LIVRE XII. — HÉRAULT-SÉCHELLES DÉNONCÉ PAR BOURDON
ments de l’assemblée. Cloots fut rejeté sans qu’une voix s’élevîlt pour réclamer en sa faveur.
Dans une protestation publiée sous le titre A' Appel au genre humain, Cloots eut peut-être beau jeu contre Robespierre quand il lui rappela sa belle Déclaration des droits de l’homme, où le genre humain passait avant le citoyen; mais le genre humain n’était pas en question dans l’exclusion de Cloots. Pour la France, il s’agissait avant tout d’exister. Quant au reproche d’avoir poussé à la désorganisation générale du pays par le mouvement inconsidéré contre le culte, Cloots y répondit très-mal. 11 s’abaissa même jusqu’au mensonge en écrivant que les promoteurs de ce mouvement avaient attendu le signal de la France(l). Le pays avait soif de tolérance religieuse, et les pseudo-philosophes de l’hébertisme furent, nous l’avons surabondamment démontré déjà, les plus intolérants des hommes.
En même temps on prononça l’exclusion en masse du .sein de la société , également sur la proposition de Robespierre, de tous les nobles entachés de suspicion, de tous les banquiers et étrangers. D’autres voulaient y joindre les prêtres. Quatre jours après. Bourdon (de l’Oise) a|)puyait à la Convention une motion tendant au rappel des nobles ou prêtres chargés de quelque mission et demandait formellement leur exclusion du comité de Salut public. Un membre rayant sommé de dénoncer ceux auxquels il paraissait faire allusion, il nomma Hérault-Séchelles, ci-devant noble, ci-devant avocat général, et il l’accusa de liaisons criminelles avec Proly, Dubui.sson et Pércyra. On entendit alors Couthon prendre vivement la défense de son collègue, absent pour le senice de la République ; mais celte haute protection n'empêchera pas, un peu plus tard, le malheureux Hérault de grossir le nombre des victimes de la Révolution (2).
Ce fut certainement la proposition de Bourdon (de l’Oise) qui, le soir, amena Robespierre à s’expliquer, aux Jacobins, sur la mesure d’exclusion prise par la société à l’égard des nobles. « On a fait, » dit-il, « les motions les plus violentes contre les nobles; tantôt on veut nous porter au delà du but de la Révolution, tantôt nous retenir dans la fange dû modérantisme. » Néanmoins, il venait engager la société à n’apporter pour le moment aucune exception à son arrêté, lui qui cependant protégeait notoirement certains nobles, comme La Valette, par exemple. Mais il craignait do voir des
(1) Apjjel au genre Aumiiin.
(S) Moniteur du 28 frimaire (18 décembre 1793).
nobles, servis par l’iiitriguc et enveloppes du manteau du patriotisme, se prévaloir de cette exception, tandis que les nobles de bonne foi se trouveraient exclus du sein des sociétés patrioliques. Sous le bonnet rouge, d'ailleurs, cette classe d’iiuinnies lui paraissait également amie des talons rouges, et il ne pouvait oublier que, pendant que les cadets, sous le costume de sans-culottes, prêchaient ici l’exagération révolutionnaire, les aînés, dont ils étaient peut-être les espions, se trouvaient à Coblentz et dans l'armée de Coudé.
S’il avait réclamé la radiation des nobles et des banquiers en général, c’était parce qu’entre ces gens-là et les émissaires de l’étrunger il existait des relations coupables; mais, avait-il soin d’ajouter, « je me serais bien gardé de faire ma proposition, si j'avais cru que la société n’agît pas dans cette circonstance avec sa sagesse ordinaire. »
Maintenant fallait-il ranger parmi les indignes tous les prêtres, par cela seul qu’ils étaient prêtres, comme le demandaient quelques membres? Robespierre ne le pensait pas; et, à ce sujet, voici textuellement comment il s’exprima ; « Je n’estime pas plus l’individu prêtre que l’individu noble. Je mets des exceptions en tout. On a voulu faire croire au peuple que la Convention, que les Jacobins faisaient la guerre au culte. De là des malheurs sans nombre parmi la classe du peuple encore peu instruite, et dont on n’a pas assez respecté les préjugés et la faiblesse. On dit dans le parallèle des nobles et des prêtres que tout l’avantage est du côté des premiers. Je n’en crois rien, et voici pourquoi : le noble est un homme dont tous les avantages sont des avantages politiques. Il les tire de .sa naissance, et l’habitude des distinctions lui a fait mépriser tout ce qui n’est pas de ce qu’il appelle son rang. Il existait parmi les prêtres, au contraire, deux sortes d’hommes. Celle qu’on appelait le bas clergé compte dans son sein des hommes qui sont attachés à la Révolution par une suite non interrompue de sacrifices(l). » Robespierre pouvait-il oublier qu’à l’aurore de la Révolution, du temps des états généraux, tout le bas clergé s’était joint aux communes, avant que la noblesse .se décidât, contrainte et forcée, à accepter la fmsion? Les nobles, continuait-il, toujours liés
(I) M. Michelet, qni t'entend h travestir les choses, a écrit que Robespierre voulait prouver que nous n'étions pas des impies en empêchant que les prêtres ne fussent njéa de ja société. {HUtoire de la Aécolutioa, t. VI, p. 427.) A cet ennemi juré des prêtres, les nobles semblent moins dangereux. Mais étaient-ce des prêtres qui peuplaient Coblentz et l'armée de Coudé? Et ceux qui s'agitaient k l’intérieur, en Vendée, n'était- ce pas surtout h l'excitation des nobles?