‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 133 sur 354 · LIVRE Xlll. — IL DEMANRE EN COMITÉ UE JUSTICE · texte numérisé non relu

LIVRE Xlll. — IL DEMANRE EN COMITÉ UE JUSTICE

des commissaires chargés de rechercher les moyens de mettre en liberté les citoyens injustement incarcérés. Ces commissaires devaient .soumettre le résultat de leurs recherches aux comités, lesquels statueraient définitivement sur la mise en liberté des personnes détenues sans motifs suffisants. Seulement, disait-il, il fallait prendre garde que les citoyens chargés do l'exécution de celte mesure n’oubliassent leurs devoirs et leur mission austère à la voix d'intrigants ou de jolies solliciteuses. Qui ne sait combien de fois la cause sacrée de la justice s’est trouvée compromise par l’inlluencc de deux beaux yeux! Pour éviter les dangers des sollicitations, les noms des commissaires demeuraient secrets pour le public (1).

La Convention avait interrompu, à diverses reprises, par ses applaudissements, l’éloquente improvisation de Robespierre (2), elle vota également sa proposition au milieu des acclamations, à l’unanimité et sans discussion. Ainsi fut institué, à la voix de Maximilien, le comité de Justice, qui eût pu produire un si grand bien s'il eût fonctionné comme l’aurait voulu son auteur.

Le jour même où était décrété ce comité de Justice, Camille Desmoulins écrivait sous l’impression du décret salutaire le quatrième numéro de son Vieux Cordelier. Camille niait avec raison que la liberté fût une chemise sale ou des haillons, une actrice de l’Opéra, la Candeille ou la Maillard, promenées avec un bonnet rouge; non, la liberté, c’était le bonheur, c’était la raison, c’était l’égalité, c’était la justice, c’était la Déclaration des droits, c’était en un mot la constitution, et en cela il n’était que l’écho de paroles dites et redites par Robe.spierre. Mais il allait beaucoup plus loin que son ami, en demandant implicitement l’ouverture des maisons de détention, tout en avouant, par une contradiction assez singulière, qu’il serait dangereux et impolitique de relâcher les détenus (3). « O mon cher Robespierre, n s’écriait-il, « c'est ù toi que j’adresse ici la parole, car j’ai vu le moment où Pitt n’avoit plus que toi à vaincre, où sans toi le navire Argo périssoit, la République entroit dans le chaos, et la société des Jacobins et la Montagne devenoient une tour de Babel. O mon vieux camarade de collège, loi dont la postérité redira les discours éloquents, souviens-toi que l’amour

(1) De celte propo^Utoa si sage et si prévoyante, M. Michelet conclut que les mysié-^ rieux inquisiteurs de clémence seraient choisis sousTinflucnce de Robespierre. s Énorme accroissement a son influence, dit-il; seul, il allait tenir la clé des prisons. » (T. VII, p. 29.) Quelle aberration d'un esprit prévenu !

(2) Voyez, pour ce discours de Robespierre, le Moniteur du 1*' nivôse (21 décembre 1793) et le Journal des débats et des décrets de la Convention , numéro 458, combinés.

(3) Le Vieux Cordelier ^ numéro 4.

IIISTOIHE IIE «OllEsriEnnE

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est plus fort, plus (iurable que la crainte; que radniiratioii et la religion natjuirent des bienfaits; (jue les actes de clémence sont l’échelle du mensonge, comme nous disoit Tertullien, par lesquels les membres du comité de Salut publie se sont élevés jusqu'au ciel, et qu’on n’y monta jamais sur des marches ensanglantées. Déjà tu viens de t’ap|)rocher beaucoup de cette idée , dans la mesure que tu as fait décréter aujourd’hui, dans la séance du décadi 30 frimaire. Il est vrai que c’est i)lutût un cumiti de Justice qui a été proposé. Ciqiendant, pourquoi la clémence seroit-elle devenue un crime dans la Réjiubliipie (1)’/ « Ce (pie demandait eu effet Camille, c’était un comité de Clémence.

On sent tout do suite la dift'érence capitale existant entre cette jiroposition et celle de Maximilien. La première tendait à désarmer la Itévolution, la seconde lui lais.sait les moyens de se défendre sans sortir des bornes de la justice. Ici l’équité stricte, là la fantaisie pure. Sans doute la motion de Camille était touchante, et l’humanité y aiiplaudit; mais, comme rajustement remanpié le grand hi.storien de la Révolution française, l’imprudent écrivain « avait le tort de réclamer pour le régime de la liberté militante ce ipii ne convenait qu’au régime de la liberté victorieu.se (3)». Quelle illusion, en effet, que d'imaginer que parce que la Révolution désarmerait, la réaction en ferait autant. A entendre Camille, on eût pu croire que la République n’avait jilus pour ennemis que des vieillards, des femmes on des cacochymes. Mais la Vendée n’était-elle pas toujours en feu ? Nos frontières n’étaient-elles pas assaillies du nord au midi’Minlin, à l'intérieur, les machinations royalistes n’étaient-elles point sans cesse renaissantes? Du reste, Camille lui-même .se contredisait de pag(‘ en page. Si, exagérant le nombre des détenus, il demande ici qu’on ouvre les prisons aux deux cent mille suspects, il ajoute là, en note, que son sentiment n’est point (pi’on ouvre à deux battants h‘s portes des maisons de suspicion, mais seulement un guichet, et qu’après interrogatoire on élargisse les détenus dans le cas seulement où leur élargissement ne serait point un danger pour la République. C’était re’ntrer dans l’idée de Robespierre.

Il fallait toute la légèreté de Camille pour ne pas coraiirendre l’excellent parti que les royalistes allaient tirer de ses écrits, dont une des conséquences les plus fâcheuses fut de donner aux exagérés une force toute nouvelle. Se tenant à l’écart, pour ainsi dire, depuis le jour où Robe-spierre leur avait opposé une attitude si énergique.

(1) l.e vieux Cordelier, n“ 4.

(i) Eouis Blam:, Uittoire de la Bécdulion, t. X, p. 230.

LIVUE XIII.

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