‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 111 sur 354 · LIVRE XII. — CLOOTS, L’ORATEOR Dü GENRE HUMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — CLOOTS, L’ORATEOR Dü GENRE HUMAIN

cette réponse bien catégorique : « Tu ne m’as pas montré tous tes numéros; je n’en ai vu qu’un ou deux; comme je n’épouse aucune querelle, je n’ai pas voulu lire les autres; on aurait dit que je te les avais dictés (1),» et Camille garda le silence. Maximilien n’avait donc nul besoin d’intervenir pour exciter contre les coryphées de l’hébertisme l’indignation de son ardent ami. Nous dirons plus tard sur quels points il dut forcément, logiquement, se séparer de Camille Desmoulins. Présentement racontons quels étaient ses griefs contre Vorateur du genre humain, et pourquoi il crut devoir lui faire une guerre si acharnée.

De griefs personnels, il n’en avait pas. Cloots s’était, dans ses écrits, montré toujours plus favorable qu’hostile îi Robespierre. Mais l’inconsistance de caractère du baron prussien avait dès longtemps paru infiniment suspecte à Maximilien. On l’avait vu, en efl'et, caresher et attaquer tour à tour les différents partis qui avaient marqué dans la Révolution. Feuillant sous l’Assemblée constituante, Vorateur du genre humain avait, par la plus étrange des contradictions, très -vivement combattu le décret d’affranchissement en vertu duquel les hommes de couleur et les nègres libres s’étaient trouvés investis des droits du citoyen (2). Plus tard, il s’était empressé de saluer l’avénement des Girondins au pouvoir, et leur influence n’avait pas été étrangère à sa nomination de député <’i la Convention nationale par le département de Seine-et-Oise. Un jour on le mena chez Roland; il devint un des commensaux de la maison. Bientôt il reconnut cette hospitalité en divulguant à droite et à gauche ce qui se disait h la table du ministre. Par lui on sut que Buzot s’étonnait très-hautement que l’on traitât le fédéralisme d’hérésie politique (3); par lui fut lancé le brûlot dont furent submergés les hommes qui lui avaient tendu la main, je veux dire la fameuse accusation de fédéralisme. On aura beau me vanter les qualités humanitaires du promoteur de la République universelle, il y a là quelque chose qui dénote une certaine bassesse d'âme et me

(1) Moniftur du 21 dItSm in II (lOjtnfiar 1794).

(S) Vojex dans l< Moniteur du 12 juin 1791 U Isitra qn'à cette oecuioo Jean-Baptiite Cloots reçut dea hommes de couleur et des nègres libres.

(3) Vojei ce qu'a écrit à cet égard H°>* Roland dans ses Kotkee kùUtriqutt sur la Rdoolulum. (Mémoires, t. II, p. 32 et soir., édit. Barrière et Berrille.)

IILSTOIRE DE ROBESPIERRE

gAle singulièrenipiit le patriote cosmopolite. Je ne suis nullement étonné de l’antipathie de Robespierre pour un caractère de cette nature.

Sa brochure i\i Roland ni Marat lui servit de pont pour passer à la Montagne. Mais ce brusque changement ne pouvait faire oublier son ancien dévouement aux ministres de la Gironde, dévouement si manifeste, qu’au mois de mars 1792 M™' de Chalahre écrivait îi Robespierre : a Le grand orateur du genre humain se persuade avec une suffisance risible que la nation va prendre scs jongleries ministérielles pour dos vérités. Les éloges qu’il donne aux officiers généraux, surtout h Lukner, sont tout Ji fait dans le genre du compère Polichinelle; serait-il par hasard celui des ministres (1) ?.... » Dans sou enthousiasme plus ou moins sincère pour la Révolution frangaise, Cloots avait été l’un des premiers à se débaptiser, et il avait changé son nom de Jean-Laptiste contre celui d'Anacharsis. Mais cet enfantillage ne pouvait que faire hausser les épaules à un patriote sérieux comme l’était Robespierre, et qui ne jugeait pas plus du patriotisme des gens sur le bonnet rouge dont ils s’affublaient que sur les noms grecs ou romains qu’ils substituaient aux leurs. Les motions du baron prussien lui avaient toujours paru un peu puériles (2), toutefois il s’en était assez peu préoccupé jusque-là. Seulement, quand il vit cet étranger se mettre à la tète de ceux qui au nom de la philosophie prétendaient abolir le culte, violentaient outrageu.sement les consciences et couraient sus aux dévots et aux dévotes, sans s’inquiéter des embarras sans nombre dans lesquels ils allaient plonger la République, il soupçonna, comme M"" Roland, que l’orateur du genre humain pouvait bien avoir la mission secrète de tout bouleverser en France à l’aide des enragés, pour faire plus beau jeu aux Prussiens ses compatriotes (3). C’était un fait avéré que les puissances coalisées entretenaient dans la République des émissaires étrangers, qui, sous les dehors d’un patriotisme affecté, déclamaient contre leur patrie, prétendant y avoir été persécutés, et semblaient prendre à tüche de pousser le peuple à toutes les folies imaginables.

L’intimité de Cloots .avec quelques-uns des principaux agents do l’étranger, scs démarches pour obtenir du comité de Sûreté géné*rale l’élargissement des Vandenyver, banquiers d’origine hollandaise, convaincus d’avoir fourni des sommes considérables à des

(1) Lettre k Robespierre en date du 20 mars 1792. (Papicrr inidils,.., t. I", p. 176.)

(2) Voyer notamment Lellret de Maximilien Itoiejpierre à tes commellam, auméroi,

(3) Mémoires de Madame Koland, t. Il, p. 35, ddit. Barrière et Bcrrille.

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