LIVRE XII. — IMÉRIEL’R DE .U.\XIMILIEN
vail. Cette pièce, dont les ims ont fait un boudoir élèfçant, lesautie.s une vraie chapelle (1), était la plus simple du monde. Klle avait pour tout luxe d’être d’une irréprochable propreté. Maximilien l’avait meublée lui-même. Son modeste mobilier se composait d’un lit en noyer orné de rideaux en damas bleu à Heurs blanches provenant d’une robe de .M'"' Dujilay, de quchiues chai.ses de paille et d’un bureau fort ordinaire; un casier en sapin, suspendu à la muraille, lui servait de bibliothèque et contenait, entre autres livres, les principales œuvres de Corneille, do Racine, de Voltaire et de Rousseau, chers compagnons de ses veilles, :i qui il demandait à la fois l’inspiration et le délassement. Telle était l’humble retraite de celui dont le nom alors remplissait le monde (2).
Cette chambre était éclairée par une seule fenêtre donnant sur les hangars, de sorte que, dans la journée, Robespierre travaillait toujours au bruit des rabots et des scies. Devenu l’iin des principaux personnages de la République, il tint à rester ce qu’il était aux jours sombres et mena<;ants où il était venu s’as.seoir au foyer de Duplay. Ni la haute position [lolitique qu’il occupait ni rimnuùise influence morale dont il jouissait ne purent le déterminer à changer d’existence. D’autres eus.sent voulu que l’éclat de leur vie répondît au prestige de leur popularité; il aima mieux être logique avec lui-même, ne pas donner un démenti à ses princi[ies. 11 crut enfin qu’il était de son devoir de prêcher d’exemple la simplicité de mœurs et toutes les vertus privées qu’il recommandait dans ses discoui's. Rapprochement au moins singulier : c’était dans la boutique d’un charpentier que, dix-huit siècles auparavant, avait grandi et vécu le plus illustre novateur social qui ait paru parmi les hommes, et c’était dans la boutique d’un menuisier que vivait l’austère tribun que le grand David a appelé le Christ de la Révolution francai.se, et qui, de tous les réformateurs, s’est, après le divin philosophe de Nazareth, montré le plus dévoué îi la cause des faibles, des petits et des opprimés.
(1) Yoy. ce que nous avons dit k cet égard dans la seconde partie de cet ouvrage.
(S) Le mobilier de Robespierre, confisqué après Thermidor, fut vendu aux enchères publiques en pluviôse an IV, au dépôt, maison Égalité (Palais-Royal), moyennant la somme de 38,ü01 livres 10 sous en ussiguals, ce qui représentait en numéraire la somme de 2,800 livres environ, tant les assignats étaient déprécies alors, gr&ce h la bonne adniinisinition thermidorienne. Voy. Tableau des dépréciaiions du papier monnaie^ publié en exécution de la loi du 5 messidor an Y, — Augustin Robespierre était meublé plus luxueusement que son frère, car la vente de ses meubles produisit, déduction faite de 793 livres 10 sous de droits d'enregistrement, la somme do 138, &i6 livres 10 sous en assignats, soit en numéraire 9,000 livres environ. (Hôtel de ville; Domaines, carton III.)
HISTOIRE UE ROIIESI'IEnnE
Maurice Duplay, l’iiôto de Maximilien, était un homme de haute stature. Sa bonté, son caractère honnête, se reflétaient admirablement sur la physionomie la plus franche et la plus ouverte du monde. Il était alors Agé de cinquante-cinq ans environ. Son front large encadré de longs cheveux grisonnants, ses yeux d’un bleu gris, pleins de douceur , sa bouche an sourire toujours bienveillant, lui donnaient une sorte d'aspect de patriarche (1).
Nous avons dit quelle était sa position de fortune. Propriétaire de plusieurs maisons à Paris, il vivait retiré des affaires lorsque la Révolution éclata. Les événements ne tardèrent pas ,à jeter un peu de trouble dans celte position si laborieusement acquise. Ses maisons ne se louant plus, Duplay se vit dans la nécessité de reprendre son état (2). Il se remit à l'œuvre avec courage, sans que son patriotisme et son enthousiasme révolutionnaire s’altérassent un seul instant, car il avait pris au sérieux les reformes politiques et sociales qui s’accomplissaient, et il n’était pas de sacrifices personnels auxquels il ne fût prêt pour la réalisation du bonheur public. Inscrit un des premiers, en sa qualité de propriétaire et de citoyen actif, sur la liste du jury fonctionnant près le tribunal criminel, il n’avait pu, malgré ses répugnances, refuser d’être juré au tribunal révolutionnaire. La conscience et la modération qu’il apporta dans l’exercice de ces redoutables fonctions ont été attestées par ses ennemis eux-mêmes. Compris, en effet, dans l’acte d’accusation dirigé par les Thermidoriens contre les anciens membres du tribunal révolutionnaire, il fut, seul de tous les accusés, acquitté îi la fois sur la question intentionnelle et sur celle de fait. Robespierre avait trop le sentiment et le respect de la justice pour chercher îi exercer la moindre influence sur les
(1) M. Charles Le Bas, fr^re puîné du célèbre helléniste, possède on mBgnihquc portrait en miniature de Duplay son grand-père.
(â) Ceci est constaté par un brouillon de lettre de Duplay à sa fille, Auzat, brouillon trouvé chez Duplay après Thermidor. On y Ut : n Votre père a été obligé de reprendre son état. Aucune de nos maisons n’est louée; mais nunsnous consolerions de cela s'il en résultait quelque chose pour l'intérét public... » Voyez Papiers inédits trouvés chez Pobespierret etc.,t. III, p. â30. Cette lettre doit être du mois de février ou de mars 1703. En marge de Poriginai se trouve écrit : « Ce brouillon de lettre, écrit par la femme Duplay aprèf le 9 T/iermtdor, paraît destiné à sa fille, u Les Thermidoriens ne SC rappelaient même plus le sort de leurs victimes. Jetée dès le soir même du 0 Thermidor dans la prison de Sainte-Pélagie , la malheureuse Duplay mourut le surieudcuiain, étranglée, dit-on, par quclquc.s mégères.