‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 134 sur 354 · ÜAINCERS DU SYSTÈME DE CAMILLE · texte numérisé non relu

ÜAINCERS DU SYSTÈME DE CAMILLE

ils reparurent plus exigeants, criÈronl àla désertion de Camille et demandèrent ce qu’aurait dit de jilus un aristocrate. L’arrivée de Collot d'Herbüis, « du géant, » comme ils disaient, leur sembla un jiuissaiit renfort; ils se crurent en état de tout oser. Entre les ultrarévolutionnaires et ceux qu’on appela les indulgents, — mot qui doit s’entendre dans un sens tout relatif, — une lutte effroyable va s’ouvrir, une lutte à mort, dans laquelle les [iremiers tomberont vaincus, mais non sans avoir porté à leurs adversaires des coups terribles auxquels ceux-ci ne tarderont pas à succomber à leur tour.

On comprend quelles furent en ces circonstances les angoisses de Robespierre, qui voyait conqiroinise, par riiiiprudeiice de son ami, la politique ferme et sage à la fois dont il avait fait la règle de sa conduite. Devait-il soutenir Camille dans sa maladroite entreprise? Devait-il heurter, lui aussi, contre l’écueil du modérantisme où fatalement, et quoi ([u’ileii pensât lui-même, allait échouer l’auteur du Vieux Cordeliev (t)? Il ne le pouvait sans faillir à son caractère et sans donner un démenti sanglant à toute sa conduite passée. Mais se réfugia-t-il dans la Terreur, comme on Ta dit fort légèrement (2)? En aucmie fat;on. Il fut tout simplement conséquent avec lui-même, et s’attacha à se tenir entre les deux coalitions rivales, dont Tune tendait au modérantisme et l'autre aux excès patrioti-

(1) Camille, qui avait pris la plume sous prétexte qu'ou D’avait plus de périudiste aussi libre que les chroniqueurs uu^lais (uuméro 1 du Vieux Cordelier), trouva dans le rédacteur des liétolutions de Paris un cuulradiutcur digne de lui. a Concluous, Cainille. Ce u’est point ici le cas d’approfondir et de balancer les avantages et les iuruuvénieos de l’entière liberté de lu presse. Tout u été dit et redit sur cette matière, et aucun de ceux qui l'ont traitée n’a pu s’empêcher de reconiiottre que les avuutages l’emportoient de beaucoup sur les incouvéuiens. Robespierre, pour sa part, en a poussé la preuve assez loin... Camille a donc mauvaise grâce duppujer sur le pou de liberté dont jouissent la pensée et la presse en France, eu comparuiauu de l’Angleterre. Lu Couvenlion eu masse n’y a jamais porté atteinte ; au contraire, elic eu a réprimé les délits, et les lettres de Philippeuux prouvent qu'on peut tout imprimer, excepté pourunl ce qui tendroit au rétablissement de la royauté, et ce qui conlruheroit l’utiilé et l'indivisibilité de la République.» {Révolutions de fam, nuuiéro âlO.)

(â) M. Michelet. « Robespierre se sauva a gauche, chercha sa sûreté daus les rangs des exagérés, ses ennemis, se coafo'Ddii avec eux. » A celle ufhrujation si précise quelle preuve apporte rhistoricn? Robespierre, dit'il, « renia, attaqua Camille Dcsmoulius, uu MOi.Ns LE FIT AtTAuuER 8UX Jucobtos pur un Fusue a luî. U £i où M. Michelet a>t-il pris que Nicolas u ail ref;u commis&ioQ de Robespierre » pour attaquer Desmoulins? C'est ce qu'il aurait bieu dû nous dire. Toujours le même système : « Si ce u'esitoi , c'est donc tou frère... k (Yoy. Viiisloire de la Révolution, t. Vil, Ht. xv, tout le cb. ^.)

HISTOIRE OE RORESPIERRE

qiieiiient contre-r^voliitionnairos (I). C'est d’ailleurs i;e que nous allons démontrer de la maniéré la plus péremptoire.

Dans la séance même où Robespierre obtenait de la Convention nationale l'établissement d'un comité de Justice, paraissait à la barre une députation du club des Cordeliei-s. D’un ton altier et le chapeau sur la tête, l'orateur demanda d’abord un prompt rapport sur l’affaire de Ronsin et de Vincent, récemment arrêtés à la suite de la publication de la cinquième lettre du député Philippeaux, puis la mise en accusation des complices de la fai’tion brissotine, c’est-à-dire des soixante-treize Girondins déjà sauvés deux fois par Robespierre, et dont le parti hébcrtiste iie se lassait pas de réclamer la mort. Nous avons dit l’aversion de Maximilien pour le débraillé révolutionnaire. Un jour, dans le courant d’octobre, les sociétés populaires avaient sollicité de la Convention un décret portant qu’à l’avenir tous les citoyens seraient tenus de se tutoyer sous peine d’être déclarés suspects, et cette absurde pétition avait été apiuiyée... par Philippeaux (2), aujourd’hui le dénonciateur obstiné des généraux hébertistes. Slais il paraissait aussi ridicule à Robespierre de contraindre un citoyen de parler à un indifférent dans les mêmes termes (ju’à la personne la plus chère et à l’ami le plus intime, qu’il lui semblait indécent de la part de pétitionnaires de venir parler le chapeau sur la tête aux représentants du peuple français. Les hommes se doivent entre eux certaines considérations et certain respect; il y avait là, selon lui, une obligation de polites.se à laquelle républiques et monarchies étaient également tenues.

Couthon se plaignit le premier de l’avilissement qu’on avait l’air • de vouloir répandre .sur l’Assemblée en lui parlant le chapeau sur la tête. Défenseur des soixante-treize Girondins contre lesquels était particulièrement dirigée la pétition, Robespierre pouvait .se sentir atteint personnellement en quelque sorte. Cependant il se garda bien d’attribuer à une mauvaise intention de la part des pétitionnaires l’abus dont s’était plaint Couthon. Cet abus venait, suivant lui, de la mauvaise application d’un principe véritable (3). « Sans doute, » dit-il, « tous les citoyens .sont égaux entre eux, mais il n’est pas vrai qu’un seul homme soit l’égal d’une portion quelconque de citoyens. Un individu qui parle dans une assemblée doit respecter

(1) l’rojetdc rapport sur la faction Fabre d'F.glantine. (Papieri inidilt, t. II, p. ÎI.)

(S) Jfoniteur du 12 brumaire (2 norembre 1793). Sur les lu et lea toux, yoj« un curieux article des Ritolutions de Paris, numiro 216.

(3) Robespierre axait mille fois raison, et les ndtolufionx de Paris, en lui donnant tort, ne s'aperçurent pas qu'elles confondaient le fond axec la forme. (Voj. le numiro 219, p. 3S9.) La grossi(:relé des manières n'a rien b xoir axec la xéritable égalild.

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