LIVRE XII
M.WIMILIEN ET LES CÉX'ÉR.Vl'X
tléjîi eu .soin de signaler. Il s’occupa toujours, au contraire, avec une sollicitude- extri'nic, des besoins de rarniée, de la fabrication des armes et des poudres, de leur répartition, des plans de campagne, des nouvelles levées, du choix des généraux. Son carnet, que nous avons .sous les yeux , est rem|di d'observations silices difl'érents objets. Dugouimier, Dumas, Marceau, Lazare Hoche furent ses créatures, n'en déplaise Carnot, qui, dans des .Mémoires, fort contestables du reste, s’est posé un pou légèrement, comme on le verra, en protecteur du dernier (1). Quelques citoyens ayant paru s’étonner d’un changement de généraux opéré îi rarmée d’Italie par le comité de Salut [uiblic, ce fut Robespierre qui su chargea de donner à ce sujet des explications au club des Jacobins; car ce comité dictatorial agissait au grand jour, et jamais il n’hésitait rendre compte au public des motifs de sa conduite. Le général Doppet, illustré par la prise de Lyon, avait été envoyé :’i l'armée des Pyrénées, parce que l’on avait résolu de combattre les Espagnols sur leur propre territoire. Quant aux généraux Lapoype et Carteaux, dont le patriotisme ne [iarais.sail pas douteux, mais à qui, h tort ou à raison, on attribuait les lenteurs du siège de Toulon, on les avait remplacés par le général Diigomraier, ]m)niu jadis au grade de chef de brigade, sur la recommandation de Marat. — Marat, disait Robespierre, pouvait se tromper, mais sa recommandation était une présomption bien favorable. « Depuis, » ajoutait-il, « Dugommier l’a toujours justifiée, et l’on espère qu’il ne. démentira pas d’aussi heureux débuts (2). »
Dans ce même mois de frimaire, Maximilien eut à s’occuper d’un officier non moins brillant et beaucoup plus jeune, de Marceau. Appelé au commandement des armées de Rrest et de l’Ouest, le jeune général ne se crut pas de force îi supporter un pareil fardeau, et, avec une modestie assurément bien rare, il écrivit à Sergent, son beaufrère, qu’on courait risque d’exposer la République « aux suites de son inexpérience et de son insuffisance. » Sergent s’adres.sa à Robespierre : « Tu ne pourras, » lui disait-il, « ne pas applaudir îi l’e.stimable franchi.se d’un jeune homme plein d’honneur qui trouve que l’on confie trop tôt dans ses mains le sort peut-être de la Répu-
(!) Voy. les JUémoires sur Camol, par son fils, l.
(i) Journal des débals et de la corresj)ondunce de la sodété des Jacobins^ numéro 543. — Nous lisons dans le carnet de Robespierre, feuillet 10 : « Dugommier, général de brigade, b l'armée d'Ilalie. n D'oü H résulte, suivant nous, que ce fut à l'instigation per> soDüclle de Robespierre que le comité de Salut public plaça à la tête de l'armée d'Ilalie le général Dugommier, qui fut cerlaineiuenl une des plus pures gloires de nos armées républicaines.
IIISTUIKK Ut: RUUËSPIERItE
bli-iue... Tu vois ]>ar cet avancement qu’on lui connaît cependant des moyens (cac il n’a, ni lui, ni personne, sollicité aucune place). Il paraît que si le ministre le déplaçait, ce sernit pour l’envoyer à l’armée du Nord. Je le désirerois aussi, et il pourroit y être trèsutile. Turreau l’avoil demandé aux Pyrénées; mais il y a là trop peu à faire pour un brave... (I). » Il esté croire que Robespierre se rendit au désir de Sergent, pui.sque Marceau fut envoyé presque aussitôt à l’armée des Ardennes, dont une division fut placée sous ses ordres (2), L’événement justifia |)leinenient la confiance de Rouchotte et de Maximilien. A quelle mémoire française n’est pas cher le nom de Marceau, le nom de l’héroïque soldat mort sans tache, et qui a eu la gloire d’inspirer à Byron quelques-uns de ses plus beaux vers?
C’était à Robespierre également que s’adressaient d’habitude Saint-Just et Le Ras pour obtenir plus vite les secours dont l’armée du Rhin avait besoin. Il était leur intermédiaire auprès du comité de Salut public et du ministre de la guerre, et il ne contribua pas peu à accélérer les mesures grâce auxquelles il fut permis à ses glorieux amis d’alfranchir nos frontières de l’Est, de refouler l’ennemi sur son propre territoire, et d’obtenir des succès qui assurent à leurs noms une renommée impérissable.
Mais, si parmi les faits d’armes qu’accomplirent vers ce temps les soldats de la République, il en est un dont Robespierre dut s’enorgueillir à juste titre, ce fut la prise de Toulon, à la(juelle son frère eut une part si honorable. 11 convient donc de nous arrêter un moment sur cette ])risc mémorable, tant elle .ajouta d’éclat au nom si grand déjà de Robespierre.
(I] Lcure inéilite de Sergent à Robespieire en date du 14 frimaire (4 décembre 1793], de la collection Portiez (de l'Oise). D’après cette lettre, Marceau était pclil>fils d'un vignerou et fils d’uii greffier criminel. La Biographie universelle fait de son père un procureur au bailliage de Chartres. Voici avec quelle simplicité s'explique Sergent sur les services de son beau-frère : « Je le connais depuis son enfance. Avant la Révolution, U était sergent dans un régiment d'infanterie. Il quitta ses drapeaux le 1â juillet 1789. Depuis, il a commandé un bataillon de garde nationale h Verdun, à Sedan, dans les plaines de la Champagne. Enfin, dans la Vendée, il a sauvé la vie li Rourbotie un jour de ImUillc.
(S) Voila qui explique bien naturellement et bien simplement pourquoi Marceau quitta les armées de l’Ouest et de Brest. Ouvrez maintenant les Biographies : vous j lirez que Marceau ayant arraché une jeune et belle Vendéenne h la brutalité de ses soldats, scs ennemis lui firent un crime de cet acte d'immunité, et cabalèreni contre lui pour lui 6ler sou cuiiiniundement, etc. (Diograjihie universelle.)