I.E NUMÉRO 3 DU VIEUX UORDELIKII
pierre s'attacha toujours à établir entre l’erreur et le crime. Son rapport, trop favorable, n’eiilpas l’approbation de ses collègues des * comités de Sûreté générale et de Salut public, il faut le croire, pui.squ’il ne fut pas adopté par eux. I/indulgoncc dont il avait paru animé îi l’égard de Chabot et de Bazire n’cmpéchera pas ces deux députés de porter leurs tètes sur l’échafaud, ce qui prouve une fois de plus en passant, et coniraircment à une opinion trop accréditée, combien peu .son influence était dominante au sein des comités (t).
Vers celte époque parut le troisième numéro du Vü'u.r CordeUer, c’est-à-dire au lendemain inéinc du jour où, aux Jacobins, Robespierre avait pris si chaleureusement la défense de Camille Desmoulins, en l’engageant toutefois à se montrer moins versatile. Qui ne connaît cet immortel chef-d’oeuvro, cette étrange apologie de la Révolution, si semblable à la plus amère des satires, apologie dont tous les royalistes s’emparèrent aussitôt pour la tourner, eomme une arme empoisonnée, contre la République? Si l’on ne peut s’empêcher d’admirer le courage et le talent de l’imprudent écrivain, on doit aussi blâmer son erreur ; car, aux applaudissements que les contrerévolutionnaires de toutes les nuances prodiguèrent à ce fameux numéro 3, Camille dut connaître qu’il s’était trompé.
11 avait si bien compris le parti que la malignité ne manquerait pas de tirer de scs citations, qu’il avait eu soin do'protesler d’avance contre les rapprochements qu’on chercherait à établir entre le temps présent et les époques calamiteuses dont il reira(;ait l’ariligeant tableau. Si Camille eut l’intention pure et simple de, présenter à ses concitoyens, à l’aide d’une allégorie, l’image du régime révolutionnaire amiuel ils étaient moraenlanément soumis, on ne peut nier qu’il n'ait singulièrement chargé ses couleurs, si sombre et si soupçonneux que fût ce régime. Mais telle n’a pas été la pensée de l’ardent pamphlétaire; il voulut surtout, et il faut l’en croire quand il le dit, montrer la différence existant entre la terreur monarchique pa.ssée de temps immémorial à l’état chronique, et la terreur transitoire inévitablement amenée par le combat à mort que se livraient au milieu de nous la République et la royauté. Maintenant, que plus
(1) Oo lit dttus un pamphlet contre Robespierre : « Robespierre refusa d'abord et obstinèiiieul de signer le mandai d'ariël contre Ddaunay (d'Angers), Buzire et Chabot. Barère le lui arracha maUjré sa frayeur.,, n (La (ite ù la queue^ oupremitre lettre de Hobespierre à sts c<jniinualeurt.\
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d’une ullusioii perçante soit volonlaircnienl tombée de sa plume, c’est ce dont il est impossible de douter. Il songeait évidemment à son ami le général Dillon en écrivant : « S’étoit-on acquis de la réputation à la guerre, on n’en étoit que plus dangereux par son talent. » Kl sans doute il pensait h Robespierre harcelé par les Girondins, lorsqu’il di.sait ; « G’étoit un crime d’avoir une grande place ou d’en donner sa démission, mais le plus grand de tous les crimes étoit d’être incorruptible. » Sa nomenclature des suspects rappelle non pas, comme on le croit généralement, la loi des suspects de Merlin (de Douai), mais bien les tables dressées ]>ar Anaxagoras Cbaumette, où un geste, une erreur, un préjugé, une superstition, étaient érigés en crimes d’Élal. Toutefois le retour de celte terreur derancien de.spoli.sme impérial ne paraissait possible à Desmoulins qu’au casoù la royauté, c’est-à-dire la réaction, triompherait. Laissez venir le 9 Thermidor, et la prédiction de Camille s’accomplira.
A cê)té do sorties extrêmement vives contre ces énergumènes déjà llétris par Maximilien, devenus patriotes outrés par ordre do Pilt et de Cobleniz, et qui, selon Camille, s’épuisaient en efforts " pour réfuter le manifeste sublime de Robespierre (1), » il y a dans ce numéro 3 plus d’une page entièrement à la gloire do la République, et où éclate le génie révolutionnaire de l’autenr de la France libre. On y trouve même sur le tribunal révolutionnaire une appréciation pleine dejustes.se et dont devraient se souvenir peut-être ceux qui écrivent plus ou moins sérieusement l’histoire de ce tribunal sanglant. En somme, trois écueils étaient éloquemment signalés par Camille Desmoulins comme périlleux pour la République : d’abord, l’exagération des faux révolutionnaires; en second lieu, le modérantisme en deuil qui, à l’aide d’une armée do femmes, fai.sait le siège des comité.s; enfin, ce que l’ingénieux écrivain appelait la conspiration des dindons, c’est-à-dire de ces patriotes de la troisième ou quatrième réquisition, qui, avec les intentions les meilleures, s’on allaient déclamant sans cesse contre les vétérans de la Révolution, sûr ces trois points Camille était parfaitement d’accord avec « son cher camarade de collège. » Mais comment le léger écrivain ne s’aperçut-il pas qu’en portant aux nues la lettre récemment publiée par Philippeaux sur la Vendée, lettre où quelques vé»-
(1) Vükitu quels termes CiiuitUc s’explique <luns une note uu sujet du fameux ma» iiifeslc contre les rois coalisés : n C'est avec de tels écrits qu'on vengeroit l'honucur de la République, et qu'on débauclicroit leurs peuples et leurs armées aus despotes, bien» l6t réduits à la garde des nobles et des préires, leurs satellites naturels, si les ultra» révolutionnaires elles bonnets rouges de Brissot et de Dumouriez ne gàtoient une si belle cause et ne fournissoient malbeureuscment & Plu dos faits pour répondre à ces belles paroles de Robespierre. »