie décorée du nom de modération et pour celle qui, sous le masque d’un patriotisme exagéré, risquait de jeter la Révoluüon'hors des voies de la justice, lesquelles étaient seules capables de mener sûrement au port le vaisseau de laRépublique.

YI

L’étude attentive de tous les documents authentiques et .sérieux relatifs à la Révolution française prouve irrésistiblement que, loin de pousser aux mesures extrêmes de rigueur, Robespierre conseilla tou-

(t) Jmnal des dibaU et de ta correspondance de la sactilé des Jacobins, nam<ro8 iti et M2, et nepublicain français, numéro 228.

(2) Voy. le Républicain français, numéro 228.

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