‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 107 sur 354 · LIVRE Xll — M EXAGÉRATION M MODÉRANTISME 2S · texte numérisé non relu

LIVRE Xll — M EXAGÉRATION M MODÉRANTISME 2S

iiivoloiitaircnicnl entraîner Camille Desinoulins. 11 fallait, en effet, en s’opposant aux exagérations révolutionnaires, s’attacher avec soin à ne point encourager la réaction. « Nous pensons, » écrivait h cette époque Maximilien au représentant Hentz en mission à Lille, « nous pensons qu’il faut se conduire do manière îi empêcher les excès du patriotisme, si tu en découvres, sans accabler les patriotes et sans assurer à l’aristocratie un triomphe qui entraînerait celui de l’Angleterre et de l’Autriche (1).... » Tous scs efforts curent pour but de maintenir la République entre ces deux factions rivales, les exaijMs et les indulgents, dont l'une, suivant ses propres expressions, tendait au modt’rantisme, et l’autre aux excès patriotiquement contre-révolutionnaires (2). Toutes deux se targuaient de patriotisme, mais d’un patriotisme qui ressemblait terriblement à la haine, îi la vengeance, à l’intrigue et à l’ambition (3). Combien vraie cette appréciation de Robespierre !

Aux paroles sévères qui, aux Jacobins, tombèrent de la bouche de Maximilien dans la séance du 9 frimaire (29 novembre 1793) au sujet de l’ancien maire de Strasbourg, nietrich, dont la société populaire de Strasbourg lui avait dès longtemps dénoncé les manœuvres contre-révolutionnaires (1), on inil s’apercevoir qu’il n’était nullement disposé à favoriser, par une indulgence prématurée, les ennemis de la République et les fauteurs de réaction (îi). Cela se vit plus clairement encore dix jours plus tard, îi la séance du 19 frimaire (9 décembre). Une proposition de Simond, tendant îi faire de la société en corps le défenseur officieux de tout citoyen qui se présenterait à elle avec l’appui d’administrations épurées ou de sociétés iiatriotiques, l’amena à la tribune. C’était là, suivant lui, ouvrir nu champ beaucoup trop vaste à l’intrigue, et une telle motion lui paraissait avoir été conçue par l’aristocratie. « La société des Jacobins, » s’écria-t il, « est-elle une société patrioticjue ou une société monarchique de Londres ou de Rerlin? Appartient-elle à la patrie ou aux lâches aristocrates qui cherchent à nous exterminer tous’? » Alors toutes les voix de la salle : « X la patrie! à la patrie! » — En ce cas, reprit-il , rallions-nous donc autour d’elle. »

(1) Lettre inédite de la main de Robespierre. Elle est ainsi datée ; « 20 frimaire an tt* de la République une et indisisiblo, » et porte en suseription : « Au citolen Heniz, représentant du peuple, envolé k l'armée du Nord. » Elle est signée : Robes- ' pierre, Barérc, Carnot, Billaud-Varcnne et Robert Lindet.

(2) Projet de rapport sur la faction Fabre d'Églautine.

(3) Ihid.

(ij Lettre de la société populaire de Strasbourg, du mois de mars 1792.

(5j Moniteur du 14 frimaire (4 décembre 1703) et Journal des débats et de ta correhpoNdonre de la société des Jacobins, numéro 548.

HISTOIRE RE ROBESPIERRE

Puis, comme en proie à une sorte de fifivre de patriotisme, il retraça les longues perfidies, les trahisons des partisans de la tyrannie, leurs tentatives multipliées pour élouflér la cause de la liberté. N’était-il pas temps d'assurer sur la ruine des scélérats le repos des gens de bien? Que de maux causés par les ennemis de la Révolution! «Je voudrais,» dit l’orateur d’une voix émue, « pouvoir mettre sous vos yeux les cadavres sanglants de vos frères immolés par l’ordre des rois. Je voudrais vous présenter les membres palpitants des malheureuses victimes de la liberté ; je voudrais vous faire voir de tendres enfants exposés sur des brasiers ardents par les féroces satellites de l’.\utriche; je voudrais vous faire voir les mamelles de vos femmes déchirées et les vieillards démembrés par des tigres avides de carnage, pour avoir confessé la République. » Et comme à ce tableau, qu’on aurait pu croire chargé de couleurs trop sombres, un mouvement d’horreur se manifestait dans l'auditoire, plusieurs citoyens se levèrent et aflirinèrent la vérité de ces atroces détails. Qui ne connaît les barbaries dont les rebelles de la Vendée donnèrent l’exemple, et les cruautés commises par les agents de la coalition? Robespierre tenait de représenlaiiLs revenus de l’armée du Rhin que rennemi, dont nous traitions les prisonniers avec tous les égards dus au malheur, inlligeait aux nôtres les traitements les plus affreux. Mais non moins funestes lui paraissaient ces étrangers qui, sous le masque du patriotisme, coiffés du bonnet rouge, nous faisaient à l’intérieur une guerre odieuse pour percer plus sûrement le cœur de la République, .\ussi engageait-il vivement scs concitoyens à se métier des stipendiés des puissances étrangères, qu’ils prêchassent le moderanliame ou la folie révolutionnaire. 11 faut se rappeler qu’à celte époque un complot financier, auquel se trouvèrent mêlés un certain nombre d’étrangers et dont nous aurons un mot à dire, venait d’être révélé par Chabot et par Razire, qui, malheureusement, devinrent euxmêmes victimes de leurs propres dénonciations. « Je voudrais, » dit Robespierre, « qu’après avoir connu le manifeste imbécile du roi d’Angleterre Georges III, vous sortissiez de cette enceinte pénétrés d’une horreur profonde pour tous les tyrans. » Ce manifeste insensé, il promit do le lire une autre fois, et d’y joindre les commentaires que lui fournirait son indignation profonde contre les rois (1).

Dans cette même séance il reprit la parole pour engager la société à ne pas accueillir avec trop d’enthousiasme cinq habitants de

(i) Moniteur du frimaire (lâ décembre 1T93) et Journal des débats et dû la cor^ respondance de la société des JacobinSy numéro 555.

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