‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 130 sur 354 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

AI'E.MRE CIIAROT

n'rn ont pas moins pour lui des conscquence.s déplorables, cl nous verrons tout à riicure par quelle voie fatale il fut, lui aussi, précijiité il l’échafaud.

Los allées et venues mystérieuses de (lliabol, son mariage avec la sœur des banquiers Frey, mariage étrange, n’avaient pas été sans éveiller ceiiaiusf soupçons. Bazire eut l'imprudence de se laisser mener par Chabot dans la société des artisans du complot linancier. Ils allèrent ensemble li un dîner donné par Julien (de Toulouse] îi la canqiagne, dîner auquel assistaient le baron de Batz, La Harpe, Delaunay (d’Angers) et quelques femmes, et où il fut fort question des moyens de corruption sur lesquels reposait le complot. Violemment pris à partie aux Jacobins, Chabot se ci'ut découvert, il eut peur, et un matin il alla tout conter ù Robespierre. « Je viens te réveiller, » lui dit-il, « mais c’est pour sauver la patrie; je tiens le fil de la conspiration la plus dangereuse qui ait été tramée contre la libm-té. — Eli bien, il faut la dévoiler. — Mais pour cela il faut que je continue de fréquenter les conjurés; car j’ai été admis dans leur société. Il m’ont conduit, par degrés, îi des projiositions; ils m’ont tenté par l’ajipùt do partager le fruit de leur brigandage; le jour est pris où ils doivent se réunir; je dois m’y trouver aussi... Si l’on veut, je ferai prendre en flagrant délit les conspirateurs. — Ou ne saurait rendre un plus grand service îi la patrie, reprit Robespierre; mais où sont les preuves de ce conqdot?» Chabot montra alors les cent mille livres en assignats destinées h corrompre Fabre d’Églantiiie. «Je vais, » ajouta-t-il, « lesdéposerau comité de Sûreté générale, et dénoncer les traîtres (1).» Robesiiierre approuva vivement sa résolution. Chabot ayant manifesté quelques craintes pour sa propre sûreté, Robe.spierrc le rassura en lui disant que la pureté de ses intentions et l’avis dont on lui serait redevable seraient .ses garanties. Cependant Chabot n’était pas sans inquiétude, car il savait une partie des membres du comité de Sûreté générale assez intimement liés avec Delaunay (3). Toutefois, il se rendit au siège du comité, donna quelques explications verbales, rentra chez lui pour rédiger sa dénonciation par écrit, puis retourna au comité, accompagné de Bazire, qui, de sou coté, fournit quelques notes explicatives sur le complot dénoncé par sou collègue.

Celte dénonciation iiiatteiulue émut singulièrement les comités de Sûreté générale et de Salut public, ün se demanda tout d’abord si les dénonciateurs n’étaient pas coupables eux-mêmes, et, dans le doute,

(!' Projeldc rapport sur Taffaîre do Chabot. Popifrx inédîls^ t. II, p 51. (2) Lettre à Danlou, en date du \'i friuiairc.

IIISTOmE DE ROBESPIEDRE

on les fit arrêter par mesure de précaution. Transféré à la maison d'arrêt du Luxembourg, Chabot, désespéré, écrivit à Danton quatre lettres con.sécutives, par lesquelles il le sollicitait d'être .son défenseur et celui de Bazire. Il ne paraît pas que cet apj)el ait été entendu. Danton d’ailleurs eût été impuissant. Ce fut encore dans Robespierre que Chabot et Bazire rencontrèrent le plus d’indulgence.'Maximilieu ne pouvait.oublicr.les services rendus par Chabot il la cause de la Révolution; il avait toutes les peines du monde à le croire coupable, il le supposa victime de machinations étrangères. Voici comment il s’expliqua sur son compte dans le projet de rapport dont la rédaction lui avait été confiée : « Je n’ai pas besoin, » dit-il après avoir raconté comment on était parvenu à circonvenir , François Chabot, « je n’ai pas besoin de peindre la joie que ce triomphe remporté sur la conduite d’un patriote tel que Chabot dut répandre dans les cavernes des brigands autrichiens. L’Autriche crut dès ce moment tenir entre ses mains l’honneur de la Convention nationale. Le monstre qui avoit trompé Chabot o.sa se vanter alors que les rejirésentans les plus purs n’échapperoienl pas aux lilels qui étoient tendus autour d’eux... Dès ce moment, cette victime de la perfidie fut l’objet de l’attention de toutes les sociétés ]iopulaires; le patriotisme inquiet et ardent se réunit pour l’accalder. Je n’ai pas besoin de dire que cet événement fut présenté sous les couleurs les plus défavorables à Chabot, et chargé de toutes les circonstances que la malveillance et l’intrigue pouvoient inventer. On a raisonné diversement sur la dot de 200,000 livres donnée par Frey à la femme de Chabot... Les uns ont adopté les interprétations les plus favorables aux vues de l’aristocratie ; les autres ont préféré celles qui llattoient le plus le vœu des patriotes; mais ce sont les premièros qui ont dû naturellement |)révaloir dans le public; il faut nécessairement que la malignité et l’aristocratie prennent chacune sa part. Malheur à riiomme qui a longtemps défendu la cause du peuple! S’il commet ou une faute, ou une erreur, ou une indiscrétion, il est perdu; car le patriotisme sévère et soupçonneux et la vengeance des ennemis du peui>le se réunissent contre lui... Il faut qu’il porte à la fois la peine et de sa faiblesse actuelle et de ses services passés. »

On voit avec quels ménagemenLs Robespierre parlait d’un collègue dont il avait jadis apprécié le patriotisme et dont la conduite lui paraissait alors plus légère que criminelle. F.t ce))endant »(ui plus que Maximilien avait le droit d’être exigeant en fait d'honnêteté? .Mais c’est le propre de la vertu sincère de ne pas se montrer farouche à l’excès, cl l’on a dû remarquer déjà la distinction que Robes-

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