‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 126 sur 354 · LIVRE XII. — RORTR.MT DE .M.VXBIILIEX · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — RORTR.MT DE .M.VXBIILIEX

beau, D’étail ni sans charnu; ni sans distinction. Loin d’avoir l’a.spect osseux, blônic et blafard que lui ont prêté scs ennemis, il n’était pas dé[)ourvu d’un certain embonpoint et d’une fraîcheur de teint que la maladie altéra seule par instants. La tête, sans avoir le caractère léonin de celle de Mirabeau ou do Danton dont la laideur imposante attirait, était douée de je ne sais quelle expression persuasive ([ui tout d’abord saisissait l’auditeur. De longs cheveux châtains rejetés en arriére, un front vaste découvert sur les tempes et un peu bombé, l’arcade sourcilière proéminente, l'cfil profond et clair, plein de pensées, mais voilé malheureusement pai' des lunettes qu’une vue basse rendait presque toujours nidispensables, le nez droit, légèrement en l’air, la bouche parfaitement dessinée, le menton ferme, nettement accentué: tel était le portrait de l’homme au physique(l). Constamment soigné dans sa mise, Robespierre avait conservé l’usage du jabot et des manchettes, bien différent de tant d’hypocrites qui croyaient faire étalage de patriotisme en affichant un cynisme de langage et de costume. Il aimait trop sincèrement la Révolution, il avait trop le respect de lui-même pour se lai.sser aller à ces lâches llattcries au populaire.

Au moral, nous l’avons dépeint déjà. Sévère, intlexible même contre la tyrannie, l’injustice, l’immoralité, il était, dans les relations privées, généreux, compatissant et serviable. Affable envers tous, et surtout à l’égard des pauvres gens, il s’était rendu cher à toutes les personnes qui l’approchaient. .\doré dans sa famille d’adoption, il payait d’un attachement sans bornes tous les petits soins dont on se plaisait à l’entourer. C’était le bon génie de la maison. On ne faisait rien sans le consulter, et toujours on se rendait à ses avis tant ils étaient marqués au coin de la sages.se et de la raison. Quand les enfants avaient quelque peine, c’était à lui qu’ils allaient la confier, car il no manquait jamais d’avoir de bonnes paroles pour les consoler. Stonnez-vous donc que bien longtemps après ils soient morts .sans avoir pu comprendre les malédictions stupides du monde contre la mémoire de celui qu’ils avaient connu si pur, si dévoué, si vertueux!

Tout chez lui, a dit Ruouaroti, était égalité, simplicité, moralité, amour sincère du peuple (2). Austère dans ses mœurs, d’une sobriété

(1) Nous dounoQS ce porlrait d’oprès le médaillon de Collet, llyueu de Robespierre une assez grande quantité de portraits» dont les plus remarquables étaient ceux peints par Guyard» Boze, Ducreux» David et Gérard. Nous avons dit comment la toile de ce dernier se trouva malheureusement détruite en 1815. Le cabinet des estampes de la Bibliothèque contient une quarantaine de portraits gravés.

(S) ObseTTaiiom sur tfaximtlten Aoécfpierre, in-4o.

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iiiSToinE nÈ noiiESPiERnE

extivme, il vivait ronipIétciiiPiH retiré, quoique le monde le sollicitât (le toutes parts; il n'allait (luc tri-s-rareuienl au th(*âtre, qu'il aimait cependant beaucoup, et où, eu de rares occasions, il accompa- {'iiait M'“' Duplay et ses tilles. Presque , jamais il n’acceptait une invitation :i dîner en ville (I); durant les trois années qu’il passa dans la maison de Duplay, il ne dîna pas six fois dehors. Tout son )ilaisir était dans la vie intérieure, au milieu de ses hôtes. Une des graïuh's distractions de lu famille consistait dans de longues promenades aux Ghamps-lïlysées. Robespierre ne manquait pas d’être de la ])urtie quand il eu avait le loisir. Il se faisait suivre d’un grand chien danois nommé Rrount, qu’il avait ramené de son dernier voyage en Artois et qu’il aimait beaucoup. Ce chien était trî'sattaché à son maître dont il était le compagnon assidu. Couché aux pieds de Maximilien quand celui-ci travaillait dans sa chambre, il le regardait d’un air triste et doux comme s’il eût deviné ses pensées anxieuses. Ouand on sortait, Rrount témoignait sa joie par des aboiements et des gambades; c’était un ami de jilus, un ami toujours fêté et choyé par les jeunes lilh's. La promenade était, en général, dirigée du côté du jardin Marbeuf, fort en vogue à cette époque. Chemin faisant, on s’asseyait sur un banc, et presque aussitôt a(?couraient de petits Savoyards, que Robespierre se plaisait îi Voir danser, et auxquels il donnait quelque argent. L(^s pauvres enfants l’appelaient le bon monsieur. « C’était pour lui, » a écrit M'"* Le Ras, « un bonheur que de faire du bien ; jamais il n’était plus content, plus gai que dans ces momcnts-lîi (2). » D’autres fois, quand Robespierre avait une demi-journée de loisir, ce qui était bien rare, on partait pour Montmorency ou pour Versailles, et l’on s’enfoiK'ail dans les grands bois où, durant quelques hcim's. Maximilieu oubliait les agitations et les tempêtes de la vie publique.

Chaque soir, îi table, on causait des affaires du jour, des nouvelles venues des frontières, du triomphe prochain (le la liberté, de

(f) ce que consUlc Thorriblc Guffrot dans na iKuxUme Cemure rèpublienint p. 417. Toui ce que les ennemis de Uobespierre irouvtrent à lui reprocher, au sujel de la table, fut un goût un peu prononcé... pour les oranges. Rarèrc, dans scs tristes Mémoires, raconte qu’un jour M. deLotnénie, ex-coadjuteur de son oncle l'archevêque de Sens, l'avant prié de le faire dtner avec Uobespierre, il invita ce dernier qui accepta après beaucoup d'instances. Le repas eut lieu chez lo rcstauraieur Méol. Uobespierre se montra très^morose, au dire de Rarère. Au nom de Loménie, il s'écria : a C'est un Bricnne ! — Oui, dit l'amphitryon, le neveu du cardinal qui a convoqué les états gésèfaux et établi par une loi la liberté absoluo de la presse.— C'est bon, c'est bon, répliqua Maximilien, mais c'est* un noble, n Peu d'instants après il prit son chapeau et se retira sans rien dire (l. li, p. SO). Nous donnons celte anecdote pour ce qu'elle vaut. On sait combien pen Barùre mérite de coodance.

(2) Manuscrit de Le Bas.

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