‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 129 sur 354 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

r.ORRÜPTEÜRS ET CORROMPUS

volutionnairo Nicolas Perrin, ancien maire de Troyes, représentant de l’Aube, dénoncé comme ayant reçu une commission pour la fourniture des toiles. Ce député avait en vain tenté de se justifier; interrompu dans sa défense, il avait été décrété d’accusation à la demande d’Osselin et de Danton, son compatriote, et, peu de temps après, condamné par le tribunal révolutionnaire à douze années de fers et ii six heures d’exposition publique.

Un tel exemple, était de nature Ji faire rélléchirlcs coureurs d’affaires. Un peu plus tard, Philippeaux, renouvelant une proposition précédemment adoptée, demandait à la Convention d’astreindre chacun de scs membres et tous les magistrats du peuple à rendre compte de la fortune qu’ils possédaient avant la Révolution, et, s’ils l’avaient augmentée depuis, d’indiquer par quels moyens, .sous peine d’être déclarés traîtres à la patrie. Bazire s’éleva vivement contre la motion de Philippeaux, laquelle fut écartée par l’ordre du jour, et Chabot se plaignit amèrement des calomnies dirigées contre les patriotes. L’un et l’autre, semblaient pressentir qu’une question d’argent les menait à leur perte. Ceci se pa.ssait le 20 brumaire (tO octobre 1793). Huit jours après, Bazire, Chabot, Delaunay (d’Angers), et Julien (de Toulouse), étaient décrétés d’accusation (I).

Il faut dire un mot de cette sombre et sale affaire, à cau.se du rôle, fort indirect d’ailleurs, que Robespierre fut appelé à jouer dans la répression. Un certain nombre de gens de finances, les uns Français, comme Benoît (d’Angers), compatriote et ami du représentant Delaunay, les autres (■trangers, comme Emmanuel et Junius Frey, dont la sœur avait épousé récemment Chabot, imaginèrent de pratiquer un va.ste système de corruption sur les membres de la Convention nationale, dans l’espérance d’obtenir, au sujet des compagnies financières, objet de leurs spéculations et de leurs trafics, des décrets favorables à leurs desseins. Ils s’abouchèrent avec le baron deBatz,ce conspirateur émérite dont on trouve la main dans toutes les machinations ourdies contre la République, et qui, grâce certainement à des relations avec certains personnages influents, eut l’art • de se dérober au châtiment auquel n’échappèrent point la plupart de ses complices. Delaunay (d’Angers), et Julien (de Toulouse),

(1) Julien (de Toulouse) se déroba par la fuite au décret lancé contre lui. Après Thermidor» il réclama contre les mesures dont il avait été Tobjei, en attribuant set naUieurs k sa haine pour Robespierre. Calomnier, diffamer Robespierre, était alors pour les conlre-révoluttoDuuircs, pour les concussionnaires, pour les criminels de tous genres» le moven le plus sùr d'impunité. La Conveution cassa le décret rendu jadis contre Julien.

lllSTOlliE IlE RünESIMEIlltE

gi;ns sans consoienco aucuno, prirent pari à cet liorrible eorajilol financier. Le premier fit niiroiler aux yeux de Ciiahul les avantages énormes qu'offrirait une spéculation bien entendue sur les effets (les compagnies fniancières. On provo(pierait une dépréciation factice des valeurs pour acheter en bai.sse, puis ou s'empresserait de les relever afin de vendre avec de gros bénéfices. Le prix des complaisances qu'on attendait de Chabot ne devait pas être moindre de cent cinquante mille livres (1).

Chabot, ce semble, se laissa éblouir. Déjit, sous prétexte de dot, il avait, en se mariant, touché des fn'.’res de sa femme, les banquiei-s Frey, la somme de deux cent mille livres. L'apiiélit des riche.sses lui était venu, il entra dans le complot. S'il faut s'en rapporter à ses déclarations, ce n'élail que par pur patriotisme qu'U aurait consenti à donner la main à ces sordides conspirateurs. « Pour sauver ma patrie , » écrivait-il à Danton (le «MVimaire), « je me liai avec eux , je lis jaser ce Benoit qui, sous Ip nom de craintes, me dévoiloit son désir caché de perdre la Convention et de faire la contre-révolution. Je fus convaincu, surtout lors(iu'ils me diiamt de corrompre Fabre avec cent mille livres en assignats qu'ils me remirent pour lui. Je fus content de la manière loyale de Fabre, et il doit l'être de la mienne. Persuadé que Fabre étoit gagné i eux, ils me dirent qu'il falloil à nous deux nous charger d(,‘S finances et faire tomber Cambon ; que c'étoil ledcsirde Robespierre. Ils m'ajoutèrent : « Au surplus, ne variez pas, ou vous êtes perdu. Danton a été des « m'dres, il nous a ipiittés, et vous voyez comme nous le poursuivons. (1 11 en est de même de Lacroix, etc. » Ils m'ajoutèrent que successivement la Convention seroit perdue, qu’on alloit envoyer à la guillotine les soixante-treize, puis tous les Hpjielans, imis Danton, Lacroix, Legendre, Barère, Thuriot, et qu’on tiniroil par Robespierre et Billaud-Varenne...(:5).)) Fabre d'Églantine avait, à diverses reprises, très-violemnienl atta(|ué la Couqiagnie des Indes. On comprend dès lors tout l’inlérét qu’on avait à acheter son silence. Chabot fut chargé de conclure le marché avec lui, et reçut à cet effet une somme de cent mille livres. De son récit, fort embrouillé du restiî, il résulte que Fabre se récria avec indignation à la première ouverture. Chabot garda les cent mille livres en laissant croire à .ses complices qu’il les avait remises à son collègue. Si indirecte qu’ait été la participation de Fabre d'Églantine à cette triste affaire , elle

(I) l.oiire Je Chuboi à DaiUou, du secrel du Luxembouri,% le 1i frimaire Archives, F 7. ■4Ï3Ü.

(i) le 8 frimaire. Archives, ubi supra.

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