‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 13 sur 354 · LIVRE XI. — HÉROÏQUE ATTITUDE DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — HÉROÏQUE ATTITUDE DE ROBESPIERRE

senla comme un complice deüumouriez, et lut une lettre venue de Cambrai, dans laquelle ce général était accusé de traiter publiquement Paclie de scélérat, et Marat et RobesjiitTre de conspiraleur.s (I). Toutes ces nouvelles arrivées coup sur coup, les adresses menaçantes de plusieurs départements contre la Convention cl contre la capitale, l’organisation militaire des forces girondines dans un certain nombre de villes, n'étaient pas capables d’abattre le courage de pag-iotes de la trenqie de Robespierre. Deux fois, dans la séance du 12 juin, il monta à la tribune des Jacobins. Jamais le patriotisme irrité ne trouva d’accents plus brûlants, plus énergiques. Les paroles de l’orateur retentirent dans tous les cœurs comme un bruit de tocsin appelant la nation entière au secours de la patrie en danger. Se trompait-il quand, après avoir annoncé les malheurs de la Vendée, il prêtait aux ennemis de la Révolution le plan de détruire la République par la guerre étrangère combinée avec la guerre civile? Selon lui, il ne fallait pas trop dégarnir la capitale de ses défenseurs, parce qu’on n’attendait pour fondre sur elle que le moment où elle se trouverait entièrement livrée aux aristocrates, aux. escrocs, à tous les ennemis de la liberté. Or, Paris étant, à ses yeux, la citadelle de la liberté , il était indispensable d’y laisser une armée ca)iable d'imposer il tous les despotes, et cette armée devait être tout le peuple de Paris. « Je ne m’oppose à rien », disait-il; « qu’on parte si l’on veut, mais je déclare que, si la Convention ne s’unit pas au peuple, si l’on ne déploie toutes les forces morales et physiques pour écraser lu ligue des tyrans conjurés contre notre liberté, avant un mois vous verrez de nouvelles trahisons éclater de toutes parts; vous en verrez au Nord, aux Pyrénées et peut-être en Vendée! Alors vous ferez de vains efforts pour résister aux dangers qui vous presseront de tous côtés, vous serez vaincus, vous monterez à l’échafaud, et ce sera le digne prix de votre imprévoyance et de votre lâcheté (2). »

A Robespierre succéda Legendre. Le boucher patriote se plaignit de l’attitude morne de la Convention, dont la plupart des membres, disait-il , demeuraient muets et immobiles au lieu de déployer une énergie à la hauteur des circonstances. Mais il se consolait en pensant que Robespierre, qui, suivant lui, ne s’était jamais trompé sur les évtV nements politiques, descendrait du Rochi'r, et électriserait tous les cœurs par l’ascendant de son éloquence. Quelques murmures ayant éclaté : «Je ne sais », s’écria l’orateur, « si je blesse les oreilles de

(1) Journal des débat* el de la correspondance de la sociiléde* Jacobins^ numéro 430, séance du 9 juin aux Jacobins.

(2) Journal de* débat* et de la correspondance , etc., ne dit mot de ce discours. Voj. le Républicain français, numéro 213.

HISTOIRE RE ROBESPIERRE

quelqu’un eu parlant de Robespierre, mais je répè-te que j’honore ses principes, que j’admire son courage. » Legendre s’élait mépris sur le sens des murmures qui avaient accueilli ses paroles. Ils avaient été soulevés sans nul doute par le peu de confiance qu’il avait paru témoigner à l’égard de la Convention. Robespierre remonta à la tribune pour dissiper le mauvais effet produit jiar le discours de son collègue. 11 était, jioursa part, plein de confiance dans les autorités constitiiT'os et dans la Convention nationale; seulement la présence de la Montagne sur les bancs de l’Assemblée ne lui semblait pas suffisante si l’on ne suivait un plan arrêté, si l’on ne se mettait d’accord sur les principes, seule condition capable d’assurer le triomphe de la République. Mais, isolé, que faire? Lui-même ne se sentait plus la vigueur nécessaire pour combattre les intrigues sans cesse renaissantes de l’aristocratie. Épuisé par quatre années de travaux pénibles et infructueux, il craignait que ses forces physiques et morales ne fu.ssent plus au niveau de la Révolution, et parlait même de donner sa démission. Des acclamations sympathiques effacèrent bien vite cette appréhension passagère, et, concluant à ce que tous les députés patriotes se concertassent pour aviser aux moyens de sauver la patrie, Robespierre termina en ces termes: «11 faut qu’on se réunisse avec la volonté ferme d’opposer une phalange redoutable aux efforts combinés de nos ennemis, car telles sont les circonstances périlleuses où nous sommes. Il faut que le peuple déploie toute la force dont il est capable, et qu’il soit secondé par tout ce qu’il y a de plus pur et de plus incorruptible, pour résister à ses ennemis intérieurs et extérieurs. Voilù mes dernières réflexions (1). » D’unanimes applaudissements attestèrent le patriotisme de ce grand club des Jacobins qui contribua tant h sauver la République.

Restait il faire sanctionner solennellement par la Convention nationale les événements du 31 mai. Jusque-là l’Assemblée avait flot^indécise, comme le lui avait reproché Legendre ; mais, en présence des faits dont les départements de l’Eure et du Calvados étaient le ihéfttre, il n'y avait plus à hésiter. La nouvelle de l’arrestation de Prieur et de Roinme, — un des futurs martyrs de la constitution de 1793, — commissaires de la Convention, par les administrateurs du Calvados, le public appel de Buzot à la révolte, rendaient désormais tout compromis impossible. Le 13 juin Danton parut à la tribune. Accusé de tiédeur quelques jours auparavant, il se montra d’une excessive violence pour remonter dans l’estime des révolutionnaires ardents. En parlant de Brissot, tout récemment arrêté à Moulins, il dit : «Ce

(1) Voy. le Républicain f Journal des Hommes libreSt de Charles Durai, numéro SI3.

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