‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 104 sur 354 · LIVRE XII. — LE CITOYEN TASCHEREAU · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LE CITOYEN TASCHEREAU

nier; servant de son mieux ses amis de Coblentz dans les sociétés populaires, où il vouait dernièrement îi la guillotine cinq cents membres de la Convention nationale (1). » Toutefois, Robespierre ne dit rien ce jour-lh contre lui. Moins heureux fut le citoyen Guirault, qui 'de Bordeaux était venu ù Paris, où dès longtemps il s’était fait une réputation d’intrigant, ce que Maximilien crut devoir rappeler. Guirault prétendit qu’il avait été calomnié par des agents de Pache, et que Robespierre avait été circonvenu ù son égard. A quoi ce dernier fit cette répon.se, digne d’élre rapportée : « Je n’ai pas entendu parler de Guirault depuis plus de trois mois, excepté dans la société; je ne suis circonvenu par personne , ni sur les hommes ni sur les choses, parce que personne ne vil d’une manière plus isolée (2)... » Nous dirons bientôt, en effet, son existence retirée et patriarcale. L’affaire, d’ailleurs, n’eut pas d’autres suites.

S’il pouvait être dangereux, au point de vue du maintien dans la société, d’Ctre l’objet d’une inculpation de la part de Robespierre, on comprend combien favorable pouvait être sa simple recommandation. Il n’était pas rare de voir des individus se prévaloir do leurs rapports avec lui comme d’une garantie de patriotisme. Ce fut ce qui arriva au citoyen Taschereau. Vivement inculpé par Deschamps et par Dobsent à cause de ses liaisons équivoques et de sa conduite ambiguë dans les diverses circonstances de la Révolution, il chercha à s’abriter derrière l’amitié de Robespierre. Celui-ci demanda aussitôt à s’expliquer sur la nature de cette prétendue amitié, laquelle s’était bornée ù quelques relations de la vie publique. Néanmoins, il n’abandonna pas Taschereau, dont la conduite, dit-il, lui avait paru constamment conforme aux vrais principes; il ajouta seulement qu’en meme temps un instinct de défiance l’avait toujours mis en garde contre lui (3). Singulière perspicacité de Robespierre ! Ce Taschereau devint, après Thermidor, un de ses plus vils calomniateurs. Incarcéré comme ayant été l’un de ses partisans, il essaya de fléchir ses persécuteurs en vomissant les plus ineptes calomnies contre le grand citoyen dont jadis il s’élail vanté d’être l’ami. 11 faut lire la rapsodie intitulée : A Maximilien Robespierre aux Enfers, pour se faire une idée de la lâcheté dont sont capables cer-

(I) Voj. le rapport, Don prononcé, de Robespierre sur la faction Fabre d'Êgianline.

(S) Journal des débalt et de la corretpondance de la sociité det Jacobine, numéro Sé9, et JTontleur du 14 frimaire an II (4 décembre 1793).

(3) Ifoflifeurdu 14 frimaire (uii si^rd). Le tournai des déboise! de la correspondance de la société des Jacobins est muet sur rinterrenlion de Robespierre dans l'affaire de Taschereau.

Digilized by Googlc

HISTOIRE UE nUIIESI’IERRE

tains hommes (1). Ce Taschereau, du reste, ne protita guère de l’espèce de brevet de civisme qu’en cette séance des Jacobins voulnt bien lui décerner Robespierre, car la société, h la presque unanimité, ne l'en expulsa pas moins de son sein (2), comme si, d’avance, elle eût jugé ce qu’il y avait de bas dans le caractère de cet homme.

Robespierre prit assez rarement la parole durant le cours de ces opérations épuratoires, et quand il parla ce fut plutût pour défendre que pour attaquer. 11 défendit Barère, Danton, Camille Desmoulins. Un seul membre de la société fut de sa part l’objet de récriminations extrêmement vives, ce fut Anacharsis Cloots, le baron prussien. Mais n’anticipons point.

Assez gravement inculpé par Dufourny à cause de sa légèreté et de son inconstance, Barère trouva de nouveau un avocat bien désintéressé dans son collègue du comité de Salut public. Robespierre en parla comme d’un bon citoyen qui, s’il avait eu (|uelques torts à se reprocher sous la Constituante, les avait amplement rachetés depuis en rendant d’incontestables services îi la République au sein du comité de Salut public, où par son talent et son savoir il était fort utile. Barère passa, grâce à rintervention de Maximilien. Mais Dufourny avait raison quand il rappela que Robespierre lui-méme avaiUtoujours considéré Barère comme un homme faible, et lorsqu’il pronostiqua en quelque sorte la sévérité du jugement de l’avenir sur ce personnage équivoque (3).

Vint le tour de Danton d’flre soumis â l’épuration. C’était le 13 frimaire (3 décembre 1793).

Au début de la séance, l’éloquent tribun, après avoir combattu

(1) Pour complaire à la réaciion de 1795,Toschereao alla juiqa'à rendre Kobeapierre responsable des actes de Carrier :

Ton «iprit a plané cur l'onde

Qoi fli reculer l'Oeéaa;

O tempe alTreux, douleur profonde.

Permet mca yeux «ur ce tyran.

El, en note, il a soin d'ajouter : •• C'est comme ami de ce tyran que je suis aujourd'hui précipité dans les fers. »

(12) Journal d€s débaU et de la correspondance de la société des Jacobins^ numéro 549.

(3) Voy. le Moniteur du 11 frimaire décembre 1793) et le Journal des débats et de la correspondance de la société des Jacobins^ numéro 545, séance du 8 frimaire (28 novembre).

Page 1