‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 14 sur 354 · I.IVIIE XI. — XI IlÉKl.XXCE M MÜJIÉIIAXTI.SMK · texte numérisé non relu

I.IVIIE XI. — XI IlÉKl.XXCE M MÜJIÉIIAXTI.SMK

u’cst plus qu’un miséi'iihle qui ne peut échapper au glaive dos lois. » Déjà la Convention avait décrété d’accusation Buzot, les adininis- Iratcurs de l’Eure, ceux du Calvados, et privé la ville d’Évreux de son litre de chef-lieu, quand Coulhon proposa à ses collègues de déclarer que dans les journées des 31 mai, 1 et 2 juin, la coniiiiune et le peuple de Paris avaient puissaminent concouru à sauver la liberté, l’unité et l’indivisibilité de la Réiuiblique. Quelques murmures, aussitôt couverts par les applaudissements de la très-grande majorité de la Convention, accueillirent cette proposition , dont Durand-Maillane demanda l’ajournement. Mais Robes])ierre lit observer que déjà elle avait été implicitement adoptée. Au moment oii des récits calomnieux dénaturaient dans les départements les événements arrivés à Paris, il était d’une extrême importance de lixer sur ces événements l'opinion de la France. La Convention, en n’adoptant pas la mesure proposée, iiaraîlrait en quelque sorte, disait-il, se liguer avec les calomniateurs de Paris et donner son a|)probation aux fauteurs de guerre civile. Ces simples observations suffirent pour entraîner l’Assemblée. Mise immédiatement aux voix, la motion de Coulhon fut adoptée sans discussion à une très-grande inajoi’iu'", aux applaudissements de la Convention et des citoyens des tribunes (t).

Ainsi se trouva sanctionnée et consacrée cette insurrection du 31 mai, que plus tard la réaction devait ranger au nombre des journées néfastes itour glorilier le coup d’État du D Thermidor. Et cela se coni|)rend, car, de ces deux événements à jamais fameux dans l’histoire de notre Révolution, l’un consolidait la Réimhlique, l'autre la détruisait.

Il y a en révolution deux choses également à craindre : d'une |)Qrt, le manque d’énergie et de résolution, ce ([u’on appelait en 1793 le modérantisme, cette sorte de pusillanimité qui jiermet à la réaction de relever la tète, de reprendre le dessus, d’autre part, l’exagération révolutionnaire, (jui épouvante les timides, les faibles, les indifl'érents, et rejette violemment dans le camp des ennemis de la liberté des millions de citoyens tout disposés d’abord à embrasser la cause de la démocratie. On a pu voir déjà avec quel soin Robespierre se tenait entre ces deux extrêmes. Rien ne saurait mieux peindre la prudence de ses vues et lasages.se de sa politique (|ue le discours qu’il pro-

(1) jlonii'eurdu IGJuîd 1793.

HISTOIRE DE ROBESI’IEIIDE

nonça le 14 juin aux Jacobins, à l’occasion du général Reauhaniais, ‘ que le cauteleux Barére était parvenu à faire nommer pour un moment ministre de la guerre à la place de Bouchotte, et dont la nomination avait excité au plus haut degré les déiiances de la Montagne.

Après avoir déclaré, dès le début, que c’était désormais par les lumières et l’expérience combinées avec l’énergie du peuple li-ançais que la Révolution devait surmonter tous les obstacles, Maximilien disait : « Nous avons deux écueils à redouter ; le découragement et la présomption, l’excessive défiance et le modérantisme, plus dangereux encore. C’est entre ces deux écueils que les patriotes doivent marcher vers le bonheur général. » Dans la cri.se suprême où la guerre étrangère et les menées des intrigants avaient conduit le pays, il ne suffisait pas, selon lui, de l’impétuosité et de l'indignation pour a.ssurer le. triomphe de la République; il fallait encore que la sagesse dirigeât les effets de celle indignation, et alors on marcherait à pas de géant au but souhaité, la régénération politique; et l’on arriverait rapidement au jour où, pour être ambitieux, il serait avant tout nécessaire d’être juste, où la fortune d’un citoyen serait attachée ù la fortune publique. «Le peuple», ajoutait-il, « ne doit |)as écouter ceux qui veulent lui inspirer une défiance universelle. 11 faut un point de ralliement, et l’on doit sentir que quelques faiblesses, qu’un défaut de perfection qui n’est pas acordée à l’humanité, ne doivent pas être un motif de calomnier indistinctement tous les représentants de la nation. » Ce point de ralliement, c’était Paris, qui dans la dernière insurrection avait donné tant de preuves de patriotisme; c’était la Convention, qui, débarrassée de la faction perfide par laquelle ses travaux avaient été si longtemps entravés, n’avait plus qu’un but, celui d’a.ssurer la paix, le bonheur et la liberté du pays.

Malgré cela, l’élévation do Beauharnais au ministère de la guerre avait excité contre 1’A.s.semblée de nouvelles défiances; déjà l’on parlait d’une pétition des sections de Paris réclaniani impérieusement la révocation de CO ministre. Robespierre alors ne connaissait pas Bouchotte, il ne lui avait jamais parlé; nuais d’après ses actes il le regardait comme un excellent patriote dont le ta’ent égalait le patriotisme, et il avait vu avec douleur son rem|)lacement. Quant à Beauharnais, il convenait que cet officier n’avait point joué îi l’.4ssemblée constituante le rôle d’un contre-révolutionnaire; seulement le crédit dont sa famille avait joui jadis à la cour l’empêchait d’avoir en lui une entière confiance. Néanmoins il croyait que le comité de Salut public l’avait proposé de bonne foi. .\près avoir jugé lui-même assez sévèrement les jnembres de ce comité, il avait fini par se con-

l-IVIiK XI. — A l'ItUl'OS ll'ü.N PKÊTHE RÉKKACTAIRE

vaincre qu'ils dé.siraient sincèicmenl tous le salut de la République. Aussi engageait-il ses concitoyens à ne pas apprécier sur des mesures partielles des hommes occupés d’intérêts si multipliés et nécessairement exposés à des surprises, mais bien sur rensemble de leurs travaux. 11 les engageait surtout à ne point fournir aux ennemis de la liberté le prétexte de dire que la Convention n’était pas libre dans le choix de tel ou tel ministre et que le peuple lui imposait des lois. Ne sul'tisait-il pas de l’opinion publique? C’était à elle à s’expliquer sur le compte de Beauharnais; et il était du devoir des bons citoyens de ne pas créer de nouveaux obstacles à la Convention nationale, au sort de laquelle étaient liées les destinées du peuple français. « 11 faut », s’écriait Robespierre en terminant, « moins faire attention à quelques fautes qui sont un résultat de la faiblesse humaine qu’îi la nécessité de nous rallier à un centre unique de force et de moyen pour repousser nos ennemis. Voilà mon dernier mot... Ne vous occupez point des individus, ne les désespérez pas... Ne troublons pas cette heureuse hai'inoniequi règne entre les patriotes. Laissons-les achever leur ouvrage et fonder le bonheur public suides bases inébranlables; je ne doute pas du succès de leurs travaux. C’est la liberté, c’e.st la raison, qui triompheront, et avant six mois peut-être tous les tyrans .seront anéantis (1). » De très-vifs applaudissements accueilliri'nt ce discours, dont, suivant un journal du temps, l’éloquence rachetait la longueur (2), et qui eut un double résultat : d’empêcher les sections de Paris de se porter à une démarche inconsidérée , et de déterminer la Convention nationale à conserver Bouchotte au ministère de la guerre.

C’était sous l’empire des mêmes idées que, le surlendemain, Robespierre combattait une motion de Terrasson tendant à réclamer de la Convention la publicité des séances de tous les comités .sans distinction, comme si, par exemple, il était possible à un comité exécutif d’administrer en présence du public. C’étaient là, selon Maximilien, de ces mesures qui, sous l’écorce de la popularité, favoris,aient surtout les projets des ennemis de la Révolution. La société des Jacobins, beaucoup plus raisonnable que ne se sont plu à l’écrire tous les écrivains de la réaction, s’était empressée, à sa voix, de passer à l’ordre du jour (3). Elle adoptait également par acclamation, quelques jours plus tard, une proposition par laquelle il engageait ses collègues à ne point s’arrêter à une dénonciation contre un prêtre réfractaire accusé d’avoir servi d’aumônier à des prisonniers. Rien

(1) Journal de» débatt et de la corretpondance de la eocUlé det Jacobine, noméro 41 1.

IS) Ibid., numiro 433.

(3) Ibid., nmoéro 435, sèaneo du 16 juin 1193.

MISTOIHK UK RdlIKSIMKKIIK

3ti

dc‘ si mortel à la patrie, disait-il avec raison, que de venir lui parler de choses inutiles et insignitianU^s, et rien de plus ridicule ((ue de rentretenir de cloches, de, ])rêtres, de messes et de faits particuliers, dans le moment où lu République sc trouvait attaquée de toutes parts (1). Ah! si au lieu de s’occuper îi faire la guerre h Dieu, aux saints et aux ministres de la religion catholique, même les |)lus dév voués à la Révolution, les H t’bertülen, que nous allons bientôt voir arriver sur la scène, et que certaines personnes s'efforcent de présenter aujourd'hui comme les types essentiels de la démocratie, avaient suivi les conseils de Robespierre, s’étaient contentés de défendre Paris, de combattre l’ennemi extérieur et les rebelles du dedans, ils (mssent évité à la République bien des malheurs. Au moment où nous sommes, Héberln’avait pas encore entrepris la grande croisade contre le culte, ni donné le signal d’une intolérance qui n’avait d’égale que celle qu’on avait si justement reprochée ù la religion catholique et qu’on allait avoir le tort d’imiter. Il louait sans réserve alors la sagesse de Robespierre. Dans ce langage grossier qui répugnait .si fort ù Maximilien, il disait : « Quand Robespierre se débattait ù la tribune des Jacobins comme un lutin dans un bénitier pour empêcher Capet de déclarer la guerre ù l’Autriche, quand il arrachait le masque de Brissot, on le traitait de factieux, de désorganisateur. Cependant le temps nous a prouvé qu'il avait rai.son; tout ce qu’il nous annonçait il y a un an nous est arrivé : — N’allons pas chercher noise ù nos voisins, disait ce bougre ù poil... C’est avec le temps et la raison que toutes les nations détruiront la tyrannie,

et jamais f 1a philosophie n'établira son règne avec des canons

et des baïonnettes... — Ainsi parlait ce véritable ami du peuple (2). » Eh bien! Robespierre n’aura ]>as moins raison quand il dira aux disciples du Père Duvheme : « Vous n’avez pas le droit de violenter les con.sciences, de toucher ù la liberté des cultes » ; comme il était également dans le vrai quand , au nom des défenseurs de la liberté, il exhortait les Jacobins ,à fixer leur attention sur les objets d’intérét général, et non pas sur des questions de prêtre ou de messe.

'1 ) Journal J« dibatt ti de la correspandance de la tociéU des Jacobins, numéro (2) Le Père PucAesne^ iiuuiéro 22%.

LIVnE XI. — l’emprunt kobcé

Ta's ocL.asions n’allaieiit jias manquer d'ailleurs où il serait indispensable de déployer une énergie suprême ; cette énergie, il ne fallait donc pas la dépenser en pure perte ou la tourner contre des individus égarés et inoffensifs. Encourager par tous les moyens possibles le courage et l'exaltation patriotique des citoyens, accoHer aux départements fidèles d'éclatants témoignages de sympathie , éviter avec soin toutes les mesures propres à accroître le nombre des ennemis de la Révolution, opposer enfin aux traîtres et aux conspirateurs un front terrible, un coeur indomptable : telle fut la politique constante de Robespierre. C’est ain.si qu’ù sa voix la Convention décrétait que le département de la Manche, qui venait de donner des preuves non équivoques de dévouement ù la République ù l’heure même où le Calvados se mettait en pleine insurrection, avait bien mérité de la patrie (t), et qu’elle accordait un secours de mille livres à la femme Hébert, dont le mari, un des vainqueurs de la Bastille, venait de périr glorieu.sement sur un des champs de bataille de la Vendée (2). C’est ainsi encore que le 21 juin, Mallarmé ayant présenté un projet d’organisation de l’emprunt forcé d’un milliard, décrété en principe dans, une des séances du mois précédent, projet d’après lequel cet em|)runt était assis non sur les propriétés ou les capitaux, mais .sur tous les revenus fonciers, mobiliers et industriels indistinctement, Robespierre réchamaitla parole pour une motion d’ordre. De la manière dont l’Assemblée apprécierait les bhses de ce projet dépendaient, ù son sens, le repos et la tramjuillité de la République. Il était donc très-important d’éviter tout ce qui était de nature îi jeter des alarmes dans les esprits. On avait eu surtout en vue de faire contribuer les riches aux be.soins extraordinaires de l’Etat, et le projet en questipn n’avait nul égard pour les fortunes médiocres, comme si l’on eût voulu ménager l’opulence aux dépens des petits propriétaires. Robespierre reprochait en outre aux auteurs du projet d’établir pour la recherche des revenus une e.spèce d’inquisition cruelle se rapprochant par trop de l’esprit des lois de l’ancienne fiscalité. On devait, suivant lui, concilier les be.soins de nos finances

(1) Journal det débats et des décrets de la Conveniiont numéro i70, p. tii , séanco du 1-4 juin.

(9) Ibid. J numéro i84, p. séance du jeudi soir ’i’l juin.

niSTnlHB DK KOBKSIMKIIHK

avec les exigences de la tranquillité |)iibliq\ie. Il demanda donc le renvoi au comité des finances, afin qu'un plan plus étudié et plus sage ffit soumis à la (Convention. « Par une détermination aussi prudente », dit-il, « vous arracherez une arme pui.ssautedes mains des ennemis de la chose publique et des fauteurs d’anarchie, et vous aurez également montré et votre énergie, et votre sagesse, et votre dévouement à la liberté (1). » Représenté le lendemain avec de légères modifications, le projet du comité trouva dans Cambacérès et dans Jean-Bon Saint- André des censeurs qui reproduisirent à peu près les critiques de Robespierre, et l'As-semblée, tout en maintenant l'a.ssiette de la contribution sur les revenus fonciers, mobiliers et industriels, — ce qui était, en définitive, exemi>tcr les détenteurs de cajiitaux, les agioteurs, qu’il aurait surtout fallu atteindre, — ne soumit à l’emprunt forcé que les personnes mariées avant un reviaiu supérieur îi dix niilh? livres, et les célibataires dont le revenu excédait six mille livres (2).

Et certes, s’il était essentiel de ne pas froisser brusquement les intérêts particuliers, de ménager les petits rentiers, les industriels dont les affaires étaient en souffrance, c’était bien en ce moment de crise où rinsurrcction girondine gagnait de proche en proche, et où les députés qui la fomentaient accusaient hautement la Convention de vouloir amener violemment l’égalité des fortunes (3). En effet, par tous les moyens les représentants rebelles essayaient de grossir leur parti. Ils avaient établi dans le département du Calvados le quartier général de l’insurrection , parce que dès longtemps ce dé))art(v ment leur était entièrement acquis. Lù surtout avaienfété accueillies comme d’incontestables vérités les calomnies odieuses répandues contre la ville de Paris et ses principaux députés; la diffamation y avait lleuri comme sursoit sol naturel. Les délibérations du conseil général de la commune de Caen n’étaient depuis quelques mois qu’un écho des déclamations de la Gironde. On y traitait de « reptiles venimeux » les Danton, les Robe.spicrre et autres membres patriotes de la Conveution (•(). « Choisissez une autre arène pour y tracer nos destinées » , écrivait cette commune à la Convention ; « que désormais elles ne soient plus en butte aux efforts des monstres sanguinaires dont l’existence est un opprobre et la destruction un devoir (îi). »

(t) Voniteurdu Î4jijin 1793.

(2) Journal des dibah et det décret) de la Convention , numéro 278.

(3) Vojez ce que dit à ce sujel Levusseur, dans ta séance du 2t juin. (Moniteur du 21.)

(4) Registre des délibérations du coiiseit générât de ta commune de Caen. Délibération en date. du 20 arril 1703.

(.3] Ibid. Délibération vu date du 14 mai.

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