I.IVIIK Xlll. — LES FEMMES DES DÉTENUS A LA CONVENTION
l'ilos bonnes ;i dire se trouvaient noyées dans un torrent de récriminations injustes contre le comité de Salut public, il traçait Ini-mème l’éloge d’un homme appartenant é ce qu’il appelait si plaisamment la conspiration des dindons?
Quoi qu'il en soit, ceux qui battirent des mains à l’apparition de Ce troisième nnmérô, ceux qui, pour l’acheter, se précipitèrent en foule dans la boutique du libraire Üesenne, n'étaient point les amis sincères de la Révolution. Comme les applaudissements ont cela de fatal qü’ils montent îi la tète, à l’instar d’un vin généreux, et qu’iuvolontaircment, pour ainsi dire, on est disposé à dos concessions parfois étranges envers qui les a prodigués, Camille se trouva comme grisé. Sans s’en douter peut-être, l’ancien procureur général de la lanterne mit au service d<! la réaction cette plume acérée dont les royalistes avaient reçu de si cruelles blessures, et (|iii maintenant semblait remplir pour eux l’oftice de la lance d'Achille.
Cinq jours après celui où Camille üosmoulins se plaignait de voir le modérantisme assiéger le comité de Sûreté générale par une armée de femmes et d’avoir été lui-même saisi au collet au moment où, par hasard, il entrait dans la .salle de ce comité (1), une foule de citoyennes se présentaient à la barre de la Convention ])our réclamer la liberté des prisonniers injustement détenus. Déjà ces femmes étaient venues une huitaine de jours auparavant, et l'Assemblée avait ordonné à son comité de Sûreté générale de lui faire sous trois jours un rapjmrt sur cette demande. Le rapport n’ayant pas été déposé tlans le délai prescrit, elles revenaient, aün de prier la Convention de statuer sans plus tarder sur leur pétition (2).
Le président — c’était Voullatid — chercha à expliquer en quelques paroles aux pétitionnaires pour(]uoi l’on avait dû prendre contre des personnes suspectes certaines mesures de précaution qu’il ne fallait pas confondre avec une pénalité. Puis Robespierre, non pas comme membre du comité de Salut public, mais en son nom jiersonnel, prit la parole à son tour. 11 saisit cette occasion de déclarer avec une grande modération, mais de la façon la plus nette, que la Révolution ne désarmerait [)as devatit les provocations incessantes et les menaces indirectes dont elle était l’objet. Seulement il tint à établir qu’elle subordonnerait toujours .son action à celle de
(I ) Le l ieiu: Cordelier, numéro 3.
(i) LournolAï débats et des décrets de ta Convention, numéro iSS, séance du .10 fiimaire (20 décembre 1793]«
la justif’i!, seule déesse devant laquelle il s’inclinât. Il commença par reprocher aux pétitionnaires d'avoir cédé aux suggestions de l’aristocratie on se rendant tumultueusement en corps Ji la Convenlioii, et eu ayant l’air de croire à l’innocence de tous les détenus. Sans doute, pensait-il, les mesures révolutionnaires nécessitées par les circonstances avaient pu frapper quelques' innocents, et parmi les feinmes admises à la barre de l’ Assemblée il en était d’intimement convaincues de l’innocence de leurs maris ou de leurs parents ; mais du moins auraient-elles dû séparer avec soin leur cause de celle des ennemis de la Révolution. Et d’uue voix attendrie : « Des femmes I ce nom rappelle des idées chères et sacrées. Des épou.ses! ce nom rappelle des sentiments bien doux îi des représentants qui fondent la liberté sur toutes les vertus. Mais ne sont-elles pas aussi des citoyennes, et ce litre ne leur impose-t-il pas des devoirs supérieurs à ceux de leur qualité privée? » Femmes patriotes, elles auraient dû, selon lui, afin de ne point paraître mises en avant par l’aristocratie, se contenter de s’adres.ser modestement et en particulier aux législateurs spécialement chargés d’examiner les causes des détentions, sûres de trouver dans chacun d’eux un défenseur du patriotisme opprimé.
Robespierre, en s’élevant avec force contre les exagérations de ceux qui, suivant son expression, avaient transformé la liberté en Bacchante, avait fourni lui-méme un semblant de point d’appui aux réclamations de l’aristocratie; il ne se le dissimulait pas. Aussi ne manqua t-il pas de formuler son opinion de la façon la plus explicite, a Diquiisque nous nous sommes élevés contre les excès d’un patriotisme emprunté, v dit-il, a on a cru que nous voulions déchoir de la hauteur révolutionnaire où nous étions placés. Tous les ennemis de la liberté nous ont pris au mot, ils ont cru que le moment du modérantisme était arrivé; ils se sont iromjiés. 11 faut, je le répète, que la (loiivention nationale protège le patriotisme opprimé, et certes elle l’a fait autant qu’elle l’a pu; jamais un innocent ii’a en vain réclamé sa justice, et elle ne se départira pas de cette règle ; mais chacun doit bien se pénétrer de cette idée qu’elle conservera non-seulement l’énergie qui l’a animée jusqu’à ce jour, mais encore qu’elle poursuivra sans relâche tous les ennemis de la liberté et de l’égalité. »
Pour faire droit à la pétition dont un grand nombre de femmes s’étaient faites l’organe auprès de la Convention, et pour éviter désormais toute confusion entre le véritable patriote et le contrerévolutionnaire, il y avait, à son avis, une mesure très-importante à prendre, mais infiniment délicate en même temps ; c’était d’investir les comités de Salut public et de Sûreté générale du droit de nommer
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