LIVRE Xll. — COUP d’oeil SLR SA VIE PRIVÉE
cour, d'un petit bùtiment comprenant un rez-de-chaussée et un premier étage en foi'ine de pavillon ayant pignon sur la cour. Une grande porte cochère donnait accès dans cette maison. Deux boutiques, située.s l’une à droite, l’autre à gauche de la porte cochére, étaient occupées celle-ci par un restaurateur, celle-là par un bijoutier nommé Rouilly, devenu plus tard propriétaire de la maison. De chaque côté de la cour étaient des hangars, au nombre de deux. L’un formait l’atelier des ouvriers; l’autre, plus petit, sei-vait de chantier pour les bois. .\u bout de ce dernier se trouvait un jardin de vingt pieds carrés environ, au milieu duquel on voyait une corbeille de Heurs soigneusement entretenue par les enfants. Chacun d’eux avait, en outre, son petit coin de jardin à part.
Le bâtiment du fond était l’habitation particulière dè la famille Duplay. Il comprenait : au rez-de-chaussée, une salle à manger ouvrant de plain-pied sur la cour par une porte vitrée et communiquant avec un salon qu’éclairait une fenêtre sur le petit jardin. Derrière le salon était le cabinet d’étude des enfants, prenant jour par des châssis sur le jardin du couvent des religieuses de la Conception, où les demoiselles Duplay avaient fait leur première communion. Il y avait dans la salle à manger un escalier en bois conduisant aux appartements. Au premier, à droite du carré, s’ouvrait la chambre des époux Duplay, pièce spacieuse derrière laquelle était la chambre à coucher des jeunes tilles. A gauche de l’escalier on pénétrait dans un cabinet de toilette servant de pa.ssagc pour aller dans une pièce assez basse située immédiatement au-dessus du hangar où travaillaient les ouvriers, et n’ayant d’autre perspective que l'intérieur d’un magasin de bois. C’était la chambre de Maximilien Robespierre (1).
(1) Nous donnons tous ces détails, dont nous garantissons la parfaite exactitude, d’après : 1° les titres de propriété de la maison de Duplay, que nous axons sous les yeux ; 2° un plan de celte maison qui nous a été donné jadis par H. Philippe Le Bas, petit-6ls de Duplay ; 3° une description manuscrite, écrite par M. Le Bas sous la dictée de sa mère, et é° le manuscrit de Le Bas, qui nous a été confié.
De tous les historiens de la RéTOlntion, celui qui a jfisqu’ici retracé avec le plus de fidélité l’existence de Robespierre dans l’intérieur de la famille Duplay, c'est sans contredit M. de Lamartine, et voici pourquoi : M. de Lamartine avait été présenté k H»» Le Bas, la veuve du martyr volontaire de Thermidor, et, k la suite de sa conversation avec ce témoin vivant de la vie intime de Maximilien, il avait écrit quelques pages de son HUIoire des Gt’rondùu qui parurent dans le National sons ce titre ; Fragment de la vie privée de Rohespierre. Hais l’illustre poète n’avait pas été, paratt-il, très-fidèlement servi par ses souvenirs, et la publication de cet extrait donna lien k de légitimes réclamations de la part de M. Le Bas, « Monsieur et illustre confrère, a écrivit-il h M. de Lamartine, « je viens de lire l’extrait de votre livre qu’a publié le National, et je l'ai communiqué k ma mère. Elle et moi avons admiré le talent de l’auteur et lui sommes reconnaissants de la justice qu'il rend h nn homme qui nous est
A la suite de celle cliambre , située au couchant dans le bütiraent en retour, venaient deux autres pièces, occupées l’une par Simon Duplay, neveu de l’iiôte de Robespierre, l'autre par le jeune fds de Duplay, celui que Maximilien appelait notre petit patriote, et qui, bien qu’Agé de quatorze ans à peine, suivit dans une mission à rarmée du Nord Philippe Le Bas, devenu son beau-frère. Quant à Simon Duplay, digne représentant d'une famille dont le patriotisme ne se bornait pas à des paroles, il avait déjà, quoique bien jeune, payé largement sa dette à la patrie. C’était un des glorieux volontaires de 17y2. Kngagé dans un régiment d’artillerie, il avait eu la jambe gauche emportée à la bataille de Valmy; aussi l'appelail-on Duplay à la jambe de bois. Réduit à l’impuissance de continuer à servir son pays sur les champs de bataille, il fut recueilli par son oncle qui honorait en lui le courage et le patriotisme, et, comme il avait reçu une instruction assez soignée, il put servir de secrétaire à Robespierre, auprès duquel il demeura jusqu’au 9 Thermidor (1).
Nous avons déjà dit dans quelles circonstances Maximilien accepta l’hospitalité de la famille Duplay (2), et comment il se laissa retenir dans cette maison amie, que jusqu’à sa mort il ne quitta que deux fois, et pour bien peu de temps : la première fois, lors de son voyage à Arras en octobre et en novembre 1792, voyage dont nous avons raconté les incidents divers; la seconde, à la sollicitation de sa sœur Charlotte. Voici comme : M"' Robespierre, qui avait toujours dirigé l’intérieur de ses frères, n’avait pu se faire à l’idée de rester seule à Arras, et lorsque .\ugustin avait été nommé député à la Convention nationale, elle avait obtenu de l’accompagner à Paris. Ils étaient descendus l’un et l’autre chez les Duplay. Ceux-ci avaient mis à leur disposition l’appartement du premier étage dans le corps de bâtiment donnant sur la rue Saint-Honoré, et qui communiquait avec l’aile qu'habitait Robespierre par la chambre du
cher, mais nous regrettons rivement que vous n'ayez pas jugé & propos de noua communiquer ces quelques pages avant de les livrer k l'impression. Vous eussiez par là évité des erreurs, dont l'une, bien involontaire de votre part, nous a profondément affligés... » Que fit M. de Lamartine! Il envoya purement et simplement les épreuves de son livre k H. Le Bas, qui refit, tels que nous les lisons aujourd'hui, les passages concernant la vie privée de Robespierre, k l'exception de quelques phrases condamnées par lui et que l'auteur crut devoir conserver. (Voy. VHütoirt des r,irondins, t. IV, p. 23 et suiv. de la !'• édition.) Les personnes curieuses de connaître la différence existant entre les pages modifiées par M. Le Bas et le récit original de H. de Lamartine n'ont qu'k consulter le National (année 1847).
(1) Simon Duplay a, si nous ne nous trompons, laissé plusieurs enfants, dont l'un est le docteur Duplay, médecin du collège Chaptal.
(ï) Voy. la première partie de cet ouvrage, t. I*r, p. 518.