‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 119 sur 354 · LIVRE XII. — BELLE COXÜLITE ll'.Vl'GLSTlN ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — BELLE COXÜLITE ll'.Vl'GLSTlN ROBESPIERRE

hiUllo importance pour la République, voici avec quelle modestie et quelle simplicité Robespierre jeune s’expliquait dans cette lettre toute confidentielle (jui rei;oit aujourd'hui pour la première fois le jour de la publicité : « Je suis tout étonné de me trouver un héros; on m’assure que je le suis, je ne m’en doutois pas. J’étois dans les rangs, je n’ai aperçu pendant l’action ny balles, ny boulots, iiy bombes; je ne voyois que la redoute h enlever. A la redoute! elle est à nous, allons, courage, mes amis! Je suis arrivé sans m’en apercevoir au pied de la redoute. » S’il était modeste pour luimême , en revanche, il faisait le plus grand éloge de son collègue Salicetti, avec lequel il avait rallié les bataillons républicains, qui un moment s’étaient ébranlés sous le feu terrible de l’ennemi. La République lui devait beaucoup, disait-il. « Il est ardent, et se connaît en mesures militaires; il a prévu, calculé bien des opérations; il est excellent auprès d’une armée; il a du caractère et de la fermeté (1). » En terminant sa lettre, Augustin réclamait l’intervention de son frère en faveur de deux députés qui avaient presque toujours voté avt^c la Montagne, Casablanca et Moltedo, et qui craignaient d’être exclus des Jacobins; mais sa recommandation arriva trop tard; déjà le premier avait dé quitter la société en vertu de la mesure d’exclusion prononcée contre les nobles.

Comme l’avait marqué Robespierre jeune à son frère, l'armée républicaine entrait dans Toulon le 29 frimaire, à sept heures du malin, après cinq jours et cinq nuits.de combats et de fatigues. On sait quelle fut, pendant le mémorable siège de Toulon, la conduite antipatriotique des principaux habitants, lesquels, après avoir livré la ville aux.\nglais, combattirehtjusqu’à la lin dans leurs rangs et ne tentèrent pas de les empêcher, enfuyant avec eux, de détruire notre premier port de guerre et de brûler notre escadre. Ce fut au point que les représentants du peuple purent écrire au comité de Salut public : « Déjà 'quatre frégates brùloient, quand les galériens, qui sont les plus honnêtes gens qu’il y ait à Toulon, ont coupé les câbles et éteint le feu (2). »

Sur la bravoure déployée par Robespierre jeune dans les combats sanglants qui précédèrent la prise de cette ville, il n’y a qu’une voix (3J. « Les représentants du peuple marchaient à la tête des co-

(1) Letire inédite, en dote du 28 frimaire, de la collecüon Portiez (de l’Oise), cotnmuniquée par H. Sencier.

(2) Letire en date du 30 frimaire an II (du quartier-général de Toulon), signée : Salicetti, Fréron, Ricord, Robespierre jeune et Barras. Vo;ez-Ia dans le Uonileur du 8 nirése (28 décembre 1793).

(3) Je me trompe : M. de Barante, dans sa pitorable nitloire de la Convention, ose

niSTOinE DE ROlîESI'lERRE

lonncs républicaines, » dit Barcre à lu Convention. « Salicelti et Robespierre jeune, le sabre il la main, ont indiqué aux premières troupes de la République le chemin de la victoire, et ont monté à l’assaut. Ils ont donné l'exemple du courage (1). » Napoléon luiméme a rendu justice à celui qui avait deviné son génie, et il n’a pas fait difficulté de reconnaître qu’ils avaient été ensemble au feu (2). On voit comme tout cela est confortne à ce que Robespierre jeiine écrivait à son frère dans une lettre conlidenlielle que les Thermidoriens se sont bien gardés de publier, comme tout ce qui était de nature à honorer la mémoire de leurs victimes.

Comme il l’annonçait dans cette lettre, Augustin repartit pour Paris le lendemain même du jour où l’armée réimblicaine fit son entrée dans Toulon. Associé ù tous ies dangers et a la gloire des vainqueurs, il eut le bonheur de ne point prendre part aux vengeances terribles dont « la ville infiime » n'allait pas tarder à devenir le théâtre. 11 n’y a point de doute à cet égard. Les exécutions, en effet, ne commencèrent que deux ou trois jours après la prise de la ville, c’est-îi-dire le 2 nivése (22 décembre), et dès le 9 nous trouvons Augustin aux Jacobins rendant compte des prodiges dont il avait été témoin et traçant le tableau sombre et trop réel, hélas! des pei^ séditions de toute nature exercées sur les patriotes à Toulon tant que la ville fut au pouvoir des royalistes et des étrangers. Si donc jamais cité fut coupable, si jamais population mérita d’être punie, ce furent, à coup sûr, la ville et les habitants de Toulon ; car il n’est pas de chose plus odieuse ni plus justement flétrie que la trahison par laquelle ils appelèrent l’étranger, à l’heure où la France semblait condamnée à ]iérir. Ce qui seul peut attirer sur eux notre commisération, ce sont les rigueurs dont ils furent l’objet. Mais qui se montra le ministre implacable des vengeances populaires? Qui exagéra, dans la répression, la sévérité des ordres de la Convention et du comité de Salut public? Ce fut Fréron, l’un des plus acharnés ennemis de Robespierre. 11 lui était réservé de déployer, avant comme après Thermidor, des fureurs qui ne seront dépassées que par les agents de la Terreur blanche.

affirmer que les représenunts n'assistaient pas an combat. El sur quoi fonde-t-il son affirmation ? Sur le témoignage de Napoléon, qui dit précisément le contraire en ce qui concerne Kobespierre.

(1) Voy. U Moniteur du 5 nivése an 11 (!Î5 décembre 1793), séance du i.

{'i) Mémorial de SainU^Hélènej p. (édit. Garnier).

Page 1